‹ Recherches pour servir à l'histoire des lombriciens terrestresChapitre 74 sur 90 · APPAREILS D'EXCRÉTION · texte numérisé non relu

APPAREILS D'EXCRÉTION

ORGANES SEGMENTAIRES.

Nous nous sommes, dans la première partie de ce travail, posé la question suivante :

« Doit-on, avec Ray Lankester, considérer les Lombriciens terrestres comme typiquement pourvus de deux paires d'organes segmentaires dans chaque anneau, toute la série supérieure de ces organes avortant généralement, sauf dans certains anneaux où les organes restants se modifient de manière à remplir certaines fonctions spéciales? »

Si cela est, avons-nous dit, il doit se présenter des cas où l'avortement est moins complet que chez nos Lombrics indigènes, les seuls qui aient été bien étudiés; dans d'autres cas, l'avortement peut avoir été déplacé et nous devons trouver la série supérieure revenant à son développement normal, coexistant avec la série inférieure, ou prenant sa place.

A la vérité, aucun de ces cas ne se fût-il présenté, nous n'avions pas le droit de conclure en toute rigueur contre l'hypothèse, mais si l’un ou plusieurs d'entre eux se rencontrent, cette dernière devient probablement, par ce seul fait, l'expression d'une réalité.

Tout d'abord une question secondaire se présente. Comment distinguer l’un de l’autre les deux systèmes d'organes segmentaires, si l’un d'eux est seul développé?

Comment caractériser chacun d’eux?

Nous devons avant tout examiner cette question, et elle se trouve heureusement résolue par l'étude des animaux que nous avons eus

à notre disposition.

vint. 21

Dans la grande majorité des cas (Lumbricus, Acanthodrilus, etc.) l'orifice externe des organes segmentaires se trouve placé légèrement au-dessus des soies de la rangée inférieure et toujours -en avant.

Il semble donc déjà que cette relation prenne la valeur d'une loi morphologique. Mais nous avons vu que les soies de chaque paire ne demeurent pas toujours unies. Quand elles se séparent, comme chez les Titanus, de manière à former huit rangées longitudinales, que va-t-il arriver? L’orifice conservera-t-il sa position initiale: relativement aux lignes médianes dorsale et ventrale, ou se: déplacera-t-il en même temps que les soies?

Dans la première alternative, il est évident que nous devions chercher un autre point de repère pour déterminer la position de l'orifice en question ; dans la seconde, il est non moins évident que ce point de repère est tout trouvé : c'est la position des soies. locomotrices.

Eh bien, dans les Titanus, à mesure que les deux soies de la paire inférieure de chaque anneau s’écartent l’une de l’autre, nous voyons l'orifice des organes segmentaires se déplacer avec la soie supérieure, demeurer toujours dans son voisinage, en avant et un peu au-dessus, dans les relations mêmes où il se trouvait quand les deux soies étaient géminées.

On peut donc se croire autorisé par ce fait, malheureusement unique, à énoncer cette loi :

« L'orifice externe de la série inférieure des organes seymentaires est intimement lié à la soie supérieure de chaque paire inférieure de soies ; il est placé au devant et un peu au-dessus d'elle; àil la suit dans tous ses déplacements; ils se caractérisent mutuellement. »

Ceci étant établi, il demeure évident que, par analogie, s’il existe un second système d'organes segmentaires, il devra probablement se trouver dans les mêmes relations morphologiques avec les soies de la rangée supérieure.

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L'est, en -elfet, ce que nous trouvons chez les Anteus, les Rhinodrèlus et les Moniligaster. Ici on voit une ligne d'orifices, en avant et au-dessus de chacune des soies supérieures de la rangée supérieure. [1 m'existe pas d'orifices en avant des soies de la rangée inférieure. Nous devons admettre en conséquence que, dans ces genres, nous avons affaire à un système d'organes segmentaires morphologiquement différent du premier, système que nous appellerons système des organes segmentaires supérieurs. Le système des organes segmentaires inférieurs a avorté.

Ainsi, il est rendu au moins fort probable par ce que nous venons ile dire que les Lombrics possèdent bien typiquement deux paires d'organes segmentaires par anneau. Il est même digne de remarque que chez l'Anteus, dont les cloisons interannulaires antérieures sont si épaisses, ces organes segmentaires, sans presque se modifier, servent de canaux déférents.

Malheureusement notre démonstration s'arrête à ces faits. Nous n'avons pas vu les deux systèmes d'organes coexister d'une mauière évidente; cela rendrait la démonstration complète. Mais les dispositions que nous venons de signaler rentrent d'une manière trop frappante dans les conséquences de l'hypothèse de Ray Lankester, pour qu'il soit actuellement impossible de ne pas lui accorder quelque valeur positive.

