‹ Recherches sur l'art de parvenirChapitre 3 sur 119 · THÉORIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

THÉORIE POLITIQUE

Elle fait voir que les révolutions, avant d'être des développements de principes, sont des explosions de besoins, de passions, d'intérêts et d'ambitions, ce qui n'empêche pas le moins du monde les révolutions d'être légitimes, au moins quand elles sont accomplies; car pour les révolutions futures autant vaut n'en pas parler.

Cet aperçu permet de donner de la société une définition qui résume en partie la pensée de ce livre :

La société est un état de guerre réglé par les lois.

L'ordre extérieur n'est qu'apparent. En réalité c'est la guerre qui s'agite dans le fond de la vie sociale et une guerre dont les mobiles ne diffèrent en rien de ceux qui mettent les nations les armes à la main ; chacun arrive dans la vie au nom de ses intérêts et de ses passions, au nom de sa nature qui constitue son droit individuel. La loi dans ce (ju'elle établit ou dans ce qu'elle défend ne fait que déterminer les conditions du combat et les armes dont il est permis de se servir. ('/( st tout un monde de combinaisons d'intrigues et d'artifices, tout un art de procéder, d'attaquer et de se défendre, toute une stratégie sociale dont la connaissance apj)rorondi(' est l'instrument universel. La lutte a lieu d'homme à homme, déclasse à classe, et le pouvoir, les places, le crédit, la fortune, la célébrité apparaissent comme les points culminants autour desquels s'agite incessamment l'éternelle mêlée des ami)itions.

ET SOCIALE DU LIVRE. ô

Sans doute ce spectacle est de tous les temps, mais les sociétés modernes montrent la lutte dans des conditions jusqu'alors inconnues. Aucune distinction de classe ne retient plus les activités dans leur sphère, la masse sociale tout entière est appelée dans l'arène, la carrière est ouverte à toutes les initiatives individuelles et rien ne peut borner l'avenir de l'homme le plus obscur s'il a le génie de son ambition.

Comment dans de pareilles conditions l'équilibre peut-il se maintenir? Comment de cette compétition ardente ne passe-t-on pas incessamment de la guerre civile à la guerre sociale ; comment entre les individus ainsi accumulés, pressés par les besoins, les désirs et la haine, tout ne se termine-t-il pas, à un moment donné, par une immense jacquerie?

Qui peut faire supporter aux masses le joug du travail et de l'indigence? Sont-ce les croyances religieuses? Est-ce l'empire de la philosophie? Est ce l'amour du prince ou celui du pays? On ne répond pas à ces questions-là. Est-ce le frein des lois? Mais quand il n'y a plus d'un côté que ceux qui sont intéressés à les défendre et de l'autre ceux qui sont intéressés à les renverser, leur impuissance est bientôt démontrée. Qu'est-ce que le petit nombre d'hommes que la société satisfait auprès des milliers de déshérités? Un seul de leur tressaillement, s'il se communiquait à tous couvrirait en un moment toute la terre de ruines j et cependant rien ne s'agite ou

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