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Cas de foudre globulaire à Paris, en

Les explications qui précèdent paraissent s'accorder, d'une manière satisfaisante, avec les faits que nous avons eu l'occasion de recueillir ou d'observer nous-même sur la foudre globulaire (^).

Les conditions indiquées plus haut (165-167) comme étant favorables à la manifestation du phénomène, c'est-àdire la présence d'une grande quantité d'électricité dans l'atmosphère, constituant, par la fréquence ou la conti-

(1) Des Paratonnerres à pointes, à conducteurs et à raccordements terrestres multiples, par Melsens, Bruxelles, Hayez, 1877.

(2) Comptes rendus, t. LXXXIII, pp. 321 et 484. 31 juillet et 21 août 1876. — La Nature, 4*= et 5^= années. 30 septembre et 28 octobre 1876 ; 7 avril 1877.

nui té de ses décharges, une sorte de flux dynamique, jointe à la production d'une pluie abondante saturant l'air de vapeur d'eau, se sont trouvées réalisées, lors de deux violents orages qui éclatèrent à Paris, le 24 juillet et le 18 août 1876.

Aussi la chute de la foudre fut-elle constatée, sur plusieurs points, sous la forme globulaire.

Le 24 juillet, entre trois heures et demie et quatre heures de l'après-midi, une pluie torrentielle mêlée de grosse grêle, et accompagnée d'éclairs et de tonnerre, s^abattit sur la place de la Bastille, que nous traversions en ce moment. Le vent étant relativement faible, la nuée orageuse se maintint presque fixe pendant quelques minutes ; les décharges étaient incessantes, et plusieurs coups de tonnerre succédant aux éclairs sans intervalle appréciable annoncèrent que la foudre était tombée plusieurs fois dans le voisinage.

Nous étant livré aussitôt à une enquête, nous apprîmes que le météore venait de tomber trois fois de suite presque au même point, sur le théâtre Beaumarchais, dans la cour et dans le jardin de la maison n° 28 de la rue des Tournelles, connue au Marais sous le nom de l'hôtel de Ninon de Lenclos.

Le régisseur du théâtre, qui se trouvait dans le magasin des costumes, petit pavillon situé à la partie supérieure de l'édifice, avait vu tomber une bombe de feu de la grosseur du poing.

Dans la rue des Tournelles, un ouvrier demeurant au quatrième étage avait aperçu un gtlobe de feu, de la gros-

seur d'un boulet de canon, passer au bord du toit près d'un pot de fleurs, en ne brisant qu'une tige, et tomber dans la cour. Au même instant, un autre ouvrier placé au rez-de-chaussée observait trois petites boules de feu au-dessus du sol de la même cour, qui était alors complètement inondée.

De son côté, M. Languereau, fabricant de bronzes, voyait tomber dans son jardin deux ou trois parcelles incandescentes, sans contours nettement définis, et se noyer, suivant son expression, dans le jardin transformé en un vaste bassin par l'abondance de l'eau tombée comme une véritable trombe ( * ) .

187. — Ces parcelles incandescentes ne devaient pas être formées, selon nous, de matière en ignition, mais particulièrement d'air raréfié et des gaz de la vapeur d'eau lumineux, de même que les globes eux-mênies, et les flammes électriques produites dans nos expé riences (^).

Cependant, de même qu'on trouve des grêlons renfermant, à leur intérieur, des noyaux de matière organique

(1) Les dégâts matériels furent insignifiants, comme on pouvait s'y attendre en raison même de la chute de cette colonne d'eau qui a pu conduire facilement la majeure partie du flux électrique jusqu'au sol. Un fragment de la toiture en zinc du théâtre, soulevé et lancé sur la maison voisine, le gaz enflammé à l'extrémité d'un tuyau de plomb, et quelques commotions ressenties par les diverses personnes témoins du phénomène, tels sont les seuls accidents qui furent constatés.

(2) Nous avons eu, en elïet, l'occasion d'observer souvent que la moindre cause, telle qu'un souffle ou un courant d'air, suffisait pour modifier la forme sphérique et altérer les contours de ces flammes.

ou minérale, il peut se trouver aussi, dans ce genre de parcelles lumineuses, quelques corpuscules cosmiques empruntés à l'atmosphère.

