CONCLUSIONS
On sait depuis longtemps que le système nerveux des Céphalopodes est double, et que leur système stomato-gastrique est l’analogue du grand sympathique des Vertébrés.
Le système nerveux de la vie animale est composé d’un centre principal, le collier œsophagien, duquel sortent de nombreuses paires nerveuses, et de quelques ganglions dépendant de plusieurs de ces nerfs.
1° Dans les quatre espèces que j’ai étudiées et probablement dans tous les Céphalopodes, le collier se divise naturellement en une masse supérieure désignée par Cuvier sous le nom de cerveau, et une masse inférieure. Deux commissures réunissent ces deux parties.
2° Le cerveau est formé de trois portions ganglionnaires blanches symétriques ou plutôt doubles, que l’on reconnaît déjà à la surface, sous la forme de trois bandes blanches transversales dans l’Elédone et le Poulpe, de deux bandes et du ganglion suspharyngien dans la Sèche et le Calmar. Je crois avoir démontré que ce ganglion appartient aufeerveau et non au système stomatogastrique.
3° Le cervelet et la calotte blanche qui le représente chez la Sèche et le Calmar, ne font pas partie de ces portions ganglionnaires; ils forment une sorte de revêtement. Sur ce cervelet nou s observons, chez l’Élédone , des bandelettes longitudinales blanches au nombre de sept, et des bandelettes grises au nombre de six seulement. Chez le Poulpe, il existe cinq bandelettes blanches, la médiane est rectiligne, les autres sont sinueuses. Quatre bandelettes grises alternent avec celles-ci. Sur la calotte blanche qui chez le Calmar représente le cervelet, nous ne voyons plus que des stries longitudinales. La surface de la calotte blanche de la Sèche ne montre ni stries, ni bandelettes.
li° La partie sous-œsophagienne du collier est constituée par la réunion de trois portions ganglionnaires symétriques ou doubles.
5° La commissure antérieure correspond à la réunion des deux paires antérieures des ganglions du cerveau, avec les deux paires correspondantes de la masse sous-œsophagienne. Chez la Sèche et le Calmar la chose est évidente ; quoique moins évidente chez le Poulpe et l’Êlédone, elle n’en est pas moins toutefois, il me semble, hors de contestation.
6° La commissure postérieure est bien plus volumineuse que la précédente, elle unit les deux paires postérieures des ganglions du cerveau avec les deux paires correspondantes de la masse sousœsophagienne.
7° Les portions ganglionnaires du collier sontformées de substance blanche remplie de cellules apolaires et unipolaires, entre lesquelles est interposée de la matière amorphe en grande quantité. Ces ganglions sont réunis par de la substance grise que des noyaux isolés forment presque entièrement, et qui rem-
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plit les intervalles des portions blanches, en masquant leur forme et leurs rapports.
8° Le collier œsophagien est formé par douze ganglions ou centres nerveux disposés en trois anneaux de quatre ganglions, chacun de ces anneaux étant composé de deux ganglions supérieurs ou cérébraux, et de deux ganglions inférieurs ou sousœsophagiens. Le collier comprend de plus une partie postérosupérieure indépendante ; c’est le cervelet.
9° La forme et la structure du ganglion optique sont les mêmes dans le Poulpe, l’Élédone, la Sèche et le Calmar.
10° Le petit ganglion olfactif est aussi semblable dans ces quatre Céphalopodes.
11° Les ganglions que portent les nerfs des bras, sont constitués de la même manière chez le Poulpe et l’Élédone. Dans la Sèche et le Calmar, il n’existe pas de ganglions distincts, mais les éléments anatomiques sont les mêmes dans les quatre espèces.
42° Le ganglion étoilé est formé de cellules unipolaires, origines des tubes nerveux qui en sortent. Sa structure est la même chez l’Élédone, le Poulpe, la Sèche et le Calmar. Les cellules de ce ganglion sont énormes pour des cellules nerveuses.
