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Jean de Frétigny était bourguignon ; aussi les Anglais, alors maîtres de la ville, le firent, à la faveur du duc de Bourgogne, premièrement archidiacre de Blois en l’église de Chartres, où il fut demandé et postulé par le Chapitre, nonobstant l’ écaon qui avait été faite de Jourdain, cardinal des Ursins, évêque d’Albano, sous le pape Martin. No du cardinal Pierre de Frétigny, il fut élu en 1431, sous le règne de Charles VII.
Le comte de Dunois, grâce à des intelligences secrètes qu’il entretenait dans la ville, put reprendre celle-ci sur les Anglais. A cette reprise, l'évêque fut tué dans le revestiaire de l’église, d’autres disent dehors.
Par les lettres patentes du rétablissement des Chartrains à son service, en 1432, Charles VII remercie Dieu de ce que, à la surprise de la ville, l'asile de l’église n'avait point été violé, qu’au contraire la franchise et l’immunité de cette église avait été conservée, mention qui n'aurait pas été faite si le meurtre de son évêque avait été commis dans l’église, car il aurait alors fallu la réconcilier, et les archives de l’église ne font mention d’aucune réconciliation faite à ce sujet. Ces lettres portent que la surprise de la ville se fit le samedi d’après le judica, en 1431.
Il y eut un grand désordre lors de la prise de la ville, et dans les mémoires anciens que j'en ai vus, la mort de Jean de Krétigny est autrement rapportée que dans les anciens catalogues. J'ai pensé qu'il était à propos de rapporter cette histoire tout au long, comme je l’ai trouvée dans un ancien manuscrit de l’histoire de Chartres. Il y est dit que les Anglais tenaient.la ville, dont ils s'étaient emparés
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avec lassistance du duc de Bourgogne, qui y avait quantité de créatures, entre autres l'évêque Jean de Frétigny, bourguignon. Pour cette raison les villes d'Orléans, de Blois et autres du voisinage, qui tenaient le parti du roi, faisaient à la ville de Chartres la guerre la plus cruelle qu'ils pouvaient, de sorte que les habitants n’en osaient sortir, pouvant à peine se risquer hors des portes. Les Chartrains, trop éloignés des villes de leur parti, obligées ellesmêmes d'entretenir à leurs dépens les garnisons qu’on leur donnait, dans l’impossibilité de se protéger, se trouvaient ruinés au dehors aussi bien que dans la ville. Tous les pays des environs étant occupés par les gens du roi qui empêchaient de cultiver les terres, les fermages ne pouvaient être amenés dans la ville et les habitants ne pouvaient recevoir que bien peu pour assurer leurs vivres. Tout commerce était entravé, les vivres mêmes ne pouvant que difficilement trouver passage, et les habitants étaient extrèmement incommodés, ne pouvant rien obtenir qu’à prix d’or.
Cette misère dura longtemps et ne prit fin qu’en l’année 1432, quand la ville fut rentrée en l’obéissance du roi, et voici comment la chose se passa. L’évêque et le bailly de la ville, nommé de lP'Aubépine, étaient du même parti, c’est-à-dire de Bourgogne et d'Angleterre ; il y avait dans la ville plusieurs personnes qui tenaient le parti du roi, entre les autres un nommé Guillemin Bouffineau et Jean Lesueur, marchands de blés, vins et autres denrées, qui, ennuyés des troubles qui entravaient leur trafic ordinaire, désireux de continuer leurs affaires même au péril .de leur vie, sortirent de la ville pour gagner les villes proches avec lesquelles, avant la guerre, ils étaient en relations d’affaires. Après avoir hardiment pénétré dans des endroits périlleux, aux prises avec la nécessité, et y réalisant de gros profits, bien que, à plusieurs reprises, mis à rancon par les garnisons d'Orléans et de Blois qui, outre la rançon, exigeaient d’eux leur argent et leurs marchandises, 1ls aient perdu en une fois le prix de plusieurs expéditions, ils s’ingénièrent à obtenir un passeport du roi qui leur permettrait de trafiquer avec les villes de son obéissance. L'un d’eux ayant un parent à la cour, à la suite du duc de la Trémoille, s’en ouvrit à lui. Cette demande étant parvenue au duc, celui-ci fit venir les deux marchands afin de leur par-
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ler. Le sieur de Gaucourt, gouverneur d'Orléans, qui, de longtemps, avait des desseins sur la ville de Chartres, tant pour le service du roi que pour la commodité de la ville qu’il gouvernait, sollicita si bien les marchands qu'ils promirent de s’employer pour le service du roi, et, pour les y obliger davantage, les fit présenter au roi même, auquel ils réitérèrent leur promesse. Sa Majesté engagea sa parole de roi de leur donner les plus beaux offices, lorsque, par leur moyen, Chartres serait réduite à son obéissance, promesse qui fut réalisée trois jours après la réduction de la ville. Le roi leur fit délivrer le passeport qu’ils demandaient et qui leur permit de circuler partout librement. Au bout de quelque temps, rappelés par le sieur de Gaucourt à l’exécution de leur promesse, ils se déclarèrent prêts à lui donner satisfaction, ajoutant qu’il ne leur restait qu'à dresser les embûches nécessaires pour exécuter ce dessein, et à prendre jour, avertissant le sieur de Gaucour qu'il était nécessaire de préparer de grandes forces, car 1l ne fallait songer à obtenir l’intervention des habitants qui, pressentis seulement, feraient tout manquer, la plupart étant gagnés à