DIFFÉRENCES GÉNÉRALES DES DEUX VIES, PAR RAPPORT AU MORAL
Il faut considérer sous ceux rapports les actes qui, peu liés à l’organisation matérielle des animaux , dérivent de ce principe si peu connu dans sa nature , mais si remarquable par ses effets , centre de tous leurs mouvements volontaires, et sur lequel on eût moins disputé si, sans vouloir remonter à son essence, on se fût contenté d’analyser ses opérations. Ces actes que nous considérons surtout dans l’homme, où ils sont à leur plus haut point de perfection , sont ou purement intellectuels et relatifs seulement à l’entendement, ou bien le produit immédiat des passions. Examinés sous le premier point de vue, ils sont l’attribut exclusif de la vie animale ; envisagés sous le second , ils appartiennent essentiellement à la vie organique.
§ l. Tout ce qui est relatif à l’eutendemeat appartient à la rie animale.
Il est inutile, je crois, de s’arrêter longuement à prouver que la méditation, la réflexion, le jugement, tout ce^^qui
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tient, en un mot, à l’association des idées, est le domaine de la vie animale. Nous jugeons d’après les impressions reçues autrefois , d’après celles que nous recevons actuellement, ou d’après celles que nous créons nous-mêmes.
La mémoire, la perception et l’imagination sont les bases principales sur lesquelles appuient toutes les opérations de ' l'entendement; or, ces bases reposent elles-mêmes sur l’action des sens.
Supposez un homme naissant dépourvu de tout cet appareil extérieur qui établit nos relations avec les objets environnants ; cet homme-là ne sera pas tout à fait la statue de Condillac; car, comme nous le verrons, d’autres causes que les sensations peuvent déterminer en nous l’exercice des mouvements de la vie animale ; mais au moins, étranger à tout ce qui l’entoure , il ne pourra point juger, parce que les matériaux du jugement lui manqueront ; toute espèce de fonction intellectuelle sera nulle chez lui ; la volonté, qui est le résultat de ces fonctions, ne pourra avoir lieu ; par conséquent, cette classe si étendue de mouvements qui a son siège immédiat dans le cerveau , et qui est une suite des impressions que celui-ci a reçues des objets extérieurs, ne sera point son partage.
C’est donc parla vie animale que l’homme est si grand, si supérieur à tous les êtres qui l’entourent; par elle il appartient aux sciences, aux arts, à tout ce qui l’éloigne des attributs grossiers sous lesquels nous nous représentons la matière, pour le rapprocher des images sublimes que nous nous formons de la spiritualité. L’industrie, le commerce, tout ce qui est beau, tout ce qui agrandit le cercle étroit où restent les animaux, est l’apanage de la vie extérieure.
La société actuelle n’est autre chose qu’un développement plus régulier, une perfection plus marquée dans l’exercice des diverses fonctions de cette vie, lesquelles établissent nos rapports avec les êtres environnants ; car, comme je le prouverai en détail, c’est un de ces caractères majeurs de pouvoir s’éteindre, se perfectionner, tandis
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que dans la vie organique chaque partie n’abandonne jamais les limites que la nature lui a posées. Nous vivons organiquement d’une manière tout aussi parfaite, tout aussi régulière dans le premier âge que dans l’âge adulte ; mais comparez la vie animale du nouveau-né à celle de l’homme de tfente ans, et vous verrez la difTérence.
D’après ce que nous venons de dire, on peut considérer le cerveau, organe central de la vie animale, comme centre de tout ce qui a rapport à l’intelligena! et à l’entendement. Je pourrais parler ici de sa proportion de grandeur dans l’homme et dans les animaux, où l’industrie semble décroître à mesure que l’angle facial devient aigu , et que la cavité cérébrale se rétrécit; des altérations diverses dont il est le siège, et qui toutes sont marquées par des troubles notables dans l’entendement ; mais tous ces rapports sont assez connus, il suffit de les indiquer. Passons à cet autre ordre de phénomènes qui , étrangers, comme les précédents, aux idées que nous nous formons des phénomènes matériels, ont cependant un siège essentiellement différent [I].