13° Les ganglions du nerf viscéral sont parfaitement semblable dans le Poulpe et l’Élédone, d’une part ; dans la Sèche et le Calmar, de l’antre. Il est possible aussi de rapporter ces deux types à un même plan ; en effet, le ganglion qui dans la Sèche et le Calmar existe à la naissance de la grande branche anastomotique, rappelle le fusiforme du Poulpe et de l’Élédone ; le ganglion du cœur branchial est peu différent dans les deux types, et le renflement ganglionnaire du nerf, dans l’axe charnu de labranchie de la Sèche et du Calmar, peut être considéré comme le résultat de la soudure d’un grand nombre de ganglions branchiaux.
1 4° Le système stomato- gastrique, qui avait semblé constitué suivant deux types différents, a pu être ramené à un type unique de la manière la plus heureuse, par la réunion du ganglion suspharyngien au cerveau, chez la Sèche et chez le Calmar. Ce système est formé par deux ganglions, le sous-pharyngien, qui est symétrique et double et reçoit des fibres nerveuses provenant
du cerveau, et le ganglion stomacal qui semble asymétrique, mais qui est cloisonné dans le sens antéro-postérieur. Ces deux centres sont réunis par les filets qui accompagnent l’œsophage.
15° Les nerfs des bras, au nombre de huit dans le Poulpe et l’Élédone, sont analogues aux nerfs des huit bras courts de la Sèche et du Calmar. Un cordon nerveux anastomotique les réunit, dans les deux types, au point où ils pénètrent dans l’axe des bras. Les deux nerfs des longs bras n’appartiennent qu’au Calmar et à la Sèche.
16° Les nerfs auditifs et les nerfs antérieurs de l’entonnoir naissent à peu près au môme niveau , leurs fibres d’origine s’entrecroisent dans la portion moyenne de la masse sous-œsophagienne ; celles des auditifs s’entrecroisent transversalement au sein de la portion moyenne, pour former un véritable chiasma. Les fibres d’origine des nerfs de l’entonnoir croisent ce chiasma à angle droit. La distribution de ces nerfs est absolument la môme chez les quatre espèces.
17° Le nerf de la grande veine a aussi une origine et une destination identiques chez les quatre espèces.
18° Le palléal et son accessoire naissent de la même manière et se distribuent aux mômes organes. Dans la Sèche et le Calmar, animaux essentiellement nageurs, le palléal fournit un nerf à la nageoire. Chez le Poulpe et l’Élédone, qui rampent et ne nagent pas, l’organe essentiel de la natation n’existant pas, le palléal ne se dédouble point et se porte tout entier au ganglion étoilé.
19° Dans l’Élédone, dès leur origine, le nerf viscéral et le postérieur de l’entonnoir sont distincts; dans le Poulpe ils sont réunis sur un court espace, de façon que Cuvier a considéré ce dernier nerf comme une branche du viscéral. Il est isolé et distinct chez la Sèche et le Calmar.
Les deux viscéraux sont distincts dans toute leur longueur chez le Poulpe et l’Élédone. Quoiqu’ils soient accolés l’un à l’autre à leur sortie de la boîte crânienne chez la Sèche et le Calmar, leurs origines n’en sont pas moins distinctes. La branche musculaire du pilier de la tôte est constante, de même que la branche anastomotique, les rameaux du cœur branchial et de la bran-
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chie. Il n’y a de légère différence que pour les rameaux du ganglion fusiforme et pour le plexus situé derrière le rectum et la poche du noir.
20° Le nerf optique et l’olfactif sont identiques chez les quatre Céphalopodes. Le chiasma des nerfs optiques, situé au-dessus de 1 œsophage, et dont le développement est beaucoup plus considérable que celui du chiasma des acoustiques, est constitué delà même manière chez les quatre espèces étudiées. Les petits nerfs ophthalmiques semblent présenter quelques différences qui tiennent peut-être à la difficulté de leur observation.
