Recherches sur l'encéphale
Vil. De l’encéphale moyen chez l’homme et chez la femme. 97 vin. Importance relative des causes qui font varier le
volume de l’encéphale 100
Cittrc troisième.
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INTRODUCTION
On s’accorde assez généralement à admettre, comme un axiome physiologique, cette proposition :
A l’état sain , et toutes les autres circonstances étant égales, il y a rapport de cause à effet entre le développement matériel d’un organe ou son volume , et la puissance active de cet organe ou sa fonction ;
En d’autres termes, l’intensité des fonctions est en raison du volume des organes.
C’est évidemment en vue de ce principe admis comme vérité fondamentale dans la science de l’organisation, qu’on a cherché à expliquer la prééminence intellectuelle et morale de l’homme sur les animaux par la prédominance matérielle de son encéphale.
C’est en s’appuyant sur ce principe qu’on a cru trouver la raison des différences intellectuelles qui séparent les individus de l’espèce humaine
INTRODUCTION
dans les différences de volume que présentent leurs organes encéphaliques.
De ce point de vue, il n’a fallu qu’admettre cette autre proposition : Le volume du crâne chez 1 homme exprime exactement le volume de l’encéphale, pour arriver logiquement à cette conséquence :
Il y a entre le volume de la tête de l’homme et sa puissance intellectuelle un rapport tellement étroit, que l’une peut être fort approximativement appréciée au moyen de l’autre.
C’est l’idée mère de la cranioscopie.
C’est aussi la base principale de la doctrine psychologique de Gall , plus étroitement liée que ne l’avouent les phrénologistes à la cranioscopie.
Essayez en effet de retirer à l’édifice de Gall l’étai des faits observés à l’aide de la cranioscopie , voilà qu’à l’instant le système chancelle et tombe. A cette idée de l’influence du volume de l’encéphale sur la puissance intellectuelle, se rattachent toutes les méthodes d’appréciation de ce volume , qui ont été imaginées avec l’intention formelle de mesurer l’intelligence en mesurant le cerveau , dans les animaux et dans l’homme. Depuis Camper jusqu’à Gall , la science paraît s’être appliquée à démentir la croyance populaire formulée dans ce proverbe : Grosse fête , peu de sens.
INTRODUCTION
La question est importante.
Ici, pour la trancher, il ne suffirait pas à une fausse métaphysique , dans son dédain pour la matière, de repousser du pied, les yeux levés vers le ciel , un système qui ose étendre l’ame à la surface d’un cerveau comme sur le lit de Procuste.
Dans l’œuvre de la création. Dieu n’a pas dédaigné la matière. Et, s’il est évident qu’il a attaché l’ame au cerveau , comment nier a pi'iori qu’il ait pu attacher telle faculté de l’ame à telle partie du cerveau ?
Dans les manifestations intellectuelles et morales qui résultent de cette mystérieuse association de l’immatériel au matériel, pourquoi l’ame ne serait-elle pas l’unité, quand le cerveau serait la multiplicité ?
Et , d’ailleurs , cette association même n’entraîne-t-elle pas nécessairement la subordination réciproque de l’instrument et de l’agent?
Il ne suffirait pas non plus au scepticisme railleur d’un autre matérialisme , pour détruire l’œuvre si ingénieusement, si patiemment élaborée par le génie de Gall, d’un sarcasme lancé contre la doctrine des bosses.
Chercher à savoir quelle part d’influence a été donnée à la matière organisée dans la production des phénomènes intellectuels et moraux, c’est tendre vers un but avoué par la raison, celui
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qu’une science, la physiologie, a pour objet d’atteindre.
Cherchera déterminer, dans cette influence de la matière, ce qui peut appartenir à la masse, ce qui peut dépendre delà forme, c’est préparer la solution complète de la question générale par la solution de questions partielles.
Là, il y a lieu à examen sérieux, à discussion calme ; là , il n’y a place ni pour le dédain , ni pour l’injure.
Et , d’abord , le principe qu’on a pris pour point de départ des recherches que l’on a faites sur l’influence du volume de l’encéphale dans les manifestations intellectuelles et morales, est-il un principe incontestable ?