§ II. Tout ce qui est relatif aux passions appartient à la xie organique.
Mon objet n’est point ici de considérer les passions sous le rapport métaphysique. Qu’elles ne soient toutes que des modifications diverses d’une passion unique, que chacune tienne à un principe isolé, peu importe : reniarquons seulement que beaucoup de médecins, en traitant de leur influence sur les phénomènes organiques, ne les ont point assez distinguées des sensations. Celles-ci en sont l’occasion, mais elles en diffèrent essentiellement.
La colère , la tristesse, la joie, n’agiteraient pas, il est vrai, notre âme, si nous ne trouvions dans nos rapports avec les objets extérieurs les causes qui les font naître. If est vrai aussi que les sens sont les agents de ces rapports, qu’ils communiquent la cause des passions , mais ils ne
by Goiîgl.
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participent nullement à l’efl'et; simples conducteurs dans ce cas, ils n’ont rien de commun avec les all'ections qu’ils produisent. Cela est si vrai, que toute espèce de sensations a son Centre dans le cerveau, car toute sensation suppose l’impression et la perception. Ce sont les sens qui reçoivent l’impression , et le cerveau qui la perçoit; en sorte que là où l’action de cet organe est suspendue , toute sensation cesse. Au contraire , il n’est jamais affecté dans les passions; les organes de la vie interne en sont le siège unique.
11 est sans doute étonnant que les passions qui entrent essentiellement dans nos relations avec les êtres placés autour de nous, qui modifient à chaque instant ces relations, sans qui la vie animale ne serait qu’une froide série de phénomènes intellectuels, qui animent, agrandissent, exaltent sans cesse tous les phénomènes de cette vie ; il est, dis-je, étonnant que les passions n’aient jamais leur terme ni leur origine dans ces divers organes; qu’au contraire les parties servant aux fonctions internes soient constamment affectées par elles , et même les déterminent suivant l’état où elles se trouvent. Tel est cependant ce que la stricte observation nous prouve.
Je dis d’abord que l’effet de toute espèce de passion, constamment étranger à la vie animale, est de faire naître un changement, une altération quelconque dans la vie organique. La colère accélère les mouvements de la circulation, multiplie, dans une proportion souvent incommensurable, l’effort du cœur; c’est sur la force, la rapidité du cours du sang, qu’elle porte son influence. Sans modifier autant la circulation, la joie la change cependant ; elle en développe les phénomènes avec plus de plénitude, l’accélère légèrement , la détermine vers l’organe cutané. La crainte agit en sens inverse ; elle est caractérisée par une faiblesse dans tout le système vasculaire , faiblesse qui, empêchant le sang d’arriver aux capillaires, détermine cette pâleur générale qu’on remarque alors surd’ha-
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bitude du corps, et en particulier à la face. Li-*effel de la tristesse, du chagrin, est à peu près semblable.
Telle est même l’influence qu’exercent les passions sur les organes circulatoires, qu’elles vont, lorsque l’attection est très-vive, jusqu’à arrêter le jeu de ces organes . de là les syncopes, dont le siège primitit est toujours, comme je le prouverai bientôt, dans le cœur, et non dans le cerveau, qui ne cesse alors d’agir que parce qu’il ne reçoit plus l’excitant nécessaire à son action. De là même la mort, effet quelquefois subit des émotions extrêmes, soit que ces émotions exaltent tellement les forces circulatoires, que, subitement épuisées, elles ne puissent se rétablir, comme dans la mort produite par un accès de colère; soit que, comme dans celle occasionnée par une violente douleur, les forces, tout à coup frappées d’une excessive débilité, ne puissent revenir à leur état ordinaire.
Si la cessation totale ou instantanée de la circulation n’est pas déterminée par cette débilité, souvent les parties en conservent une impression durable, et deviennent consécutivement le siège de diverses lésions organiques. Desault avait remarqué que les maladies du cœur, les anévrismes de l’aorte, se sont multipliés dans la révolution, à proportion des maux qu’elle a enfantés.
