V. — Utilisation des boues
Nous avons déjà exposé dans les précédents volumes de ces recherches (vol. II, p. 228, III, pp. 102-107) les diverses méthodes employées ou proposées pour le traitement et l'utilisation des boues. Nous rappellerons ici deux intéressants procédés allemands et nous exposerons un nouveau procédé expérimenté kOldham.
A Cassel {Allemagne) les eaux d'égout sont traitées par simple sédimentation. Les boues déposées dans les bassins de décantation sont extraites par le vide après évacuation du liquide surnageant. Elles sont additionnées d'acide sulfurique dans un réservoir en bois, de façon à ce que le liquide soit légèrement acide au rouge Congo. Après repos, il se sépare une certaine quantité d'eau qui est évacuée. Débarrassées ensuite des matières volumineuses par criblage, les boues sont portées
à rébullition par un courant de vapeur puis, reprises par des monte-jus, elles sont passées au filtre-presse. Les tourteaux obtenus contiennent 50 à 60 pour 100 deau. Ils sont alors séchés sur des cylindres par la vapeur surchauffée jusqu'à ce qu'ils ne contiennent plus que 20 à 50 pour 100 d*eau.
Les tourteaux secs sont traités par déplacement par des benzols ou pétroles (de densité 0,8). Par distillation on récupère le benzol et la matière grasse est purifiée. Cette dernière vaut alors 375 francs la tonne. Le tourteau épuisé contient 2 à 2,5 pour 100 d'azote et 1 pour 100 d'acide phosphorique. Il peut être vendu comme engrais à un prix modéré.
Dans les bassins de décantation on recueille environ 80 pour 100 des matières en suspension des eaux d'égout. La boue sèche contient 18 pour 100 de matières grasses, dont 15 pour 100 peuvent être extraites. On traite annuellement 15000 mètres cubes de boues à 90 pour 100 d'eau, soit environ 1500 tonnes de tourteaux secs. On en sépare 240 tonnes de matières grasses et il reste 1350 tonnes de tourteaux engrais.
Nous avons exposé dans le volume précédent le procédé employé à Koepenick, qui consiste à brûler les boues mélangées de lignite. En règle générale, les boues ne peuvent être brûlées que si elles sont séchées au préalable de façon à ne plus contenir que 10 à 20 pour 100 d'eau ou mélangées à des produits secs comme les gadoues ou ordures ménagères.
On a aussi proposé, pour l'extraction des graisses, l'emploi du tétrachlorure de carbone qui est plus coûteux que les autres dissolvants (750 francs la tonne) ; mais les pertes peuvent être réduites à 1 pour 100 et il a l'avantage d'être un produit non combustible, par suite peu dangereux à manier.
On a expérimenté l'an dernier, à Oldham {Angleterre)^ un procédé de traitement des boues d'eaux d'égout dû au 0*" J. Grossmann. Ce procédé supprime le caractère nauséabond des boues, leur épandage sur les terres ou leur transport à la mer, et, d'après l'inventeur, au lieu d'entraîner à des dépenses, donne un sous-produit d'une réelle valeur marchande.
L'eau d'égout, séparée des matières volumineuses qu'elle entraîne, est recueillie dans des bassins de décantation. Après
un repos suffisant, on laisse écouler Teau ; les boues contenant environ 90 pour 100 d'eau sont passées au filtre-presse. Les gâteaux obtenus contiennent encore 50 pour 100 d eau ; ils sont additionnés d'un produit chimique non indiqué et soumis à la distillation par un courant de vapeur surchaufl^ée dans un appareil spécial. La vapeur entraîne les graisses qui se condensent dans des terres réfrigérantes et surnagent sur leau sous la forme de masses floconneuses. Dans l'appareil distilla toire il reste une poudre noire sèche sans odeur et qu'on dit être riche en azote.
On peut ainsi obtenir, paraît-il, plus de 5 pour 100 de graisses et 312 à 556 kilogrammes de résidu sec par tonne de boue pressée. Cette poudre sèche mélangée aux phosphates donne un bon engrais.
Le D^ Grossmann estime la valeur de la graisse de 184 à 246 francs la tonne. Les dépenses d'exploitation pour un traitement continu sont de 6 fr. 15 par tonne de boues pressées, ce qui laisserait un bénéfice appréciable. Le « Oldham Health Commitiee » est, paraît-il, très satisfait des expériences.