CHAPITRE PREMIER
Analogies avec la foudre globulaire. — Sur la nature et le mode de formation de la foudre globulaire. — Observation de quelques cas de foudre globulaire. — Éclairs en chapelet.
165. — Les phénomènes que nous avons observés avec des courants électriques de haute tension (135-142) présentent des analogies frappantes avec ceux de la foudre globulaire et nous paraissent de nature à faciliter l'explication de cette forme extraordinaire de la foudre (M.
(1) « Les éclairs en boule dont nous avons cité tant d'exemples, « écrivait Arago {Notice sur le Tonnerre, p. 219), et qui sont si re- « marquables, me paraissent aujourd'hui un des phénomènes les plus « inexplicables de la physique. »
;< P. 396, ibid... Il n'est qu'une circonstance dans laquelle le physi-
Nous avons vu, en effet, que la matière pondérable tendait à prendre la forme globulaire, sous l'influence d'une source puissante d'électricité dynamique. Nous avons constaté d^abord cette propriété sur les liquides et observé des globules liquides lumineux (135), figure 39. En augmentant la tension, nous avons obtenu, même au sein de l'air, mélangé de vapeur d'eau, de véritables globules de feu (138), figures 42 à 47.
Nous sommes donc conduit naturellement à penser que la foudre globulaire doit être produite par un flux d'électricité à l'état dynamique dans lequel la quantité est jointe à la tension.
Aussi, est-ce dans les grands orages, lorsque l'électricité est très abondante dans l'atmospbère, et que ses décharges peuvent constituer une sorte de puissant courant électrique à très haute tension, que la foudre se présente sous la forme globulaire^ au lieu d'affecter la forme simplement linéaire, analogue à celle des étincelles des machines de l'électricité statique, comme cela a lieu dans les orages de moindre intensité.
166. — La nature des globes fulminants doit être vraisemblablement la même que celles des étincelles globulaires produites dans nos expériences.
« cien ne sait pas engendrer ce que la nature produit avec tant de <( facilité ; il ne sait pas donner naissance au tonnerre en boule ; il ne « sait pas produire ces agglomérations sphériques de matière, les- « quelles se meuvent avec lenteur, sans perdre la propriété de fulmi- (( ner les corps. Il y a, à ce sujet, dans la science, une lacune qu iî « serait très important de combler. »
Ces globes doivent être formés, selon nous, d'air raréfié incandescent et des gaz résultant de la décomposition de la vapeur d'eau, également à l'état de raréfaction et d'incandescence.
L'eau est, en effet, non seulement vaporisée, mais décomposée, comme on l'a vu plus haut (1S4) à l'extrémité d'un même pôle, par suite de la température très élevée que développe un courant électrique de haute tension.
167. — Bien qu'une surface aqueuse ne soit pas indispensable pour la formation des globules électriques lumineux, puisque nous en avons obtenu au-dessus d'une surface métallique (140), la présence de l'eau ou de la vapeur d'eau facilite du moins leur formation, ou tend à leur donner plus de volume, en raison de la présence des gaz que fournit la dissociation de l'eau à haute température.
Nous avons observé plus d'une fois, dans nos expériences, quand toute la décharge était consacrée à produire un seul phénomène, des flammes électriques, en forme de sphère aplatie ou de calotte sphérique, qui couvraient toute la surface du petit vase plein d'eau (*) sur laquelle venait déboucher le courant de haute tension.
Aussi l'air humide semble-t-il plus favorable à la production des globes fulminants et on les a vus souvent apparaître, soit sur un sol inondé, à la suite d'une pluie
(1) Ce vase avait environ 0°^04 de diamètre.
abondante (^), soit dans dans une atmosphère saturée d'humidité. Nous en citerons plus loin (186-188) de nouveaux exemples.
168. — Ce n'est pas que nous considérions les giobes fulminants comme renfermant un mélange détonant formé par les gaz dissociés de la vapeur d'eau, et comme devant à cette cause le bruit qui accompagne souvent leur apparition, bruit sur lequel nous reviendrons plus loin (179). Ces gaz sont ici tellement raréfiés qu'ils ne pourraient produire d'explosion; ils sont, de plus, à Tétat d'incandescence, et, par suite, dans des conditions tout à fait différentes de celles d'un mélange explosif, produit à froid, qui serait ensuite enflammé subitement.