La respiration u’est pas dans une dépendance moins immédiate des passions . ces étouffements, cette oppression, effet subit d’une douleur profonde, ne supposent-ils pas dans le poumon un changement notable, une altération soudaine? Dans cette longue suite de maladies chroniques ou d’affections aiguës, triste attribut du sysU’ine pulmonaire, n’est-on pàB souvent obligé de remonter aux passions du malade pour trouver le principe de son mal?
L’impression vive ressentie au pylore dans les fortes émotions, l’empreinte ineffaçable qu’il en conserve quelquefois, et d’où naissent les squirres dont il est le siège, le sentiment de resserrement qu’on éprouve dans toute la région de au cardia en particulier; dans
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d’autres circonstances^ les vomissements spasmodiques qui succèdent quelquefois tout à coup à la perte d’un objet chéri, à la nouvelle d’un accident funeste, à toute espèce de trouble déterminé parles passions; l’interruption subite des phénomènes digestifs par une nouvelle agréable ou fâcheuse, les affections d’entrailles, les lésions organiques des intestins, de la rate, observées dans la mélancolie, l’hypocondrie, maladies que préparent et qu’accompagnent presque toujours de sombres affections, tout cela n’indique-t-il pas le lien étroit qui enchaîne à l’état des passions celui des viscères de la digestion?
Les organes sécrétoires n’ont pas avec les affections de l’âme une moindre connexion. Une frayeur subite suspend le cours de la bile et détermine la jaunisse ; un accès de colère est l’origine fréquente d’une indisposition, et même d’une fièvre bilieuse; les larmes coulent avec abondance dans le chagrin, dans la joie, quelquefois dans l’admiration; le pancréas est fréquemment malade dans l’hypocondrie, etc.
L’exhalation, l’absorption, la nutrition, ne paraissent pas recevoir dos passions une influence aussi directe que la circulation, la digestion, la respiration et les sécrétions; mais cela tient sans doute à ce que ces fonctions n’ont point, comme les autres, de foyers principaux, de viscères essentiels dont nous puissions comparer l’état avec celui où se trouve l’âme. Leurs phénomènes, généralement disséminés dans tons les organes, n’appartenant exclusivement à aucun, ne sauraient nous frapper aussi vivement que ceux dont l’effet est concentré dans un espace plus étroit.
Cependant les altérations qu’elles éprouvent alors ne sont pas moins réelles, et même au bout d’un certain temps elles deviennent apparentes. Comparez l’homme dont la douleur marque toutes les heures à celui dont les jours se passent dans la paix du cœur et la tranquillité de l’âme, vous verrez quelle différence distingue la nutrition ’ de l’un d’avec celle de l’autre. .
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Rapprochez le temps oii toutes les passions sombres, la crainte, la tristesse, le désir de la vengeance semblaient planer sur la France, de celui où la sûreté, l’abondance, y appelaient les passions gaies, si naturelles aux Français; rappelez-vous comparativement l’habitude extérieure de tous les corps dans ces deux temps, et vous direz si la nutrition ne reçoit pas l’influence des passions. Ces expressions, sécher d'envie , être rongé de remords, être consumé par la tristesse, etc-, etc., n’annoncent-elles pas cette influence, n’indiquent-elles pas combien les passions modifient le travail nutritif?
Pourquoi l’absorption et l’exhalation ne seraient-elles pas aussi soumises à leur empire, quoiqu’elles le paraissent moins? Les collections aqueuses, les hydro[)isies , les inflltrations de l’organe cellulaire , vices essentiels de ces deux fonctions, ne peuvent-elles pas dépendre souvent de nos affections morales?
Au milieu de ces bouleversements , de ces révolutions partielles ou générales, produits par les passions dans les phénomènes organiques , considérez les actes de la vie animale; ils restent constamment au même degré, ou bien, s’ils éprouvent quelques dérangements, la source primitive en est cdnstamment , comme je le montrerai, dans les fonctions internes.
