‹ Recherches statistiques sur l'alienation mentale faites a l'hospice de Bicêtre [electronic resource]Chapitre 12 sur 59 · S91J0(IS9(I · texte numérisé non relu

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Un pi oniier coup d'œil jeté sur la dernière colonne de ce tableau pous fait yoir, sur un total de 7,21)5, que la période de 31 à 40 ans est la plus i'avorable au développement de la folie; ensuite vient celle de 21 à 30 ans, puis celle de 40 à 50 ans, ce qui est tout à fait en harmonie avec le tableau de 1831 à j838. Il nous est donc permis sur ces deux résultats d'établir par période décennale l'ordre de fréquence qui suit , relativement à l'influence que l'âge peu^ exercer sur les dérangements de l'esprit.

Statistiques réunies 1831

De 31 à 40 ans

De 21 à 30 ^

De 41 à 50

De 51 à 60

Avant 20 ans

De 61 à 70

De 71 à 80

Ay-dessus de 80

Totaux.

Il n'y a de différence dans ces trois colonnes que pour, la période de 21 à 3^ ans^ qui , en seconde ligne dans le§ deux premiers^ ne se trouve qu'en troisièm&; pour l'année ^839,. Voyog[S n^aintenant le rapport qui existe entre les diverses slalistiques qi^e nous avons rassemblées. La période qui précèije ^0 ans est en troisième ligne po'ur ÈaNorwège , tandis que dans les. autres pays elfe n'occupe que le cinquième ou sixièine^, rang^; le nambre des aliénés qui y sont compris forme le sixième de celui des fous qui existent dans le

royaume, proportion énorme, comparativement à Paris où les aliénés qui ont moins de 20 ans ne constituent que le quatorzième de la population de cette classe des malades. Cette différence, comme lie dit M. Esquirol, «et: due à la quantité prodigieuse d'idiots qu'indique le relevé de la Norwège. Les trois périodes qui offrent le plus de malades sont pour toutes les statistiques, cette dernière exceptée, celles qui se trouvent entre 30 et 50 ans-, c'est au reste le résultat que Haslam et Rush ont annoncé depuis longtemps; mais l'âge qui excède tous les autres est celui de 31 à 40 ans, dans les relevés de MM. Desportes, de Boutteville, Bouchot, Vastel, Bonacossa , Greco, Holst, et dans le travail sur l'établissement de Dundée ; c'est celui de 20 à 30 pour MM. Esquirol , Bertolini et Beck. En définitive, d'après le résultat que nous ont donné nos tableaux et les travaux des auteurs que nous venons de citer, il nous semble permis d'établir que l'aliénation mentale, rare dans la première enfance, devient très commune après 20 ans, est plus fréquente entre 30 et 40 ans, époque où elle a son maximum , commence à diminuer après cet âge , et s'éteint graduellement à mesure que l'on arrive vers la vieillesse. Dans la Norwège, la diminution est rapide à celte époque de la. vie. Ainsi, on a calculé qu'il n'y avait plus qu'un huitième d'aliénés au delà de 60 ans, tandis qu'à Paris un sixième à peu près dépasse cet âge. Nous avons pris dans toutes les statistiques précédentes le;chiffre des aliénés qui ont plus de 60 ans, et nous l'avons comparé à la totalité des, malades qui se trouvent au-dessous de cet âge. Nous avons trouvé pour tous ces travaux réunis

qu'un dixième dépassait 60 ans-, c'est moins qu'à Paris, comme on voit, et moins qu'en Norwège.

Nous avons vu que la folie avait son maximum de fréquence entre 30 et 40 ans; mais de ce qu'il y a à cet âge un grand nombre d'aliénés, en concluronsnous qu'il constitue une prédisposition à l'aliénation mentale? C'est une question qui mérite de nous arrêter , et sur laquelle on est loin d'être parfaitement d'accord. MM. Esquirol etLeuret, qui ont comparé l'âge de 12,869 aliénés à l'âge de dix millions d'individus pris dans l'Annuaire du bureau des Longitudes, ont avancé, contrairement aux autres, que c'était la vieillesse qui donnait proportionnellement le plus grand nombre de fous. Nous allons laisser parler M. Esquirol.

« Pour déduire des conséquences rigoureuses du « nombre absolu des aliénés relativement aux âges, « il ne suffit pas de constater qu'il existe numéri- « quement plus de fous âgés de 30 à âO ans; il im- « porte de rechercher et de connaître le nombre des « fous comparé à celui de la population de chaque « âge.

« Pour cela, nous avons constaté l'âge de 12,869 « aliénés, observés à Bicêtre, à la Salpêtrière et à « Charenton. Nous avons classé ces 12,869 individus « d'après leur âge, et nous les avons rapportés à une « échelle d'où il est résulté des quantités géométri- « ques qui permettent de saisir d'un coup d'œil le « nombre et la différence des aliénés dans chaque « âge, de comparer ce nombre et ces différences, et « de les soumettre même à des proportions mathé- « matiques. Cette même opération a été faite sur

« 10,000,000 individus classés d'après leur âge, afin « de constater la proportion propre à chaque âge « de la vie. L'Annuaire du bureau des Longiludes a servi « de base à ce travail, qui a été fait par M. le doc-

« teur Leuret.

« La population absolue diminue d'âge en âge; « cette diminution est graduelle et s'opère dans des proportions à peu près égales de 20 à 35 ans ; elle « est plus forte de 35 à 45 : elle est plus tranchée de « 45 à 60; très rapide depuis 60 , et surtout depuis « 65. A cette dernière époque jusqu'à la décrépi - .« tude, celte diminution s'opère régulièrement et « dans une progression presque géométrique. La fré « quence de la folie comparée aux âges ne suit pas la « même loi que la population générale; elle offre des « anomalies bien singulières, quoiqu'elle aille lou- « jours en augmentant. Ainsi, plus l'homme avance « dans la vie, plus il est exposé à la perte de la raison, « mais avec des chances différentes relativement aux « âges. 11 y a moins de fous de 20 à 30 ans compa- « rativement à la population de cette époque de la « vie : il y en a plus de 30 à 40, quoique la popula- « tion ait déjà diminué; et néanmoins le nombre des « fous est moins élevé comparativement à la popula- « lion dans les âges suivants : de 40 à 45 ans^ la po- « pulation est diminuée , et le nombre relatif des « fous augmente à raison de cette même diminution : « il en est de même de 40 à 50 ans. L'augmentation « relative du nombre des fous est plus marquée encore « de 50 à 55 ans , de 70 à 75; et de 75 à 80 , le nom- « bre des aliénés relatif à la population est énorme : « c'est l'âge de la démence sénile.

« Ainsi, quoique nuiTiéric^uementèt d'une manière « absolue, il soit vrai de dire qu'il y a plus d'aliénés « de l'âge de 30 à àO ans qu'avapft et après cette « époque de la vie, on se tromperait si l'on en tirait la « conclusion qu'à cet âge l'homme est plus exposé à « perdre la raison , puisque relativement à la popu- « lation générale il y a moins de fous de 30 à 40 ans « que dans les âges suivante. »

Un auteur qui est venu après, M. de Boutteville, reprenant le même calcul, mais par une opération sans doute différente , est arrivé à conclure que l'âge de 30 à 40 ans était le plus favorable à la production de la folie, et qu'il pouvait être regardé réellement comme une prédisposition.

Voici un tableau qui expose le calcul auquel il s'est livré.

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