La résine soluble dans l’alcool , séparée de la résine
sèche , avait conservé une forte odeur d’opium. Il me semble que cette propriété doit engager les physiologistes à faire l’essai de cette substance. Peut-être y trouveraient* ils quelques lumières pour éclairer l’incertitude dans la« quelle on est encore sur les propriétés des différeras principes de l’opium. ,
Méconate.
2 3. Mes premiers essais m’avaient fait penser, comme l’avait annoncé M. Sertuerner , que l’acide méconique existait dans l’opium combiné à la morphine, et j’avais
même pris pour du méconate de morphine le sel dont j’ai décrit plus haut l’extraction. Depuis j’ai reconnu que j’étais tombé dans l’erreur et que l’assertion de M. Sertuerner n’était pas exacte.
En effet , lorsque j’obtins du méconate pur , l’examen de ses propriétés me convainquit qu’on n’avait pas jusqu’ici connu la vérité.
Le méconate est un sel grenu et qui présente, lorsqu’on l’écrase avec un tube, cette dureté pour ainsi dire sablonneuse qu’on remarque dans les sels à bases minérales , et presque jamais dans les sels formés par les alcalis végétaux.
Je n’ai pu déterminer la forme de ses cristaux.
J1 est soluble dans l’eau , mais moins que le sel de morphine.
L’alcool le dissout aussi ; cependant quand ce liquide est Irès-dépblegmé , il n’en dissout qu’une petite quantité et peut être employé pour le débarrasser du sel de morphine.
Dissous dans l’eau , le méconate rougit la couleur du tournesol d’une manière très. prononcée , même après avoir été lavé a plusieurs reprises avec i’alcooî. Je me crois en droit d’en conclure que ce sel est à l’état de sel acide. Du reste, en considérant que l’acidité de l’opium est très- prononcée et que j’ai obtenu quelquefois des eaux-mères très-acides et qui refusaient obstinément de cristalliser , je pense qu’il existe aussi dans cet extrait une certaine quantité d’acide tout- à-fait libre , ou combiné seulement à des matières incapables de le saturer : par exemple, la substance résineuse. Quelques faits cités plus haut viennent à l’appui de cette opinion (i3).
La dissolution de méconate mêlée à celle de muriatc de fer, produit une couleur rouge de sang des plus in¬
tenses.
L’oxaîate de potasse ou dammooiaque n’y produit aucun dépôt , même après l’addition d un excès d’alcali.
L’ammoniaque et la potasse n’en précipitent rien.
La dissolution de platine n’en éprouve aucun changement. Cette expérience , répétée comparativement avec un sel de potasse , m’a convaincu que l’acide méconique n’étoit point uni à cet alcali .
Enfin une certaine quantité de sel calcinée dans un creuset , et le charbon lessivé avec un peu d’eau , a donné une solution très-alcaline qui ramenait vivement au bleu le tournesol rougi par un acide.
24* On peut, je crois, conclure de ce qui précède , que le sel dont il est question est du mèconate acide de soude , et qu’il n eutre aucune partie de morphine dans sa composition.
Du reste, je n’ai rien à ajouter aux propriétés que M. Robiquet a assignées à l’acide méconique et à ses combinaisons.
Sel de Morphine .
Tous ceux qui trouvent quelque plaisir à étudier les secrets de la nature , et dont le cœur bat à la vue d’un trait de lumière arraché pour ainsi dire à son obscurité , se feront sans peine une idée de la satisfaction que j’éprouvai en voyant pour la première fois, au fond de mes capsules, un sel naturel à base végétale. Mais l’obtenir avait été une chose facile auprès des difficultés que me présenta la détermination de ses éîémens. On en jugera par l’exposé de ses propriétés et de mes expériences.
s5. Ce sel cristallise avec facilité. Il forme des aiguilles soyeuses qui se réunissant toutes à un centre commun , donnent naissance à des mamelons hérissés de pointes. Ces mamelons ont la plus grande ressemblance avec certaines fleurs flosculeuses , telles que celles de l’artichaut et du chardon.
Le>s cristaux ont peu de consistance , comme la plupart de ceux des sels à base végétale. Ils sont blancs. Leur saveur est extrêmement amère.
Soumis à Faction de la chaleur dans un tube de verre , ils ne fondent point à la température de l’eau bouillante. Une chaleur plus élevée les décompose, et un papier de tournesol , rougi par un acide , est ramené au bleu par le contact des vapeurs qui se dégagent. Le charbon lavé ne donne aucun signe d’alcalinité ; incinéré, il brûle sans résidu.
