CHARPENTE DU CLOCHER ROMAN DÉTRUITE PAR L’INCENDIE DE
m'avez donné une petite voix et moi Je vous en veux donner une grosse », ce qu'elle fit ensuite en leur donnant cette cloche qui est aussi appelée la cloche des biens, parce que ce nommé
Lefebvre, auquel cette princesse avait fait donner une chanoinie de Chartres, donna la somme de 3 ooof au Chapitre à charge de sonner cette cloche, du dimanche après Pâques jusqu'au dimanche de la Trinité, une heure par jour, de six à sept heures du soir. Depuis, vers 1620 ou 1630, M. Girardot, aussi chanoine en la même église, a fait une pareille fondation qui commence le lendemain de la Trinité et finit à la Saint-Rémy moyennant 4000, si bien que cette cloche sonne ou doit sonner six mois de l’année une heure par jour, et, pendant qu’elle sonne, les bonnes gens qui l’entendent prient Dieu pour les biens qui sont sur la terre. Cette cloche a été fatale à plusieurs personnes. Un jour de Toussaint après vêpres, veille des trépassés 1652, sonnant pour les défunts, une anse manqua qui la fit échapper et jeter un de ceux qui la sonnaient dans le cloïtre par la fenêtre, et casser la cuisse à un autre, dont il mourut aussi. Refondue, alors qu’on la remontait, prête à entrer dans la fenêtre de la sonnerie, elle retomba et causa encore la mort de plusieurs personnes qui étaient dans les moulinets, ce qui arriva en 1653 et 1654. Il y avait autour de cette cloche, quand elle fut cassée la première fois, deux vers latins dont je me souviens qui, pour leur beauté, méritent bien de passer à la postérité ainsi que leur auteur, M. Landrieu, chanoine, principal du Collège:
Anna nova super arce, chort regina sonor, Vota traho, nubes arceo, solvo gelu.
Tout au haut de ce clocher, dans une lanterne percée à jour de tous côtés, est le timbre de l’horloge que l’on appelle la cloche du guet.
Au-dessous de cette lanterne existe une grande chambre ronde en laquelle il y a quelques meubles, une cheminée et deux lits, où couchent deux hommes que le Chapitre est tenu d’y entretenir pour faire le guet jour et nuit alternativement, pour sonner les alarmes en temps de guerre et avertir lorqu'un feu se déclare en quelque cheminée ou autre lieu de la ville et faubourgs. Ces hommes, pour faire connaître qu’ils ne dorment pas, sont tenus de sonner un coup de cloche après le dernier coup de toutes les heures de la nuit, au moyen d’un autre marteau que celui des heures, lequel est tiré par un fil de fer d’une grande longueur, venant d’un bâtiment qui est au
CLOCHERS ï 159
pied de ce clocher, du côté du septentrion, où sont, avec le cadran des heures, les ressorts qui donnent le mouvement à l’horloge. Au-dessus de cette lanterne est la pointe de ce clocher, qui est encore fort haute et des plus délicatement faite, ainsi que tout le clocher depuis l'étage au-dessous des cloches, d’une pierre pleine et tendre artificieusement taillée, et, sur cette pointe, un globe ou pomme de cuivre doré plus gros qu’une rondelle, fort beau, surmonté d’une grande croix de fer de plus de trois toises de haut ayant une pomme de cuivre doré à chacun de ses bras, et à l’extrémité un soleil aussi de cuivre doré, ayant cinq pieds huit pouces de diamètre, [qui était plus grand de quatre pouces, mais a été diminué, parce que, le jeudi 1 2 octobre 1690, il se leva une si furieuse et horrible tempête de vent que cette pointe de clocher en fut ébranlée et en pensa tomber plus de quatre à cinq toises sur l’église, ce qui fût arrivé n’eût été une grosse et forte échelle de fer qui monte par le dehors de ce clocher, y étant attachée à une fenêtre pour permettre la sortie, et passe par-dessus cette grosse pomme jusqu’à la croix, soutenant cette pointe qu'il fallut descendre pour la refaire à neuf, l’année suivante, de même pierre fort belle et bien taillée |. En la chambre dite la sonnerie, au troisième étage, du côté du midi, il y a, gravés sur une pierre, des vers qui expliquent que ce clocher, auparavant de bois couvert de plomb, fut incendié par le tonnerre dans la nuit de la fête de sainte Anne en 1506, et que celui-ci, dont la première pierre fut posée le 8 mars suivant 1 $07, fut achevé tel qu'il est aujourd'hui par Jehan de Beauce, en l’an 1508, n'ayant employé que deux ans à faire un ouvrage si parfait. [Il y est mentionné que René d'Illiers, lors évêque, mourut le 8 avril 1,07 et que Erard de la Mark lui succéda. Voici ces vers :
LEUCLOCHER!: PARLE.
Je fus jadis de plomb et bois construit Grand, haut et beau, de somptueux ouvrage Jusqu'à ce que tonnerre et orage
M'a consumé, dégasté et destruit.
1. Ce travail fut exécuté par Claude Augé, sculpteur ét architecte de Lyon (Mém. de la Société, VI, p. 476.
Le jour Sainte Anne, vers six heures de nuict, Et l’an compté mil cinq cent et six,
Je fus brûlé, démoli et recuit
Et avec moy de grosses cloches six.
Après Messieurs, en plein Chapitre assis,
Ont ordonné de pierre me refaire ;
À grandes voultes et piliers bien massifs, Par Jehan de Beauce maçon qui me sut faire.
L'an dessusdit après, pour me refaire Firent asseoir le vingt-quairiesme jour Du mois de mars pour le premier affaire Première pierre et autres sans séjour. Et en avril, huitiesme jour d'après, René d’Illiers évesque de renom
Perdit la vie, au lieu duquel après.
Fut mis Erard par postulation.
En ce temps-là qu ‘avois nécessité
Avoit des gens qui pour moi lors velloient :
Du bon du cœur, fust hyver ou esté,
Dieu leur pardoint, car pour mot travailloient.
Le roi Louis XIT, par lettres-patentes datées à Bloys de 1506, signées Robertet, donna pour refaire ce clocher 2000! à prendre sur les tailles en cinq années à raison de 400" par an, ce qui fait voir que cette somme était bien considérable pour ce temps, et René d’Illicers, évêque, donna aussi 400% pour aider à le réparer, ainsi que le font connaïtre de vieux papiers de l’œuvre, qui mentionnent aussi que tout le monde donnait à l’envi, aussi bien les gens des champs que ceux de la ville. Le maïtre entrepreneur, qui se nommait Jehan de Beauce, gagnait par jour 7 sols 6 deniers et ses compagnons ç sols. Les ouvriers qui firent les statues de ce clocher firent aussi une partie des figures qui sont dans les premières niches du tour du chœur, et ils ne gagnaient que 7 sols G deniers et $ sols par jour, comme nous l'avons dit. L'autre partie de ce tour du chœur a été faite depuis par Thibault Boudin vers 1612,
CHAPPFFRE:V