CHAPITRE PREMIER
BIBLIOGRÂPmE.
Nos recherches sur les larves des Éphémérines ayant eu pour principal objet l'étude des organes respiratoires, c'est surtout à ce point de vue que nous avons consulté les ouvrages de nos prédécesseurs.
J.Swammerdam est le premier auteur qui se soit occupé d'une manière scientifique du groupe des Ephémères. Dans son ouvrage Biblia naturœ sive Historia Insectorum^ composé vers la fin du dix-septième siècle et publié seulement en 1737, nous trouvons dans le premier volume une étude analomique très consciencieuse d'une nymphe d'Éphémère, avec deux planches s'y rapportant. La première de ces planches (pi. XIV), est consacrée à une vue d'ensemble, grossie, de l'organisation d'une Ephémérine (probablement une nymphe du genre Ephemera), dessin excellent dans lequel l'auteur donne à la fois le tube digestif, le système nerveux et l'appareil trachéen. Dans la seconde planche (pl.XV),Swammerdam continue l'étude anatomique de l'animal par la représentation de l'extrémité du corps de la nymphe pour montrer les œufs et le tube digestif en place. La figure 4 de cette même planche représente le vaisseau dorsal et les troncs trachéens latéraux ; la figure 5
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nous offre séparément le tube digestif, moins les tubes de Malpighi.
Le dessin du système nerveux (fîg. 6) est assez exact, si ce n'est en avant, où l'auteur n'a pas représenté les centres susœsophagiens, tout en ayant cependant suivi et figuré les nerfs qui se rendent aux yeux composés.
Les organes respiratoires externes ont été assez fidèlement reproduits par Swammerdam, bien qu'il n'ait pas vu la première paire et qu'il ait un peu trop grossi les lames antérieures par rapport aux suivantes.
Tous ces dessins dénotent de la part de Swammerdam un véritable talent d'anatomiste, surtout pour l'époque. Il nous faut, en effet, arriver au milieu du dix-neuvième siècle pour trouver des figures anatomiques aussi exactes de ces insectes.
Réaumur, dans ses Mémoires pour servir à VHistoire des InsecteSy consacre l'un d'eux à l'étude des mouches appelées Éphémères. Ce Mémoire est accompagné de cinq planches de faciès de larves et d'insectes parfaits, mais elles ne contiennent pas de figures anatomiques.
Réaumur excellait, comme on le sait, dans les descriptions de mœurs .des animaux, aussi son mémoire est rempli d'observations de cette nature. Il a pu étudier trois genres d'Ephémérines : IdiPalingenia, VEphemera et la Cloe. Après avoir rejeté l'opinion de Clutius sur les organes respiratoires externes de ces insectes, laquelle opinion consistait à regarder ces organes comme les homologues des nageoires d'un petit poisson , Réaumur décrit avec soin les mouvements exécutés par eux et dit que leur nombre est de 6 à 7 paires suivant les espèces. Il fait ensuite une description assez exacte de la forme de ces lames respiratoires chez les larves de la Palingenia et de VEphemera^ et se demande pourquoi l'on trouve des trachées dans l'intérieur^de celles-ci <«: si ce n'est pour porter l'air aux » ouïes (1) , ou pour recevoir celui que les ouïes leur renvoient, » ou plutôt pour faire l'un et l'autre )>. Un peu plus loin, il dé-
'1) C'est le nom qn'il donne aux houppes branchiales.
6 A. vAitn^wknm,
crit assez bien les plaqueâ doubles « ouïe d'une seule lame 3) pliée en deux » de la Cloe diptera.
La majeure partie du Mémoire de Réaumur est consacrée aux transformations en insectes parfaits de ces Éphémérines et particulièrement celles de VEphemera vulgata, qu'il avait abondamment aux portes de Paris.
Treize ans après la publication des Mémoires de Réaumur, le naturaliste suédois de Géer envoyait à l'Académie des sciences de Paris, ses premières observations a sur les Éphémérines dont Taccouplement a été vu en partie». Dans ce travail, de Géer dit un mot des organes respiratoires externes, qu'il ne paraît pas avoir vu assez exactement, car il en attribue neuf paires aux larves de ces insectes. Comme pour l'aute'ur précédent, ce qui Ta le plus vivement frappé, c'est la rapidité des mouvements de ces organes, même lorsque Tinsecle est tout à fait au repos.
