RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
M. le prof, de Recklinghausen a bien voulu mettre à ma disposition huit enchondromes : deux du bassin, un de la main, un du poumon et quatre de la région parotidienne. Sur chacun d’eux j’ai pratiqué un nombre considérable de coupes, dont le total s’élève à près de cinq mille. Leur étude attentive m’a conduit aux conclusions suivantes ^ :
A. lu Enchondro7ne peut prendre naissance aux dépens du tissu conjonctif proprement dit, comme Virchow, Lücke, etc.. Font déjà fait connaître.
Voici comment s’accomplit la transformation du tissu conjonctif en tissu enchondromateux :
Une partie des fibres conjonctives se soudent entre elles; la striation interfibrillaire disparaît. En même temps, d’opaques qu’elles étaient, ces fibres deviennent insensiblement hyalines. Les réactifs ne les colorent plus que faiblement et d’une manière uniforme. Souvent une partie du tissu conjonctif voisin subit pendant ce temps une dégénérescence granuleuse.
Les cellules du tissu conjonctif prolifèrent fortement, et donnent naissance à des groupes de jeunes cellules qui, tantôt s’entourent d’une capsule et deviennent cartilagineuses, tantôt peuvent s’anastomoser par leurs prolongements.
Dans cette seconde alternative, si la substance fondamentale hya-
* Je dois faire remarquer que tous les enchondromes que j’ai observés (excepté le n® II) se sont développés dans les parties molles ou à l’extérieur des os, en laissant ceux-ci parfaitement intacts. On n’est donc pas autorisé jusqu’ici à étendre ces conclusions aux tumeurs cartilagineuses nées dans les parties centrales des os et qui s’accroissent à leurs dépens, ni à celles qui ont pour origine des troubles de développements, car je n’ai pas eu l’occasion d’étudier de semblables tumeurs.
line est en même temps plus ou moins molle et se compose de mucine, quelques îlots de la tumeur sont de vrais myxomes. L’encliondrome est alors dit myxochondrorne, ou chondrome myxomateux. Ainsi, myxome et chondrome peuvent provenir tous deux d’une transformation simultanée du tissu conjonctif, suivant que les cellules s’anastomosent ou non. — Les cellules anastomosées du myxome peuvent ensuite se séparer, retirer leurs prolongements, s’entourer d’une capsule et devenir de vraies cellules chondromateuses.
B. h’encliondroïne peut aussi résulter d’une tr ans formMion de l’épithélium des vaisseaux et des cavités lymphatiques contenus dans le tissu conjonctif. Lorsque l’encliondrome provient de i’épitliélium des vaisseaux ou espaces lymphatiques, ceux-ci subissent les modifications suivantes. D’abord leur calibre augmente
sensiblement; leur épithélium, qui est difficilement visible sans* réactions spéciales (nitrate d’argent), se gonfle; les cellules épithéliales fortement tuméfiées apparaissent distinctement. Elles prolifèrent vers le centre du canal et finissent par l’oblitérer entièrement. Dans ce cas, sur une coupe transversale, le vaisseau apparaît sous la forme d’une perle épithéliale ou d’un globe épidermique, et, sur une coupe longitudinale, sous la forme d’un cylindre ou boyau sinueux se ramifiant parfois. M. le prof. Waldeyer et M. le D’’ Afanasiew ont déjà démontré que ces perles épithéliales peuvent aussi être formées de cellules épithéliales, par la prolifération de celles qui formaient la paroi d’un vaisseau sanguin. Ces cellules épithéliales sont imbriquées les unes sur les autres, aplaties, et légèrement recourbées par compression réciproque. A mesure que la prolifération devient plus active à Tintérieur des vaisseaux lymphatiques, le diamètre de ceux-ci augmente. Si les vaisseaux se rompent, les cellules qu’ils contenaient se dissocient et se répandent dans le tissu ambiant. Elles sont encore petites, fusiformes, et rappellent par leur apparence les cellules d’un sarcome. Elles peuvent émettre des prolongements, s’anastomoser, ou bien sécréter immédiatement une capsule autour d’elle.
Les cellules qui proviennent soit de la prolifération des cellules du tissu conjonctif, soit de la prolifération des cellules épithéliales, présentent une série de modifications importantes. Une fois libres dans la substance hyaline fondamentale, elles peuvent s’entourer de suite d’une capsule, ou bien commencer par bourgeonner et se reproduire par scissiparité. A ce moment, les cellules offrent une belle coloration brun-rouge par l’addition de teinture d’iode. Il se produit une modification de leur protoplasma qui renferme alors du glycogène. Peut-être est-ce ce glycogène qui va se transformer en chondrine ou en mucine pour former la capsule; car, après la formation de celle-ci, la coloration brun-rouge ne se montre plus que faiblement et parfois même plus du tout.
