‹ Recherches statistiques sur le Royaume des Pays-BasChapitre 78 sur 109 · DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

DANS LES CAMPAGNES

Morts

-nés ,

De 0

1 mois.

2 ans.

ET LA MORTALITÉ DE L’HOMME

Ce tableau indique le rapport entre les décès des deux sexes pour chaque âge sans égard à la population. Les nombres pour les campagnes peuvent du reste , être considérés comme représentant fidèlement la grandeur de la mortalité relative, parce qu'à chaque âge, les individus des deux sexes sont à peu près en même nombre , ce qui n’a pas lieu dans les villes, du moins pour les vieillards. Le rapport des villes, en ayant égard à la population, est en général trop grand pour les âges avancés 5 il présente néanmoins les mêmes alternatives d’augmentation et de diminution que le rapport des campagnes.

D’après ce qui précède, vers la naissance, il meurt plus d’hommes que de femmes; vers deux ans, la mortalité des deux sexes devient à peu près la même; celle des femmes augmente ensuite et devient très-sensible entre 14 et 18 ans, c’est-à-dire après la puberté ; entre 21 et 26 ans, époque des passions les plus vives et du plus grand penchant au crime, c'est la mortalité de l’homme qui l’emporte sur celle de la femme ; de 26 à 30, époque des mariages , le contraire a lieu, mais la mortalité devient encore très-sensible chez les femmes pendant tout le temps delà fécondité; lorsqu’elles cessent de procréer, cette mortalité diminue un peu eu égard à celle des hommes; puis les deux sexes achèvent de s'éteindre dans les proportions respectives où la mortalité les a laissés.

Nous avons vu que les femmes se mariaient de deux à trois ans plus tôt que les hommes, et que

d’une autre part, elles étaient deux fois aussi exposées au veuvage.

L’influence des sexes se fait ressentir encore dans les naissances, de telle manière qu’il naît à peu près 100 garçons pour 94 filles.

La grande mortalité des femmes des campagnes pendant le temps de la fécondité, peut tenir à la nature des travaux pénibles qu elles ont à supporter à une époque qui exige les plus grands ménagemens. Ces travaux au contraire, par leur régularité, sont bien loin d’être aussi préjudiciables aux hommes dont les décès sont moins nombreux que dans les villes. En général, le déréglement de la conduite et la facilité de se livrer à l’excès de ses passions , devient très-funeste à l’homme qui habite l’enceinte des villes. La différence des professions est aussi très-sensible comme l’ont reconnu plusieurs statisticiens distingués (*).

XIII. Influence des saisons et des heures sur les naissances et les décès.

Les saisons ont une influence marquée sur tout ce qui se rapporte à l’homme 3 elles agissent sur son physique autant que sur son moral. Ainsi la véhé-

(1) Voyez dans les Annales d.' Hygiène les recherches de MM. Villermé, Benoiston de Châtenuneuf , Lombard de Genève , Esquirol, etc. Voyez aussi D1' Caspers beitrag zur medicinischen statistik und Staatsarzneikunde , in-12 ; Berlin 1825.

ET LA. MORTALITÉ DE L’HOMME

inence de ses passions et l'intensité de son penchant au crime se modifient selon les températures et les climats , et il en est de même de sa faculté reproductrice et de sa mortalité. Les physiologistes avaient déjà observé l’influence des saisons sur les naissances et les décès de l’homme \ mais en générai leurs résultats étaient peu d’accord , parce cju’ils étaient plus ou moins modifiés par les localités , les temps et les usages des peuples auxquels ils se rapportaient. En 1824, des recherches spéciales sur ce sujet intéressant furent publiées dans les Mémoires de V Académie de Bruxelles (I). Le résultat de ces recherches fut que le nombre des naissances et celui des décès croissaient et décroissaient alternativement, et que ces nombres atteignaient leur maximum vers le mois de janvier pour les décès, et vers le mois de février pour les naissances, et leur minimum environ six mois après, en juillet (2); ces recherches furent confirmées ensuite pour nos principales villes ; et les résultats généraux du royaume des Pays-Bas furent

(1) Sur les lois des naissances et de la mortalité à Bruxelles , tome 3 , page 501. Voyez aussi la Correspondance mathématique et physique de M. A. Quetelet, tome 1 et 2.

