‹ Recherches statistiques sur l'esclavage colonialChapitre 14 sur 82 · LS · texte numérisé non relu

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l'excédant des naissances sur les déces. Il en serait ainsi dans les colonies, ou tout au moins, le nombre de leurs habitants demeurerait stationnaire, s’il n’était composé que de blancs et d’affranchis; mais, parmi les esclaves, la mortalité surpassant de beaucoup la reproduction annuelle, ce que les témoignages que nous produirons établiront incontestablement, il s'ensuit que Ja population générale se maintient à peine, et que, dans une partie considérable des établissements

de la zone tropicale, elle tombe même en dé-

croissance quand elle est abandonnée à ses propres ressources. Son augmentation ne pouvant donc résulter que des immigrations, particulierement de celles fournies par la traite, c’est à leurs effets qu'il faut attribuer les progrès plus ou moins grands qui ont été faits par chaque colonie depuis un demi-siècle.

Ces progrès ont été presque nuls à Ja Martinique, médiocres à la Guadeloupe, très grands à la Guyane, et extraordinairement étendus à Bourbon. Pour les déterminer par des termes numériques , il suffit de dire qu'ils ont été à la Guadeloupe 8 fois aussi considérables qu’à la Martinique; à la Guyane, 25 fois; et à Bourbon, 46.

On conçoit que moins les immigrations ont été considérables, plus les populations sont anciennes et acclimatées ; et qu'au contraire, plus

il ya eu d'immigrations parmi les esclaves , plus leur population est nouvelle et moins elle est habituée au joug de la servitude. Voilà les causes de ces diversités mystérieuses qui existent entre des colonies où d’ailleurs:tout est semblable , et où cependant la mortalité diffère d'un tiers, la reproduction de moitié, et les affranchissements de onze douzièmes. | |

L’esclavage , comme toutes les autres infortunes de l’homme, s’use à la longue, se relâche et s’adoucit avec le temps. En avoir recu de ses parents le triste et funeste héritage transmis de génération en génération, constitue, pour l'esclave né sous le toit domestique, un droit acquis, un titre notoire à l’allégement de sa servitude ; et c’est pour le maître une sorte de contrat d'assurance de sa propriété.

Il en est autrement du nègre importé d’Afrique dans les colonies. An lieu d'échapper par mille moyens , comme le nègre créole, aux rigueurs de lesclavage , il les attire par son ignorance, par son caractere rétif, ou les provoque par ses hostilités. Il garde presque toujours, durant sa vie entière , les penchants et les passions des tribus sauvages et barbares parmi lesquelles il naquit. Appartient-il à quelque race guerrière, il ne rêve qu'incendies et massacres, comme s'il était encore au milieu des Aschantis. Tient-il,

de près ou de loin, aux chefs de sa peuplade , il se dit prince, et dédaigne tout travail, méme celui qui doit le nourrir. Est-il musulman, il croit faire un acte de religion, en employant la ruse ou la force ouverte, pour attenter à la pro: priété ou à la vie des chrétiens. Est-il Marabout , c'est pis encore, car il domine tous les autres nègres par l’ascendant de son caractère sacré, et surtout par la crainte de ses maléfices. C’est lui qui ourdit les complots de désertion, souffle l’esprit de révolte, et préside dans les ténèbres à ces superstitions dont s’enveloppent les crimes les plus noirs. Toutes les fois que des conspirations d'esclaves ont failli perdre la Jamaïque et la Guyane hollandaise, elles avaient été tramées par des Marabouts.

La nécessité d’une surveillance sévère se joint, pour aggraver l'esclavage des nègres nouveaux, à leur paresse invincible , à leur mépris pour tous les biens de la civilisation, et à leur passion effrénée pour l’eau-de-vie de canne à sucre (a), liqueur dévorante dont l’usage a contribué à l’extermination des tribus indigènes des Antilles, et qui agit sur les nègres, comme le genièvre sur la populace de Londres et l'opium sur les Orientaux. Toutes ces causes produisent des effets ana-

(a) Le Taffa,

logues à ceux qu'éprouvent, dans nos capitales d'Europe, les prolétaires qui peu plent habituellement les hôpitaux et les prisons , et dont la misère ou la débauche raccourcissent la vie. Les nègres créoles obtiennent au contraire, par les ressources d’un esprit plus industrieux , une existence moins tourmentée, moins dure et qui se prolonge davantage ; ils s'associent, par une multitude de moyens, d’intrigues, de stratagèmes , à l’aisance que possèdent leurs maîtres; et il en est beaucoup qui réussissent, de façon ou d’autre , à la partager.

Ces différences notables entre deux sortes d’esclaves , qui, aux yeux de Européen, se confondent en une seule, sont l’origine des phénomènes qu’on observe dans quelques colonies exclusivement à d’autres, et qu’on remarque avec d'autant plus de surprise que rien ne semble différer dans

les éléments de leurs populations (a).

Lorsque nous aurons posé les nombres, qui doivent nous faire connaitre la statistique de

(a) Les esclaves de Bourbon sont divisés, ainsi qu'il suit, par leur origine :

Nègres Créoles. . . 26,418 44 pour 100 esclaves. — Malgaches . 14,571 24 — Cafres . .. 18,845 32

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