188. — Éclairs en chapelet. — L'orage du 18 août 1876 a été plus remarquable encore que le précédent par l'intensité des phénomènes électriques. Il survint à la suite d'une longue période de fortes chaleurs et de sécheresse, et fut accompagné d'une pluie torrentielle. Cet orage, dont nous suivîmes attentivement les diverses phases, d'un des points les plus élevés des environs de Paris, des hauteurs de Meudon, oii nous nous trouvions à cette époque de l'année, nous fournit l'occasion d'observer un genre d'éclair très rare qui n'était point encore classé en météorologie et qui nous a paru de nature à jeter un nouveau jour sur la formation de la foudre globulaire.

L'orage se déclara, vers six heures du matin, aux environs de Paris. Une vaste nuée obscurcit le ciel et donna naissance à une série d'éclairs de grande longueur et de formes très variées : quelques-uns étaient bifurques, d'autres présentaient des courbes à point multiple ou des contours fermés. L'un d'eux, replié sur lui-même, présenta une forme exactement semblable à celle de la courbe connue sous le nom de foliwn de Descartes.

Ces éclairs paraissaient, en général, composés àQ points brillants, semblables aux sillons de feu produits sur une surface humide par un courant électrique de haute tension.

Vers sept heures du matin, au moment oii l'orage commençait à s'étendre sur Paris, un éclair remarquable entre

tous s'élança de la nue vers le sol en décrivant une courbe semblable à un S allongé, et resta visible pendant un instant appréciable , en formant im chapelet de grains brillants^ disséminés le long d'un filet lumineux très étroit

Cet éclair nous sembla frapper Paris dans la direciion de Vaugirard. Les journaux publièrent, en effet, que la foudre était tombée à Vaugirard, à Grenelle, etc., et de plus, qu'elle avait été vue sous la forme ovoïde ou globulaire (^).

(1) Nous extrayons des journaux publiés à Paris , le samedi 19 août 1876, les passages suivants :

« L'orage tant attendu est enfin arrivé. Vers minuit, les éclairs ont commencé à sillonner la nue, sans bruit, mais augmentant d'intensité de minute en minute. Vers quatre heures du matin, ils se succédaient sans interruption, comme les fusées d'un feu d'artifice.

Il est probable que la chute de la foudre avait dû se produire simultanément sur divers points, et qu'elle s'était divisée en plusieurs branches ou en plusieurs grains dans le voisinage du sol ; car nous n'avions vu qu'un seul éclair atteindre la terre dans cette direction.

La pluie était très abondante, en sorte que l'air traversé par la décharge devait être entièrement saturé de vapeur d'eau.

La foudre tomba encore, pendant cet orage, sous la forme globulaire (^), sur une maison portant le n° 33 de

« On a remarqué que les coups de tonnerre étaient différents du grondement habituel. Ce n'était point le crépitement classique, mais une série de coups secs comme une canonnade...

« Le tonnerre est tombé en plusieurs endroits et a produit d'assez curieux phénomènes.

« Ainsi, au boulevard de Vaugirard, 259, le fluide électrique est entré par la cheminée, a traversé une chambre habitée par une domestique qui, heureusement, était absente, et après avoir communiqué le feu à un sac de linge, il est sorti de la chambre en brisant deux carreaux.

«... Presque au même instant, la foudi-e frappait la maison n" 99, rue d'Assas. Le fluide, sous forme ovoïde, a démoli le pignon ouest de la maison et l'a projeté à une grande distance dans les jardins environnants. Les éclats de pierre de la corniche, en retombant sur le balcon du cinquième étage, faisaient jaillir des milliers d'étincelles. Le zinc dont était garni le pignon a été découpé comme à l'emportepièce. »

(1) « Il est vraisemblable, dit M. H. de Parville, que le phénomène du tonnerre en boule se produit plus souvent qu'on ne le pense ; il aura échappé jusqu'ici aux observateurs non prévenus. Ainsi, d'après M. AUuard, directeur de l'Observatoire du Puy-de-Dôme, il n'est pas rare de voir, par un temps d'orage, des quantités de petites boules de feu reboadir sur le versant de la montagne. »

la rue de Lyon, Ce fait fut mentionné également par tous les journaux ('), et nousnous assurâmes, par une enquête, qu'il était exact.

Entre autres témoins^ un élève de la pharmacie placée au rez-de-chaussée de cette maison nous déclara avoir vu tomber, à quelques mètres de distance et au même instant, deux globes de feu d'un éclat tel qu'il en fut ébloui, et qui disparurent en atteignant le sol.

Bien que nous n'ayons pas vu, de Meudon, l'éclair qui a frappé ce point de Paris, à cause du rideau de pluie qui nous le cachait, l'observation de l'éclair en chapelet qui était tombé à Vaugirard permet de penser que celui de la rue de Lyon devait être de la même nature. Du reste, ceux qui se produisaient au sein des nues présentaient, ainsi que nous l'avons mentionné, l'apparence de séries de points brillants plutôt que celle de traits lumineux uniformes.

