Nous l'avons constaté, d'une manière plus nette
encore, en traçant la courbe des intensités du courant secondaire, pendant la durée de la décharge produite avec une certaine résistance dans le circuit. La courbe est, pendant la plus grande partie de son développement, une ligne pi'esque droite sensiblement parallèle à l'axe sur lequel on compte les temps et ne s'abaisse brusquement que vers la fin de la décharge.
74. — Nous faisons abstraction ici de l'effet produit pendant les premiers instants de la décharg'e qui suivent la rupture du courant primaire. Aussitôt après cette rupture, il y a toujours un effet maximum dû à la double origine de la force électro-motrice secondaire produite. Cette force, ainsi que cela résulte de l'étude des voltamètres (28, 31, 34), est due aux actions chimiques exercées par le courant primaire à la fois sur les électrodes et sur le liquide qui les entoure.
Les produits résultant de cette dernière action, tels que l'eau oxyg-énée, formés en très petite quantité, très instables, et peu adhérents autour des électrodes, sont immédiatement réduits ou se mélangent au reste du liquide. Alors même qu'on laisse le circuit secondaire ouvert, leur action disparait, comme nous le verrons plus loin, en traitant de la force électro-motrice des couples secondaires.
Les produits résultant, au contraire, de Faction du courant primaire sur les électrodes, sont formés en certaine quantité, restent adhérents aux électrodes et ne changent de nature que lorsqu'on ferme le circuit secondaire.
De là, deux actions contribuant à la production du courant secondaire dans les couples dont il s'agit : l'une n'agissant que pendant les premières secondes qui suivent la rupture du courant primaire, l'autre pouvant se prolonger pendant une heure.
C'est ce dernier effet, ce courant persistant des couples secondaires qui présente la constance que nous avons signalée plus haut.
75. — Conservation de la charge prise par les couples secondaires. — Les couples secondaires à lames de plomb acquièrent, par l'opération de la formation^ une propriété précieuse : celle de conserver une grande partie de leur charge pendant un temps assez long, après l'action du courant primaire.
Ainsi un couple secondaire bien formé et bien chargé peut encore rougir un fil de platine d'un demi-millimètre de diamètre, pendant quelques minutes, deux ou trois semaines après avoir été chargé.
Nous avons même obtenu quelquefois cet effet avec des couples exceptionnellement bien formés, plus d'un mois après les avoir soumis à l'action du courant primaire.
76. — Si le peroxyde de plomb, déposé sur la lame positive, ne tendait pas à se réduire spontanément dans l'eau acidulée, en formant un circuit local avec le métal qu'il recouvre, la conservation de la charge prise par le couple secondaire devrait être indéfinie. Mais ce peroxyde se réduit, et avec d'autant plus de facilité qu'il est en
couche plus mince. Aussi, dans un couple secondaire neuf, la charg-e {'■) ne peut-elle point se conserver.
Comment se conserve-t-elle , au contraire, en n'allant que très lentement en décroissant, dans un couple secondaire formé?
On peut se l'expliquer en considérant que, si le dépôt de peroxyde de plomb a une certaine épaisseur, la couche tout à fait superficielle , en contact immédiat avec le liquide, se réduit seule à l'état de protoxyde et protège ensuite de l'altération les couches sous-jacentes.
77. — Il semble difficile, au premier abord, de concevoir une couche d'oxyde non conducteur préservant une électrode d'une action chimique, quand il ne circule point de courant dans l'appareil, et impuissante à la protéger, dès qu'il y a un circuit électrique formé. Mais on sait, d'autre part, combien l'intervention de la force électrique est puissante pour modifier ou déterminer des actions qui n'auraient point lieu sans elle, et nous citerons, en passant, un cas dans lequel un effet analogue peut être facilement mis en évidence.