Concluons donc de ces diverses considérations, que c’est toujours sur la vie organique, et non sur la vie animale, que les passions portent leur influence : aussi tout ce qui nous sert à les peindre se rapporte-t-il à la première et non à la seconde. Le geste, expression muette du sentiment et de l’entendement, en est une preuve remarquable : si nous indiquons quelques phénomènes intellectuels relatifs à la mémoire, à l’imagination, à la perception, au jugement, etc., la main se porte involontairement sur la tête : voulons-nous exprimer l’amour, la joie , la tristesse, la haine , c’est sur la région du cœur, de l’estomac, des intestins qu’elle se dirige.
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L’acteur qui ferait une équivoque à cet égard, qui, en parlant de chagrins, rapporterait les gestes à la tête, ou les concentrerait sur le cœur pour annoncer un effort de génie, se couvrirait d’un ridicule que nous sentirions mieux encore que nous ne le comprendrions.
Le langage vulgaire distinguait les attributs respectifs des deux vies dans le temps où tous les savants rapportaient au cerveau, comme siège de l’âme, toutes nos affections. On a toujours dit, une tète forte, une tête bien orgafiisée, pour énoncer la perfection de l’entendement; tin bon cœur, un cœur sensible, pour indiquer celle du sentiment. Ces expressions, la fureur circulant dans les veines, remuant la bile ; la joie faisant tressaillir les entrailles, la jalousie distillant ses poisons dans le cœur, etc., etc., ne sont point des métaphores employées par les ijoëtes, mais l’énoncé de ce qui e.st réellement dans la nature : aussi toutes ces expressions, empruntées des fonctions internes, entrent-elles spécialement dans nos chants, qui sont le langage des passionsde la vie organique par conséquent, comme la parole ordinaire est celui de l’entendement, de la vie animale.' La déclamation tient le milieu; elle anime la langue froide du cerveau par la langue expressive des organes intérieurs du cœur, du foie, de l’estomac, etc.
La colère, l’amour, inoculent, pour ainsi dire, aux humeurs, et à la salive en particulier, un vice radical qui rend dangereuse la morsure des animaux agités par ces passions, lesquelles distillent vraiment dans les Iluides un funeste poison , comme l’indique l’expression commune. Les passions violentes de la nourrice impriment à son lait un caractère nuisible, d’où naissent souvent diverses maladies pour l’enfant. C’est par les modifications que le sang de la mère reçoit des émotions vives qu’elle éprouve qu’il faut expliquer comment ces émotions influent sur la nutrition, la conformation, la vie même du fœtus , auquel le sang parvient par l’intermède du placenta.
Non-seulement les passions portent essentiellement sur
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les fonctions organiques, en affectant leurs viscères d’une manière spéciale; mais l’état de ces viscères, leurs lésions, les variations de leurs forces , concourent d’une manière marquée à la production des passions. Les rapports qui les unissent avec les tempéraments, les âges, etc., établissent incontestablement ce fait.
Qui ne sait que l’individu dont l’appareil pulmonaire est très-prononcé, dont le système circulatoire jouit de beaucoup d’énergie, qui est, comme on le dit, très-sanguin, a dans les affections une impétuosité qui le dispose surtout à la colère, à l’emportement, au courage; que là où prédomine le système bilieux, certaines passions sont plus développées, telles que l’envie, la haine, etc.; que les constitutions où les fonctions des lymphatiques sont à un plus haut degré impriment aux affections une lenteur opposée à l’impétuosité du tempérament sanguin 1
En général , ce qui caractérise tel ou tel tempérament , c’est toujours telle ou telle modification , d’une part dans les passions, de l’autre part dans l’état des viscères de la vie organique et la prédominance de telle ou telle de ses fonctions. La vie animale est presque constamment étrangère aux attributs des tempéraments.