189. — La quantité d'électricité répandue dans l'atmosphère était si grande, pendant cet orage, que des effets d'influence très curieux, analogues aux aigrettes et aux feux Saint-Elme, furent observés par M. Trécul, dans le quartier même visité par la foudre (^).

(1) Nous extrayons encore ce passage : « L'orage qui a éclaté hier, 18 août, sur Paris, a été accompagné, par moments, d'une pluie torrentielle... Rue de Lyon, n° 33, la foudre a paru sous la forme d'un globe lumineux. Le tonnerre est tombé également dans la cour d'une usine, 7, rue Jules-César (à quelques pas du n° 33 de la rue de Lyon).

(2) « Pendant l'orage qui survint dans la matinée du 18 août, dit

190. — Ce genre d'éclair nous a paru constituer un phénomène indicatif (^) montrant la transition de la forme ordinaire de la foudre en traits sinueux ou rectilig-nes à la forme globulaire. On conçoit, en effet, que les grains de l'éclair puissent acquérir un certain volume et donner naissance à des globes de feu.

Nous avons donc conclu de cette observation que les globes fulminants qui tombent en plus ou moins grand nombre, accompagnés du bruit du tonnerre, et qui disparaissent immédiatement, pouvaient être considérés comme dérivant d'un éclair en chapelet.

191. — Cette formation de grains lumineux, alternant avec des traits de feu, doit être une conséquence de l'écoulement du flux électrique au travers d'un milieu pondérable et peut être comparée soit au chapelet de globules incandescents que présente un long fil métallique fondu

M. ïrécul, j'étais occupé, entre sept et huit heures, à écrire devant ma fenêtre ouverte. De grands éclats du tonnerre, qui semblait tomber dans le voisinage, eurent lieu à plusieurs reprises. Durant les plus rapprochés, ou à peu près en même temps qu'eux, de petites colonnes lumineuses descendirent obliquement jusque sur mon papier. La longueur de l'une d'elles était d'environ 2 mètres leur apparence

était celle d'un gaz enflammé à contours mal définis.... Aucune détonation n'eut lieu ; seulement, près de s'éteindre, elles quittaient le papier avec un faible bruissement... « {Comptes rendus, t. LXXXIII, p. 478. 21 août 1876.)

(1) « La forme est bien plus évidente et manifeste dans certains faits que dans d'autres ; ces faits privilégiés sont ceux où la nature de la forme se trouve moins gênée et contrainte par d'autres natures ou confondues avec elles. Nous appelons ces faits : faits éclatants et indicatifs. »' — Bacon. Novum organum, lib, II, § 20.

par un courant voltaïque, eL dont les extrémités restent un instant suspendues en fusion aux pôles de la pile (99), figure 23, soit encore aux renflements résultant de l'écoulement de toute veine liquide.

De telles agglomérations de matière électrisée et lumineuse doivent être naturellement plus lentes à se dissiper que le trait lui-même qui les relie, et ainsi s'explique la persistance de l'éclair observé.

192, — Cette observation s'est trouvée concorder avec une autre du même genre, citée par M. du Moncel, dans la description d'une série d'éclairs à sillon persistant. Pendant un orage à Londres, dans la nuit du 19 au 20 juin 18S7, on remarqua plusieurs éclairs « qui persistaient pendant quelques instants, et ne disparaissaient qu'après s'être comme fondus eji lumière granulaire » (').

193. — Nous avons donc été conduit ainsi à proposer de réunir ces exemples d'éclairs d'un caractère particulier et de les classer, sous le nom à' éclairs en chapelet, parmi les phénomènes météorologiques (^).

• 194. — Depuis lors, plusieurs témoignages sont venus confirmer la réalité de l'existence de ce genre d'éclairs.

Dans une communication adressée à l'Académie des sciences, le 20 novembre 1876, M. E, Renou écrit que notre observation lui a rappelé un cas tout semblable dont il avait été témoin il y a longtemps.

(1) Notice sur le Tonnerre et les Éclairs, par le comLe du Moncel, p, 34.

(2) Compiles rendus, t, LXXXIll, p. 48i. 21 août 4876.

