CHAPITRE TI
Le catalogue des évêques de Chartres porte que ce fut en l’an 36 de la naissance de J.-C. que saint Potentien et saint Altin arrivèrent à Chartres pour y prècher l’évangile. Rouillard dit qu'il y a erreur de temps parce que l'opinion la plus commune est que saint Pierre ne fut à Rome que l’an 44 après la mort de N.-S., de sorte que saint Pierre ne peut avoir envoyé de Rome des prédicateurs pour prècher l’évangile à Chartres, n’étant pas encore établi en cette ville de Rome en l’année 36 où ils furent martyrisés. L'opinion de Sévère Sulpice, qui rapporte que l’on ne vit dans les Gaules de martyrs que sous l’empereur Aurélien, fils de l’empereur Antonin, contredirait Rouillard et les autres historiens chartrains, mais ce que nous avons précédemment rapporté d'Origène « que les Bretons, avant même la naissance de J.-C., avaient la connaissance d’un seul Dieu », peut facilement faire croire, comme l’a remarqué Scaliger, qu’ils ont été chrétiens avant que J.-C. fut au monde, parce que les Bretons, soit en Bretagne armoriqué, soit en Grande-Bretagne ou Angleterre, n’ont eu leurs doctrines que des Gaulois et des Druides, leurs prêtres, qui les ont instruits de la connaissance du vrai Dieu et de la Vierge qui devait enfanter. On peut croire que la ville de Chartres a eu connaissañce de la foi de J.-C., aussitôt qu’il s’y est présenté, par des personnes qui les en ont pu instruire, et il ne faut pas douter que les envoyés de saint Pierre ou de quelque autre des apôtres, voyant à Chartres l’image de la Vierge qui devait enfanter, n'aient pris de là sujet de prêcher la foi de J.-C. aux Chartrains qu’ils
trouvèrent déjà disposés à la recevoir, comme saint Paul à Athènes, voyant un autel consacré au Dieu inconnu, en prit sujet de prècher que le Dieu inconnu était celui qu’il leur venait annoncer. L'image fit à Chartres ce que fit à Athènes l'autel dédié au Dieu inconnu.
On peut ajouter que les Gaulois, et particulièrement les Chartrains, si bien préparés à la recevoir, ont eu des premiers la connaissance de J.-C. et du christianisme. Les Galates qui étaient Gaulois, dès le temps de saint Paul, qui leur écrit une si belle lettre, en avaient connaissance, et l’on peut croire que le jour de la Pentecôte, où l’on remarqua tant de peuples qui entendirent les apôtres parler diverses langues, il pouvait y avoir des Gaulois, et peutêtre des Chartrains, qui ont toujours été curieux de voyager, et qui peuvent avoir été compris dans le nombre des Romains qui sont remarqués particulièrement et adyenæ Roman, c’est-à-dire les peuples du côté de l'Occident.
Il est admis à Chartres que saint Pierre y envoya de Rome saint Savinien, saint Potentien et saint Altin. Quelques-uns croient que saint Altin et saint Aventin, qui en a été le premier évêque, furent envoyés en Gaule pour y prècher l’évangile et pour y baptiser les peuples qu’ils pourraient convertir à la foi chrétienne; que ces saints abordèrent premièrement à Ferrières dans le Gâtinais où, laissant saint Savinien, après quelque séjour, se transportèrent en la ville de Chartres, où il est très croyable que, voyant les Chartrains disposés à honorer l’image dédiée à la Vierge qui devait enfanter, ils eurent tout sujet d'annoncer que cette Vierge qu'ils honoraient avait enfanté, et que c'était ce Dieu nommé Jésus-Christ, fils de cette Sainte Vierge, qu’ils prêchaient, et qu'ils furent écoutés par les Chartrains facilement portés à croire ce qui leur était prèché, et que saint Aventin fut le premier évêque qui posséda à Chartres cette belle dignité.
Quelque temps après, Quirinus, proconsul et gouverneur des Gaules pour les Romains, se trouvant à Chartres avec mission de l’empereur d'empêcher l’accroissement des chrétiens et de les contraindre à adorer les idoles, ayant trouvé plusieurs personnes qui faisaient profession de la religion chrétienne dans la grotte où les
Chartrains exerçaient leur religion, les fit mourir et précipiter dans un puits qui depuis a été nommé puits des Saints-Forts.
Voilà tout ce que je puis dire des commencements de la religion chrétienne en la ville de Chartres, car, pour ce qui est de saint Savinien et saint Potentien que l’on dit y être venus plus tard, je m'en rapporte aux auteurs qui en ont parlé, n’ayant dessein en cet endroit que de rapporter ce que l’on dit de ces saints qui sont venus à Chartres, y sont honorés, et auxquels un autel a été dédié en la grotte de Sous-Terre, à côté de celui qui a été élevé en l'honneur de la Vierge.
Ces deux saints arrivés à Chartres, voyant l’image que les Druides avaient consacrée à la Vierge, en prirent sujet pour leurs prédications, ainsi que dans Athènes saint Paul s'était servi de l’image qu’on y avait dédiée en l'honneur du Dieu inconnu pour disposer les Athéniens à croire en Jésus-Christ comme étant le Dieu qu'ils avaient adoré sous ce nom. De même le peuple d'Athènes fut incité à croire par ce discours que leur fit saint Paul “à ce sujet, ainsi les Chartrains, druides et autres, des environs furent facilement portés à croire en la Vierge qu’on leur annonçait avoir enfanté et en son Fils dont, depuis longtemps déjà, ils attendaient la naissance.
Ce fut alors que saint Potentien consacra l’autel et l’image de Chartres, les bénit et les dédia au vrai Dieu, sous le nom de la Vierge, en enfermant la grotte où ils étaient dans une église quil y fit dès lors bâtir, comme le donne la troisième leçon qui se trouve au bréviaire, dans les Matines du jour où on célèbre la fête de cette dédicace de l’église, qui est le 17 octobre, lendemain de la fête de saint Prest, et deux jours avant celle de saint Savinien et saint Potentien qui est célébrée dans le diocèse le 19 du même mois:
« Que les Druides n'ont point eu d’autre temple que cette grotte qui était dans le bois sacré de Chartres ;
» Que le prophète Balaam avait prédit aux Mages de Perse que le fils de la Vierge dormirait comme un lion dans une grotte et qu'après paraitrait l'étoile, et que pour cette cause les Perses adoraient leur Dieu Mithra en une grotte, avec des cérémonies approchant de celles de l’église chrétienne ;
» Que Notre-Seigneur est né dans la grotte de Bethléem, que saint Paul et saint Eustachium, en l’épitre à Marseille, appellent la grotte du seigneur, laquelle, comme ils disent, doit être plus estimée que la roche du Capitole de Rome ;
» Que les premiers chrétiens, au temps des persécutions se retiraient et faisaient leurs prières et leurs cérémonies dans les grottes.
» Au Cantique des cantiques époux dit: ma colombe habitera dans le creux de la pierre. » |
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