Que l’intensité des fonctions soit, toute autre influence réservée , en raison du volume des organes, est-ce une vérité physiologique assez rigoureusement établie, et surtout assez universellement applicable, pour qu’a priori, l’on puisse avancer cette proposition: L’intensité des facultés intellectuelles et morales est en raison du volume du cerveau?
A cette question l’on peut répondre : Non.
Pour les fonctions qui représentent une puissance mécanique , pour les fonctions dont les organes sont des instruments mécaniques , oui , l’axiome est vrai : il y a rapport entre l’intensité de la fonction et la masse de l’organe.
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Ainsi , la force musculaire est en raison du volume des muscles.
Que la fonction, sans cesser detre assimilable aux forces qui peuvent appartenir h la matière inorganique , cesse de représenter une puissance mécanique, et l’axiôme n’est plus vrai.
Prenez la vision et l’œil pour exemple.
L’intensité de la vision ne sera pas en raison de la masse, du volume de l’œil.
Dans la même espèce , chez l’homme , par exemple, la meilleure vue appartiendra h un volume déterminé : au-delà , pour l’œil plus volumineux , il y aura moins de puissance dans la fonction relativement aux objets éloignés , l’œil sera myope; en deçà, il y aura infériorité de la puissance visuelle relativement aux objets rapprochés, l’œil sera presbyte.
Dans ce cas, l’intensité de la fonction estplutôt corrélative avec la forme qu’avec le volume. L’influence de la matière se fait encore sentir, mais autrement.
Maintenant, prenez une fonction sans analogue dans les forces inorganiques , l’intelligence, l’une des facultés intellectuelles , et essayez de concevoir a priori un rapport entre l’intensité de la fonction et le volume de l’organe. Il se peut faire que le rapport existe ; mais essayez de le déduire de l’axiome , et dites : De même qu’un quart de livre
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de fibre musculaire en plus dans un muscle doit ajouter à sa force locomotrice , de même un quart de livre de substance cérébrale en plus dans le cerveau doit ajouter à sa puissance intellectuelle.
Si les faits démontrent que le rapport existe , vous l’admettrez sans le comprendre. A la bonne heure. Mais vous ne déduirez pas le rapport d’un axiome qui ne s’applique réellement , dans sa rigueur, qu’aux phénomènes mécaniques.
La question de l’influence du volume de l’encéphale sur le développement des facultés intellectuelles et morales ne peut donc être tranchée a pi'iori , en vertu de l’axiôme physiologique , car l’axiôme n’est pas universellement vrai, et surtout n’est pas applicable à l’espèce.
C’est donc dans les faits qu’il faut chercher la solution de la question.
Les faits, comme il arrive trop souvent , n’ont pas manqué aux opinions même les plus opposées. Et, pourtant , les faits doivent contenir la vérité ; car la nature ne se contredit pas. Aussi les faits contiennent-ils la vérité, mais à la condition d’être bien observés.
Or, la manière d’observer les faits a la plus grande influence sur les résultats obtenus.
A propos des recherches nombreuses qui ont été faites pour constater le rapport du volume de
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l’encéphale à l’intensité de sa fonction , il est vraiment digne de remarque qu’on se soit beaucoup moins attaché à vérifier si le rapport existe qu’à montrer comment il existe.
Ainsi, les méthodes d’observation instituées par Camper , par Daubenton, par Cuvier , supposent toutes le rapport et ne le prouvent pas.
Les mesures de l’angle facial , de l’angle occipital , de l’aire du crâne comparée à celle de la face , ont plus servi et étaient en effet plus propres à déterminer, pour chaque espèce, avec une certaine proportion de cerveau , une certaine portée d’intelligence correspondante , qu’à établir incontestablement un rapport nécessaire entre le volume du cerveau et la portée de l’intelligence.
Gall avait trop d’intérêt à ce que le rapport fût réel, pour ne pas chercher à démontrer son existence constante et absolue ; mais les faits qu’il invoque d’une manière générale ne peuvent forcer la conviction , et ne sont pas , par conséquent, des faits scientifiques.
Car, le plus souvent, c’est à l’aide de la vue et du toucher seulement qu’il apprécie le volume du crâne , qui , pour lui , exprime exactement le volume du cerveau.