Si l'on emploie, par exemple, un voltamètre à eau acidulée dans lequel le pôle positif est formé par une couche
(1) Nous employons ici le mot de charge, à défaut d'un autre plus exact, pour désigner l'effet résultant de l'accumulation du travail chimique de la pile primaire dans le couple secondaire. Il peut, sans doute, y avoir aussi une véritable charge statique comme dans un condensateur, mais entièrement négligeable, malgré la grandeur des surfaces, à cause de la conductibilité du milieu qui sépare les deux lames métaUiques (35).
de mercure, et le pôle négatif par un fil de platine, il se forme à la surface du mercure, dès les premiers instants du passage du courant principal, une couche de sulfate de mercure insoluble qui affaiblit bientôt, d'une manière notable, l'intensité du courant. Vient-on à renverser le sens du courant, cette couche superficielle n'est plus un obstacle à l'action électro-chimique; le sulfate de mercure est immédiatement balayé de la surface du mercure, comme s'il était chassé par un courant d'air; il entre en suspension dans le liquide, tandis que la surface du mercure s'éclaircit et donne bientôt naissance à un dégagement régulier d'hydrogène.
Dans un couple secondaire à lames de plomb, les choses se passent de la même manière, quand le courant principal est suffisamment énergique, et qu'on vient à en changer le sens. Les dépôts sont quelquefois détachés et tombent en écailles au fond du liquide.
On conçoit donc que, lorsque le circuit du couple secondaire est fermé, les actions électriques mises enjeu déterminent des réactions chimiques, telles que des réductions ou des oxydations sous des couches non conductrices qui peuvent exercer une action protectrice, quand un circuit électrique n'est point constitué.
78. — Résidus fournis par les couples secondaires. — Les couples secondaires, une fois déchargés, peuvent donner, au bout d'un certain temps, sans avoir été chargés de nouveau, des résidus analogues à ceux que donnent les bouteilles de Leyde.
Si on fait rougir, par exemple, un fil de platine par la
décharge de ruii de ces couples, et si on interrompt le circuit dès que le fil a cessé de rougir, on pourra, au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, observer encore une incandescence de quelques instants en refermant le circuit secondaire.
Si le couple a été très complètement chargé, et si la décharge a duré longtemps, on obtiendra, le lendemain et même plusieurs jours après, une décharge résiduelle dont la durée pourra être de deux ou trois minutes.
On obtiendrait même encore une série d'autres décharges successives d'intensité décroissante.
Ce phénomène provient de ce que la couche de peroxyde de plomb produite sur la lame positive n'est pas réduite, dans toute son épaisseur, par la première décharge du couple secondaire.
En effet, pendant cette première décharge, tandis que la lame de plomb peroxydée se réduit, l'autre lame s'oxyde, ainsi que nous l'avons dit (50), et tend à produire un courant inverse à l'intérieur du couple secondaire lui-même. La force électro-motrice de ce courant, qu'on pourrait qualifier de tertiaire, finit par équilibrer la force électro-motrice du couple ; les deux lames se trouvent bientôt dans un état électro-chimique à peu près identique, et la décharge du couple semble terminée. . Mais si on ouvre de nouveau le circuit, la couche mince d'oxyde formée, pendant la décharge, sur la lame de plomb antérieurement négative, se réduit peu à peu dans l'eau acidulée, comme nous l'avons également expliqué plus haut (76). Au bout d'un certain temps (plus ou moins
long, suivant la durée qu'a eue la décharge elle-même du couple secondaire)^ cette couche est complètement ou partiellement réduite, et, comme d'autre part, la couche épaisse de peroxyde de plomb développée sur la lame positive du couple par la pile primaire n'a pas été entièrement réduite dans toute sa profondeur pendant la décharge, les deux lames se trouvent de nouveau dans un un état électro-chimique différent, et, par suite, on peut obtenir une nouvelle décharge en refermant le circuit.
Les résidus successifs d'intensité décroissante obtenus ensuite s'expliqueraient de la même manière.
79. — Intensité d'un couple secondaire croissant, par le repos, après la charge. — Un phénomène plus singulier encore que présentent quelquefois les couples secondaires est le suivant :
On prend un couple abandonné très longtemps à luimême, sans avoir été rechargé. Ainsi que nous l'avons dit (61), ces couples se rechargent assez difficilement. On le fait traverser, pendant quelques heures, par le courant de deux éléments de Bunsen, et quand on constate que le couple échauffe un fil fin de platine, sans pouvoir encore le faire rougir, on interrompt la communication avec la pile primaire. Au bout de vingt-quatre heures de repos, on observe que le couple rougit ce même fil de platine.