L’eau et l’alcool dissolvent avec facilité le sel de morphine. Dissous en quantité suffisante dans l’eau chaude , il cristallise par le refroidissement. Cet effet n’a pas lieu avec l’alcool 5 les cristaux ne se forment qu’au bout d’un certain temps : ce dernier liquide en dissout uneplus grande quantité que l’eau.
L’éther est sans action sur le sel de morphine.
Mis en contact avec la teinture de tournesol, il la rougit peu à peu, et la morphine se précipite.
Action des acides.
26. L’acide nitrique concentré dissout le sel de morphine eu prenant une couleur rouge. On observe en même temps un dégagement de bulles de gaz.
L’acide muriatique le dissout aussi; mais presque aussitôt le mélange se prend en une masse soyeuse de muriate de morphine.
L’acide sulfurique n’a point d’action remarquable.
Aucun de ces acides ne dégage d’odeur particulière.
27. Mis en contact avec les acides muriatique, sulfurique et acétique dans une cloche remplie de mercure , le sel de morphine n’a développé aucun gaz.
Action des alcalis.
28. L’ammoniaque et la potasse, la barite et la margnésie , mêlées à la dissolution de sel de morphine , en précipitent cette substance avec toutes ses propriétés.
Action des dissolutions métalliques .
29. Une solution de sel de morphine fut essayée par plusieurs sels métalliques.
Le nitrate d’argent n’y produisit aucun changement.
Le sulfate de cuivre.
Le nitrate de mercure ,
L’acétate de plomb ne firent pas davantage.
Le sous-acétate de plomb produisit un précipité floconneux blanc très-abondant.
Le muriate de platine , un dépôt semblable*
Le proto-sulfate de fer n’offrit aucun phénomène.
Enfin le muriate de fer très-oxidé prit avec le sel de morphine une couleur bleue intense , tout-à-fait semblable à celle produite par un hvdrocyanate.
Mon étonnement fut grand et toutes mes espérances déchues ; je 11’avais pas le méconate de morphine ! Il s’agissait de déterminer quel acide rendait cette base soluble.
Analyse du sel de morphine.
Parmi les acides dont les propriétés m’étaient connues r les acides hydrocyanique et gallique pouvaient bien communiquer à la morphine la propriété de colorer en bleu les dissolutions de fer. J’entrepris de les chercher dans mon sel. L’existence de l’acide gallique me paraissant plus
probable , c’est lui que je cherchai à reconnaître d’abord.
3 o. Si la morphine était à l’état de gallate , ce sel devait être parfaitement dépouillé de tannin , puisque la teinture de noix de galle le précipitait abondamment.
Une dissolution de sel de morphine , d’une part, et d’acide gallique de l’autre, furent comparées.
Toutes deux bleuissaient également les sels de fer per-
oxides , et lïine et Faulre couleur était détruite par le chlore ou le chlorure de chaux.
Ayant versé dans mes deux solutions , soit de l’acide sulfurique, soit de l’acide muriatique , elles n’avaient plus la propriété de bleuir le fer; mais en ajoutant de l’ammoniaque dans toutes deux , celle qui contenait le sel de morphine donna un précipité jaune d’oxide de fer, tandis que 1 autre, contenant Facide gailique, prit une couleur noire foncée.
Cette première différence commença à me donner des doutes sur l’existence de l’acide gailique dans le sel de morphine. L’expérience suivante me convainquit de son absence.
Le sulfate de titane, ajouté à sa solution , ne produisit aucun changement. L’ammoniaque , versée dans la liqueur , détermina seulement un précipité blanc.
La même expérience répétée avec un atome d’acide gailique donna sur-le-champ et sans l’addition de l’amraomaque , un précipité rouge des plus foncés.
J’abandonnai donc l’acide gailique, et je portai mon attention sur l’acide hydrocyanique.
3i. En comparant le bleu produit avec le fer par le sel de morphine, et celui que donne un hydrocyanate , je crus reconnaître quelques analogies. A la vérité j’avais eu soin d’employer pour ces essais une dissolution d’hydrocyanate extrêmement affaiblie, afin de mettre, autant que possible, les deux substances dans les mêmes circonstances.
Je voulus alors produire, d’une manière artificielle , la combinaison supposée de morphine et d’acide hydrocyanique.
