ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
Le Secrétaire perpétuel de l Académie, pour les sciences naturelles , certifie que ce qui suit est extrait du procès-
verbal de la séance du samedi 21 mars 1821.
Novs avons été chargés de rendre compte à l’Académie d’un ouvrage manuscrit qui lui a été présenté par MM. Parent et Martinet, docteurs en médecine ; et qui a pour titre : Recherches sur l'inflammation de l’arachnoide cérébrale et spinale.
L'inflammation qui fait le sujet de cet ouvrage a été désignée par la dénomination d’arachnitis. L’arach+ noïde est en effet , comme toutes les membranes séreuses, susceptible d'être affectée d’inflammation , ou dans les différentes régions de Pencéphale qu’elle recouvre, ou dans le prolongement rachidien qu'elle revêt également ; elle peut exister essentiellement et indépendamment de toute affection ; elle peut aussi entraîner à sa suite des altérations profondes de la pulpe céré= brale même ; elle peut encore se développer au milieu . de maladies différentes dont elle augmente alors con-
sidérablement Le danger. De quelque manière qu’elle
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se montre, elle constitue toujours une maladie d’antant plus grave que la céphalalgie particulière quila caractérise peut plus aisément et plus long-tems être confondue avec des maux de têtes ordinaires, et que lorsque le développement du mal ne permet plus aucune équivoque, la maladie est souvent parvenue à un degré qui laisse peu de ressources à l’art, et ne lui présente presque plus d'espoir de succès.
Il est donc bien essentiel de la distinguer dès l’origine, des affections moins redoutables avec lesquelles il serait dangereux de la confondre.
C’est dans cette intention que MM. Martinet etParent ont eutrepris les recherches qu'ils ont soumises à notre examen; ils ne se sont occupés que de cas où l’arachnitis existait comme malaëie principale et primitive. C'est dans cet état qu’on én peut saisir plus facilement les vrais caractères, ét établir son diagnostic d’une manière plus propre à en écarter les incertitudes. On connaît beaucoup d'observations sur Pinflammation de l’arachnoïde ; mais nous ne connaissons pas d'ouvrage où elles soyent réunies ét comparées de manière à remplir le but spécial qu'on s'est proposé dans le travail dont nous ailons présenter l'analyse.
Après un court exposé de l'anatomie, et de la physiologie delarachnoïde, les auteurs traitent de l’inflammation de cette membrane observée d’abord sur len- Céphale, etils en tracent d’après leurs observations, toute lPhistoire.
Cette histoire comprend la description dé la maladie, son anatomie pathologique , la théorie de ses
symptômes ou sa physiologie pathologique, les moyens employés dans son traitement ; à la suile de celte histoire les auteurs ajoutent une série d'observations qui correspondent à ses différentes parties, qui en appuyent tous les détails, et qui font connaître différentes variétés de cétte maladie; c’est ce qu'ils appellent clinique de larachnitis cérébrale ; enfin le derniér chapitre contient une histoire moins étendue
de l’arachnitis spinale , et plusieurs observations : Les en offrent des exemples.
Notre intention n'est pas de présenter ici tous les détails de ce travail ; nous nous occuperons seulement de fairé connaître l'esprit dans lequel il a été entrepris, les résultats auxquels les auteurs sont arrivés et par quelle voie ils y sont parvenus.
Leur ouvrage, dont il y a plus de huit mois que l’un de nous avait déjà pris connaissance , est le résultat de la comparaison de cent quarante deux observations choisies parmi un plus grand nombre d’autres, qui n'eussent fait que confirmer les mêmes conséquences, sans y rien ajouter de particulier.
