MARTIN LE CANDIDE
Martin, surnommé le Candide ou le Blanc, succéda à Valentin en l’an 107, selon Sévère, mais tous nos autres catalogues portent l’an 166 et lui accordent quarante-quatre ans d’épiscopat. Il fut inhumé en l’église de Saint-Martin-au-Val dans la grotte où plusieurs autres saints personnages ont été inhumés. Ces deux vers ont été gravés postérieurement sur son tombeau :
Te coluit Christe Martinus Candidus ste Quem modo tu recreas et recreando beas.
Ces sortes de vers n'étant pas en usage en ce temps on pense qu'ils n'ont été faits que bien longtemps après.
Rouillard remarque que, d’après certains, saint Martin, en l’honneur de qui cette église fut bâtie, n'est pas l’archevèque de Tours, mais saint Martin évêque de Chartres, en considération des miracles arrivés au lieu de sa sépulture. Aucun de ceux qui en ont parlé n’ont omis ces deux vers qui ne peuvent s'entendre que d'un saint en l'honneur duquel ils ont vraisemblablement été faits quand cette église a été dédiée à Dieu en son nom. Rouillard pense que saint Martin le Candide a fait bâtir ou a consacré cette église à saint Martin archevêque de Tours, il se trompe grossièrement car saint Martin, archevêque de Tours, n’est mort qu’en 397, plus de deux cents ans après notre Candide, qui ne pouvait lavoir connu.
Ce qui porte à croire que cette église a été bâtie en l’honneur de saint Martin le Candide, évêque de Chartres, c’est ce fait que les évêques de Chartres, à l’occasion de la prise de possession de
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l'évêché, passent la nuit qui précède leur première entrée-en ce prieuré de Saint-Martin-au-Val où, la veille, les chanoines de l’église de Notre-Dame le vont saluer et lui faire quelques serments de conserver leurs privilèges.
$. — SAINT AIGNAN
Après le décès de saint Martin le Candide, on lui donna pour successeur saint Aignan, de famille noble, du pays chartrain et d’un village nommé Mondonville, dont il était seigneur ainsi que de beaucoup d’autres terres. Si sa situation et ses richesses le rendaient recommandable, il ne l'était pas moins par le lustre que lui donnaient sa piété et sa science, aussi personne n étant plus propre que lui pour gouverner l’église de Chartres, non seulement tous les suffrages se portèrent sur lui, mais le peuple et quantité des plus nobles habitants du pays, pour le forcer à accepter, l’enlevèrent et le portèrent sur leurs épaules, depuis la porte de la ville appelée maintenant porte Saint-Michel, jusqu'à l’église de Notre-Dame, pour le mettre en possession de sa nouvelle dignité.
De là serait venu pour ses successeurs le droit, à leur entrée solennelle, de se faire porter par quatre barons dont les fiefs relèvent à cette charge de l’évêque de Chartres.
Sa promotion fut des plus avantageuses à l’église et au pays de Chartres, car il n y a aucune sorte de biens dont 1ls n’aient ressenti les effets durant son pontificat. Dès ce temps la religion catholique fit de merveilleux progrès et l’église de Chartres n’a pas de petites obligations à sa libéralité, puisqu'il lui donna tout son patrimoine. Les terres de Mondonville, Dondainville et Ermenonville étaient destinées à ses trois sœurs qui en avaient pris les noms s’appelant Monde, Donde et Ermenonde. Excitées par la vertu de leur frère, elles se consacrèrent entièrement à. Dieu, et ces trois terres furent données à l’église qui en jouit encore à présent.
Suivant nos catalogues son pontificat a commencé l’an 200 et selon Sévère l’an 215$, et il a occupé le siège sous les présidents romains l’espace de quarante-cinq ans, donnant l’éclatant exemple d’un très pieux et très vigilant prélat. Son corps fut enseveli dans
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ja grotte d’une église qu'il avait fait bâtir en l'honneur de saint Pierre et saint Paul, et, d’après quelques-uns, de saint Denis, que l’on regarde encore dans l’église Saint-Aignan comme un de ses patrons. Les trois sœurs y furent aussi enterrées.
Rouillard dit qu’on lisait autrefois ces vers sur son tombeau :
Corpus in his cryptis Aniani præsulis olim Carnutum recubat, spiritus astra coli.
[lustre par ses vertus pendant sa vie, il le fut plus encore après sa mort par les miracles qui se produisirent au lieu de sa sépulture. Aussi fut-1l retiré de son tombeau et placé dans une châsse sur le principal autel de l’église qu'il avait fait bâtir et qui depuis fut consacrée à Dieu sous son nom.
Cette chässe fut religieusement conservée (Bréviaire chartrain, au 7 décembre) jusqu’à l’incendie du mois de septembre 1134 dans lequel elle fut brûlée avec la plus grande partie de la ville, sans que les os du saint aient été aucunement endommagés. Geofroy, successeur, à l'évêché de Chartres, du vénérable Yves, recueillit ces précieuses reliques, les serra dans une autre châsse qu’il déposa en l’église Saint-André, pour lors hors la ville. Deux ans après, en grande cérémonie, aux applaudissements du clergé et du peuple, les reliques de saint Aignan furent reportées en son église de nouveau rebâtie, pour y être révérées. L’évêque Geofroy, en mémoire de cette translation, ordonna que le 7 de décembre serait dorénavant solennisé.
Le 10 juin 1271, l’église et la châsse de saint Aignan, ayant à nouveau subi pareil accident et les os à nouveau préservés du feu, Pierre de Mincy, alors évêque, les fit mettre dans une belle châsse, en forme de temple, couverte de lames d'argent, qui fut placée dans l’église, après sa restauration, où on la voit encore, et, en témoignage de l’honneur qu’on portait à ce vénérable saint et à son église, y fonda sept chanoines.