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LES CATALOGUES DES AMPHICTYONS

Les amphictyons administraient donc les revenus et surveillaient les dépenses du temple d'Apollon à Délos, et les propriétés du dieu étaient entre les mains d’Athènes. Une liste de ces revenus et de ces propriétés était sans doute dressée chaque fois que de nouveaux amphictyons entraient en charge. On a trouvé à Athènes une inscription dans laquelle ils consignent l'inventaire des richesses confiées à leurs successeurs. Nicias est cité pour les dons qu'il a faits au temple1.

Mais les Déliens conservaient quelque indépendance politique, puisqu’ils avaient des archontes. Il y eut certainement lutte entre cette indépendance et l’influence qu'Athènes tenait de son autorité religieuse : les Déliens ont expulsé les amphictyons du temple, les ont frappés, et les amphictyons ont châtié les sacrilèges. Or l'inventaire même dans lequel ce fait a été relaté, a été daté par les noms des archontes déliens , et trois d’entre eux portent exactement les mêmes noms que trois des coupables. Sont-ils de la même famille ? sont-ils les sacrilèges eux-mêmes ? Il semble qu’en élisant de pareils archontes, les Déliens aient voulu faire de l’opposition aux amphictyons d'Athènes 2.

Plusieurs inventaires d'objets appartenant aux temples d’Apollon Délien ont été dressés par les amphictyons 3 et conservés dans l’acropole d'Athènes 4 ; ces

1 G. I. Gr., 159.

2 C’est du moins l’opinion de Bœckh [Comment, ad inscr. 158). — En ce cas, les archontes déliens auraient été élus et non pas tirés au sort; mais cette hypothèse a besoin d’être confirmée.

3 Le Bas, Inscr. att ., 242 à 245. — Rangabé, Ant. hell 857,

4 Le Bas, Ibid.

DÉLOS

objets ont presque tous été donnés par des Athéniens. Les présents sont disposés dans le grand temple d’Apollon Délien par rangée, dont le nombre augmente d’année en année avec les offrandes nouvelles. D’autres sont consacrés au « temple ancien » et d’autres encore « au temple des Déliens » 1 Leurs annexes non plus n’étaient pas oubliées, car une table de bronze est offerte à la déesse Aphrodite. 2, qui avait auprès d’Apollon une statue et un sanctuaire. Le catalogue augmente chaque année, et les listes les plus modernes reproduisent les plus anciennes en les continuant. Les noms d’archontes., mentionnés sur ces listes, permettent de fixer quelques dates. Ce sont Callistrate (ol. 106, 2; 355, av. J. C.), 3 probablement Evænète (ol. 111, 2; 335 av. J. C.) 4, et Polémon (312 av. J. G.) 5 6. Le célèbre Callias, fils d’Hipponicos, contemporain de Socrate, futarchithéore. Son nom précédé celui de Nieias, G avant lequel sans doute il avait exercé ceite charge 7.

1 242, 1. 9 et 11.

6 N0 243, 1. X. Callias et plus tard Nicfas offrent au teinple. des TcXsyYtôeç bandelettes portées et consacrées par les théores-

7 Ces détails topographiques, ces noms, ces dates, intéres sent Phistoire. L’épigraphiste, en outre, pourra étudier avec profit ces longs catalogues d’objets sacrés. L’inventaire le plus complet (n° 244) mentionne 1° les diverses rangées, probablement de <ptd&ai, pesées; 2° les objets non pesés, avec la mention des donateurs; 3° les objets placés dans le temple ancien, et d’autres dans le temple des Déliens; 4° une série de couronnes d’or avec feuilles imitant le laurier; 5° différents objets dont les noms se retrouvent dans d’autres inventaires sacrés. Men-

LES CATALOGUES DES AMP1IICTYONS

Pendant cette période,, Délos, de gré ou de force, partagea la fortune des Athéniens lorsqu’ils firent la guerre aux îles l. (Cette guerre finit l’ol. 106, 2, an 355). Quand elles leur furent enlevées, quelques années plus tard., après la bataille de Chéronée, en 338' 2, l’administration des temples d’Apollon et de leurs propriétés religieuses n en resta pas moins entre les mains d’Athènes, car l’un des inventaires amphictyoniques cités date de 335 3, eC du reste, les Déliens avaient perdu, quelques années auparavant (de 346 à 344) 4, devant le grand tribunal des amphictyons de Delphes, que Philippe dirigeait, un procès par lequel ils revendiquaient le droit d’administrer ces temples.

Ce procès fut célèbre. Le peuple athénien avait chargé Eschine de la défense 5, mais en même temps temps il avait confié à Paréopage le soin diviser à tous les détails du procès 6; et l’aréopage., soupçonnant Eschine d’être vendu à Philippe et de vouloir

tionnons « les supports du cratère d’argent » 1. 17, et 1. 27, peut-être des éperons de trirèmes. Ce sont en outre des cratères, des tables, des vases divers; etc.