Le grand classificateur J. Christ. Fabricius, dans son ouvrage Systema entomologia^ 1774, ne dit rien de l'organisation des Éphémères, il se contente d'énumérer (p. §03-304) les quelques espèces connues à cette époque.
Olivier, dans le tome VI de VHistoire naturelle des Insectes, 1791 {Encyclopédie méthodique), consacre à l'étude de cette famille une vingtaine de pages dans lesquelles il répète ce qu'a diiRéaumur, sans rien ajouter de nouveau. Dans la planche 98, il donne, d'après le môme auteur, une huitaine de figures d'Éphémérines, dont trois de larves.
Dans son Histoire abrégée des Insectes, 1799, Geoffroy fait une description rapide, mais assez exacte, des larves des Éphémérines (p. 234-240) ; il a bien observé le nombre des anneaux du corps (3 pour le corselet et 10 pour l'abdomen), mais à propos des organes respiratoires des larves du genre £'/?A^m<^a, il n'en cite que six de chaque côté, comme les auteurs précédents. La paire du premier anneau, qui est toujours rudimentaire dans ce genre, leur a complètement échappé.
C'est dans ce même ouvrage que Geoffroy parle le premier de l'insecte curieux, étudié plus tard par Latreille, sous la dé-
nomination de Prùsopistomaj et dont nous avons fait connaîti^ depuis peu (1880) (1) les métamorphoses. Il nomme cet animal Binocle d queue en plumet^ place sa courte description après celle de VApm {Binoculus hœmisphericus) y et dit Tavoir trouvé dans les ruisseaux aux environs de Paris. Geoffroy, planche 21 , donne une figure assez grossière de ce prétendu crustacé.
Latreille, dans la première édition de son Histoire naturelle des Crustacés et des Insectes (1804-1805) dit à la page 393 du douzième volume que les larves des Névroptères qui vivent dans Teau sont pourvues d'organes qui ont quelque ressemblance avec des branchies, mais qui ne sont que des parties du corps où les trachées ont une plus grande expansion. Un peu plus loin il divise en deux sections son ordre des Névroptères : la première section comprend sept familles (Libellules, Panorpites, Fourmilions, Hémérobius, Mégoptères, Perlaires et Termitines) ; la deuxième section ne se compose que des Phryganides, parmi lesquelles il place en un seul genre toutes les Ephémérines.
Dans le treizième volume, page 82, où Latreille ne s^occupe alors que des Ephémères,il signale la présence de houppes respiratoires sur les anneaux de l'abdomen des larves, sans entrer dans plus de détails.
En 1806, C. Duméril, dans sa Zoologie analytique ^ dit, en parlant brièvement des Agnathes du genre Ephémère, que € leurs larves vivent sous l'eau ou sous la vase des rivières ; » elles ont des branchies ».
Le naturaliste anglais Leach a, en 1810, adopté, dans VEdinburg Encyclopedy, la famille des Subulicornes de Latreille, nouvelle classification du naturaliste français dans laquelle il réunissait les Ephémères aux Libellules. Leach divise endeuxfamilleslatribudes Ephémérines : lesBœtidiCy caractérisées par la présence de deux soies et comprenant les genres
(1) Comptes rendus de VAcad, des sctenceSy 7 juin 1880, et Ann, se. nat., (Zool.), sixième série, t. XI, 1881.
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Bœtis et Cloeon, elles Ephemeridœ proprement dits, toujours munies de trois soies.
Latreille, dans l'article Ephemera du Nouveau Dictionnaire (T histoire naturelle appliquée aux arts (1817), s'étendit davantage que dans son Histoire naturelle des Crustacés et Insectes^ sans ajouter toutefois de faits nouveaux à ceux déjà connus à cette époque; il termine même la phrase consacrée aux organes respiratoires des larves par une petite erreur qui lui est commune avec plusieurs de ses prédécesseurs, en attribuant quelquefois plus de sept paires de ces organes à certaines Épbémérines.