Disons la même chose des âges. Dans l’enfant, la faiblesse d’organisation coïncide avec la timidité, la crainte; dans le jeune homme, le courage, l’audace, se déploient à proportion que le système pulmonaire et vasculaire deviennent supérieurs aux autres; l’âge viril, où le foie et l’appareil gastrique sont plus prononcés, est l’âge de l’ambition, de l’envie, de l’intrigue.
En considérant les passions dans les divers climats, dans les diverses saisons , le même rapport s’observerait, entre elles et les organes des fonctions internes. Mais assez de médecins ont indiqué ces analogies ; il serait superflu do les rappeler.
Si de l’homme en santé nous portons nos regards sur l’homme malade, nous verrons les lésions du foie, de l’es-
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lomac, de la rate, des intestins, du cœur, etc., déterminer dans nos affections une foule de variétés, d’altérations, qui cessent d’avoir lieu dès l’instant où la cause qui les entretenait cesse elle-même d’exister.
Ils connaissaient, mieux que nos modernes mécaniciens, les lois de l’économie, les anciens qui croyaient que les sombres affections s’évàcnaient par les purgatifs avec les mauvaises humeurs. En débarrassant les premières voies, ils en faisaient disparaître la cause de ces affections. Voyez, en effet, quelle sombre teinte répand sur nous l’embarras des organes gastriques.
Les erreurs des premiers médecins sur l’atrabile prouvaient la précision de leurs observatiobs sur les rapports qui lient ces organes à l’état de l’àme.
Tout tend donc à prouver que la vie organique est le terme où aboutissent et le centre d’où partent les passions. On demandera sans doute ici comment les végétaux , qui vivent organiquement, ne nous en présentent aucun vestige. C’est que , outre qu’ils manquent de l’excitant naturel des passions, savoir, de l’appareil sensitif extérieur, ils sont dépourvus des organes internes qui concourent plus spécialement à leur production , tels que l’appareil digestif, celui de la circulation générale, celui des grandes sécrétions que nous remarquons chez les animaux : ils respirent par trachées, et non par un foyer concentré, etc.
Voilà pourquoi les passions sont si obscures, et même presque nulles dans le genre des zoophytes, dans les vers, etc.; pourquoi, à mesure que, dans la série des animaux , la vie organique se, simplifie davantage , perd tous ses organes importants, les passions décroissent proportionnellement (J).
§ 111. Comment les passions modifient les actes de la vie animale, quoiqu’elles aient leur siège dans la vie organique.
Quoique les passions soient l’attribut spécial de la vie
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organique, elles ont cependant sur les mouvements de la vie animale une influence qu’il faut examiner. Les muscles volontaires sont fréquemment mis en jeu par elles; tantôt elles en exaltent les mouvements , tantôt elles semblent agir sur eux d’une manière sédative.
Voyez cet homme que la colère, la fureur, agitent ; ses forces musculaires, doublées , triplées même, s’exercent avec une énergie que lui-même ne peut modérer, üii chercher la source de cet accroissement? Elle est manifestement dans le cœur.
Cet organe est l’excitant naturel du cerveau par le sang qu’il lui envoie, comme je le prouverai fort au long dans la suite de cet ouvrage ; en sorte que, selon que l’excitation est plus ou moins vive, l’énergie cérébrale est plus ou moins grande, et nous avons vu que l’effet de la colère est d’imprimer à la circulation une extrême vivacité, de pousser par conséquent vers le cerveau une grande quantité de sang dans un temps donné. Il résulte de là un effet analogue à celui qui survient toutes les fois que la même cause se développe , comme dans les accès de fièvre ardente, dans l’usage du vin à un certain degré, etc.
Alors, fortement excité, le cerveau excite avec force les muscles qui sont soumis à son influence ; leurs mouvements deviennent, pour ainsi dire, involontaires : ainsi la volonté est-elle étrangère à ces spasmes musculaires déterminés par une cause qui irrite l’organe médullaire , comme une esquille , du sang , du pus dans les plaies de tête, le manche du scalpel, ou tout autre instrument dans nos expériences.