Ainsi, dans ce cas, le couple semble prendre, par le repos même, une force supérieure à celle que pouvait lui donner la pile primaire.
Nous pensons qu'on peut se rendre compte de ce fait de la manière suivante : Pendant que le courant primaire tra-
verse le couple secondaire, les gaz de l'électrolyse tendent à se dégager entre le métal et les couches d'oxyde plus ou moins réduit qui le recouvrent. Ces gaz, ne pouvant se dégager facilement, augmentent par leur présence la résistance du couple secondaire, en empêchant le contact avec le liquide des surfaces des lames, à mesure qu'elles sont oxydées ou réduites par le courant primaire. Yient-on à suspendre l'action de ce courant, les gaz se dégagent peu à peu, les surfaces métalliques, modifiées par le courant primaire, se trouvent mieux en contact avec le liquide, et le couple secondaire peut donner, dans ce cas tout à fait exceptionnel, une décharge d'une intensité plus grande après le repos qu'aussitôt après l'action de la pile primaire ,
80. — Force électro-motrice des couples secondaires à lames de plomb. — La mesure de la force électromotrice des couples secondaires à lames de plomb offre un peu plus de facilité que celle d'un voltamètre, car la durée de la décharge est plus longue, en raison de la plus grande surface des couples et de la plus grande quantité des dépôts accumulés. Toutefois, il y a, comme nous l'avons vu (74), un maximum de force électro-motrice qui suit immédiatement la rupture du courant primaire, et qui est d'assez courte durée, à cause de la nature particulière des actions chimiques qui le produisent. Il faut donc, pour déterminer ce maximum de force, opérer à peu près de la même manière que pour les voltamètres (6), c'està-dire fermer le circuit secondaire le plus rapidement possible, après la rupture du courant primaire, et examiner
le premier effet produit sur l'appareil g-alvanométrique. Nous avons eff"ectué cette mesure par diverses méthodes, soit à l'aide de la boussole des sinus et de résistances variées, soit avec la balance électro-mag^nétique (9), en opérant sur un seul couple secondaire, ou sur un grand nombre réunis en tension.
Dans une expérience, entre autres, faite sur 40 éléments secondaires chargés tous simultanément, comme on le verra plus loin (ch. III), par trois couples de Bunsen, et réunis en tension au moment de la décharge, nous avons obtenu une attraction de la balance électro-magnétique égale à 9^'",450, ce qui correspond à 0^'',236 par couple secondaire. La force électro-motrice d'un élément de Bunsen, mesurée à l'aide de la même balance, a été trouvée égale à O^^lôi.
Si l'on prend cette force électro-motrice pour unité, on en déduit, pour celle de l'élément secondaire à lames de plomb, le nombre 1,44.
En opérant sur un seul couple secondaire bien formé, on a nécessairement une charge plus parfaite, même avec deux éléments de Bunsen, comme source primaire, au lieu de trois, comme dans l'expérience précédente, et la plupart des nombres que nous avons obtenus se sont trouvés alors compris entre 1,45 et 1,50.
On peut donc considérer la force électro-motrice inverse des couples secondaires à lames de plomb, observée aussitôt après la rupture du courant primaire, comme approximativement égale à une fois et demie celle de l'élément de
Bunsen, ou à deux fois et demie environ celle de l'élément de Daniell.
C'est, du reste, le résultat que nous avions trouvé avec un simple voltamètre (20).
81. — Si on mesure cette force électro-motrice deux ou trois minutes après la rupture du courant primaire, alors même que le circuit secondaire est resté ouvert, on la trouve notablement diminuée et réduite à 1,17, par suite de la disparition des causes qui produisent une polarisation de courte durée et que nous avons rappelées ci-dessus (74).
Mais la force électro-motrice se maintient, à ce deg'ré, très constante pendant presque toute la durée de la décharge.