Il semble donc que l’on puisse prévoir dès ce moment qu'on trouvera des Lombrics à huit rangées de soies isolées chez qui les organes segmentaires s'ouvriront en avant des rangées de soies les plus élevées, qu'on en trouvera d'autres chez qui l’une des deux séries existera dans une partie du corps, l’autre série se montrant dans le reste de l'animal, qu'enfin — au moins dans une certaine région du corps — les deux séries d'orifices pourront coexister.

Il est bien fâcheux que Kinberg, qui a eu à sa disposition des Vers si curieux et d'origines si diverses, n'ait donné aucun détail sur ce point.

16h NOUVELLES ARCHIVES DU MUSEUM

Il y a d’ailleurs parmi les Vers que j'ai décrits dans ce Mémoire, des animaux remarquables et qui réalisent presque la démonstration que j'ai essayé d'établir : ce sont les £udrilus. Là, comme dans l’Anteus et le Rhinodrilus, les orifices des organes segmentaires sont en avant des soies de la rangée supérieure. Nous avons donc affaire à des organes segmentaires supérieurs. Ces orifices se retrouvent avec tous leurs caractères, mais un diamètre un peu plus grand sur les anneaux seize, quatorze, quinze et treize qui font partie de la ceinture. De plus. le seizième anneau porte une paire d'orifices qui sont exactement situés sur le prolongement des deux rangées inférieures de soies, exactement dans la situation que devraient occuper les orifices des organes segmentaires inférieurs. Seulement ici, les paires inférieures des soies de l'anneau ont disparu, et les orifices en question se trouvent reportés à la partie postérieure de l'anneau; cela s'explique suffisamment par la grandeur de ces orifices et les modifications apportées à leurs usages. Ces orifices sont en effet ceux des canaux déférents. L'absence des soies qui devraient leur correspondre, corrélative du grand développement de ces orifices, semble bien indiquer ici qu'il y a une liaison morphologique intime entre ces deux sortes d'organes; elle confirme l'opinion que nous avons émise relativement à la nature de ces orifices, tendant à les faire considérer comme ceux d'organes segmentaires inférieurs. Par conséquent, nous trouvons ici, dans un même anneau, les deux catégories d'organes super-. posées et, comme cela devait arriver quelque part, dans un rapport inverse à celui qu'on observe chez les Lombrics. Toutefois ces mêmes Eudrilus font naître une difficulté nouvelle. Leur quatorzième anneau porte, outre l’orifice segmentaire habituel, un orifice nouveau placé en arrière du premier et qui n’est pas autre chose que l’orifice commun d’un oviducte et d’une poche copulatrice. Par sa position, cet orifice rappelle celui des organes segmentaires et porterait à rattacher la poche copulatrice qui porte l’ovaire au système des organes

LOMBRICIENS TERRESTRES, 165 segmentaires supérieurs. Comme cet organe el son orifice extérieur existent également dans le même anneau, on est bien forcé de repousser cette homologie, et la conséquence de ce fait semble être que les poches copulatrices, contrairement à une opinion que d’autres faits semblaient rendre probable, ne sont nullement des modifications des organes segmentaires. Ajoutons cependant qu'ici la relation singulière que l'ovaire contracte avec les poches copulatrices peut

servir à diminuer un peu la valeur de l’objection.

Nous venons de nous occuper des Lombriciens qui portent huit soies sur chaque anneau. Que deviennent dans les autres les relations que nous avons tâché d'établir? Je laisse là une lacune que de plus heureux rempliront. Je n'ai pu observer parmi les Lombriciens présentant plus de huit soies que les Perichæta et les Perionyr, et chez ceux-là il m'a été impossible de découvrir sur les téguments d’autres orifices que ceux des pores dorsaux, des poches copulatrices, des canaux déférents et des oviductes.

A l’époque où j'ai eu des Perichæta vivants entre les mains, mon attention ne s'était pas encore portée sur les organes segmentaires, et je m'attachai d'autant moins à les rechercher que M. Vaillant ne les avait pas trouvés chez le P. cingulata et que je ne songeais en aucune façon à contrôler ses résultats, Je n’affirmerai donc pas positivement ici que chez les Perichæta les deux systèmes d'organes segmentaires soient frappés d’avortement. Néanmoins cela ne me paraîtrait en aucune façon surprenant. Du moment que l'un de ces systèmes peut avorter d’une manière aussi persistante, que néanmoins l'avortement ne porte pas constamment sur l'un des systèmes de préférence à l’autre, il n’y a pas de raison pour que dans certains types l’avortement ne porte pas sur les deux systèmes à la fois”.

4. Depuis le moment où ce passage a été écrit, il m'a été possible d'étudier à ce point de

Une autre question se pose ici : c'est celle de la nature des pores dorsaux, de leurs conditions d'existence ou de disparition, des :caractères que l’on en peut tirer. Malgré mon désir d'aborder ce problème, je ne crois pas avoir encore de documents suffisants pour le résoudre.

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