(2) Le tome 34e des Mémoires de V Académie royale de Turin , publié en 1830, contient deux lettres inédites de M. le professeur VanSwinden sur le même sujet. Ces lettres nous apprennent que ce savant, dès l’année 1798, était déjà parvenu au même résultat. Nous devons regretter de les avoir connues si tard , de même que les recherches de M. Balbo sur l’influence des saisons. 11 parait d’après ces recherches , que les décès à Turin ne suivent pas une marche tout-à-fait aussi régulière que chez nous.

d’accord avec les premiers nombres obtenus pour Bruxelles. Ces recherches firent l’objet de plusieurs lettres intéressantes de M. le docteur A illermé('), qui dans les Annales d’ 'Hygiène , a traité depuis le même sujet avec tous les développemens désirables, et qui a fait voir que les époques du maximum et du minimum avançaient ou retardaient selon les

climats et les habitudes des peuples.

La loi de lamortalité pendantles saisons a reçu jusqu’ici moins de développement. MM. Edwards et Villermé l’ont considérée chez les enfans nouveaux nés. Toaldo l’avait également observée en Italie sur

la première enfance, et il attribuait la plus grande mortalité de l’hiver en grande partie aux froids qu’éprouvaient les nouveaux-nés qu’on portait au baptême. M. Balbo et quelques savans anglais ont recherché l’influence des saisons sur les maladies. Les documens que nous présentons plus loin , embrassent la différence de la mortalité en hiver et en été pour tous les âges.

Nous commencerons parfaire connaître les naissances et les décès des différens mois pour l’ancien royaume des Pays-Bas, et pour les douze années de 1815 à 1826 inclusivement. (Voyez le tableau ci-joint. )

(1) Voyez dans la Correspondance mathématique , tome 2 , page 280; cl dans les Recherches sur la population , les naissances , etc., dans le royaume des Pays-Bas, page 15, differentes lettres de M. Villermé à M. Quetelel.

ET LA MORTALITE DE L’HOMME

MOIS

NAISSANCES

DËCÊS.

VIIjLES.

CAMPAGNES

VILLES

CAMPAGNES

Janvier.

Février.

Mars.

Avril.

Mai.

Juin.

Juillet.

Août.

Septembre.

Octobre.

Novembre.

Décembre.

Moyenne.

Afin de mieux faire comprendre la succession de ces nombres , nous avons cru utile } en prenant les résultats publiés dans le deuxième recueil de la commisson de statistique, d’avoir égard «à l inégale grandeur des mois, et de prendre des quantités qui correspondent à des mois de 31 jours. On voit parle tableau précédent que la plus grande mortalité se pré-

sente en j an vier dans les villes comme dans les campagnes, etlamoindremortalité en juillet. Ce dernier mois est aussi celui qui présente le minimum des naissances dans les villes comme dans les campagnes 3 mais le maximum des naissances arrive en février. Les maxima et les minima sont très-nettement prononcés, et les courbes qui représenteraient les nombres, auraient une forme assez régulière. En prenant pour unité la moyenne des naissances et des décès, on a pour les villes et les campagnes les résultats suivans :

MOIS

NAISSANCES

DËCÊS.

VILLES

CAMPAGNES

CAMPAGNES

Janvier.

Février.

Mars.

Avril.

Mai.

Juin.

Juillet.

Août.

Septembre.

Octobre.

Novembre.

Décembre.

ET LA MORTALITÉ DE L’HOMME

Observons d’abord que l'influence des saisons est beaucoup plus prononcée dans les campagnes que dans les villes ; ce qui semble naturel puisque l’on y trouve moins de moyens de se préserver de l’inégalité des températures. Le maximum des naissances en février suppose le maximum des conceptions au mois de mai; lorsque la force vitale reprend toute son activité après les rigueurs de l'hiver.

Le tableau qui précède ne fait pas la distinction des âges des individus ; cette distinction est cependant importante; puisqu'elle nous apprendrait â quelles époques de la vie les chaleurs où les grands froids sont le plus a craindre. Le tableau qui suit présente cette distinction ; du moins pour les mois de janvier et de juillet; seuls termes que nous avons considérés, puisqu’ils présentent les limites extrêmes.

AGES

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