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5oo lieues carrées disparurent comme si la terre
EN MASSE. 107 ses passions malfaisantes. L'épreuve fut, comme elle devait être, sanglante et terrible. Ce fut une révolution sociale , dans laquelle les campagnes d'Haïü virent 30,000 personnes de la race des maitres luttant pour leur vie contre 500,000 de la race des esclaves. L’insurrection des Ilotes, la guerre de Spartacus , la Jacquerie, n’atteignirent point à ce degré de fureur sauvage et d’atrocité. Ici, les deux partis avaient la même origine, et ne différaient que par l’inégalité des conditions sociales; là, il suffisait de voir la couleur d’un homme pour reconnaitre un ennemi, et faire éclater cette antipathie instinctive et féroce qui pousseles espèces d'animaux différentes à s’entredéchirer.
Les désastres de cetteguerre domestique furent immenses et irréparables. Nous avons, nousmême, compté dans la plaine du Cap près de 200 incendies allumés ensemble , et qui consumaient chacun une habitation grande et peuplée comme un bourg où une ville. Souvent le maître et sa famille étaient là , au milieu des flammes , jetant des cris de désespoir auxquels répondaient les éhants de triomphe de leurs ennemis. ll y eut près de 800 sucreries, 3,000 caféyeres et3 à 4,000 autres établissements, qui furent détruits par le feu ; et les riches cultures qui couvraient plus de
dans ses convulsions les avait englouties. Les désastres de Saint-Domingue ont eu d’autres effets funestes : ils ont retardé l'émancipation des esclaves, en la montrant toujours accompagnée de ruines et de massacres , et suivie d’une anarchie qui n’a permis aucun progrès à la civilisation ni au bien-être des habitants d'Haïti et de l'Amérique espagnole. Ils ont privé la France et l'Espagne des belles colonies pour lesquelles ces deux pays n'avaient cessé, pendant 300 ans, de faire toute espèce de sacrifices ; ils ont fait perdre aux colons français toute leur fortune ; et en les plongeant dans l’indigence , ils ont imposé à leur Mére-patrie l'obligation de les secourir par une allocation annuelle, qui date de 1806, et qui souvent, dans ces 34 années, a dépassé la somme d’un million.
Les tristes résultats de l’affranchissement des esclaves en masse, sans rachat et sans prévision , ont fait fléchir les principes absolus qui réclamaient l’abolition immédiate de toute servitude; ils ont enseigné la nécessité d’unetransaction entre ce qui est juste et ce qui est utile et opportun; ils ont fait rechercher si l’on ne pourrait pas atteindre le mème but par d'autres moyens. Et du moins, à cet égard, l'expérience acquise si chérement par la France ne sera pas perdue pour l'humanité.