‹ Recherches physiologiques et anatomiques sur les CuscutacéesChapitre 42 sur 57 · TYPE AMERICANA · texte numérisé non relu

TYPE AMERICANA

Je ne fais pas figurer dans ce tableau la sous-section Zobostigma représentée par une espèce unique que je n’ai pu étudier, faute de matériaux. Celte espèce, le Cuscuta Tasmanica, par ses caractères morphologiques, sinon par ses caractères analomiques encore inconnus, rapproche le type Gronovii du type Æuropæa. Le C. Tasmanica, en effet, a les styles presque égaux et, par conséquent, est une espèce voisine des Homosiylées.

Dans le tableau qui précède, on voit que le type Chinensis empièle sur les seclions Clistogrammica el Eugramimica el

comprend des espôêces appartenant aux sous-sections Lepidanche, Platycarpæ, Leptolobæ, Subulatæ, Oblusilobæ.. Le Cuscuta Amnericana appartient à celle derniére sous-seclion des Obtusilobæ ; le Lype Americana constitué par celle espèce se dé'ache donc à l'extrême limile de celle sous-section.

Nous voyons, en résumé, que la classification analomique des Cuscutacées correspond dans ses grandes lignes avec la classification morphologique, et qu’elle vient en aide à celle dernière pour montrer le vérilable enchaînement de ses subdivisions.

Les caractères anatomiques nous permettent, en outre, d'établir la filiation des grandes divisions des Cusculacées. La structure des espèces du type Æuropæa, plus simple que celle des Hétérostylées et se rapprochant, sous le rapport des laticifères et de l'appareil aérifère, de la structure des Monostylées, nous invile à considérer la division des Homostylées qu'elles constituent, non comme une intermédiaire entre les deux autres divisions principales, mais comme un rameau délaché des Monostylées, collatéralement avec les Hétlérostylées. Le Cuscuta Lupuliformis, de toutes les Monostylées la plus simple en organisalion, est la forme rattachant, quoique de façon lointaine, la division des Monostylées, d’une part avec les Homoslylées, et d'autre part avec les Hélérostylées. Le Cuscula Tasimanica, quoique je n’aie pu l’éludier analomiquement, ainsi que je l'ai dit plus haut, peul êlre considéré cependant par ses caractères morphologiques (styles de longueur presque égale), comme rallachant le Lype Gronovii et par conséquent les Hétérostylées, aux Monostylées. Le schéma ci-dessous représente cette filiation des Cuscutacées :

MONOSTYLÉES

Cuscuta LUPULIFORMIS

Cuscuta TAsMANICA Type EuRoPœA HÉTÉROSTY LÉES HOMOSTY LÉES

Type GRoNovi

Type CHINENSIS

Type AMERICANA

SUR LES CUSCUTACÉES. 275

Il resterait maintenant à rechercher les affinites taxinomiques des Cuscutacées, et à élablir la place véritable de cette pelite famille dans l'échelle végétale. Les caractères anatomiques de ces plantes, principalement la constitution protoplasmique remarquable de leurs lacitifères péricycliques, joints aux caractères morphologiques de la fleur el de l'embryon, et leur comparaison avec ces mêmes caractères dans d’autres Familles, pourront nous permettre sans doule de résoudre ultérieurement ces dernières questions.

Quelques espèces semblent avoir pour certains hôtes une prédilection marquée, comme le ©. Euwropæa pour l'Ortie dioïque, le C. Epithymum, pour le Thym, la Bruyère et le Genêt; le C. Lupuliformis pour le Saule, et surtout le C. Epilinum pour le Lin cultivé. Mais cette prédilection est plus apparente que réelle, et elle dépend d'un ensemble de circonstances qui agréent en même lemps à l'hôte et à la plante parasite et qui favorisent leur rapprochement.

Nous avons vu précédemment que l’affinité spéciale, qu'on pourrait nommer affinité chimique, d'une Cuscute pour une hôte déterminé, dépend de certaines conditions nutritives de Fhôle et de la plante parasite. Le développement de la plante parasite dépend en outre de circonstances particulières de température, de radiation et d’hygrométrie, qui nécessairement doivent convenir aussi aux plantes sur lesquelles elle se fixe. De plus, par son mode de propagation dans tous les sens à partir d’un foyer initial, la plante parasite a besoin d'une aire assez spacieuse d’envahissement, qui lui sera donnée par des plantes croissant en grandes touffes, ou sur de larges espaces. Nous voyons que l’affinilé physique de la Cuscute pour son hôte dépend de certaines conditions communes aux @eux plantes. La Cuscute se fixera donc sur toute plante réalisant les condilions chimiques nécessaires jointes aux conditions physiques que je viens de mentionner. En bien des cas, elle pourra s'y maintenir indéfiniment, el s'il s'agit de plantes agricoles se transmettre au loin par les transports commerciaux, gràce aux mélanges de leurs graines. On peut, par la culture, ainsi que je l'ai expérimenté pendant plusieurs années, propager une Cuscute sur un hôte où

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on ne la rencontre pas dans la nature, mais qui réalise les conditions chimiques nécessaires et que l'on place dans les circonstances physiques convenables.