Et les limites de circonférence crânienne qu’il a assignées a la stupidité, à la médiocrité ef au gé-
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nie, dépourvues qu’elles sont de preuves authentiques, n’ont, jusqu’à vérification , que la valeur de simples allégations.
En quoi doivent consister des faits destinés à déterminer le rapport du volume de l’encéphale à l’intensité de l’intelligence? Sans contredit, en mesures aussi exactes que possible du volume de l’encéphale dans des cas où l’intensité de l’intelligence a pu être justement évaluée.
Or, en quoi consistent généralement les faits sur lesquels s’appuient les physiologistes qui ont jugé cette question ? En appréciations approximatives du volume du crâne.
On juge de ce volume par des mesures partielles, par la mesure de l’angle facial , de l’angle occipital , de la circonférence horizontale ; on en juge, sans mesures, par la vue, par le toucher.
Mais l’angle facial, mais l’angle occipital , mais la circonférence horizontale, sont-ils réellement proportionnels au volume du crâne ? Mais la vue et le toucher sont-ils suffisants à instituer des faits scientifiques d’observation de volume? Mais le volume du crâne, en admettant qu’on l’eût mesuré , exprime-t-il le volume de l’encéphale ?
On peut déjà comprendre pourquoi la question est restée sans solution définitive. C’est que les méthodes d’observation n’ont pas été bonnes ; c’est que les faits obtenus par ces méthodes sont ins uffisants, incomplets, non concluants?
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Comment obtenir des faits qui aient ces qualités?
Dans une question où il s’agit de constater un rapport entre la quantité de matière d’un instrument et l’intensité de sa force, ne semble-t-il pas à-la-fois naturel et indispensable, pour déterminer la quantité de matière, de recourir au mètre et à la balance?
C’est pourtant ce qu’on n’a jamais fait d’une manière complète.
Parmi les observateurs , ceux qui sembleraient les plus intéressés à ce que des mesures exactes frissent prises, les phrénologistes, dont la doctrine accorde tant à la matière dans la production de la pensée, sont pourtant peu partisans des mesures exactes.
Quand, pour vérifier un point de la doctrine phrénologique relatif à la conformation du crâne des voleurs homicides, M. Lelut a eu recours à des mesures exactes , il se fondait sur ce que , du point de vue de la cranioscopie , la conformation du crâne chez les voleurs homicides, c est la question du bien et du mal moral formulée en pieds , pouces et lignes , et devenue une affaire de pied de roi.
Devant le résultat de ces mesures , la doctrine, contrariée, s’est retranchée dans le volume relatif. Mais, reculer ainsi devant les faits, ce serait,
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sinon avouer sa défaite, au moins la retarder de bien peu, car le volume relatif peut aussi être apprécié la mesure à la main.
Il faut que la doctrine phrénologique s’y résolve. Le mètre et la balance doivent trancher la question ; non pas la question du bien et du mal moral , qui, heureusement, trouve sa solution dans un autre ordre de phénomènes, mais la question de l’influence du volume de l’encéphale, de la masse de matière cérébrale sur la manifesta-? lion des forces intellectuelles et morales.
Les phrénologistes doivent subir les conséquences de leur principe.
Si le volume de l’encéphale est un élément d’activité fonctionnelle de cet organe, la mensuration exacte est un moyen d’appréciation de cette activité ; si le volume est le principal élément de cette activité, la mensuration doit être le principal moyen d’appréciation.
Et, dans le fait, les phrénologistes consentent à mesurer, mais ils préfèrent l’oeil et la main. Ce qu’ils rejettent , surtout quand les résultats sont contraires à leur dogme, ce sont les mesures exactes.
La vue et le toucher pourtant se prêtent facilement à l’erreur, à l’illusion. Le mètre et la balance, au contraire, dans les questions de volume, sont des juges infaillibles. C’est dans des résultats
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obtenus à l’aide de ces instruments , que je vais chercher la solution des questions qui se rattachent à l’influence du volume de la tête et de l’encéphale de l’homme sur sa puissance intellectuelle et morale.
Je réserve pour un autre mémoire la question de l’influence de la forme.