‹ Recherches sur l'anatomie de l'hippopotameChapitre 9 sur 50 · Chez l'adulte · texte numérisé non relu

Chez l'adulte

Ces caractères sont conservés et même exagérés dans ranimai adulte. Épaisses à leur bord antérieur, tranchantes par leur bord postérieur, elles sont moins courbes que dans le Rhinocéros, plus aplaties vers leur milieu, et leur angle est beaucoup plus rapproché de la colonne vertébrale; en résumé, elles rappellent moins exactement la forme de cerceau si marquée dans ces derniers animaux. Le bord antérieur des premières est fortement creusé en gouttière; cette disposition s'efface sur les dernières; la courbure de celles-ci est également très-peu marquée.

D. — DU STERNUM, a. — Dans le fœlos {Hippopotame du Sénégal et Hippopotame du Nil).

Le sternum thoracique a une forme remarquable. Il est composé de cinq pièces successives, outre son extrémité fibrocartilagineuse ou appendice xiphoïde. La première pièce, ou manubrium, est latéralement comprimée, très-aplatie dans ce sens, et très-saillante en avant. Vers le milieu de ses faces latérales, existe une fossette très-marquée qui reçoit le cartilage

de la première côte. C'est la plus grande de toutes les pièces stcrnales. La seconde et la troisième pièces sont comprimées dans le même sens, mais elles sont plus petites, et leur épaisseur augmente à mesure que leur hauteur diminue, à tel point que dès la quatrième vertèbre, cette épaisseur l'emporte, et les deux dernières pièces s'étalent horizontalement. La cin-r quième est d'ailleurs la plus petite de toutes. Ces différentes pièces sont, comme autant de points osseux distincts, développées dans l'épaisseur d'une lame cartilagineuse continue, dont l'appendice xiphoïde est la terminaison postérieure.

b. — - Dans l'adulte.

Le squelette de Y Hippopotame du Sénégal, adulte, que le Muséum a reçu de la munificence du prince de Join ville, présente un sternum composé d'une manière à peu près semblable. La pièce antérieure est plus dilatée; les autres pièces sont plus robustes. On y compte également cinq pièces dont les rapports avec les cartilages costaux sont les suivants :

La première pièce s'articule par ses fossettes latérales avec la première paire de côtes. Les deuxièmes côtes s'articulent (fans l'intervalle de la première et de la seconde pièce; les troisièmes dans le second intervalle ; les quatrièmes dans le troisième. La cinquième paire de côtes s'articule sur le milieu de la quatrième pièce sternale; la sixième paire correspond au quatrième intervalle.

Sur le squelette $ Hippopotame de Natal, rapporté par lett M. Delegorgue, on observe quelques différences, l^e manubriuui

USTÉOLOfilE. A3

v est plus saillant encore. La quatrième et la cinquième pièce y sont confondues en june plaque unique « concave supérieurement, dont les bords elliptiques portent à la fois les cinquième et troisième côtes. Ces différences sont-dles individuelles, sont-elles spécifiques? C'est ce jqu'il me serait impossible de décider ici.

L'Hippopotame du Cap, rapporté par feu M. de Lalande, présentait aussi quelques différences, et, entre autres, une sixième pièce sternale développée dans l'épaisseur du cartilage xiphoïde; mais cet animal était fort âgé. Toutes les pièces y étaient soudées entre elles, et cette circonstance rend leur distinction incertaine. Il diffère à la fois, sous le rapport de la forme et de la composition du sternum, de ï' Hippopotame du Sénégal et de celui de Natal (1).

Quoi qu'il en soit de la valeur de ces différences, elles ne vont jamais au point de dissimuler un type commun à tous les Tétraprotodons vivants et exclusivement propre à ce genre. Parmi les particularités que leur sternum présente, nous rappellerons surtout le mode d'articulation de la première côte; rien de semblable ne se voit, ni dans les Rhinocéros, ni dans les Tapirs, ni dans les Chevaux. Les Ruminants et les Cochons eux-mêmes diffèrent à cet égard. La présence d'une fossette sur les faces latérales du manubrium est donc un caractère certain du genre Hippopotame.