Le choix de l'hôte n’est donc pas absolument exclusif pour les Cuscutes ; aussi, la réparlilion géographique de ces plantes parasites est-elle indifférente de celle de leurs plantes nourricières, et est-elle réglée surlout par les conditions climalériques propres à chaque espêce où à chaque groupe d'espèces.

Les Cuscutes sont répandues, en grande partie, dans des régions du globe qui jouissent d’un climat tempéré et humide, quelquesunes croissent dans des contrées chaudes, mais généralement à une certaine allitude. Dans les lieux secs el découverts, l’on ne trouve guère que les espèces les plus simples, c'est-à-dire des Homostiylées, comme le C. Palæstina sur les collines arides de Ia région méditerranéenne, le €. Arabica sur les pentes du Sinaï. Ce sont aussi des Homostylées, comme le C. Æpithymuwm ou le C. kpilinum, qui s'avancent le plus loin vers les régions seplenlrionales. Les Hétérostylées, surtout les espêces du type Chinensis el du lype Americana, remarquables par leur appareil lacuneux Hbérien, affectionnent parliculièrement les prairies humides de l'Amérique. Voici en quelques mots la réparlition des divers groupes.

Monostylées. — [Les deux espèces les plus élevées en organisalon le ©. Japonica el le C. exallala, croissent dans des régions de notre hémisphère siluées sous la latitude moyenne de 35°: la première en Asie, sur les côtes de Chine et du Japon; la seconde en Amérique, dans le Texas, à l'embouchure du Rio Pecos, el sur les rives du Colorado, du Guadelupe, et du Rio Grande.

Presque sous la même latitude, mais dans l'hémisphère Sud, au cap de Bonne-Espérance, croil le €. cassythoides.

On ne connail jusqu'ici qu'une seule espéce océanienne localisée dans l’île de Timor par 10° Sud, le C. Timorensis, neltement caractérisé par son inflorescence indéfinie que ne possède aucune autre espèce.

Toutes les autres espèces croissent dans l'hémisphère Nord, principalement en Asie. Le C. reflexa se rencontre dans l'Inde entre le 8" et le 30°, dans l’île de Ceylan, sur les côles de Coromandel et sur les pentes tempérées de l'Himalaya. Entre le 30° et

le 42°, croissent, dans l'Afghanistan elle Turkestan, les C. gigantea

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el Lehmanniana. Dans les contrées précédentes el, en outre, en Syrie et dans les régions irriguées de la Perse, végèle le C. monogyna ; celle espèce s'étend aussi jusque vers le 44° dans les contrées européennes: Caucase, Crimée, Roumélie, Grèce, Italie, Portugal, France méridionale. Enfin, le C. Lupuliformis, dépassant le 44, habite en Asie dans l’Allaï et s'étend en Europe jusque vers le 52°; on renconire celle espèce en Autriche, en Hongrie, en Bohême, sur les rives de l’'Oder en Silésie, et jusque dans les régions Nord el Nord-Est de l'Allemagne.

Homostylées. — [es Homoslylées peuvent être considérées comme des plantes asiatiques; {rois d’entre elles à peine, les C. ÆEuropæa, Epithymum el planiflora, passent d'Asie en Europe; le C. Æpilinum, répandu surlout en Europe, rare maintenant en Asie, en est peut-êlre originaire (ENGELMANN). Il n'y a guêre que quatre espèces appartenant en propre à l'Afrique: le

Abyssinica, el trois espèces du cap de Bonne-Espérance, les C. angulata, Africana et nitida.

La plupart des espèces végètent sous la latitude moyenne de 35° dans le Taurus, l'Himalaya, le Thibet, l'Afghanistan, la Perse, le Kurdistan, ce sont les C. To. Kurdica, Persica, Kotschyana, pulchella, pedicellata, brevistyla, Arabica, capitata Pualæstina. Dans ces mêmes contrées habitent aussi les €. Europæsa, Epithymum el planiflora qui s'étendent, en outre, hors de ces limites, sur des espaces considérables.

