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LAVERNAT, DE L'AN IV A

An IV (30 germinal). — Liste des citoyens de Lavernat imposés au rôle de l'emprunt forcé :

« Carreau, Jean Lehoux, Pinguet, Vint, Fournier, Mignot , Croiseau, Rouinsolle, Guilloreau, Moisi, Ve Dolbeau, Péan, Testu, Leroux, à chacun 10 livres. Hatton, Blot, Pinguet, Robiheau, Dronne, Poyer, Moisy, Blot, à chacun 15 livres. Leproust, Lehoux, Goulet , Moisy, Dupuis, Jarrier, à chacun 20 livres. »

Il avait été l'ait une autre liste, comprenant 39 citoyens qui possédaient en capital de 200 livres à i,000 livres, mais comme la commune de Lavernal est la plus stérile et la plus pauvre du canton de May et, on s'en tint à la liste que nous venons de citer.

An V.— Les républicains modérés et les jacobins étaient loin de s'entendre dans les assemblées primaires du canton de Mayet sur le choix des représentants; leurs divisions donnaient lieu à des discussions, à des luttes qui dégénéraient souvent en violences ; nous nous bornerons à citer comme preuve de leur fraternel accord, la pièce suivante qui est une dénonciation faite par Dujarrier, ex-curé de Lavernat, aux membres de l'assemblée primaire :

« Citoyens,

« Qu'il est douloureux pour un sincère ami de la constitution , d'avoir à vous dénoncer l'attentat le plus grave qui puisse se commettre dans l'assemblée d'une portion du peuple souverain , attentat que vous ne laisserez sans doute pas impuni.

« Vers la fin de la séance et après le dépouillement du scrutin pour la formation du bureau , le citoyen Raguideau voulut ouvrir la discussion sur l'éligibilité ou la non-éligibilité de deux membres portés au bureau par les suffrages des électeurs et même protester de nullité contre les opérations de l'assemblée et développer ses raisonnements avec la décence requise; mais sur ce que je lui fîsobsener que toutes ces discussions ne pouvaient avoir lieu que quand la réunion serait définitivement constituée, qu'elle ne pouvait pas se constituer (six heures étant passées), il se rendit h mes observations; alors intervint le nommé Mirault (ex-régisseur du château de Mangé), qui d'un air menaçant voulut m'imposer silence; on finit par poser les scellés sur les noms des citoyens qui avaient voté; je m'éloigne un peu du bureau , alors Mirault s'approche de moi , me dit qu'il avait à me parler en ami et veut me faire sortir de la salle, je lui réponds qu'il peut fort bien me dire, sans sortir, ce qu'il me veut, il ajoute que je n'ai que faire de craindre, qu'il ne

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veut pas me faire de mal; je lui réponds que je ne crains pas, mais que je n'irai pas plus loin; dès lors, pardonnez, citoyens, les expressions dôùt je vais me servir, mais ce sont les siennes, il me dit que j'étais un Jean f..., un b..., un matin, que je lui paierais cela, qu'il fallait que j'évitasse qu'il me donnât un soufflet, et il se disposait à m'en donner un ; je vous l'avoue, mon premier mouvement fut de me jeter sur lui et de l'écraser, ce qui ne m'eût pas été difficile, car il était très-ivre, et un honnête homme ne s'entend pas menacer d'un soufflet impunément, mais enfin, je fus assez heureux pour me rappeler le respect que je devais à l'assemblée. Je quitte Mirault et je vais le dénoncer au bureau , puis je sors avec un grand nombre de mes concitoyens , Mirault n'était pas loin de la porte avec un groupe de ses dignes associés du nombre desquels était un nommé Martineau, menuisier du bourg de Mayet, qui, tout le jour dans la salle, n'avait cessé de m'invectiver et ces deux individus m'injurièrent encore en sortant de la salle.

« Voilà citoyens à quels excès on s'est porté jusque clans l'enceinte de notre assemblée , au mépris des lois, excès que sans doute vous saurez réprimer et que je vous dénonce formellement, excès qui peuvent d'autant plus nuire à la chose publique dans ce canton , que beaucoup de citoyens qui en sont indignés dans la crainte de les voir renaître ou d'en

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être eux-mêmes les victimes aiment mieux se priver du droit sacré d'émettre leur vote.