En conséquence , sur de la morphine très-divisée , je versai une certaine quantité de cet acide ; je chauffai d’abord légèrement, puis je fis bouillir. La liqueur décantée
ne bleuissait pas le fer; mais la morphine non dissoute jouissait au plus haut degré de cette propriété.
Ayant mêlé de Facide hydrocyanique à une dissolution de permuriate de fer , il uy eut point de couleur bleue produite ; mais en projetant dans la liqueur de la morphine en poudre , il s’en développa aussitôt une trèsfoncée.
Le sel de morphine, chauffé long-temps avec de l’oxide de mercure , n’avait point perdu la propriété de bleuir ; mais l’expérience répétée avec la morphine qui avait été en contact. avec Facide hydrocyanique présenta le même résultat.
On conviendra que ces faits étaient bien capables d’induire en erreur, d autant plus que j’avais eu soin d’em* ployer des substances très-pures et que ma morphine avait subi plusieurs cristallisations et plusieurs lavages.
Cependantd’autresfaits me ramenèrent à d’autres idées. De la quinine , de la cinchonine, de la strychnine furent successivement traitées par Facide hydrocyanique , mais sans aucun succès. Ces alcalis ne produisirent jamais de couleur bleue et ne déterminèrent point celle que tend à former Facide hydrocyanique. D’ailleurs , en considérant que les acides n avaient dégagé du sel de morphine ni acide hydrocyanique ni cyanogène , il était extrêmement difficile de concevoir à quel état l’une ou l’autre de ces substances existait combinée à la morphine. Quelque effort que j’eusse fait, je n’étais pas non plus parvenu à rendre la morphine soluble par l’acide hydrocyanique.
Je tentai alors un essai qui me conduisit à la connaissance de la vérité.
Action de la B ai île.
82. Dans 1 intention de précipiter la morphine et d ob«~ tenir son acide combiné à ia barite, j’ajoutai une dissolu»* tion de cet alcali dans la solution du sel de morphine jusqu’à ce qu’il ne se format plus de précipité. La liqueur sépa
rée par le filtre avait la propriété de colorer en bleu foncé le muriate de fer ; je crus avoir enfin obtenu un résultat certain, puisqu’il devait m’étre facile d’isoler l’acide bleuissant en précipitant la barite par l’acide sulfurique; mais ayant essayé la morphine séparée par cet alcali, je m’aperçus qu’elle jouissait de la même propriété. Frappé de ce phénomène je répétai l’essai avec plusieurs échantillons de morphine obtenus par la potasse, l’ammoniaque et la magnésie ; tous produisirent une couleur bleue intense avec le permuriate de fer. Mes idées se trouvèrent encore une fois bouleversées.
33. Comme la liqueur de laquelle la morphine avait été séparée par la barite avait conservé cette propriété d’une manière très- marquée , il restait douteux, i° si la morphine telle qu’on l’avait obtenue jusqu’à présent était un corps composé , un sous-sel par exemple; 2° si la barite, en partageant l’acide avec la morphine, avait formé unsel triple, 3° enfin, si la morphine, possédant par elle-même la pro priété de bleuir le fer , était en partie restée en dissolution par une cause quelconque.
Pour arriver à résoudre ces questions, je fis les expériences suivantes :
34. La liqueur de laquelle la barite avait précipité de la morphine fut concentrée, Par le refroidissement il se forma de beaux cristaux tout-à-fait semblables à ceux du sel de morphine. Ces cristaux avaient la propriété de bleuir le fer. Pour m’assurer si la morphine entrait réellement dans leur composition, j’en fis bouillir une partie avec de l’alcool, Ils ne furent pas dissous , l’alcool évaporé donna de la morphine qui bleuissait, et le sel 11e jouissait plus de cette pro-
II fallut conclure de cette expérience que la propriété de bleuir le fer peroxidé ne résidait pas dans l’acide uni à la morphine et que la portion de cette substance restée en dissolution n’était pas unie à l’état de sel triple avec le sel
baritiqne. Il devenait probable qu’elle avait été dissoute par un excès de barite.
35. Je fis alors bouillir de la morphine pure avec une solution de barite; une grande partie fut dissoute ; la portion de morphine qui ne l’était pas , ainsi que la liqueur, bleuissaient fortement le fer. La solution évaporée laissa déposer à la fois du carbonate de barite et de lamorphine en cristaux; enfin un courrant d’acide carbonique gazeux sépara le reste de l’alcali végétal. Les différentes portions de morphine ne contenaient point de barite.
