CHAPITRE XI
LITS BACTÉRIENS A TOURBE
Dans une communication à l'Académie des Sciences (*) MM. A, Miintz et E. Laine indiquaient récemment que la tourbe, résidu de la décomposition des végétaux au sein de Teau, formait un support très favorable à l'activité des microbes nitrifiants.
Des tourbes, à des états de décomposition différente (tourbe mousseuse de Hollande, employée comme litière, tourbes spongieuses de surface ou tourbes compactes de fond, prises dans les tourbières de l'Yonne et de la Somme), avaient été expérimentées par ces savants. Divisées en fragments, mélangées de calcaire et ensemencées d'organismes vivaces, puis additionnées de sulfate d'ammoniaque, elles devenaient le siège d'une nitriflcation extraordinairement active, dépassant de beaucoup celle que peuvent fournir les terres riches en matières organiques.
Cette intensité dans les phénomènes d'oxydation suggéra à MM. Miïntz et Laine l'idée que la tourbe pouvait être également utilisée pour l'épuration des eaux d'égout.
En 1896, le D"^ Franck, de Wiesbaden (*), avait déjà publié une étude sur le même sujet. Il avait construit des filtres d'expériences coniposés de O^'JO de gros gravier, de 0'",iO de gravier fin et de 0'",10 de tourbe broyée sous l'eau. Mais au lieu de distribuer l'eau par intermittences à la surface de ces filtres, comme le font MM. Miintz et Laine, il laissait celle-ci en charge continue sur le support sous une épaisseur de 0'",60. Il en résulta un colmatage rapide nécessitant des remanie-
(*) Comptes rendus, 5 juin 1906.
(*) Hyqienisclie Rundschau^ 1896, n' 8, et GesuncUieits Ingénieur^ 1906, n*'» 21 et 22.
menls fréquents de la tourbe et qui détermina à abandonner les essais.
Nous les avons repris à la Station expérimentale de la Madeleine et nous avons construit, à cet effet, un lit bactérien de 14 mètres carrés de surface disposé comme suit :
Sur une sole bétonnée, on a posé une couche de grosses scories de 10 centimètres, puis des scories tout venant bien criblées, sur O'^jiO. Sur celles-ci fut étendue une couche de 10 centimètres de tourbe mousseuse de Hollande, préalablement bien divisée, puis une nouvelle couche de 40 centimètres de scories tout venant, débarrassées de poussières, une aulrc couche de 10 centimètres de tourbe et enfin une dernière couche de mâchefer de 10 centimètres, destinée à préserver la tourbe contre le colmatage de surface.
Le lit avait donc, au total, 1"',20 de hauteur. L'eau y fut distribuée par une série de gouttières longitudinales en bois, en forme de V portant une fente à leur angle, tous les 20 centimèlres. Ces gouttières étaient alimentées par intermittence environ 4 fois par heure à Taide d'une nochère colnmune et d'un siphon Parentij.
La comparaison entre les résultais obtenus avec ce lit à lourbe et notre grand lit percolateur de 400 mètres carrés était rendue aussi exacte que possible, Teau distribuée aux deux appareils étant la même et en même volume proportionnellement à la surface.
La mise en service commença en avril 1907 et on fit en mai et en juin deux séries d'analyses parallèles, pendant 6 jours chaque fois, du 6 au 11 mai et du 17 au 22 juin.
Au début, les eaux épurées par Tun et par l'autre lit présentèrent des caractères chimiques très voisins. Pourtant Teffluent du lit à tourbe était de couleur plus jaune que celui du grand lit à scories seules : l'épreuve de Toxydabilité au permanganate montrait d'ailleurs qu'il y avait entraînement d'une partie des matières organiques provenant de la tourbe.
Au bout d'un mois, on constatait déjà qu'entre deux périodes de déversement intermittent l'eau s'infiltrait difficilement dans le lit à tourbe. Cette dernière se colmatait malgré la protection des scories dont on avait pris soin de la recouvrir, et l'eau non épurée cherchait latéralement une
LITS BACl ÉRIENS A TOURBE.
issue à travers les parois du lit, comme le font les eaux souterraines retenues par une couche imperméable.
Des communications nû tardèrent pas à s'établir entre la surface et le fond par les bords du lit, de sorte qu'une portion plus ou moins grande d'eau non épurée parvenait au drainage sans subir d'oxydation.
Le tableau ci-après résume les résultats moyens de nos analyses pour les deux périodes indiquées plus haut.
Influence de la tourbe sur Tépuratioç des eaux d'égout par lits bactériens percolateurs.
OXYGÈiNE
OXY-
ABSOHBÉ
DABII.ITÉ