« Veuillez bien, citoyens, recevoir ma reconnaissance pour les suffrages dont vous m'avez honoré en me portant aux fonctions de scrutateur; recevez en même temps ma démission, je vous en prie, en raison de la contrariété de certains esprits turbulents qui veulent me priver du droit incontestable de voter; au reste, en donnant ma démission de scrutateur, je déclare que je ne renonce pas au droit de voter dans l'assemblée , que je prie de croire que je me rendrai toujours digne de ses suffrages par ma conduite franche, loyale et républicaine.

« Salut et fraternité. Signé : Dujarrier. »

Quelques jours après le citoyen Mirault ayant eu connaissance de cette dénonciation, cita M. Dujarrier devant le juge de paix ; nous trouvons à ce sujet, dans une pièce du temps, les lignes suivantes : « Le citoyen Louis-François Mirault , citoyen français, demeurant à Verneil, assigne pour comparaître devant M. Bottu, ex-curé, juge de paix de Mayet, assisté de MM. Chicouasne et J. Bouttevin, assesseurs , et Bellanger, boisselier greffier, le sieur Dujarrier, ci-devant prêtre, curé de la commune de Lavernat, pour lui faire défense de ne plus proférer aucunes imprécations et médisances contre le cito\ en Mirault en l'accusant de s'être emporté contre

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lui et qu'il avait voulu lui donner un soufflet à l'assemblée primaire ; demande qu'il soit condamné à reconnaître le citoyen Mirault pour un homme de bien et d'honneur, et que c'est à tort qu'il l'a injui'ié, qu'il s'en repent et lui en fait réparation. »

Le sieur Dujarrier s'étant trouvé malade le jour de l'audience , écrivit au juge de paix pour lui demander un sursis ; on le lui refusa, et les conclusions de M. Mirault lui furent adjugées. 0 justice républicaine !

An VI. — Le 30 ventôse, on célèbre à Lavernat la fête de la Souveraineté du peuple; le secrétaire de l'agence communale en rend compte en ces termes à l'administration cantonale :

« Les citoyens Romastin , agent municipal , et Lepingleux, adjoint, sont allés à la maison commune, sur les 10 heures du matin , avec plusieurs autres habitants désignés pour représenter le peuple dans les cérémonies de la fête de la Souveraineté du peuple.

« L'heure de la cérémonie est annoncée au son du tambour, un détachement de la garde nationale en armes accompagne le cortège qui est ainsi composé : l'agent municipal et son adjoint , 4 jeunes gens choisis par les vieillards de la commune , portant deux bannières sur lesquelles sont deux éeriteaux, et J2 vieillards ayant chacun une baguette blanche à la main ; on se rend ainsi à la

place île l'arbre delà liberté , où s'élève un autel de la patrie décoré de verdure et entouré d'un grand nombre de citoyens et de citoyennes, que le spectacle imposant de la fête a attirés. Les jeunes gens ont de suite planté des deux côtés de l'autel leurs bannières, et chaque citoyen composant le cortège s'est placé cà son rang. La cérémonie a commencé par un hymne patriotique , après quoi les vieillards unt réuni en faisceau leurs baguettes liées avec des rubans tricolores; l'un d'eux est monté sur les degrés de l'autel et a dit : « La souve- « raineté du peuple est inaliénable, mais comme il « ne peut exercer par lui-même tous les droits «qu'elle lui donne, il délègue une partie de sa « puissance à des représentants et à des magistrats « choisis par lui-même , ou par des électeurs qu'il « a nommés; c'est pour se pénétrer de Fimpor- « tance de ces choix que le peuple se rassemble « aujourd'hui. » L'agent municipal lui a répondu : « Le peuple a su par son courage reconquérir ses « droits trop longtemps méconnus, il saura les con- « server par l'usage qu'il en fera; il se souviendra « du précepte qu'il a lui-même consacré par sa « charte constitutionnelle, que c'est de la sagesse des « choix dans les assemblées primaires électorales que »< dépendent principalement la durée , la conservation « et la prospérité de la république. »