Lorsque les cellules bourgeonnent, un seul ou plusieurs des bourgeons sécrètent une petite capsule qui recouvre leur sommet comme un capuchon, tandis que le reste de la cellule est encore libre. Lorsque la capsule est complète, elle présente autant de bosselures qu’il y avait de bourgeons à la cellule. Celle-ci peut alors s’arrondir, ainsi que la capsule qui l’entoure. Cette capsule est parfois très épaisse, et montre des raies concentriques qui prouvent qu’elle a été sécrétée successivement.
Une fois entourée d’une capsule, la cellule peut bourgeonner subséquemment et, de cette façon, se reproduire. Chaque nouvelle cellule, contenue dans la capsule primitive de la cellule mère, s’entoure d’une capsule spéciale. Si la nouvelle cellule prolifère à son tour, on observe une série de systèmes de capsules enchâssées les unes dans les autres.
Peu à peu les capsules se soudent et de cette manière encore la substance hyaline intercellulaire peut prendre naissance. On voit quelquefois dans une capsule ronde une cellule qui a poussé un prolongement . Celui-ci sort de la capsule, peut se scinder et donner lieu à une nouvelle cellule.
G. Comme plusieurs auteurs l’ont signalé, des embolies caftilaglneuses^ renfermées dans des vaisseaux sanguins, peuvent se déve-
lopper et devenir le point de départ de nouveaux encliondromes. Il a été démontré par l’étude de la tumeur VI que l’embolie peut se faire dans les ramifications de l’artère voisine de la tumeur primaire, c’est-à-dire en se dirigeant vers la périphérie. L’accroissement des masses emboliques se fait probablement, en partie, aux dépens de l’épithélium de l’intima.
Lorsqu’une embolie cartilagineuse a pénétré dans un vaisseau sanguin, l’épithélium de celui-ci paraît proliférer et contribuer à l’accroissement du bouchon métastatique. On trouve alors le vaisseau obstrué,' partiellement ou complètement, par une agglomération de cellules dont les centrales sont cartilagineuses, tandis que celles du bord sont aplaties, fusiformes, imbriquées directement les unes sur les autres, presque sans substance intercellulaire.
Sous l’effort de la pression occasionnée par le développement des jeunes cellules dans son intérieur, le vaisseau finit par se rompre. Les cellules se dissocient en se répandant dans le tissu voisin. Les centrales, cartilagineuses, demeurent dans cet état; celles de la périphérie plus petites, fusiformes, rappellent par leur forme et leur disposition les cellules d’un sarcome. Elles subissent la dégénérescence muqueuse, ou peuvent se reproduire par bourgeonnement, ou enfin s’encapsuler à leur tour.
Quel que soit le mode de genèse du tissu cartilagineux, l’enchondrome subsiste tel quel, ou s’incruste de sels calcaires ^ ou encore peut subir différentes dégénérescences souvent décrites.
Dans la dégénérescence fihrillaire, la substance fondamentale hyaline devient fibrillaire; les stries peuvent faire communiquer deux groupes de cellules. Si ces stries sont nombreuses, elles ressemblent beaucoup à du tissu conjonctif ; mais il n’est pas certain qu’il s’agisse dans ce cas d’un état régressif du tissu cartilagineux vers le tissu conjonctif. Ces stries renferment parfois des granulations calcaires.
Au lieu de se montrer striée, la substance hyaline devient parfois pointillée. C’est une dégénérescence granuleuse, qui aboutit souvent à la formation de kystes.
Une troisième forme est la dégénérescence muqueuse. Le protoplasma des cellules, la substance hyaline intercellulaire et quelquefois une partie du tissu conjonctif se transforment en mucine. Les lobules enchondromateux se ramollissent, confluent et la tumeur devient une sorte de polyhystome.
Nous confirmons donc l’opinion de Virchow, qui fait provenir l’enchondrome du tissu conjonctif. Nous indiquons de plus un nouveau mode de genèse aux dépens de l’épithélium des vaisseaux lymphatiques, en montrant la série des modifications subies par les cellules épithéliales pour se transformer en cellules cartilagineuses.' Nous considérons comme probable que, dans des cas d’embolie cartilagineuse, l’épithélium des vaisseaux sanguins participe par un mode analogue à l’accroissement subséquent de cette embolie.
Même lorsque l’enchondrome a pour origine l’épithélium des vaisseaux lymphatiques ou sanguins, on peut le considérer comme provenant du tissu conjonctif, puisque cet épithélium, est, ainsi que le tissu conjonctif, une modification du feuillet embryonnaire moyen. En conséquence, il est intéressant de constater que l’épithélium des lymphatiques et le tissu conjonctif ayant la même origine, tous deux peuvent donner naissance à des néoplasmes cartilagineux.
mars 1880.
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