‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 16 sur 59 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DE L'EXPOSITION PREMATUREE DE l'oEIL A LA LUMIERE.

Après avoir parlé du traitement à suivre après l'opération de la cataracte , il me reste à considérer un accidentd'autant plus grave qu'on y est à chaque instant exposé dans les premiers jours de l'opération ; je veux dire l'exposition prématurée de l'œil du patient à la lumière. Je ne doute nullement que c'est à cette imprudence que l'on ne doive attribuer la plus grande partie des insuccès dans les opérations de cataracte. En effet, quoique une opération ait réussi à souhait, et que tous les temps qui la corn-

posent aient été accomplis avec aisance et facilité, il est certain que, malgré cela, ses suites produiront dans l'œil un grand degré d'excitation qu'un rien peut faire dégénérer en une véritable inflammation. C'est surtout trois ou quatre jours après, comme dans toutes les autres opérations, qu'il se détermine dans l'organe opéré un mouvement fluctionnaire dont on ne peut prévoir l'intensité et la durée. Cet état est toujours accompagné d'une phobtophobie plus ou moins vive, et qui a toujours une grande tendance à s'aggraver par le contact de l'œil avec les rayons lumineux. Je suis convaincu que les succès étonnans obtenus par le professeur Scarpa, étaient dus surtout à ce qu'il tenait ses malades dans une obscurité parfaite, principe qu'il ne transgressait jamais et qui est encore aujourd'hui en vigueur à la clinique ophtalmologique de Pavie, où une salle spéciale, dite salle des opérés, est placée dans une obscurité convenable, que l'on peut augmenter ou diminuer à volonté. L'homme à qui l'on vient de faire l'opération de la cataracte est comme un prisonnier qui, après avoir pendant long-temps habité des cachots obscurs, serait tout à coup exposé à la lumière. Ce passage subit d'une situation ténébreuse à une situation qui ne l'est pas , provoque chez tous deux une sensation douloureuse , poignante, et qui force les individus à porter leurs mains devant les yeux pour arrêter brusquement l'influence des rayons lumineux qui, dans d'autres circonstances, auraient été

supportés par eux sans inconvénient. C'est en partie aux soins extrêmes que prenait M. Maunoir , de préserver ses malades de l'influence de la lumière, qu'il est redevable de ses surprenans succès. Aussi, quand dans la plupart des hôpitaux de France , je vois des malheureux opérés abandonnés au milieu de salles éclairées , dans des lits garnis de rideaux blancs , n'ayant pour se préserver de la lumière qu'un simple bandeau noir sur les yeux, je me rends raison d'un grand nombre d'insuccès indépendans tout à fait de l'habileté des opérateurs.

Quand on a pratiqué l'abaissement, je crois que toutes les fois que le malade n'éprouve aucune douleur dans l'œil, qu'il ne ressent ni gonflement ni gradulations dans les paupières, qu'aucune exsudation purulente ne flue de celles-ci , il faut s'abstenir d'ouvrir l'œil jusqu'au quatrième jour, et se contenter des précautions que nous indiquerons en traitant du pansement. Lorsqu'on a pratiqué l'extraction , si le malade est sans douleur, on peut laisser écouler les premières vingt-quatre heures sans examiner l'œil opéré ; mais , ce temps passé , l'opérateur doit y jeter une inspection rapide, en ne se servant que de la lumière indispensable pour s'assurer s'il n'y a ni staphylôme de l'iris ni collection purulente dans la chambre antérieure, parce qu'il est important de remédier sans délai à ces accitlens. Après ce terme , on peut aller jusqu'au quatrième jour sans renouveler l'examen , parce que , non seulement, l'œil souffrirait de son exposition à la

lumière, mais encore l'on risquerait d'empêcher la réunion immédiate de la blessure de la cornée. Quoiqu'il soit , en général , assez difficile d'assigner une époque fixe à cette réunion , l'expérience a appris que dans cette opération comme dans les autres où l'on tente la réunion par première intention, elle se fait ordinairement vers le troisième jour. A mesure que la guérison se confirme, que l'époque probable des accidens s'éloigne, il faut peu à peu diminuer l'obscurité qui environne le malade, afin que son œil s'accoutume graduellement à l'influence de la lumière. Par ce moyen l'on évitera une foule d'accidens. Ce n'est guère qu'après la cinquième ou la sixième semaine que le malade pourra se promener au grand jour, etencore devra-t-11 se munir d'un garde-vue et de lunettes colorées.

Ce que je viens de dire pour la lumière, doit s'entendre surtout pour l'application des lunettes dites à cataracte, et dont l'influence est excessivement fâcheuse toutes les fois que l'œil y est exposé avant d'avoir repris son aplomb, son assiette ordinaire , et lorsqu'il ne lui reste plus ce surcroît de vie , qu'y avait développé l'opération. Ce n'est guère que trois mois et plus après l'opération qu'on peut oser mettre l'œil en rapport avec des verres convexes destinés a concentrer les rayonslumineux, et à remplacer le cristallin abaissé ou extrait. Je connais un grand nombre de personnes qui voyaient parfaitement bien à la suite de l'opération , et dont la vue

s'est complètement perdue par l'usage imprudent et prématuré de lunettes à foyer.

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