‹ Recherches sur l'anatomie et les métamorphoses de différentes espèces d'insectesChapitre 1 sur 10 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Lorsqu en 1760 je publiai mon Traite anatomique cle la chenille qui ronge le bois de saule , et que , deux ans après , j’y joignis une explication abrégée de ses planches , de même que la ligure et la description de l’instrument et des outils qui m’ont servi tant pour anatomiser à la loupe et au microscope que pour déterminer la force de mes verres , suivant les règles de l’optique et mécaniquement, ce n’étoit pas dans l’intention d’en rester là : je crus n’avoir rempli qu’une partie , et même la moindre , de la tâche que je m’ctois proposée. Mon but étoit de donner ensuite au public une description , aussi exacte et détaillée qu’il dépendroit de moi , des parties extérieures et intérieures de la phalène que cette chenille produit, et de suivre les changemens intérieurs et successifs qu’elle subit quand elle se dispose à devenir chrysalide , et durant son état de chrysalide pour parvenir à celui d’insecte ailé. L’exécution d’un plan si étendu me parut d’autant plus digne d’être entrepris , qu’on n’a encore là-dessus aucun ouvrage dont les figures, qui n’en font pas la partie la moins essentielle, soient propres à satisfaire des yeux tant soit peu éclairés sur ces sortes d’objets.

J’entrepris donc cette tâche avec ardeur 5 et quoique trèssouvent interrompu par les devoirs d’une pénible vocation , et arrêté par la difficulté de trouver à point nommé des sujets

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parvenus au degré de transformation qu’il me les falloit pour poursuivre mes recherches , je me trouvai avancé jusqu’au point d avoir rassemblé quantité de matériaux, dont j’avois vei ifié la realite de la plupart , et qui , joints ensuite à ceux qui me manquoient encore, in auroient servi, en les réunissant sous leur grandeur relative, à composer un tout propre à servir de seconde partie à mon Traité anatomique déjà publié. Malheureusement pour moi, à soixante ans, il me vint tout-àcoup un éblouissement, sans que j’en pusse deviner la cause, vu que mes recherches microscopiques ne m’avoient jamais fatigue la vue, et que je n’y avois constamment employé que le même œil, qui seul en ce cas, ce semble, eût dû être attaqué; cet éblouissement, après avoir également frappé mes yeux, se dissipa bien, à la vérité, dans un ou deux jours, mais me laissa quelques petites taches sur les cristallins, ou bien quelques points paralytiques dans la rétine, qui, sans m’empêcher jusqu’aujourd’hui, et il y a plus de vingt et un ans de cela, de pouvoir lire et écrire à la vue simple , l’ont pourtant rendue dès-lors beaucoup moins perçante , et sont cause que, voyant tant soit peu double, je ne me sentis plus en état de pouvoir anatomiser, dessiner, moins encore graver avec exactitude. Je fus donc obligé de discontinuer,'et enfin d’abandonner entièrement mon entreprise anatomique, quoique fort avancée : ce qui ne m’empêcha pourtant pas de me sentir de temps en temps des retours vers d’autres objets d’histoire naturelle.

Dans un de ces momens , repassant la quantité de mes dessins et d’autres préparatifs sur les insectes, que je reçardois comme destinés à l’oubli, il me vint dans l’esprit que

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s il y avoit trop d’obstacles à vaincre pour le premier de mes plans, qui étoit de publier une description historique des insectes que j avois trouvés en fort grand nombre aux environs de La Haye, il y auroit pourtant moyen d’en détacher des objets pour les donner au public sous le titre de Recherches sur V anatomie et les métamorphoses de différentes espèces d Insectes , et c'est ce qui me détermina à former le présent ouvrage, ou j’ai tâché de faire entrer souvent du singulier et du nouveau, sans qu’il fût pour cela le fruit d’une imagination exaltée, mais simplement celui de regards attentifs et lefleclus, portes sur les merveilles de la nature.

Et comme il me parut que les divers essais anatomiques que j’avois faits pour la seconde partie de mon Traité sur la chenille pourroient être de secours à celui qui entreprendroit de mettre la derniere main a cet ouvrage , que je dois laisser imparfait, j’ai cru que ce ne seroit point un travail perdu que de faire paroi tre a la suite de mes Recherches ces essais, d autant plus que, maigre ce qui leur manque, les .métamorphoses réelles qu’ils indiquent, et développent en partie, ne pourront que frapper d’étonnement tout lecteur éclairé, lorsqu’il pensera quelles sont effectuées par un mécanisme intérieur qui doit être d’une délicatesse et d’une composition inconcevables, et qui annonce jusque dans les plus petits objets la grandeur de l’Etre infini qui y a rassemblé tant de sujets d’admiration.

Mais comme dans cet ouvrage, pour désigner plus aisément à quelle hauteur du contour d’un animal se trouve l’endroit que je veux faire remarquer, je me sers souvent , ainsi que je 1 ai fait dans le précédent ouvrage , des termes de ligne supé-

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