L’analogie est exacte; le sang, abondant en plus grande quantité qu’à l’ordinaire, produit sur le cerveau l’effet de ces excitants divers, llest donc, pour ainsi dire, passifdans ces divers mouvements. C’est bien de lui que partent, comme à l’oroinaire, les irradiations nécessaires ; mais ces irradiations y naissent malgré lui, et nous ne sommes pas maîtres de les suspendre.
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Aussi remarquez que, dans la colère, un rapport constant existe entre les contractions du cœur et celles des organes locomoteurs : quand les unes augmentent , les autres s’accroissent ; si l’équilibre se rétablit d’un côté , bientôt nous l’observons de l’autre. Dans tout autre cas, au contraire, aucune apparence de ce rapport ne se manifeste; l’action du cœur reste la môme au milieu des nombreuses variations du système musculaire locomoteur. Dans les convulsions ou les paralysies dont ce système est le siège, la circulation ne s’accélère ni ne se ralentit jamais.
Nous voyons , dans la colère , le mode d’influence qu’exerce la vie organique sur la vie animale. Dans la crainte où, d’une part, les forces du cœur affaiblies poussent au cerveau moins de sang, et par là même y dirigent une cause moindre d’excitation ; où, d’autre part, on remarque un affaiblissement d’action dans les muscles extérieurs, nous saisissons aussi l’enchaînement de la cause à l’effet. Cette passion offre au premier degré le phénomène que présentent au dernier les vives émotions qui, suspendant tout à coup l’effort du cœur, déterminent une cessation subite de la vie animale, et par là même la syncope.
Mais comment expliquer les modifications mille fois variées qu’apportent à chaque instant les autres passions dans les mouvements qui appartiennent à cette vie? comment dire la cause de ces nuances infinies qui se succèdent si souvent avec une inconcevable rapidité dans le mobile tableau de la face? comment expliquer pourquoi, sans que la volonté y participe, je front se ride ou s’épanouit, les sourcils se froncent ou se déploient, les yeux s’enflamment ou languissent, brillent ou s’obscurcissent, la bouche se relève ou s’abaisse, etc?...
Tous les muscles, agents de ces mouvements, reçoivent leurs nerfs du cerveau et sont ordinairement volontaires. Pourquoi dans les passions cessent-ils donc de l’être? Pourquoi rentrent-ils dans la classe des mouvements de la vie
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organique, qui tous s’exercent sans que nous les dirigions, ou méineque nousen ayons la conscience? Voici, je crois, l’explication la plus proliable de ce phénomène.
Des rapports sympathiques nombreux unissent tous les viscères internes avec le cerveau ou avec ses différentes parties. Chaque pas fait dans la pratique nous offre des exemples d’affections de cet organe, nées sympathiquement de celles de l’estomac, du foie, des intestins, de la rate, etc. Cela posé, comme l’effet de toute espèce de passion est de produire une afl'ection, un changement de force dans l’un de ces viscères, il sera aussi d’exciter sympathiquement, ou le cerveau en totalité, ou seulement r|uel(piesunes de ses parties dont la réaction sur les muscles qui en reçoivent des nerfs y déterminera les mouvements qu’on observe alors. Dans la production de ces mouvements, l’organe cérébral est donc pour ainsi dire passif, tandis qu’il est actif lorsque la volonté préside à ses efforts.
Ce qui arrive dans les passions est semblable à ce que nous observons dans les maladies des organes internes, qui font naître sympathiquement des spasmes, une faiblesse ou même la paralysie des muscles locomoteurs.
Peut-être les organes internes n’agissent-ils pas sur les muscles volontaires par l’excitation intermédiaire du cerveau, mais par des communications nerveuses directes ; qu’importe le comment? Ce n’est pas de la question tant agitée du mode des communications sympathiques qu’il s’agit ici.
Ce qui est essentiel, c’est le fait lui-même : or, dans ce fiîit, voici ce qui est évident : d’une part, affection d’un organe intérieur par les passions ; de l’autre, mouvement déterminé, à l’occasion de cette affection, dans les muscles sur lesquels cet organe n’a aucune influence dans la série ordinaire des phénomènes des deux vies. C’est bien lîi sûrement une sympathie; car entre elle et celles que nous présentent les convulsions, les spasmes delà face occasionnés par la lésion du centre phrénique, par une plaie à l’es-
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tomac, etc. , la différence n’est que dans la cause qui affecte l’organe interne.