leur évêque ou à leur bailli ; qu'il fallait, à quelque prix que ce fût, employer la force. Gaucour ayant communiqué ce dessein au sieur de Longueville, comte de Dunois et bâtard d'Orléans, homme généreux auquel, après Dieu, on peut donner l'honneur d’avoir délivré la France de l'oppression de l’Anglais, ce prince, Boucicaut maréchal de France, Gaucour et autres, en présence desdits Bouffineau et Lesueur, dressèrent leur plan de cette facon : Ils seraient proche la porte de la ville du côté de Blois, dite de Saint-Michel, parce que, de ce côté, on peut venir à couvert par les vallées jusqu'aux fossés de cette porte, par laquelle les marchands avaient coutume d’entrer et sortir avec leurs marchandises ; — ils feraient deux embuscades, l’une proche du fossé de la ville, Pautre à demi-quart de lieue qui serait la plus forte; — Bouffineau et Lesueur, pour entrer dans la ville, mèneraient cinq ou six harnais chargés de vin et d’autres marchandises, qui seraient conduits par des gens de guerre habillés en charretiers et accompagnés d’autres pareiilement déguisés et armés en dessous pour leur prêter main-forte ; l'exécution de ce projet se ferait le matin, à l’ouverture de la porte, à laquelle se présenteraient les premiers Bouf-
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fineau et Lesueur, qui en amuseraient les gardes avec quelques présents ;, pendant ce temps les charretiers déguisés et leurs compagnons se saisiraient des armes des gardes et les tueraient pour s'emparer de la porte ; à ce moment l’un d'eux sonnerait un cornet, signal auquel sortirait la première embuscade qui, avec une trompette, avertirait la seconde, et alors tous ensemble entreraient en la ville avec la résolution de tuer les opposants. On convint encore de gagner un jacobin, nommé frère Jean Sarrasin, qui ferait une prédication à l'heure où se devait faire l’entreprise, et traiterait * quelque sujet agréable à ses auditeurs afin de les retenir. Cette entreprise ainsi préparée fut de point en point exécutée le 27 avril 1432. Quatre mille hommes de guerre, conduits par le bâtard d'Orléans accompagné de Boucicaut, Gaucour etautres gens aguerris, concoururent à la prise de la ville.
Les habitants de la ville étaient commandés par leur évêque assisté du sieur de l’Aubépine, bailli et gouverneur de la ville. Un nommé Villeneuve, gentilhomme du pays, étant sorti par une autre porte, avec cent hommes de guerre qu'il avait sous ses ordres, pour servir de garnison à la ville, les gens du roi purent se rendre facilement maitres de celle de Saint-Michel, où Boufineau, au moment de son ouverture, donna aux gardes, en guise de salut, quatre aloses qu'il tira d’une de ses charrettes, ce qui depuis a donné lieu d’appeler par raillerie les Chartrains alouzeaux, parce que les gardes, au lieu de veiller à leurs armes, s’amusèrent à demander des nouvelles à Bouffineau, alors qu'on se saisissait de leurs armes et que les gens du roi, entrant dans la ville, s’allaient placer sur la grande place des Halles. Pendant que les habitants criaient aux armes, les gens du roi criaient : la paix, la paix. L'évêque entendant ce bruit prit les armes avec l’Aubépine, bailli, et quelques habitants qui n'étaient pas au sermon du jacobin, car ceux qui y étaient n'entendirent aucun bruit, se trouvant fort éloignés. Quand ce bruit, se répandant, vint jusqu’à leurs oreilles, ils sortirent éperdus et, voyant la ville prise et les gens du roi les plus forts, les uns quittèrent la ville, les autres se cachèrent comme ils purent. L’évêque et sa suite, plus résolus, s’étant avancés pour arrêter les gens du roi et Îles repousser, les troupes du roi, peu émotionnées à la vue d’un chef
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plus propre à donner des bénédictions en son église que des coups d'épée à ses ennemis, donnèrent de l’avant. Un des premiers il fut renversé dans la mêlée, où 1l trouva la mort ainsi que soixante ou quatre-vingts habitants demeurés sur la place, les autres s’enfuirent avec leur gouverneur, qui fut appréhendé peu après et mis en prison, plusieurs autres habitants furent tués. Les gens du roi, demeurés maîtres de la place, en usèrent en vainqueurs, se répandant dans la ville entière, la pillant, y commettant toutes sortes d’excès, ne laissant dans les maisons que ce qu’ils ne pouvaient emporter, faisant subir aux habitants, hommes et femmes, toutes les souffrances imposées à une ville prise d'assaut. Quant aux Anglais établis dans la ville, beaucoup furent condamnés par jugement à la décapitation. De nouveaux officiers furent donnés à la ville, où une forte garnison fut établie. Ainsi la ville sortit de la sujétion des Anglais, pour rentrer en l'autorité du roi, son légitime et premier seigneur.
Pour récompenser ceux qui avaient coopéré à la réduction de la ville en sa puissance, le roi octroya à Bouffineau la charge et office de contrôleur au grenier à sel, dont jouissait un nommé Philippe de Champrond, qui tenait encore le parti des ennemis. Les lettres de provision étaient datées d’Amboise 23 avril 1432.
Cette relation lève les difficultés que quelques auteurs ont soulevées au sujet de la mort de l’évêque Jean de Frétigny, en disant que l’évêque avait été tué dans le revestiaire de l’église de Notre- Dame et qu’il devait y avoir eu réconciliation. Paul-Émile parle de cette prise de Chartres sur les Anglais et de la mort de l’évêque.