Ces expériences me parurent décisives. Elles démontraient que l’acide uni à la morphine n’avait pas la propriété de produire une couleur bleue avec le fer et que cette propriété résidait dans la morphine. Ce point décidé, j’abandonnai sans regret les acides gallique et hydrocyanique pour chercher l’acide combiné à la morphine. Il me sembla naturel de penser que cet acide était celui que M. Robiquet avait déjà reconnu dans l’opium ; mais qu’il n’avait pas obtenu à l’état de pureté. Je l’eus bientôt dans cet état, en suivant le procédé employé par ce chimiste, parce que j’avais du sel de morphine très-pur.
Une portion de ce sel fut dissoute dans l’eau et décomposée par le sous-acétate de plomb. Le précipité, recueilli et lavé, fut délayé dans l’eau et soumis à l’action du gaz acide hydrosulfurique ; la liqueur qui en résulta donna, par l’évaporation, des cristaux blancs très-acides. C’était Y acide uni à la morphine • La liqueur de laquelle il avait été précipité, séparée du plomb par l’acide hydrosulfurique, a fourni de l’acétate de morphine qui a cristallisé par l’évaporation.
L’étendue déjà trop considérable de ce mémoire m’a engagé à faire de l’étude de l’acide obtenu un travail particulier. Déjà j’ai préparé ses combinaisons avec la barite, la potasse, l’ammoniaque et la magnésie, et le sel qu’il forme avec la morphine vient d’être décrit avec détail.
Je ne crois pas qu’il puisse s élever aucune objection sérieuse sur l’existence dans l’opium de ce sel tout formé. La nature de ses élémens, leur absence dans lesagens employés pour sa préparation, la neutralité de ces agens, dans lesquels on ne peut supposer aucune action désorganisatrice, permet d’adopter cette opinion. Il ne m’appartient pas de décider si l’emploi médical du nouveau sel présentera des avantages sur celui des sels artificiels de morphine. Cette question exige de nouvelles recherches et des connaissances qui me sont étrangères ; j’abandonne le soin de la résoudre aux physiologistes et aux praticiens jaloux de contribuer aux progès de leur art.
Examen de la Morphine.
36. La nature du sel de morphine était décidée par les expériences que j’ai rapportées plus haut j mais elles ne suffisaient point pour prouver que la morphine ne dût pas la propriété de bleuir le fer à un corps jusqu’alors inconnu.
Je continuai donc mes recherches dans ce sens.
Action de la Potasse sur la Morphine.
3”. De la morphine pure fut divisée dans une solution de potasse caustique. Elle se dissolvit sans aucun phénomène apparent. La dissolution mêlée avec du muriate de fer donna d’abord un précipité jaune j mais en ajoutant un excès de sel métallique je vis paraître une très-belle couleur bleue.
La solution alcaline fut évaporée. A mesure que la potasse se carbonatait en absorbant l’acide carbonique répandu dans l’air, la morphine se précipitait en jolis cristaux extrêmement blancs et brillans. Je séparai ces cristaux, et fis passer dans la liqueur un courant de gaz acide carbonique. Toute la morphine fut précipitée, et, à mon grand
étonnement, elle n’avait pas retenu un atome d’acide carbernique, quoique j’en aie fait passer un grand excès. Du reste, elie n’avait nullement perdu la propriété de bleuir les sels de fer.
Action de la Chaux sur la Morphine.
38. L’eau de chaux dissout très -bien la morphine sans altérer sa couleur. La dissolution évaporée présente le même phénomène que celui offert par la potasse. La chaux se carbonate et la morphine se précipite. Celle ci , du reste, n’a rien perdu de ses propriétés.
Action du Chlorure de chaux sur la Morphine.
3 9. De la morphine pure a été mêlée à une solution de chlorure de chaux ; elle a pris sur-le-champ une belle couleur jaune-citron qui a passé rapidement au brun violacé. En ajoutant une nouvelle quantité de chlorure , la couleur jaune a reparu et la morphine s’est dissoute. Cette liqueur ne bleuissait pas le fer. J’ai cherché en vain à en séparer de la morphine non altérée , ou qui du moins n’aurait perdu qu’une partie de ses propriétés*, je n’ai pu y parvenir.
Ne peut-on pas conclure de ces diverses expériences que la destruction seule de la morphine a pu lui enlever la propriété de bleuir les sels de fer peroxidés. On doit , je crois , se ranger de cette opinion jusqu’à ce que le contraire ait été démontré.
Je vais maintenant donner quelques détails sur cette propriété.
Action des Sels de fer peroxidés sur la Morphine et
ses sels.