Le ©. Europæa se rencontre dans presque toute l'Europe, ce qui lui a valu son nom linnéen ; une espêce. qui s'en rapproche beaucoup par ses fleurs télramères et son genre de vie, le C. Kurdica, est reslée confinée dans le Kurdistan el sur les Vt du Tigre, aux environs de Bagdad.

-Le C. Epüithymum avec plusieurs variélés, s'élève en Europe, jusqu'en Scandinavie.

Les aires les plus vastes appartiennent au C. planiflora el au C. Epilinum. Le C. planiflora, avec plusieurs variétés, s'étend du 25 au 55° environ, et habile l'Egypte, la Tunisie, l'Algérie en Afrique, l'Himalaya, le Taurus, la Perse en Asie, et s'étend en Europe, jusqu'en Angleterre. Le C. Epilinum se rencontre en Egypte el aux îles Canaries el s'élève en Europe, jusqu'en Islande, sous le 65°, c’est-à-dire aux confins du cercle boréal arctique.

Aucune espèce ne croit normalement en Amérique : le C. Epithymarm rencontré dans la Sierra-Nevada ; le ©. Epilinum lrouvé une ou deux fois aux Etats-Unis, le ©. Euwropæa cueilli excephonnellement à Haïti, y ont 6.6 certainement transportés avec des graines agricoles.

Hétérostylées. — Les Hétéroslylées sont les Cuscules de l'Amérique. En effet, à l'exception d’un petit nombre d'espèces océaniennes ou africaines, et d'une espèce principalement asiatique, toutes les espèces de ce groupe appartiennent au Nouveau- Monde.

Une espèce caractérisée par ses styles de longueur presque égale el qui élablit un passage des Hélérostylées aux Monostylées, le C. Tasmanica, est localisée en Tasmanie, sous le 42° Sud. Le C. Hyalina se rencontre dans l'Inde orientale et en Abyssinie. Au Cap de Bonne-Espérance, croit le C. appendiculala; on trouve donc dans celle région de l'Afrique des représentants de tous les groupes principaux des Cusculacées.

Le C. Chinensis qui possède deux ou lrois variélés, est une espèce commune des régions tropicales de l'Asie ; elle s'étend sur les côtes de Chine et au Japon au-dessus du 40° el descend jusque vers le &, dans l'ile de Ceylan; on l’a trouvée dans Pile de Nossi- Bé près de Madagascar et dans quelques régions de l'Australie.

La plupart des espèces qui se rapportent au iype Chinensis, habitent les prairies des régions centrales de l'Amérique du Nord, ne dépassant guère le 40°; quelques espèces de ce type se rencontrent dans l'Amérique du Sud jusque vers le 30e.

Le C. Gronovii, s'étend sous diverses varié!és sur la plus grande partie de l'Amérique du Nord, landis que dans l'Amérique du Sud l'espèce dominante est le C. racernosa.

Le C. American«a qui représente un type nellement caractérisé, s'élend dans les deux hémisphères de chaque côté de l'Equaleur, jusqu'au 30° environ. Il s’écarte très rarement des côtes, ce qui explique sa s'ruclure lacuneuse ; on le lrouve sur les côtes mexicames du Pacifique, sur les côtes de l'AUlantique, du Vénézuéla au Brésil, et dans les Antilles.

L'espèce possédant l’aire la plus é'endue est le C. obtusiflora, qui, avec ses six ou sept variélés, croit dans l'Amérique du Sud, sur les côtes de la Chine el en Australie.

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Cuscutes françaises. — Les Cuscules qui croissent en Europe sont peu nombreuses el n’en sont pas originaires : on en comple à peine une dizaine. En particulier, on trouve en France les quelques espèces suivantes. Parmi les Monostylées, le C. monogyna, assez rare du resie, se rencontre çà et là dans les vignobles du Midi, Parmi les Homostylées, le ©. Æpithymuim avec quelques variétés, est le fléau du Trèfle el de la Luzerne ; le ©. Europæa, se lrouve un peu partout, sur la Vesce, sur l’Ortie ; le C. Æpilinum, un peu rare, croît principalement dans le Nord et l'Est.

La présence de deux ou trois espèces du groupe des Hétérostylées est accidentelle ; on a trouvé quelquefois le C. obtusiflora et le C. racemosa imporlés avec des graines fourragères mais qui ne semblent pas s'être maintenus; on rencontre actuellement dans quelques champs du Midi, la variété ewlgivaga du C. Gronovii, d’importalion américaine récente (1).

(1) ScHRIBAUX. Sur les fraudes de semences et les moyens de sy soustraire. Congrès agrivole de Reims, Séance du 20 Juin 1895.

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