Presque toutes ont été faites dans les hôpitaux, particulièrement à l'Hôtel-Dieu, sous les yeux de M. Récamier, et à l'Hospice des enfans, traitées par M. Jadelot et par feu M. Nysten ; elles ont été ou recueillies au lit des malades par les auteurs eux-mêmes et vérifiées sur Îles registres et Les notes de la visite, et c'est la plus grande partie ; ou communiquées par d’autres observateurs assez connus pour. qu'on. püt avoir une entière confiance dans leur exactitude,
Plusieurs ont été données aux auteurs, paï M. Récamier, lui-même, et par M. l'Herminier. Un petit nombre à été emprunté à des observateurs célèbres tels que Morgagni. Les noms des auteurs ont constamment été joints à chacune des observations. Toutes celles qui ont eu pour terme une fin malheureuse, et c'est de beaucoup le plus grand nombre, sont accompagnées des détails de l'ouverture des corps, et présentent la comparaison des lésions avec les symptômes observés pendant la maladie. Quelques-unes de ces ouvertures ont été faites lorsque les malades, guéris quelque tems auparavant de la maladie qu’on a dû regarder comme une arachnitis, ont succombé ensuite à une autre maladie : dans les cas de cette nature on a pu voir les traces de la maladie éteinte, c’est-à-dire les altérations organiques qu’elle a laissées après elle, et on a pu constater leur rapport avec les symptômes observés pendant la maladie, en les comparant avec les autres ouvertures faites immédiatement après des arachnitis terminées par la mort. Sur ces observations les auteurs ont dressé un nombre assez considérable de tableaux de comparaison, propres à faire connaître la mesure d'influence des causes extérieures , des sexes et des âges, sur le développement de la maladie, les différentes proportions de sa durée, et les rapports de ces proportions avec l’âge des sujets qui en sont atteints ; les régions de l’arachnoïde le plus généralement aflectées ; les rapports de ces régions avec les âges où la maladie se développe ; la fréquence de certains
Pa x} symptômes, tels que ceux qui intéressent la vue ou les organes du mouvement, et leurs rapports avec les régions sur lesquelles s’est portée Pinflammation ; et dans tous ces tableaux on a eu soin de distinguer en deux colonnes, les arachnitis où l’inflammation a été, ou non, suivie de suppuration. Chaque tableau est dressé sur un nombre d'observations qui s'élève à 116 ou 118. Ce nombre est exclusivement formé par les seules observations assez complètes dans tous les détails, soit de la maladie, soit de l'ouverture, pour que rien n'ait pu échapper d’essentiel ou d’utile aux conséquences qu on en devait tirer.
Nous allons présenter Les résultats les plus essentiels de ces comparaisons :
1°. Les causes accidentelles qui peuvent donner lieu à l’arachnitis, ne sont pas souvent aisées à connaître dans Îes hôpitaux.
Sur 116 individus, il y en a cinquante-quaire sur lesquels on n’a pu rien apprendre; sur le reste, 21 sont tombés dans l’état de maladie à la suite de percussion', et surtout de fortes commotions. Sur 17, les circonstances antécédentes n'offraient point un rapport direct avec la maladie; dix en ont été atteints au milieu d’affections tristes ; six en ont été attaqués à la suite ’ de flux ou d’éruptions supprimées, ou par des métastases, Une cause qui, sans doute, à la campagne aurait eu plus souvenf part à l’arachnitis est linsolation ; mais on n'en a observéici que deux exemples ; une fois l’arachnitis s’est trouvée jointe à un cas d’hydrophobie.
2°, Le nombre d'observations d'arachnitis comparé
X1) entre les hommes et les femmes, 4 été trouvé triple chez les premiers, c’est-à-dire dans le rapport de 88 à 28.
3°. Pour les âges, les auteurs n’ont pas pris de divisions numériquement régulières ; ils ont préféré les tirer des époques marquées par les révolutions les plus remarquables de la vie ; ils divisent l'enfance en trois périodes , de la naissance à 5 ans, de 5 à 8 et à 14; Vadolescence en deux, de 15 à 21 et à 30 ; l’âge adulté en deux, de 3x à 40 et à Go ; la vieillesse de 61 à 80. £n adoptant ces divisions sur 116 observations d’atachnitis cérébrale, il y en à 44 dans le cours de l’adolescence , 38 dans l’âge adulte, et 29 pour l'enfance. Dans l'enfance, le plus grand nombre a lieu de 9 ans à 14; ce nombre est de 15 malades. Le moindre nombre est de 5, il a eu lieu de la naissance à l’âge de 5 ans. Dans les deux divisions de l'adolescence, le plus grand nombre se trouve dans la première, c’està-dire de 15 ansà21; ce nombre est de 34.Les 38 observations faites sur les adultes se trouvent partagées également entre les deux divisions de cette époque; il y en a 19 pour chacune.'[l n’y a que 5 observations sur des vieillards.