« Ensuite on a chanté des chansons patriotiques

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avec tout l'enthousiasme que sait si bien inspirer l'amour sacré de la patrie; les vieillards, les fonctionnaires publics, se sont confondus avec tous les citoyens et citoyennes pour exécuter des danses autour de l'arbre delà liberté; ces danses étaient entrecoupées des cris d'allégresse mille fois répétés de vive la république, vive la liberté, vive la constitution de l'an III.

« Vers les 3 heures , chaque citoyen qui composait le cortège a repris son rang, et on est retourné à la maison commune (les jeunes gens portaient le livre de la constitution sur un faisceau), précédé et suivi d'un détachement de la garde nationale; après, tous les citoyens sont allés danser et jouer le reste de la journée. »

— Dans les certificats de vie et de résidence donnés par la municipalité de Mayet , nous remarquons que Dujarrier (Jean-Baptiste-Pierre), ex-curé à Lavernat, né à Evron le 19 août 1759, «a toujours résidé à Lavernat depuis \ 790 ; il déclare n'avoir point retracté les serments et soumissions prescrits par les lois. Fait le 22 messidor (signé) Dujarrier. » Le 30 vendémiaire de la même année , il fait le serment de « haine à la royauté et à l'anarchie , d'attachement et de fidélité à la république et à la constitution de l'an 3. » A cette triste époque , on ne prêtait pas serment à la république parce qu'on l'aimait, mais parée qu'on avait peur de la guillotine : on sait que

les républicains d'alors n'en faisaient pas un modeste usage !

1829. — La superficie de la commune de Lavernat est d'environ 1,989 hectares; le total des contributions fonc. , pers., mob., port., fen., et pat., est de 3,322 fr. 50. Dans les métairies , on a peu de chevaux , de porcs , de moutons; les bêtes à cornes sont plus nombreuses.

— Le 29 juin de chaque année, il y a une petite assemblée à Lavernat.

— « Le 26 mars 1848, la commune de Lavernat a célébré la fête de la liberté. Une foule nombreuse a aidé les ouvriers à planter un peuplier d'une belle hauteur-, que la population a pris pour symbole de la liberté.

« Le maire, l'instituteur, les diverses autorités du lieu se confondant avec la foule , sont venus , accompagnés du curé, rendre hommage à la souveraineté du peuple à l'endroit même où l'arbre a été planté.

« Tout s'est passé dans le plus grand ordre ; la fraternité n'a pas cessé un instant de briller sur tous les visages. » Au mois de juillet 1852 , cet arbre fut abattu , comme tous les autres , par décret du président de la république et arrêté du préfet de la Sarthe, et la population ne manifesta aucun cluigrin de voir ce symbole disparaître.

Vers ce temps il y avait à Lavernat un citoyen qui

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prétendait que, sous la république , tout le monde devait se tutoyer, et, partant de ce principe égalitaire, il tutoyait jusqu'à ses supérieurs; quand il leur écrivait, il ne cachetait jamais ses lettres, pensant qu'il ne devait plus y avoir rien de secret. Mais il fut incompris comme tant d'autres grands réformateurs , et on pensa même , un moment , à l'envoyer au Mans, dans un établissement bien connu , pour le guérir de ses excentricités ; heureusement pour lui la république disparut , et , l'avenir du socialisme ayant été indéfiniment ajourné , la santé de cet excellent citoyen se trouva rétablie comme par enchantement.

1852. — Adresse du conseil municipal de Lavernat à Louis-Napoléon, président de la république , pour demander le rétablissement de l'empire. « Les membres du conseil municipal de Lavernat déclarent s'associer aux sentiments de reconnaissance exprimés par les conseils d'arrondissement et général de la Sarthe et aux vœux émis pour la proclamation prochaine de l'empire, et la perpétuité des pouvoirs aux mains de S. A. I. et de ses héritiers, et ont signé le registre. »

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