82. — Cette différence entre la force électro-motrice initiale d'un couple secondaire à lames de plomb et sa force électro-motrice subséquente est d'ailleurs facile à apprécier, quand on produit la décharg-e d'un couple secondaire à travers un fil de platine, aussitôt après l'action de la pile primaire. Dans le premier instant, l'incandescence est très vive et peut aller jusqu'à la fusion du fil. Si on met , au contraire , un intervalle de quelques minutes entre l'action du courant primaire et la décharge, on a une incandescence moins vive, mais très uniforme jusqu'à la fin de la décharge du couple secondaire (73).
83. — Résistance des couples secondaires à lames de plomb. — Nous avons déterminé d'abord la résistance
des couples secondaires (') par une méthode analogue à celle qu'on a employée quelquefois pour la mesure de la résistance des voltamètres, en opposant deux couples secondaires l'un à l'autre, à l'aide d'un commutateur particulier, au moment de la rupture du courant primaire, de manière à ce que leur force électro-motrice soit annulée et que leur double résistance soit seule en jeu.
Mais, depuis que nous sommes parvenu à obtenir, par lu. formation des couples secondaires, une décharge d'assez longue durée et d'une certaine constance, nous avons pu mesurer la résistance de ces couples préalablement bien chargés, comme celle des couples ordinaires à courant constant.
La méthode, basée sur l'emploi do la boussole des sinus et des résistances métalliques variées introduites dans le circuit, ne nous ayant pas fourni des nombres très concordants, nous avons donné, en dernier lieu, la préférence à une méthode basée sur l'emploi des courants dérivés, due à Sir William Thomson, simplifiée par M. Mouton (^), et présentée, avec raison, comme l'une des plus commodes et des plus rapides qu'on puisse employer pour mesurer la résistance des couples voltaïques.
Nous avons trouvé que la résistance des couples secondaires des diverses dimensions dont nous avons fait usage variait de 2 mètres à 5 mètres de fil de cuivre d'un millimètre de diamètre.
(1) Annales de Chimie et de Physique, 4*' série, t. XV, p. 19. 186
(2) Journal de Physique, par Ch. d'Almeida, t. V, p. 144, 1876.
Nous avons reconnu que la grandeur des surfaces ou la dimension du couple secondaire, qui aune grande influence sur la durée de la décliarg'e, influe beaucoup moins sur la résistance des couples que le rapprochement plus ou moins g-rand des lames, le deg-ré plus ou moins parfait de leur formation et leur état d'entretien. Ainsi des couples de très petite surface (2 décimètres carrés), dont les lames n'étaient séparées que par une distance de 2 millimètres, n'avaient qu'une résistance de 3 mètres environ de fil de cuivre d'un millimètre, tandis que des couples d'un demimètre carré de surface, dont les lames avaient entre elles un intervalle de 5 à 6 millimètres et qui étaient restés long'temps sans fonctionner, avaient mie • résistance de 4 à 5 mètres.
Quoi qu'il en soit, il résulte de ces déterminations que la résistance des couples secondaires est très faible, et Ion s'explique ainsi l'intensité des elFets qu'ils permettent d'obtenir.
84. — Force électro-motrice que doit avoir le courant primaire. — On peut conclure aussi des déterminations précédentes relatives à la force électro-motrice (80) que, pour charger des couples secondaires à lames de plomb, une condition nécessaire et suffisante est d'employer un courant primaire de force électro-motrice supérieure à une fois et demie celle de l'élément de Bunsen. Aussi deux de ces éléments conviennent-ils parfaitement dans ce but, ^ comme nous l'avons déjà vu (41). Trois éléments charg-eraient sans doute plus vite le couple secondaire ; mais cet excès de force électro-motrice n'est pas nécessaire et peut
même avoir l'inconvénient, si les couples ont été formés, avec un courant plus faible, de détacher les couches d'oxyde et de métal réduit déposées à la surface des lames, en produisant un trop vif dégagement de gaz.