4°. La durée de la maladie est moindre où plus longue selon la violence de l’inflammation ; et cette violence a aussi ses rapports avec les différentes circonstances dans lesquelles la maladie se développe. Les auteurs ont divisé celte durée conformément aux observations, en intervalles de quatre et de sept jours ; la durée la plusordinaire des arachnitis ob-
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servées, s'est trouvée entre sept et dix ou onze jours, Vingt-six observations l'ont donnée de sept, vingttrois de dix à onze ; il y en a dix-sept qui n'ont pas passé le quatrième; dix-neuf ont duré jusqu’au dixseptième et au dix-huitième ; quatorze ont fini au deuxième septenaire ; dix se sont prolongées jusqu’au vingt-unième jour, et trois seulement n'ont été terminées qu'au trente-unième ; le nombre total de ces observations est de 116.
5°, Si lon compare ces différentes durées aux âges des malades, on trouve que les plus aiguës, c’est-àdire celles dont la durée est la plus courte, et est comprise dans l’espace de sept jours ou moins, sont dans un nombre qui suit une progression croissante suivant la succession des âges compris entre cinq ans et soixante ; ainsi on en trouve trois pour l’âge de 5 à 8 ; quatre pour les âges de 9 à 14 et de 15à 27 ; six pour l’âge de 22 à 30; neuf de 21 à 40, et treize de 41 à Go ; le tableau qui donne ce résultat est dressé sur 118 observations.
Mais il y a une observation importante à faire sur ces durées. Si on les compare avec la succession des symptômes qui les remplissent , on peut et on doit les partager en trois périodes.
La première que l’on peut nommer celle de l’excitation est marquée spécialement par la céphalalgie dont le caractère spécial est d’être fixe, plus ou moins circonscrite et profonde ; elle s'associe souvent des vomissemens sympathiques et unétat fébrile qui n'est pas toujours très-apparent, Dans la seconde qui est celle
de l'inflammation constituée, la douleur plus forte est accompagnée ordinairement de mouvemens spasmodiques, surtout des membres thoraciques , et trèssouvent d’un trouble dans les facultés intellectuelles ; la troisième période que les auteurs désignent par l'expression de collapsus, présente pour caractères un affaissement général, un état comateux, l'abolition des sens, la perte du mouvement par une paralysie, ou générale ou locale.
Quand la maladie est très-aiguë, c’est-à-dire quand sa marche est très-accélérée , il est impossible d'en bien distinguer les périodes, et le délire et même l'état comateux se montrent quelquefois dès le début. Alors il est très-diMcile de reconnaître les caractères propres de la maladie ; mais aussi elle est presque inévitablement mortelle.
Quand la maladie au contraire , marche lentement , les symptômes de son invasion sont si faibles , qu’elle est aisément et long-tems méconnue ; il ÿ a peu ou point de fièvre notable, l’état ambigu du malade, semble tenir le milieu entre la santé et la maladie ; la céphalaigie est souvent prise pour un mal de tête ordinaire, dont on ne s'occupe pas d’une manière efficace, quoiqu'une attention plus scrupuleuse puisse en faire soupconner la nature, et la maladie qui dans cet état pourrait être plus facilement arrêtée, fait insensiblement sous ces apparences trompeuses, des progrès qui la rendent insurmontable.
C'est ce qui fait que les auteurs, dans l'exposé des
symptômes, insistent principalement sur ceux qui ac-
compagnent l'invasion, parce que c'est à-peu-près la seule période de la maladie pendant laquelle on puisse se promettre de l’attaquer avec succès. Or, on sent, d'après cet exposé, combien ces succès doivent être rares dans les hôpitaux, où les malades sont rarement apportés dans le début de la maladie, lorsque sa marche n’est pas trop rapide.
Les auteurs présentent six observations dans lesquelles se rencontrent les principales variétés ou de régularité ou d’irrégularité dans la succession des périodes de l’'arachnitis. Ils classent ensuite méthodiquement selon les différentes fonctions intéressées, les divers phénomènes que présente cette maladie, depuis son invasion jusqu'à la guérison ou la mort.
Cette exposition est suivie de l’anatomie pathologique, c'est-à-dire de l’investigation, faite à ouverture des corps, des altérations éprouvées par les organes, en conséquence de l’inflammation de l’arachnoïde ; ces altérations consistent dans la rougeur, dans l’épaississement ou l'augmentation de densité de la membrane avec perte de sa transparence, dans les exsudations qui recouvrent ses surfaces et qui sont purulentes, SéTOSOpurulentes, séroso-gélatineuses, ou même gélatineuses, dans les fausses membranes, dans les épanchemens , les adhérences, les granulations.