1 Corn. Nep., Timoth ., 2, 3. — Polyen, III, 9,36.

2 Paus., I, 25, 3.

3 Le Bas, op. cit., n° 263. — Cf. C. I. Gr., n° 159.

4 Cf. Frag. Hypérid , or., att. éd. Didot, t. II, p. 392 et suiv., une excellente dissertation de Sauppe. Ce procès est postérieur à 346, date à laquelle Philippe hérite des deux voix des Phocidiens dans l’amphictyonie, et antérieur à l’ambassade de Python (344). Cf. Demosth., Pro corona, 138 et suiv.

5 Apollon., De vit. Æschinis, p. 2, éd. Dindorf., Schol.Æsch. — Sauppe, loc. cit.

6 Cf. Démosth., op. cit., 134.

DÉLOS

trahir 3a cause d'Athènes *, choisit Hypéride. Euthycrate d'Olynthe plaida pour les Déliens1 2.

L'orateur athénien dut formuler contre les Déliens différentes. accusations. On sait qu'il leur reprocha un meurtre 3, qui avait peut-être servi de prétexte à leur expulsion, en 422. Mais il s'attacha surtout à démontrer que la religion délienne venait de EAttique. Il essaya donc de prouver que Latone, ayant dénoué sa ceinture au cap Zoster, avait été conduite par Minerve Pronoia jusqu’à Sunium, et que, d’île en île, elle avait atteint l’île sainte 4. Délos tenait donc sa religion de l'Attique.

En dépit de cette mythologie, qui trouva des sceptiques même parmi les Athéniens, Hypéride gagna sa cause 5 : mais on ignore s’il n’employa pas d'autres arguments plus sérieux empruntés de l'histoire. Il semble pourtant que, si les Athéniens avaient autrefois colonisé Délos, s’ils avaient été les véritables fondateurs de la ville sainte et les ancêtres de ses habitants , Hypéride n’eût pas manqué de le rappeler, et le souvenir en serait venu jusqu’à nous. Il faut donc penser que le peuple délien était encore considéré parles Athéniens eux -mêmes comme distinct et indépendant de celui d’Athènes.

1 Apollon., loc. cit. — Vit: Xorator., p. 849. — Démosth., loc. cit. — Les membres de l’aréopage ne voulurent pas qu’Eschine prît la parole avec eux. Philostr., VU. Sophist., I, 18.

2 Hypérid., fr. 80.

3 Anon. Hermog., IX, 6. 454.

4 Sauppe, loc. cit.

5 IIermog., In rh. gr.t III, p. 219, éd. Walz. — Sauppe, éd. Didot, loc. cit.

l’ile redevenue libre

Athènes demeura probablement en possession du temple d’Apollon Délien sous Philippe et sous Alexandre, qui la ménagèrent. Mais, après la bataille de Cranon, (322) le meurtrier de Démosthènes et d’Hypéride, Antipater, abattit la puissance des Athéniens et les humilia dans leur gloire. Sans doute il abolit leur suprématie à Délos, car des inscriptions prouvent que les Déliens ont ensuite administré leurs temples 1 * * 4. Cependant les Théories athéniennes ne cessèrent pas de fréquenter nie sainte. Cette situation dura jusqu’à l’époque où Délos fut remise par Rome aux Athéniens.

§ IV. Délos libre, (de 322 à 196 ; de 196 à 166).

1° De 322 à 196.

Sous les successeurs d’Alexandre, la civilisation grecque et celle des peuples conquis se pénètrent et se confondent. Grecs d’origine, tous ces rois d’Asie Mineure, de Syrie, d’Egypte, tenaient fortement à la religion de leurs pères, peut-être par goût, certainement par intérêt. Ils partageaint leurs hommages entre les divinités de leurs sujets et les dieux conquérants, tous réunis en paix dans un olympe cosmopolite. Occu-

1 Nous trouvons cependant (Le Bas, inscr. ait ., 245) une inscription athénienne postérieure à 322 (elle semble dater de 312), quia semblé à Le Bas contenir un inventaire d’objets sacrés conservés à Délos. Mais il est possible qu’Athènes, sans

être maîtresse des temples déliens, ait continué à dresser la liste des objets qu’elle leur donnait. En outre, cette inscription mutilée, qui ne porte les noms ni des amphictyons ni du tem-

ple d’Apollon, peut avoir été faussement attribuée à l’amphic-

tyonie de Délos.

DÉLOS

pant une position encore centrale dans le cercle agrandi de l’Hellénisme, Délos vit augmenter le nombre de ses adorateurs.

L’histoire de ses relations avec les nations voisines est donc celle des honneurs qu'elle en reçut ou qu'elle leur rendit.