Si l'on veut employer des éléments de Daniell, comme source du courant primaire, trois suffisent pour dépasser la force électro-motrice inverse du couple secondaire ; mais, comme ils la surpassent moins que deux éléments de Bunsen, ils chargent le couple secondaire moins complètement. D'ailleurs, ils fournissent, dans un temps donné, une moindre quantité d'électricité. Aussi la charge duret-elle beaucoup plus longtemps et, comme il peut y avoir des causes de perte dont nous parlerons ci-après (92), ces couples ne peuvent charger aussi complètement les couples secondaires. Ils conviennent toutefois pour les entretenir en charge (62).
85. — Limite de la charge que peuvent prendre les couples secondaires. — Il semble qu'on pourrait, en augmentant indéfiniment la surface d'un couple ou d'une réunion de couples secondaires, obtenir, avec une faible pile primaire donnée, un courant secondaire d'une intensité indéfinie. Mais il y a une limite qu'on ne saurait dépasser en prolongeant la durée de la charge. De même qu'on ne peut charger complètement des batteries de condensateurs pour l'électricité statique, d^une grande surface, à l'aide de machines électriques de très faibles dimensions, en raison des pertes dans l'air qui se produisent, quand la charge dure un temps trop long, de même, ici, il existe une cause de perte pendant que l'on charge, dans la ten-
dance du peroxyde de plomb à se réduire spontanément au sein de l'eau acidulée, à mesure qu'il se forme (76). Cette réduction est d'autant plus facile que la couche est plus lentement déposée, et, par suite, plus mince, de sorte qu'il arrive un moment où l'action du courant primaire, pour renouveler ou maintenir cette couche à la surface de la lame, est équilibrée par la tendance du peroxyde de plomb à se réduire dans le liquide. On obtient alors la limite de la charge que peut prendre le couple secondaire avec la source primaire dont on dispose.
86. — Couple secondaire chargé par une pile thermoélectrique. — Tout appareil donnant un courant continu d'électricité dans le même sens peut servir à charger les couples secondaires, pourvu qu'il ait une force électromotrice suffisante, comme nous venons de le voir (84). Ainsi, on peut charger, par exemple, un couple secondaire avec une pile thermo-électrique d'Ed. Becquerel ou de Clamond, et si on produit plus tard, avec la décharge, l'incandescence d'un fil de platine, on dépense, de cette manière, sous forme de chaleur, une portion de la chaleur même consommée pour la charge, et qui s'est trouvée emmagasinée, par l'intermédiaire d'une action électrochimique, dans le couple secondaire.
87. — Couple secondaire chargé et déchargé à l'aide delà machine Gramme. — La charge d'un couple secondaire peut être également obtenue par un travail mécanique, et restituée sous la même forme, plus ou moins longtemps après avoir été effectuée.
C'est ce qui résulte d'une expérience que nous avons
faite en commun avec M. Alfred Niaudet ('), à l'aide de la machine Gramme, qui donne, comme on le sait, un courant continu de même sens, et qui, étant réversible, comme les machines magnéto-électriques en général, peut servir de moteur électro-magnétique.
Fis. 15.
La figure 18 représente cette expérience. Une machine Gramme à aimant Jamin est mise en relation avec un couple secondaire qui peut être, pour cette démonstration, do dimension beaucoup moins grande que celui que nous avons décrit plus haut (43),
(i) Sur une expérience d'éleclro-dynamiqiie, par MM. G. Planté et A. Niaudet. Comptes rendus, i. LXXVI, p. 12o9. 1873.
Si, après avoir chargé le couple, on arrête la machine, sans rompre la liaison entre les deux appareils, on la voit aussitôt se remettre en mouvement sous l'intluence du courant de décharge, et on constate un fait qui semble, au premier abord, paradoxal : c'est que la machine tourne, non point en sens inverse, mais dans le sens même du mouvement dont elle était animée pour charger le couple secondaire.