L’irritation de la luette, du pharynx, agite convulsivement le diaphragme ; l’action trop répétée des liqueurs fermentées sur l’estomac donne des tremblements; pourquoi ce qui arrive datis un mode d’affection des viscères gastriques n’arriverait-il pas dans un autre? Que l’estomac, le foie, etc., soient irrités par une passion ou par une cause matérielle, qu’importe? c’est de l’affection et non delà cause qui la produit que naît la sympathie.
Voilà donc, en général, comment les passions arrachent à l’empire de la volonté des mouvements naturellement volontaires, comment elles s’approprient, si je puis m’exprimer ainsi, les phénomènes de la vie animale, quoiqu’elles aient essentiellement leur siège dans la vie organique.
Quand elles sont très-fortes, l’affection très-vive des organes internes produit si impétueusement les mouvemenis sympathiques des muscles, que l’action ordinaire du cerveau est absolument nulle sur eiix. Mais la première impression étant passée, le mode ordinaire de locomotion revient.
Un homme apprend, par lettre et devant une assemblée, une nouvelle qu’il a intérêt de cacher; tout à coup son front se ride, il pâlit, ou ses traits s’animent, suivant la passion qui est mise en jeu : voilà des phénomènes sympathiques nés de quelques viscères abdominaux subitement affectés par cette passion, et qui, par conséquent, appartiennent à la vie organique. Bientôt cet homme se contraint; son front s’épanouit, sa rougeur renaît ou ses traits se resserrent, quoique le sentiment intérieur subsiste : c’est le mouvement volontaire qui l’a emporté sur le sympathique; c’est le cerveau, dont l’action a surmonté celle de l’estomac, du foie, etc.; c’est la vie animale qui a repris son empire.
. U y a dans presque toufes les passions mélange ou succession des mouvements de la vie animale à ceux de la vie
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organique; en sorte qnc dans presque toutes l’action musculaire est en partie dirigée par le cerveau, suivant l’ordre naturel, et a en partie son siège dans les viscères organiques, comme le cœur, le foie, l’estomac, etc. Ces deux foyers, tour à tour prédominés Tun par l’autre, ou restant en équilibre, constituent par leur mode d’influence toutes les variétés nombreuses que nous présentent nos affections morales.
Ce n’est pas seulement sur le cerveau, mais encore sur toutes les autres parties, que les viscères affectés par les passions exercent leur influence sympathique : la peur affecte primitivement l’estomac, comme le prouve le resserrement qu’on ressent alors dans cette région. Ainsi affecté, l’organe réagit sur la peau, avec laquelle il a tant de rapports, et celle-ci devient alors le siège d’une sueur froide et subite, si fréquente dans cette affection de l’âme. Cette sueur est de la nature de celle qu’on détermine par l’action d’une substance qui, comme le thé, agit d’abord sur l’estomac, lequel réagit ensuite sympathiquement sur l’organe cutané. Ainsi un verre d’eau froide, un air très-frais, suppriment-ils cette excrétion, par le rapport qu’il y a entre cet organe et les surfaces muqueuses de l’estomac ou des bronches. Il faut bien distinguer les sueurs sympathiques, de celles dont la cause agit directement sur la peau, comme la chaleur, l’air, etc.
Quoique le cerveau ne soit pas, d’après cela, le but unique de la réaction des viscères internes affectés par les passions, il est cependant le principal; et, sous ce rapport, on peut toujours le considérer comme un foyer toujours en opposition avec celui que représentent les organes internes. [K]
§ IT. Da centre épigastrique; il n'existe point dans le sens que les auteurs ont entendu.
Les auteurs n’ont jamais varié sur le foyer cérébral ; tous les mouvements volontaires ont toujours été envisagés par