QUARANTE-SIXIÈME OBSERVATION
Arachnitis des ventricules latéraux. — Sérosité abondante dans ces cavités.
Loisier Estelle, âgée de huit ans, était sujette à des épistaxis qui étaient encore devenus plus fréquents depuis un mois.
Première période. — Dans les premiers jours de décembre, l’enfant commença à se plaindre de la tête. Le 13 décembre, la céphalalgie augmente, il survient desvomissemens. Le 14: augmentation de la céphalalgie ; insomnie; face rouge , animée; yeux VIS ; constipation; ventre sensible au toucher ; vomissemens glaireux; agttation :le 19 on la conduit à l'Hôpital des Enfans.
Le 17 décembre : tendance à l’assoupissement ; cris fréquens ; pédiluves sinapisés ; diminution de la céphalalgie ; dans la journée, quatre sangsues derrière les oreilles : nouvelle diminution de la ‘ douleur de tête; assoupissement moindre. Retour de l’assoupissement; la nuit, agitation.
Le 18 : légère altération des facultés intellectuelles ; réponses peu faciles; moins de céphalalgie ; mais toujours assoupissement; chaleur de la peau peu élevée; pouls lent: langue chargée ; constipation ; cris. —Sinapismes aux pieds ; glace sur la tête en même tems; potion avec éther ; infusion de tilleul, liqueur d'Hoffmann.— Diminution de l’assoupissement ; rémission momentanée des autres symptômes; roideur du col; parole difficile; évacuation spontanée, la nuit : diminution sensible de l’assoupissement et de l’affaissement.
Le 19 : état tout-à-fait satisfaisant ; retour de la raison ; parole facile; pouls un peu fréquent et intermittent; urines LD AbTES sédimenteusés. = Limonade nitrique avec liqueur d’Hoffmann ; pédiluves sinapisés. — Continuation du mieux; là petite malade demande à manger ; on lui accorde quelques cuillerées de bouillié. Le soir, Ja tendance à l'assoupissement ét la roidéur du col reparaissent, mais à un faible degré, ce qui n’empêche pas la nuit d’être t Es bone.
Le 20 : état satisfaisant : nul symptôme cérébral, sauf un ton brusque en parlant, Le soir, roideur du col, chaleur : à la peau.
bc 2x : rés TA vers le milieu du jour l’ en fant se plaint d’une SRE au sommet de la tête et à la partie postérieure du col: rougeur de la face; chaleur de la peau.
Le 22 : même état. — Quatre sangsues au fondement ; pédiluves sinapisés. — Dans la journée les symptômes s’améliorent.
Deuxième période. — La nuit, céphalalgie ; loquacité ; délire ; agitation vive.
Le 23 : Le délire et l'agitation continuent; paroles sans liaison ; plaintes dans lesquelles elle accuse une douleur de tête ; accablement, — Sinapismes aux pieds; tilleul orange.
Le 24, 25 et 26: même état; nulle amélioration; céphalalgie toujours vive; agitation violente ; pouls fréquent, petit etserré ; visage rouge ; peau chaude; ventre très-libre. — Vésicatoires aux cuisses ; deux sangsues derrière chaque oreille; Julep avec sirop Hacodes
Le 27 : parole plus difficile ; prostrauon plus considérable.
Le 28 et le 29 : l’assoupissementaugmente de elle sorte, que la malade ne répond que par monosyllabes aux questions qu’on lui adresse. — Vésicatoire derrière une oreille.
Troisième période. — Le 30 : même état. — Vésicatoire derrière l’autre oreille. — Vers quatre heures; perte complète de connaissance ; renversement de la tête en arrière; mouvemens 1rréguliers des bras; yeux immobiles tournés en AS pupilles extraordinarement dilatées, non contr actiles : : poulsfréquent, intermittente faible ;
face rouge ; respiration gènée.
Le 31 : affaissement général; face violacee ; respiration stertoreuse. Mort paisible dans la journée.
Ouverture du cadavre. — 1°. Circonvolutions cérébrales aplaties. Les ventricules latéraux trèsdistendus, contenaient quatre à cinq onces d’une sérosité limpide ; la portion d’arachnoïde qui les tapisse avait pris en epaisseur et en resistance , au moins le double de ce qu’elle offre dans l’état naturel. — La substance cérébrale avait sa consistance ordinaire. — Les deux poumons étaient gorgés de sang et offraient quelques points d’induration, vers leur bord postérieur. — Anciennes adhérences des intestins, et quelques traces d affection chronique de la muqueuse.
(Observation communiquée par le D': Legouais.)
L'Observation 98 présente un fait semblable.
203. Nous retrouvons encore ici les vomissemens qui survinrent quelques jours après la céphalalgie. L’agitation générale, la tendance à l’assoupissement, la constipation , le manque de fréquence de pouls, sont des symptômes trop éminemment cérébraux, pour ne pas les regarder comme dépendans de l’arachnitis des ventricules démontrée par l’autopsie. Un traitement antiphlogistique et dérivatif, arrête et dissipe ces accidens, et la malade jouit pendant près de trois
jours d’un état des plus satisfaisans, lorsque le soir du 19 l’assoupissement reparaît, et la roideur du col, quoi qu’à un faible degré, se réveille de nouveau. La journée du 20 se passe encore assez bien; mais le lendemain la céphalalgie se fait sentir, le délire se développe, les symptômes comateux augmentent de jour en jour jusqu'au 30, époque où les phénomènes spasmodiques éclatent et annoncent une fin prochaine : certes, ici on ne peut se méprendre sur la forme et la marche de l’arachnitis de la base, avec laquelle, celle-ci a les rapports les plus intimes; en effet, il serait bien difficile, de les distinguer l’une de l’autre : même céphalalgie , mêmes vomissemens dans la première période, même tendance à l'assoupissement dans la seconde, enfin même état spasmodique , combiné à un coma profond dans la troisième. Chez cette petite malade nous ferons observer qu'il y eut de la loquacite et un délire réel, ce qui ne se remarque pas ordinairement dans l’arachnitus de la base ; mais quelle conclusion pouvons nous tirer d’un seul fait, d’un seul symptôme observé une seule fois, en faveur du délire, comme pouvant appartenir à l’arachnitis des ventricules? aussi le négligeons nous dans les caractères de la phlegmasie de cette dernière région, que nous assimilons entièrement à la base.
Les histoires suivantes nous ofiriront l’arach-
(279 ) miüs des ventricules coïncidant avec l’inflammauon des divers autres régions de la séreuse céphalique. L’on peut encore consulter les observations 78, 88, 92, 96, 101, 106, 134.