Ce fait peut s'expliquer de la manière suivante : si l'on considère d'abord le sens du courant fourni par la machine, celui du courant restitué par le couple secondaire, qui est inverse du précédent, et si l'on tient compte des actions qui en résultent, on reconnaît, d'après les lois de l'induction et de l'électro-dynamique, que le mouvement de rotation doit bien s'effectuer dans le sens qu'indique l'expérience. D'autre part, il faut remarquer que, pendant la charge du couple secondaire, la machine Gramme, animée d'une grande vitesse, a une force électro-motrice supérieure à la force inverse qui tend à se développer dans le couple. Lorsqu'on arrête la machine, et que le couple, en se déchargeant, la fait tourner, à son tour, dans le même sens, la vitesse qu'il lui imprime n'est pas assez grande pour faire naître une force électro-motrice supérieure à celle qu'il possède lui-même.
La rotation a donc lieu en vertu d'une différence entre deux forces électro-motrices opposées : celle du couple secondaire chargé qui est prédominante, et celle plus faible que tend à développer la machine par son mouve-
— Sèment sous l'influence de la décharge np couple secondaire .
On peut dire que, dans cette expérience, la machine Gramme qui^dès qu'elle est en rotation, produit les mêmes effets qu'une pile, se polarise sous l'influence de la décharge du couple secondaire, puisqu'elle lui oppose une force électro-motrice inverse, de sorte qu'on retrouve là une reproduction, pour ainsi dire mécanique, de la polarisation voltaïque.
88. — Analogies diverses que présentent les couples secondaires. — Quand on considère les effets produits par les couples secondaires dont nous venons d'exposer les principales propriétés, on trouve que ces appareils peuvent jouer le même rôle pour l'électricité dynamique, que la bouteille de Leyde et les condensateurs pour l'électricité statique. L'analogie se poursuit même, comme on l'a vu, jusque dans les décharges résiduelles qu'ils fournissent.
Toutefois, nous avons fait remarquer (48) que la cause du courant produit par les couples secondaires était purement chimique, que s'il y avait condensation proprement dite d'électricité, cet effet était négligeable, et que ces instruments n'emmagasinaient pas directement l'électricité elle-même, mais le travail chimique de la pile.
Nous n'insisterons donc pas davantage sur cette analogie, et nous en signalerons quelques-unes d'un autre ordre qui ne présentent pas moins d'intérêt.
89. — Ces couples secondaires peuvent être assimilés aussi à tous les appareils qui servent, en mécanique, à
V accumulation du travail résultant de l'action des forces, tels que les accumulateurs hydrauliques, les réservoirs d'air comprimé, les ressorts si justement nommés des moteurs secondaires^ les moufles, le treuil, etc., en remontant jusqu'à l'org-ane le plus simple, le levier luimême.
Un couple secondaire est, en eff"et, une sorte de levier pour l'électricité dynamique ; car il permet d'obtenir, avec une faible force électrique, un accroissement de cette force, dans telle proportion que l'on voudra, à la condition de perdre de la vitesse, ou de faire un sacrifice de temps nécessaire pour en accumuler les effets.
Les mêmes principes que ceux qui s'appliquent au levier doivent être pris en considération; autrement, les couples secondaires pourraient donner lieu également à des illusions et à des essais dont l'inutilité se démontrerait par les mêmes raisons que l'impossibilité du mouvement perpétuel.
90. — L'un des principaux avantages que présentent ces couples secondaires est d'offrir une provision de travail électrique disponible , ou , comme on l'exprime quelquefois aujourd'hui, une énergie potentielle que l'on peut dépenser à son gré, en un temps plus ou moins long.
Nous avons considéré jusqu'ici que l'on effectuait cette dépense en un temps plus court que celui qui était employé pour l'accumulation, de manière à obtenir un effet d'une intensité supérieure à celle de la force primaire. Mais il peut être intéressant aussi, dans certains cas, de charger
un couple secondaire avec une force plus grande, en un temps très court, et de dépenser ensuite, dans un temps plus long-, le travail accumulé.
L'expérience suivante est, à ce point de vue, très démonstrative.