Ces altérations observées sur les cadavres, et sur les différentes régions de l’encéphale, rapprochées des circonstances dans lesquelles a eu lieu la maladie où des symptômes divers qu’elle a présentés, donnent lieu de former de nouveaux tableaux comparatifs,
XV] dont nous allons aussi indiquer les principaux résultats.
6°. Un premier tableau, le sixième de tout l’ouvrage, comprend les lésions observées sur différentes régions de l’arachnoïde , et Ie nombre comparé d'observations dans lesquelles ces régions ont été intéressées. Sur 117 observations, 91 ont montré les traces de l’inflammation de l’arachnoïde étendues sur la convexité de l’un et l’autre hémisphères, et vingt-six seulement où ces traces étaient bornées à la convexité d’un seul. Dans cinquante-six, l'inflammation s'était étendue sous la base du cerveau; dans dix-neuf, sur la convexité du cervelet; dans quatorze, aux parois de la cavité des ventricules latéraux; dans neuf, à la protubérance annulaire ; dans cinquante-six observations , l’inflammation avait été suivie d’épanchement dans un des ventricules ou dans les deux; dans quinze , cet épanchement était à la surface même du cerveau.
On a observé dans quarante-huit malades des lésions de la pulpe cérébrale ou de celle du cervelet, telles que ramollissement de ces pulpes, etc. réunies avec les traces qui caractérisaient l'inflammation de l’arachnoïde ; enfin les cas où cette inflammation a été suivie de suppuration , forment dans ce tableau ainsi que dans tous les précédens, une colonne spéciale dont le résultat forme toujours plus des deux tiers de la somme des observations réunies.
7°. Les régions affectées d’inflammation ne sont pas dans des rapports indifférens avec les âges dans lesquels la maladie se déclare. Les arachnitis à la base
Xvy du cerveau se sont trouvées beaucoup plus fré-. quentes que celles des autres régions dans les enfans au-dessous de sept ans, dans la proportion de 10 malades sur 15. Dans les âges de 7 à 14 ans, les inflammations de la base, ou de la base et des convexités ensemble, comparées à celles de la convexité seule, ont été dans la proportion de 13 sur 16. Dans la totalité des individus de ces deux âges; elles ont été dans la proportion de 24 sur 31. Chez les adultes au contraire le plus grand nombre des inflammations a été porté sur les convexités seules ; sur 96, elles ont été au nombre de 46. Il y en a eu 21 sur la convexité et la base réunies , il n’y en a eu que 8 sur la base seule. Il ne s’est trouvé en tout que deux observations d’inflammation des seules ventricules.
8°. Après avoir caractérisé les différentes lésions observées à la suite de l’arachmitis , et leurs relations générales avec le développement de cette maladie, il restait à établir Les relations spéciales des symptômes plus ou moins prédominans dans ses différentes variétés avec les régions affectées et le genre d’aliération qu’elles ont présenté dans les ouvertures. C’est ce que les auteurs ont fait autant qu’il leur a été possible, dans l'article auquel ils ont donné le titre de physiologie pathologique de l'arachnitis ; en voici les principaux résultats.