2i 0 Quant aux filets du système stomato-gastrique, la parfaite similitude de leur distribution est évidente.
22° La constitution histologique n’offre pas une analogie moins grande. La distinction entre la substance blanche du collier et la substance grise est aussi nette que possible. La première renferme des fibres pâles, des cellules apolaires et unipolaires, ainsi qu’une grande quantité de matière amorphe interposée. La seconde est presque uniquement formée de noyaux libres.
23° Le ganglion optique renferme aussi de la substance blanche à cellules unipolaires, et de la substance grise qui accompagne les divisions du nerf optique.
26° J’ai déjà insisté sur l’analogie des éléments des ganglions des bras ; nous y avons vu des cellules unipolaires à contenu granuleux, et des cellules bipolaires ou tripolaires à contenu liquide sans granules.
25° Les grandes cellules du ganglion étoilé ont aussi l’analogie la plus frappante.
26° Enfin, la constitution des ganglions du viscéral nous offre, dans l’Élédoue et le Poulpe, une identité parfaite. Ce que j’ai pu en voir chez la Sèche est encore semblable.
27° La constitution histologique si remarquable des ganglions iu stomato-gastrique, me parait un fait de premier ordre. Ici point de cellules, point de noyaux ; rien qu’une substance amorphe très-finement granuleuse, presque liquide et dans laquelle les fibres nerveuses semblent se dissoudre.
Les expériences physiologiques que j’ai pu faire ne sont pas assez complètes pour trouver place dans ce travail, aussi me suis-je borné à l’exposition rigoureuse des faits observés. De ces faits je n’ai point essayé de déduire, à l’exemple de plusieurs naturalistes, des rapprochements ayant pour but de prouver chez les Céphalopodes, non-seulement l’existence des differentes parties qui constituent le système cérébro-spinal des Vertébrés, mais encore un groupement identique de ces mêmes parties. Ces tentatives ne me semblent pas heureuses, et l’unité de plan qui tend à faire dériver les Céphalopodes des Vertébrés, n’y trouve pas de preuves convaincantes. À ce sujet, Cuvier en terminant son mémoire sur le Poulpe s’exprime ainsi : « Il n’est sans doute personne qui, à » la lecture de cette courte description et à la vue des figures » qui l’accompagnent, ne soit frappé de cet appareil de parties » organiques tout aussi développées et de même nature que dans » les Vertébrés, employés à la composition d’un être absolument » différent quant au plan et à l’arrangement général tant inté- » rieur qu’extérieur. Ces fibres, cette matière médullaire, ces » artères, ces veines, ces valvules, ce parenchyme, ces intestins, » cet œil, tout est semblable au fond, et tout est autrement entre- » lacé, autrement combiné. Si l’on excepte les organes de l’odo- » rat, le système de la veine porte, les vaisseaux absorbants, le » squelette et les organes relatifs à l’urine, qui même sont peut- » être remplacés par la bourse du noir, nous retrouvons à peu » près ici toutes les fonctions qui s’exercent dans les Poissons, » et cependant il n’y a nulle ressemblance, nulle analogie de dis- » position.» Depuis lors, les organes de l’odorat et les organes urinaires ont été découverts. D’une autre part, dans mon travail, des caractères d’un ordre élevé ont été étudiés avec soin. La structure du cerveau des Céphalopodes, question négligée jusqu’ici, nous a donné, une fois de plus, parles résultats auxquels nous sommes arrivé, la preuve incontestable du rang élevé qu’occupent ces animaux envisagés au point de vue de leur organisation. Mais, malgré ces résultats, des Vertébrés aux Céphalopodes nous voyons bien évidemment la nature passer d’un plan à un autre. Si c’est une erreur d’envisager ainsi cette question, il
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n’en est pas moins vrai qu’il existe, entre les uns et les autres, une lacune tellement grande que l’imagination seule est habile à la combler.