On prend, comme source électrique primaire, une pile de deux éléments de Bunsen assez forte pour rougir un fil de platine de 1/2 millimètre de diamètre, et on charge à l'aide de cette source, pendant une minute seulement, un couple secondaire bien formé. On décharge ensuite le couple secondaire, à l'aide d'un fil notablement plus fin que celui que peut rougir la source primaire, un fil de -^ de millimètre, par exemple, et on constate que ce fil rougit environ pendant cinq minutes.
La dépense du travail emmagasiné a duré, dans ce cas, beaucoup plus longtemps que son accumulation par la source primaire. On réalise ainsi un effet analogue à celui qu'on produit en tirant rapidement la corde enroulée autour d'un tore ou d'une toupie, et laissant ensuite l'appareil dépenser; par un mouvement de rotation prolongé, la force motrice qui lui a été communiquée en un instant très court.
91. — Rendement des couples secondaires, — Cette manière d'envisager les couples secondaires, en les assimilant aux appareils accumulateurs du travail mécanique, nous a conduit à mesurer leur rendement, ou le rapport du travail électrique restitué par leur décharge, à celui du travail électrique dépensé pour les charger.
Le travail le plus directement effectué par le courant voltaïque étant un travail chimique, nous avons comparé la somme de toutes les actions chimiques produites dans le circuit pendant la charge^ à celle des actions du même genre produites pendant la décharge. Pour terme de comparaison, nous avons choisi la réduction du sulfate de cuivre, comme étant la réaction électro-chimique la plus facilement susceptible de mesure.
Un couple à sulfate de cuivre, muni d'une lame de platine préalablement pesée, a été ajouté à la pile primaire composée de deux éléments de Bunsen ; d'autre part, on a mis un couple secondaire bien formé en relation avec la pile primaire, pendant un certain temps, et on a arrêté le passage du courant primaire, dès que le dégagement de gaz a commencé à apparaître dans le couple secondaire, celui-ci étant alors, ainsi qu'on l'a vu plus haut (60). chargé à peu près à saturation, La lame de platine du couple témoin, couverte de cuivre, a été pesée après l'expérience.
Cela fait, on a déchargé le couple secondaire, en fermant son circuit par un voltamètre à sulfate de cuivre, muni d'une autre lame de platine préalablement pesée, et on n'a arrêté l'expérience que lorsque l'action du courant secondaire a été complètement épuisée. On considérait ce résultat comme atteint quand la déviation d'un galvanomètre placé également dans le circuit était réduite à zéro.
En comparant, d'après les dépôts de cuivre obtenus, le travail chimique total rendie^ar le couple secondaire, pen-
dant sa décharge, avec le travail chimique total dépensé pendant la charge, nous avons trouvé que la proportion ou
rendement était de ^m ^ ïôô.
92. — Les causes de perte de travail correspondant aux i¥ ^^ îïïô ^^® ^^^ ^^ retrouve point dans le rendement sont les suivantes :
1° La réduction spontanée dans Teau acidulée d'une petite portion du peroxyde de plomb à mesure qu'il se dépose sur la lame positive, cause d'autant plus influente que la surface du couple secondaire est plus grande, que la couche déposée, par suite, est plus mince, et que la charge dure plus longtemps. Avec un couple d'une surface extrêmement grande par rapport à celle de la pile primaire servant à le charger, cette cause de perte croîtrait ellemême d'une manière indéfinie, et le couple ne pourrait presque pas se charger.
2° La formation incomplète du couple secondaire : une portion des gaz se décharge alors sans produire d'effet chi mique utile pour la production ultérieure du courant secondaire.
3° La polarisation ou le développement de la force électro-motrice inverse à l'intérieur du couple secondaire lui-même pendant qu'il fonctionne. Il en résulte que, lors de la décharge du couple secondaire, on ne recueille point la portion de travail dissimulée par cet effet. Pour retrouver cette perte , il faudrait déterminer le travail qui serait produit par les résidus (78) et l'ajouter au rendement.
Quoi; qu'il en soit, malgré ces causes de perte, on voit,
d'après le rendement obtenu, presque égal à ^, qu'un couple secondaire à lames de plomb, bien /orme, constitue un accumulateur assez parfait du travail de la pile voltaïque.