(l) Ce fait, parmi beaucoup d'autres, semble démontrer que les distinctions spécifiques établies par Desmoulins reposent sur des particularités purement individuelles. En effet, il me semble impossible de ne pas considérer l' Hippopotame du Cap et celui de Natal comme spécifiquement identiques.

àk ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer montrent qu'il n'y a en réalité que six paires de côtes sternales. La septième, il est vrai, touche, par l'extrémité de ses cartilages au corps de 4a quatrième ou de la cinquième pièce, mais sans s'y articuler. Si toutefois on la range parmi les sternales, il restera huit fausses côtes qui n'y touchent point. Ce grand nombre des côtes sternales indique évidemment une anticipation du thorax sur la cavité abdominale.

E. — RÉGION LOMBAIRE, a. — Dans le fœtus.

Bien que les vertèbres lombaires s'éloignent très-peu du type des vertèbres dorsales postérieures, plusieurs caractères appréciables permettent cependant de les distinguer. Leur corps, tranchant inférieurement et légèrement évidé* sur ses faces inférieures, est plus robuste; les masses latérales s'y ajustent par une base à la fois plus épaisse et plus haute; les lames proprement dites y sont moins élevées, plus larges, et, sauf la première, leurs apophyses épineuses, encore cartilagineuses, s'inclinent en avant. Rappelons enfin, parmi leurs caractères distinctifs, ces côtes transversales intimement soudées chez, l'adulte aux apophyses transverses, mais encore cartilagineuses dans le fœtus que nous avons sous les yeux. Toutefois, au moment de la naissance , deux noyaux osseux indépendants sont développés dans l'aile cartilagineuse de la première vertèbre lombaire ; c'est du moins ce que démontre.

de la manière la plus claire, le squelette <f Hippopotame du Nil Agé de quatre jours.

i^es apophyses trausverses proprement dites sont grandes, à la fois plus longues et plus épaisses aux dernières vertèbres lombaires postérieures, et elles semblent grandir ainsi en raison de la grandeur de leurs corps, qu'on voit diminuer en se rapprochant du sacrum.

Les apophyses articulaires y sont fort saillantes et situées très au-dessous de la base des apophyses transverses. Les postérieures sont enveloppées, les antérieures enveloppantes. Le tubercule antérieur des apophyses transverses surmonte le sommet de celles-ci. Quant aux tubercules postérieurs, ils apparaissent au sommet des apophyses transverses, à l'extrémité de leur bord postérieur; une échancrure peu profonde les sépare de la base de ces apophyses.

b. — Dans l'adulte.

Les corps des vertèbres lombaires sont plus robustes, évidés vers leur milieu, avec une arête médiane à leur face inférieure. Cette arête est surtout prononcée sur la deuxième et la troisième vertèbre.

Les masses latérales ont une base large et sont complètement soudées au corps. Les lames qui circonscrivent le caual rachidien sont robustes et portent des apophyses épineuses très-étendues d'arrière en avant, minces, tranchantes, et dont le sommet, fortement recourbé en avant, porte une longue épiphyse. Le développement de cette épiphyse, dans le sens de

/ifl ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.

l'axe du corps et'de la vertèbre, va au point que, dans les animaux très- vieux, toutes les apophyses épineuses des lombes se touchent à leur sommet» Rien de semblable n'existe chez les Rhinocéros, dont la région lombaire est pour ainsi dire anéantie par suite du développement du thorax.

