LANGUES, LETTRES ET ECRITURE
langue grecque, et Pline, comme il a été remarqué, dit, au chapitre 11, que le nom même de Druide est un mot grec. Non seulement les Druides, mais la plupart des Gaulois parlaient et entendaient le grec, comme en Provence, en Guyenne et au delà de la rivière de Loire et en d’autres provinces voisines, comme le dit Strabon en son livre IV, par le commerce qu’ils avaient avec ceux de Marseille, ayant tant d’affection pour cette langue et pour ses lettres qu'ils écrivaient leurs contrats et les autres actes concernant leurs affaires en langue grecque. Justin aussi, au livre XLITI, parlant de ce commerce, dit: c’est de là qu'on voit encore aujourd'hui, dans la langue française, tant de mots grecs et d’autres qui prennent leur origine de cette langue. Jusqu’à l’origine des Français et au temps où les rois de France s’emparèrent des Gaules, il resta beaucoup de vestiges de la langue grecque en la langue gauloise et française. Childéric aurait inventé quatre nouvelles lettres que, par un édit, 1l fit ajouter aux anciennes. Grégoire de Tours, au livre V de son Histoire de France, rapporte quelles sont ces lettres, en un endroit de cet auteur que le sieur Marcille assure avoir été malaisément compris avant lui, ajoutant qu’il le fit à l’exemple de l’empereur Claudius qui, au rapport de Suétone (ch. xL1), inventa de nouvelles lettres qui étäient très nécessaires. Juste Lipse, en son Commentaire sur Tacite, a beaucoup travaillé pour savoir quelles étaient ces lettres; il en marque deux : 1° le digamma, 2° l’antisigma, et n'a pu trouver la troisième qu’il croyait être le +, qui peuvent être vues dans leurs livres et qui ne se rapportent, pas plus que la contestation de Maraille avec de Houlmont touchant ces lettres, dont il parle dans la France gauloise, avec ce que dit Juste Lipse. Il n’est pas nécessaire de croire que la langue grecque fut la langue naturelle de tous les Gaulois parce que cela n’est pas vraisemblable, mais on peut assurer que les Gaulois voisins de Marseille savaient la langue grecque. Je ne doute pas que les Gaulois n’eussent une langue particulière, mais il ne faut pas douter aussi que les Druides, outre la langue naturelle au pays, ne fussent savants en la langue grecque, et même en toutes les autres langues qui pour lors avaient cours, étant gens d'esprit, qui faisaient profession de savoir toutes les sciences, qui
les enseignaient et qui en rendaient leurs disciples capables. Comme nous voyons à présent que la langue française est la langue commune et naturelle de tous les Français, et néanmoins qu'il y en a beaucoup qui ont une connaissance parfaite, non seulement de la langue grecque, mais de l’hébreu, de l’arabe et de toutes les autres langues anciennes et étrangères, on peut croire que les Druides n'étaient pas moins savants en toutes les langues qui avaient cours alors, qu’en la langue gauloise qui de tout temps était en usage comme étant la langue naturelle du pays.