Un des organes sur lesquels Les effets de l'arachnitis se font voir d’une manière très-remarquable est l'œil. La contraction ou la dilatation des pupilles, des
deux ensemble ou d’une seule, l'alternative entre
xvi) Jeur dilatation et leur contraction, la rotation du globe des deux côtés ou d’un seul, le strabisme double ow simple, sont des symptômes fréquens dans l’arachnitis. La comparaison du nombre d'observations où ces divers symptômes ont eu lieu, n'a donné aucun résultat suffisamment constant, excepté celui de la rotation du globe que les auteurs n’ont jamais observé, qu'à l'ouverture ils n'aient rencontré une suppuration établie. Quant aux autres symptômes, le coma a été observé surtout dans les enfans et particulièrement quand l’arachnitis occupait la base du cerveau. Le délire paraît plus spécialement lié à l’inflammation de l’arachnoïde des convexités ; la céphalalgie, quand elle n’est pas masquée par le coma ou par le délire est un symptôme constant de l’arachnitis ; mais son siége apparent ne répond pas constamment à la région enflammée. L’hémiplégie accompagne plus souvent Varachnitis , lorsqu'elle dépend d’une cause externe ; elle occupe constamment le côté du corps opposé à celui de l'épanchement, mais elle n’en est pas une suite nécessaire dans les épanchemens partiels. Les convulsions ont en général lieu du côté opposé æla paralysie et du même côté que l'inflammation. Enfin les vomissemens sympathiques sont un symptôme qui accompagne très-communément l'invasion de l’arachnitis etquisemontre dans toutes ses variétés, quelle que soit la région que l’inflammation affecte spécialement. Nous nous permettrons une remarque relative: à ce dernier phénomène, sur lequel nous avons quel-
que raison d'appeler d’une manière spéciale l’atten
ion des auteurs du traité dont nous entretenons l’Académie. En parcourant les observations réunies dans leur ouvrage , nous avons vu par l'ouverture des corps, que dans un grand nombre de cas où les vomissemens sympathiques s'étaient le plus fortement prononcés, les organes de la digestion montraient aussi quelques traces de phlogose et même un commencement d'inflammation prononcée. Voici un exemple bien remarqua- ‘ble de l'intensité de cet effet dont l’un de nous a été le triste témoin. La violence de Farachnitis qui l’a offert et la rapidité de sa marche furent telles, qu'elle arriva à son terme en 24 heures. Le malade qui se livrait avec une excessive activité à la pratique de la chirurgie et des accouchemens, en fut saisi subitement , et’ dès le début il s’écriait que la base du. crâne était chez lui le siége d’une extrême douleur et d’une vive inflammation. Bientôt les vomissemens s’établirent, et presque aucun liquide ne touchait son estomac sans être im médiatement rejeté; toujours il indiquait la base du crâne comme le siége de son mal. On ouvrit successivement toutes les veines des membres. Le sang en jail- Hit un instant et il se sentait soulagé , mais aussitôt l'intensité de la douleur avrêtait le sang , que dès-lors il était impossible de faire couler de nouveau : la jugulaire n’en donna pas davantage. Une quantité de sangsues fut appliquée au cou , elles soulagèrent un instant, elles tombèrent et ne firent couler que peu de sang. La glace et l’eau la plus froide ne produisirent pas un soulagement plus durable. La vingt-quatrième heure mit fin au tourment et à la vie du ma-
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lade. A l'ouverture on trouva toute larachnoïde , tant des convexités que de la base, opaque, épaisse de plus d’une demi-ligne ; la surface supérieure du cerveau était fort ramollie; il y avait très-pen d’épanchement à la base du crâne et presque point dans les ventricules. La totalité de cette sérosité qui n’était point purulente n’excédait point quelques gros. Les viscères de la poitrine étaient en très-bon état. La saillie que faisait la diaphragme du côté du thorax nous annonçait un désordre vers l’épigastre ; nous trouvâmes lestomac distendu et rouge, mais surtout le duodenum entier très-dilaté et d'une rougeur extrêmement foncée et pourpre.
Si les douleurs aiguës rapportées dès les premiers instans à la base du crâne, si Fordre dans lequel les vomissemens Ont succédé et l’altération générale de Parachnoïde n'eussent pas fixé nos idées sur le point de départ de la maladie , nous aurions été très-incertains sur l'organe primitivement affecté. D'ailleurs , nous avions été trois mois auparavant, tristement ins- | truits par un exemple peu différent. La maladie ceje fois avait eu une durée de soixante heures. Elle avait débuté pendant une demi-journée par des douleurs profondes et extrêmement vives dela région occipitale. Douze heures après, les vomissemens spasmodiques s’établirent. fci, les saignées purent être faites avec abondance , mais ne furent suivies que d’un soulagenentpassager. L'application de la glace sur la têté modéra les souffrances et donna quelque espérance ; mais l'état comateux succéda, et nous eûimes la douleur de
xx) voir périr le malade vers la soixantième heure : il ne nous fut pas possible d'obtenir l'examen du corps ; mais la parfaite similitude des symptômes, partagés seulement sur un espace de tems plus considérable, et par-là plus distincts et dans un ordre de succession plus aisé à apprécier, nous a fait juger avec plus d'assurance , la nature de la terrible maladie qui a été l'objet de notre première observation.