Les apophyses transverses, entièrement soudées avec les lames costales, sont au premier abord fort difficiles à définir; mais un tubercule postérieur bien marqué, et qui n'est autre chose que le sommet de leurs apophyses postérieures, en indique les limites. Ce tubercule est énorme dans la dernière vertèbre lombaire, où il s'articule avec les masses latérales de la première vertèbre sacrée. Les lames costales proprement dite sont plates, larges, étalées horizontalement ; la plus développée est celle qui appartient à la deuxième vertèbre; inclinées d'abord en arrière, elles se terminent en se recourbant légèrement en avant; leur extrémité est mousse et légèrement tuberculeuse.

Dans le squelette d'Hippopotame adulte du Sénégal, rapporté par M. le prince de Joinville, et qui présente, ainsi que nous l'avons dit plus haut, cinq vertèbres lombaires, la première porte une lame très-longue, et, sauf sa soudure à l'apophyse transverse, presque en tout semblable à une côte thoracique; rien de semblable ne se voit dans les autres squelettes d'Hippopotame de la collection, et ces squelettes n'ont en tout que quatre vertèbres lombaires. Je suis donc trèsporté à croire qu'il s'agit là d'une vertèbre surnuméraire et anormale, d'autant plus que dans le fœtus d'Hippopotame de

notre collection et dans celui d'Hippopotame du Nil, qui provient également du Sénégal, il n'y a, comme dans les autres Hippopotames, que quatre vertèbres lombaires.

Les tubercules antérieurs des apophyses transverses sont moins élevés au-dessus du plan de l'apophyse transverse proprement dite que cela n'a lieu vers la fin de la région dorsale. En outre, dans l'Hippopotame de Natal et dans celui du Cap, au lieu de s'élever presque verticalement, leur base s'étale presque horizontalement; le crochet qui les termine est d'ailleurs très-marqué. L'Hippopotame du Sénégal présente à cet égard quelques différences ; ces tubercules y sont plus longs et moins recourbés; ils sont en outre beaucoup plus relevés et voisins du sommet de l'apophyse articulaire antérieure.

Les apophyses articulaires sont assez élevées au-dessus de la base des apophyses transverses. Cette disposition n'est pas d'ailleurs aussi marquée qu'elle l'est dans la partie postérieure du thorax. Les antérieures affleurent le niveau de l'extrémité antérieure du corps des vertèbres. Les postérieures dépassent beaucoup le niveau de l'extrémité postérieure de ces corps. Elles se prolongent en Jeffet en divergeant comme les deux branches d'un Y 4e l'angle duquel semble émerger le bord postérieur de l'apophyse épineuse. Au-dessous d'elles, une forte épine vient s'articuler avec une épine correspondante de la vertèbre suivante et circonscrit supérieurement le trou de conjugaison.

Ces apophyses réalisent le type général; les postérieures eoat enveloppées, les antérieures enveloppantes. Elles pré-

sentent d'ailleurs des correspondances réciproques assez difficiles à décrire, mais que nous allons essayer d'indiquer. Pour la première et pour la quatrième articulation, c'est-à-dire pour l'articulation de la première lombaire avec la dernière dorsale et de la deuxième lombaire avec la première sacrée, les correspondances des surfaces articulaires ont lieu suivant un mode assez simple. L'apophyse articulaire enveloppée présente une concavité qui reçoit une convexité de l'apophyse enveloppante. Mais ce mode se complique pour les articulations intermédiaires : l'apophyse enveloppée y est parcourue par une vallée profonde longitudinale, que limitent de chaque côté deux collines saillantes. A ce système correspond, sur l'apophyse enveloppante, une disposition, si je puis ainsi dire, inverse et réciproque. A la vallée de l'apophyse enveloppée correspond une colline longitudinale ; aux deux collines, deux vallées parallèles. L'engrènement de ces surfaces permet des mouvements de flexion, mais non de rotation; ces derniers mouvements paraissent avoir pour siège la première et la dernière articulation, et ne sauraient avoir d'ailleurs qu'une étendue très-bornée.