« Pendant un violent orage qui se déclara dans la soirée du 20 juillet 1859, aux ponts de Braye, commune de Sougé, à la limite des départements de la Sarthe et de Loir-et-Cher, la foudre, dit M. E. Renou, me parut tomber sur des peupliers d'Italie, situés au bord de la Braye, à 200 ou 2S0 mètres du lieu où je me trouvais; la foudre traça un sillon vertical, mais un peu sinueux, formé de boules presque tangentes, absolument comme un chapelet, et d'un éclat excessif (*). »

jVI. Renou a apporté, en outre, un nouvel argument à l'appui de l'explication que nous avons donnée de l'origine des globes fulminants en comparant le diamètre que lui ont paru avoir, à une distance déterminée, les grains de l'éclair en chapelet avec celui qu'ont ordinairement les globes fulminants vus de très près par quelques observateurs.

« Cette apparition, dit M. Renou, a été instantanée ; mais, d'après l'impression qu'elle m'a laissée, j'ai évalué le diamètre des boules à la dixième partie du diamètre du soleil ; un angle de trois minutes à 200 ou 250 mètres donnerait à ces sphères un diamètre de 0™20 ; c'est le diamètre qu'on a attribué à ces globes de feu qu'on a vus plusieurs fois traverser lentement des intérieurs d'appartement, sans atteindre les personnes présentes. »

195. -— Le R. P. Yan Tricht (^) relate que, pendant un violent orage accompagné de grêle, qui eût lieu à Namur le 24 juillet 1877, et qui fut considéré comme le plus fort du mois, un de ses collègues, observant avec lui, « a fort distinctement aperçu un de ces éclairs en chapelet dont il a été question dans les Comptes rendais de l'Académie des sciences de Paris ».

(1) Comptes rendus, t. LXXXIII, p, 1002. 20 novembre 1876.

(2) V. ÏÉtude des orages en Belgique, par A. Lancaster. Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles, p. 279, 1878,.

196. — D'un autre côté, M. Daguin, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, nous a écrit dernièrement :

(c En confirmation de la forme en chapelet dont vous citez des exemples, je puis vous dire avoir observé un éclair de cette structure allant des nuages vers la terre. J'étais alors à l'Observatoire de Toulouse, et j'avais mis ce cas au nombre des figures bizarres et très variées que présentent souvent les éclairs vus d'une station élevée. »

197. — D'autres exemples d'éclairs analogues ont été publiés plus récemment en Angleterre :

« Dans la soirée du 16 août 1877, écrit M. B. Joule ('), un violent orage eût lieu à Southport.... Parmi les plus brillants éclairs que j'observai, l'un d'eux présenta une apparence dont je n'avais jamais été témoin auparavant. Depuis son point de départ des nuages jusqu'à sa chute dans la mer, il semblait formé de petits fragments détachés qu lui donnaient l'aspect figuré ci-dessous (flg. 73). »

198. — Cette dernière observation a été elle-même appuyée par une autre publiée dans le même recueil (^) :

« Je puis confirmer, écrit M. E. J. Lawrence, ce fait que les éclairs peuvent présenter quelquefois la forme ponctuée.... Il y a environ quarante ans, pendant un orage accompagné d'une pluie abondante, dont je fus témoin à Ampton (Suffolk), les éclairs se succédaient, d'une manière incessante, pendant plus d'une demi-heure, et le quart environ (autant que je puis m'en souvenir) présenta cette apparence exceptionnelle. Depuis cette époque, j'ai souvent cherché à la retrou-

(1) Sur un éclair remarquable; Note lue par M. B. St. J. B. Joule à la Société de Physique, etc. de Manchester, Nature, recueil anglais, t. XIII, p. 260. 4 juifiet 1878.

[2] Nature, t. XVIII, p. 278. H juillet 1878. Forme remarquable d'éclair, par E. J. Lawrence.

ver, mais je ne l'observai de nouveau qu'une seule fois, et encore n'y eut-il qu'un éclair de cette espèce parmi un grand nombre. Dans l'une et l'autre occasion, ces éclairs ponctués étaient d'un éclat éblouissant

et présentaient la forme de courbes sinueuses sans angles vifs ; l'une entre autres présenta celle d'un 8 presque parfait. «

199. — La réalité de Texistence des éclairs en chapelet ou simplement pondues (quand ils sont vus à une plus grande distance) nous paraît donc démontrée par les faits qui précèdent, et permet d'en former une classe particulière sur laquelle nous appelons l'attention des observateurs.

Il serait en outre intéressant, dans le cas où on observerait des éclairs de cette nature, de constater s'ils ont été suivis de la chute de la foudre sous la forme globulaire, ce qui confirmerait les vues que nous venons d'exposer.

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