Sous le règne de Ftolémée Lagus (323-284), elle frappa des médailles consacrées aux dieux adelphes, qui sont à la fois Apollon et Diane, Ptolémée et Bérénice. Ptolémée Philadelphe (284-246), étant maître des Cyclades *, une statue lui fut consacrée à Délos par les habitants des îles 1 2.

Philippe, fils de Démétrius, roi de Macédoine (221- 178), érigea un portique près du temple d'Apollon 3. Cette pieuse offrande ne l'empêcha pas d’être complément vaincu en 197 par les Romains, qui songèrent, dès l'année suivante, à rendre Délos aux Athéniens. Du reste, l’île sainte, en perdant sa liberté, ne perdit pas ses droits au respect des rois et des peuples, et l’on ne cessa pas de lui consacrer des offrandes, même sous la domination athénienne.

La cité libre des Déliens a reçu les marques d’une estime plus flatteuse encore : des cités grecques la convièrent à juger leurs litiges. Les habitants d'ilium, en procès avec leurs voisins, probablement pour une délimitation de territoire, choisirent pour arbitres les peuples de quatre villes, en particulier de Rhodes, de Paros, de Délos. Ce procès est antérieur à l’année 566

1 Théocr., Idyll ., XVII, 88.

2 C. I. Gr., 2273. — Cf. 2267' et 2356.

3 Vid. p. 40.

l’ile redevenue libre

U. G. (189 avant Jésus-Christ), époque où Rhodes et Ilium étaient fort mal ensemble *.

L’administration intérieure de Délos, pendant cette période d’indépendance, ressemblait assez à celle des autres cités grecques. Elle avait, comme elles, un sénat et une assemblée du peuple. On a conservé quelques décrets par lesquels ce sénat et cetie assemblée ont conféré à des étrangers les titres héréditaires de proxènes et d’évergètes du temple et du peuple. Délos, sans doute, était heureuse de n’avoir plus à séparer le sacré du profane. Elle décernait en outre à ces proxènes le droit de ne pas payer l’impôt, le droit d’asile, celui de posséder à Délos une terre et une maison, l’accès auprès du sénat et du peuple, aussitôt après les cérémonies religieuses, et une place d’honneur aux jeux 2. Ces décrets, à la fois religieux et politiques, étaient inscrits dans le temple par les liieropii , et par les sénateurs dans l’édifice du sénat. — A cette époque, les Déliens rebâtirent le grand temple ; ils accordèrent aux ouvriers l’exemption d’impôt et le droit d’asile pour le temps des travaux et trente jours en sus 3.

L’inscription qui relate ce fait donne ainsi des renseignements fort précieux sur l’organisation des magistratures religieuses de Délos, redevenue tout- à-fait libre. Le soin de réparer le temple 4 fut confié à l’en-

1 C. I. Gr., 3598. Sans doute Ilium gagna son procès, puisque les habitants de cette cité remercient et couronnent les peuples qui ont jugé.

2 C. I. Gr., 2268, 2269, 2267.

3 C. I. Gr., 2266.

4 C. I. Gr., 2266. — Bœckh assigne à cette inscription une date qui varie entre 220 et 180 av. J.-C., parce qu’il s’y trouve

DÉLOS

trepreneur, sur le devis de l’architecte, avec la garantie de répondants. Les épistates 1 surveillèrent ces travaux et fournirent l’argent, de concert avec les hiéropii, qu'il ne faut pas confondre avec les magistrats athéniens du même nom. Ces hiéropii déliens étaient aussi chargés de placer les décrets dans le temple du dieu 2.

Le contrat fut signé par les deux répondants, par les onze, magistrature délienne inconnue, par le greffier du sénat, parle greffier des hiéropii, par l’intendant de la ville et par les agoranomes. Ces noms, que l’on retrouve dans les inscriptions relatives à d'autres villes, n’ont pas besoin d’être expliqués.

Une autre inscription, qui appartient également à Délos libre, nous renseigne sur une autre de ses magistratures, la prytanie. La communauté des technites dionysiaques avait décidé qu'une statue, dédiée à Craton de Téos, lui serait élevée dans l'île sainte. Elle envoya des ambassadeurs auprès du peuple et du sénat déliens, qui chargèrent les prytanes de mettre à la disposition de ces technites l'emplacement nécessaire pour l'érection de la statue 3. Sans doute, la prytanie était une section du sénat, à Délos comme à Athènes.

En résumé, les magistratures détiennes ne différaient guère à cette époque de celles des autres cités ; seulement, les préoccupations pieuses étant constantes à

un descendant de Théognès qui vivait pendant la 1 00e olympiade. En tout cas, il est certain que cette inscription appartient à Délos libre, car aucun dème attique n’est mentionné.

1 L. 26, les épistates y sont une fois appelés épimélètes.

2 C. I. Gr., 2268.

3 C. I. Gr., 3067.

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