‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 11 sur 68 · SB LA FBNSAS. IA · texte numérisé non relu

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raison des notions communes qui sont, en morale, les seules mieSf par cela seul qu'elles sont celles de tout le monde, elle affecte trop souvent de les contredire, et de nous apprendre , sur nos propres facultés, des choses dont nous devrions être les premiers instruits, et que nous ne saurions retrouver en Bous-mémes. Et par exemple, qui est^e qui n*est pas révolté de cette proposition, que penser est sentir^ et n'en trouve pas le démenti dans ses idées les plus distinctes, et ses sentiments les plus habituels (!)?

Le matérialisme est par lui-même si étrange , que ceux qui trouvent utile de le répandre devraient se contenter d'en présenter franchement les conséquences aux passions qui s'en accommodent et s'occupent fort peu de la théorie. Même quand le cœur goûte cette doctrine, l'esprit n'y croit pas, et les raisonnements sérieux employés à les justifier, superflus pour les uns, sont ridicules aux yeux des autres.

Il y a même bien peu de philosophie à soutenir que penser éttentir sont une même chose, lorsqu'on est forcé de se servir de deux termes différents. Il peut y avoir des synonymes 00 des termes à peu près équivalents en poésie; mais la philosophie n*en connaît pas, et elle conçoit dieux idées partout où elle entend deux expressions.

Il faut cependant pénétrer plus avant dans la connaissance de nous-mêmes, et étudier les opérations diverses de notre faculté intelligente. Mais ce ne sera ni par la décomposition de là pensée, ni par l'analyse de l'idée, ni par aucun de ces procédés mécaniques que l'idéologie a empruntés de la chimie , que nous parviendrons à connaître la nature et les facultés de notre être pensant; ce n'est pas même en Tétùdiant directement et en lui-même. L'àme ne peut pas plus se penser sans nn moyen qui la rende sensible et en quelque sorte extérieure, que l'œil ne peut se voir ou le corps se peser sans des moyens extrinsèques, et sans prendre au dehors de points d'appui ; et même l'afSnité de ces deux expressions, penser et peser, qui ont une racine commune, et le sens moral que reçoit perpétuellement le mot voir, nous mettent sur la voie de cette comparaison.

(1) « Vous prétendez que penser est sentir^ disait H. le comte de Ségur, » pi^ésidenl de Tlnstitut, répondante Pami de Taiiteur des Rapporté^ etc., » et Tanalyste de son ouvrage, c*est là votre principe et la base de votre » système; mais un sentiment, qui résiste à tous les raisonnements, ne • consentira pas lacUement k vous i*aceorder. »

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n faut donc sortir, en quelque manière , de notre âme pour en étudier les opérations, et comme nous ne pourrions jamais connaître les traits de notre visage , si nous n'en voyions rimage ou l'expression dans un miroir ou dans tout autre objet qui les réfléchit, ainsi nous ne parviendrons jamais à connaître les opérations diverses de notre âme, si nous ne les observons dans leur expression, c'est-à-dire dans le mode par lequel elles se rendent sensibles, et manifestent au dehors leur existence.

Ce moyen de jugement nous est même familier, puisque la volonté, qui est Vacte de la puissance intellectuelle, est la fin à laquelle tendent toutes nos facultés intelligente^ ; la volonté ne nous est connue et n'est jugée que par Vactùm qu'elle détermine^ et qui est son expression la moins équivoque.

Nous connaîtrons donc Thomme pensant par l'homme pa^ lant, de même que nous connaissons l'homme qui veut par l'honune qui agit; et comme chaque faculté de notre âme s'exprime d'une manière différente , nous les distinguerons toutes à leur langage particulier.

Nous ne parlerons pas ici de la volonté, acte réfléchi de Tftme, puisqu'elle est la suite d'un jugement. Si l'on attaquait seulement le libre arbitre de l'homme , il faudrait prouver sa faculté de choisir et de vouloir; mais on lui conteste la spiritualité môme de son être, et dès lors c'est l'acte premier de l'Ame, ou simplement la pensée qu'il faut défendnô.

i'' L'âme, toujours servie par ses organes, reçoit, par leuf ministère, les impressions des objets matériels qui fripent les sens de la vue, de l'ouïe, etc.

i"" Elle entend les expressions ftd nomment les objets intellectuels qui ne tombent pas sous les sens.

3"" Elle éprouve les sensations de douleur ou de plaisir produites sur les organes des sens par le contact des corps extérieurs, ou qu'une partie du corps peut produire dans l'autre partie.

Nous rapportons au cerveau les impressions que nous recevons et les expressions que nous entendons, et quoique nous ne rapportions pas également à cet organe les sensations que nous éprouvons, la f^ysiologie nous apprend que Tinsensibilité du cerveau endort ou éteint la sensibilité dans les autres o^ ganes.

11 ne faut pas confondre l'impression reçue par les organes avec la sensation éprouvée par les organes^ le vois un beau

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paysage^ voilà une impression faite sur mes sens. L'air est froide j'en éprouve une sensation. L'impression est durable^ la sensation fugitive. Je fixe dans ma mémoire, ou même sur le papier par le dessin, l'impression reçue, et je la rappelle à vo^ looté; je ne peux, par aucun moyen, fixer ou rappeler la sensation éprouvée, et une sensation rappelée serait une nouvelle sensation. L'imagination recueille les impressions, la sensibilité éprouve les sensations. Il est vrai que je ne peux recevoir d'une simple impression du plaisir ou de la peine, comme lorsque je vois un beau palais ou un horrible désert. Ce sont là des réflexions, ou plutôt des sentiments qui dépendent de mon imagination, de mes habitudes, de mes goûts, de mes connaissances, et non des sensations. De là vient que les senti* ments sont diiférents, et que les sensations sont les mémeB pour tout le monde. Le lieu le plus sauvage paraît agréable à ceux qui y sont nés et qui l'habitent. La musique la plus barbare cbarme les oreilles de l'Africain. Le froid et le chaud sont sentis d'une manière sinon égale, du moins semblable par tous les hommes. Nous reviendrons ailleurs sur ce sujet.

L'âme est donc imagination^ entendement, sensibilité.

1*> L'àme est imagination, ou faculté d'imaginer les objets matériels, de faire des impressions qu'elle en reçoit des images (1) ou représentations mentales conformes à ces objets, le vois un cheval, un arbre, une maison, et même, dans Tabsence de ces objets, je me représente ou me figure intérieurement le cheval, l'arbre, la maison, a L'imagination, dit Bos- > suet, dans l'admirable traité déjà cité, est la sensation (ou B plutôt, l'impression) continuée. »

^ L'àme est entendement ou faculté de concevoir des idées d'objets intellectuels qui ne tombent pas sous les sens, à l'occasion des mots qu'elle entend, et qui lui expriment ces idées^ c'est-à-dire les lui rendent sensibles à elle-même. Ainsi j'entends, dans la langue que je parle, les expressions d'ordre, de justice, de raison, de pouvoirs, de devoirs, etc., etc., et en même temps les idées qu'elles expriment apparaissent à mon

(1) Les enfants perlent avec une exacUtode métaphysique lorsqu'ils a[H pellent toutes les représentations des objets des images. Descartes, dans ses Héditalions^ établit une terminologie difiërente. 11 appelle les images ^8 idées ; mais alors il y a deux expressions pour ces représentations denmagination, et U n*y en a pas une qui soit piopre aux perceptions te reate&demeDC

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