Ce n’est pas une chose nouvelle que cette correspondance sympathique entre les lésions de la tête et celles de l'estomac, elle s’observe tous les jours dans celles qui sont déterminées par des causes externes ; mais il est rare de voir une irritation sympathique, s'élever au degré de violence dont nous avons été témoins. Comme les observations contenues dans louvrage dont nous rendôns compte , contiennent un grand nombre d'exemples de ce phénomène, porté à Ja vérité à un degré bien moindre , nous avons cru qu'il m'était pas hors de propos de présenter ici un exemple de la mesure extrême à laquelle il peut s'élever dans l’arachnitis la plus aiguë.
Dans l'article du traitement , les auteurs n’ont pu être qw'observateurs passifs. C’est principalement sous la conduite de M: Récamier à l'Hôtel-Dieu, de feu M. Nysten et de M. Jadelot à l'hospice des enfans, que les malades ont été soumis au traitement que leur état exigeait. D’après ce que nous avons dit de la marche de la maladie, et de l’état dans lequel les malades arrivent ordinairement à l’hôpital, on concoit que les secours les mieux administrés ont dû rarement
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être utiles. Les saignées générales ou locales, ou Îes unes et les autres successivement, selon l’iñtensité de l'inflammation et la constitution des malades; les moyens de révulsion par les pédiluves, les sinapismes, les épispastiques ; les applications froides à la suite des saignées ; les précautions relatives aux choses environnantes, aux boissons et au régime ; les affusions froides, le tems et les circonstances qui les indiquent, le degré de leur température et la manière de les administrer, indications déduites des effets de tous ces moyens, sont exposés d’après les journaux du traitement, et accompagnés d'observations. Seize cas de guérisons sont rapportés, et parmi eux il s’en trouve un, où le malade ayant ensuite succombé à un autre maladie, les traces laissées par l’inflammation antérieure ont pw être évidemment reconnues à l’ouverture du corps.
Le chapitre dernier qui traite de l’arachnitis spinale, n'a pas à beaucoup près , l'étendue de celui qui est consacré à l'arachnitis cérébrale. Les auteurs n’ont pu obtenir la communication des observations qui auraient présenté des exemples de larachnitis spinale simple. Celles qu'ils ont eu occasion de recueillir et dans lesquelles l'ouverture a présenté des preuves d’une inflammation de l’arachnoïde dans le canal ver tébral, ont toujours été pendant la maladie, accompagnées de symptômes d’un arachnitis étendue à quelques-unes des régions de l’encéphale, et en ont présenté des traces à l'ouverture des corps. C’est donc en faisant déduction des symptômes propres à l’arachnitis
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encéphalique, que les auteurs ont pu conclure de leurs observations ceux de l’arachnitis spinale. Ces symptômes sont principalement de deux ordres, comme ceux de l’arachnitis cérébrale, l’un est une douleur fixe , persévérante , profonde, répondant en général au rachis ou à quelques-unes de ses régions, ainsi que la céphalalgie dans l’arachnitis cérébrale ; l'autre consiste de même dans des symptômes spasmodiques, et ics c’est la rigidité presque tétanique du tronc, ou sa courbure en arrière formant un véritable opisthotonos. À ces symptômes ont ordinairement répondu des épaississemens , des rougeurs de l’arachnoïde spinale , ou des épanchemens rougeâtres dans le canal vertébral,
Dans une des observations rapportées , l’opisthotonos succéda à une blessure de l’aponévrose plantaire, et quoique le lieu de la lésion ne présentât point de signe d’une vive inflammation ni d’une suppuration étendue, l’opisthotonos eutune issue funeste, etl’arachnoïde fit voir des traces évidentes d'inflammation.
Cette observation et quelques autres donnent lieu de mettre en question s’il existe réellement un Opis= thotonos purement spasmodique, et si le tétanos trau matique lui-même n’est pas dû souvent à une arachnilis spinale, sympatiquement produite à la suite d’une lésion aponévrotique. Beaucoup d'observations porteraient à croire que la chose est ainsi, et c’est surtout dans les colonies américaines que l’on peut résoudre définitivement ce problême.
T'el est ouvrage présenté à l’Académie par MM. Parent et Martinet. Nous y avons remarqué un esprit