Les particularités sur lesquelles nous avons insisté peuvent, dans leur ensemble, permettre de formuler une caractéristique très-nette des vertèbres lombaires dans le genre Hippopotame. La carène inférieure du corps de ces vertèbres et leur forme sensiblement évidée les distinguent immédiatement des vertèbres analogue dans le Rhinocéros, dont le corps est plus massif en général et manque d'arête inférieure. Le Rhinocéros

simus fait seul exception à cette règle; ajoutons que les apophyses épineuses, chez ce dernier, sont un peu recourbées en en avant, ce qui pourrait, au premier abord, amener quelques incertitudes; mais elles présentent en même temps un prolongement bifide à l'extrémité postérieure de leur épiphyse, caractère dont les Hippopotames n'offrent aucun vestige. D'ailleurs, la brièveté des parties transversales proprement dites dans le simus, la petitesse de leurs lames costales, le rapprochement de leurs apophyses articulaires, qui se recouvrent successivement plutôt qu'elles ne s'enveloppent, enfin, la petitesse des tubercules antérieurs, qui surmontent ces apophyses, donnent à cet animal une physionomie toute particulière.

Les autres espèces de Rhinocéros diffèrent encore davantage; les apophyses épineuses s'y inclinent en arrière; les apophyses transverses et leurs lames costales sont relativement fort réduites; et ces lames elles-mêmes présentent une disposition toute particulière à demeurer indépendantes et mobiles, ce dont nous donnent la preuve deux squelettes de la collection, l'un du Rhinocéros indien, l'autre du Rhinocéros sumatrensis. Tout y rappelle donc le type propre aux vertèbres dorsales, et l'on pourrait, à certains égards, soutenir que ces animaux n'ont point une région lombaire rigoureusement définie. La dernière vertèbre, toutefois, y présente des caractères bien tranchés par la double articulation de ses lames transversales avec les éléments homologues de la troisième vertèbre lombaire, d'une part, et de la première sacrée, d'autre

part. La physionomie générale des vertèbres lombaires est également très-différente dans les Tapirs et dans les Chevaux. On retrouve chez les premiers quelques-uns des caractères que nous avons indiqués dans les Rhinocéros; les apophyses articulaires, par exemple, ne s'enveloppent point chez cet animal, mais se recouvrent k la manière des vertèbres dorsales. Le type enveloppant est plus marqué dans les Chevaux, mais sans amener plus de ressemblance avec les Hippopotames? toutes les parties y sont plus serrées; les apophyses articulaires y sont moins détachées, les apophyses transverses et les lame» costales moins étalées, leur tubercule antérieur est moins saillant, et n'offre pas cette forme si caractéristique d'apophyse coracoïde, que nous avons plus haut signalée dans l'Hippopotame; enfin, toutes les parties offrent un type plus condensé, plus étroit, si je puis ainsi dire, et toute confusion serait impossible pour les ye*x les moins exercés.

l\ serait plus difficile encore d'hésiter dans l'appréciation des différences que les Ruminants présentent. Des corps des vertèbres lombaires dépassant énormément la base de leurs apophyses transverses grétes et droites ; des apophyses articulaires antérieures longuement pédieulées, très-nettement enveloppantes; des apophyses épineuses courtes, carrées, presque exactement verticales, leur douaient une physionomie propre qui éloigne la possibilité d'une assimilation quelconque avec l'Hippopotame.

11 serait inutile d'insister ici sur les caractéristiques différentielles des Carnassiers et des Rongeurs, et, à pfus forte

OSTfeOLOGÎE. 51

raison, des Édentés et des Marsupiaux; les Ruminants et les Pachydermes forment un type à part de tous les autres animaux, par la direction presque horizontale de leurs apophyses transverses lombaires, et par l'absence complète d'une épine postérieure à leur base. Ge dernier caractère est surtout d'une très-grande importance, parce qu'il est d'un emploi facile, et fournit, si je puis ainsi dire, un signalement immédiat.

Page 1