En 1829, ce même naturaliste, dans la partie consacrée aux Insectes de la deuxième édition du Règne animal de Cuvier, redonneà peu près textuellement les mêmesdétails au sujetdes Éphémères. Mais, en 1833, il décrit dans les Nouvelles Annales du Muséum (t. II) un nouvel animal qu'il nomme Prosopistoma. Cet insecte, qui provenait de Madagascar, fut placé par Latreille dans la classe des Crustacés parce qu'il n'avait pu constater la présence de l'appareil trachéen. Cette erreur, par suite de la rareté de cet insecte, ne put être relevée qu'en 1869, par mon ami le D' Em. Joly.
Dans la traduction du Traité élémentaire d'anatomie comparée de Carus (1835), ainsi que dans la troisième édition du Règne animal (1836), nous ne trouvons aucun détail nouveau sur les insectes qui nous occupent, et il faut arriver à l'ouvrage de Dutrochet, Mémoires pour servir à V histoire anatomique et physiologique des Végétaux et des Animaux (1837), pour constater des observations très intéressantes sur le mode de respiration des larves aquatiques de certains insectes.
Ce physiologiste, auquel la science doit de si nombreuses découvertes, arriva par une série d'expériences à se convaincre que le mécanisme de la respiration des insectes aquatiques pouvait se ramener aux phénomènes physiques suivants : Si dans une vessie, traitée par de l'eau acidulée pour en empêcher la putréfaction, on met de l'azote, et que l'on plonge ensuite celle-ci dans de l'eau courante, on voit au bout de
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quelques jours, qu'une partie de l'azote s'est dissoute dans l'eau et a été remplacée dans le récipient par de l'oxygène ; les proportions du mélange ainsi formé donnent précisément la composition de l'air atmosphérique. On arrive au même résultat en ne mettant que de l'oxygène dans la vessie.
Mais si au lieu de ces deux gaz, on introduit de l'acide carbonique dans le ballon, on constate que celui-ci se dissout totalement dans l'eau et qu'il se trouve être remplacé par un certain volume d'air qui est loin d'être égal à celui de l'acide carbonique, car le rapport entre les deux volumes varie de 1/38 à 1/45.
Ces résultats étant acquis, Dutrochet les applique ainsi au phénomène de la respiration des insectes aquatiques : D'une part, admettant que les trachées contiennent de l'air atmosphérique, cet air,sous l'action de la respiration, perd en partie ou en totalité son oxygène ; l'azote qui reste seul, toujours plus ou moins en contact avec l'eau ambiante, se dissout en partie et reçoit en échange une certaine quantité d'oxygène. Tel est le mode qui restitue à l'air des trachées l'oxygène pris par la respiration.
D'autre part, l'azote se dissolvant toujours finirait bientôt par disparaître complètement, si l'acide carbonique produit en abondance par les phénomènes respiratoires, ne ifaisait arriver, en se dissolvant dans l'eau, une certaine quantité d'air atmosphérique, c'est-à-dire environ quatre fois plus d'azote que d'oxygène. L'azote se joint à celui qui existe dans les trachées et vient réparer ainsi continuellement les pertes de celui qui se dissout, tandis que l'oxygène va contribuer à la formation d'une nouvelle quantité d'acide carbonique en pénétrant dans le corps de l'insecte.
Telle est l'explication donnée par Dutrochet de la respiration des insectes aquatiques, explication qui a été adoptée par tous les naturalistes qui se sont occupés de ce phénomène physiologique.
Un autre savant traita peu de temps après le même sujet. Dugès, dans son Traité de physiologie comparée (1838), parle
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de Terreur de Lacépède qui croyait que la respiration aquatique se faisait par la décomposition de l'eau. Pour montrer rinexactitude de cette théorie, Dugès, après avoir fait bouillir de Teau, mit dans celle-ci des larves d'Agrîon, de Libellules,... qui vécurent à peine une journée (de six à dix-huit heures), ce qui prouvait évidemment le peu de vraisemblance du fait énoncé par Lacépède.
Quelques pages plus loin, Dugès parle des branchies trachéales de diverses larves d'insectes, sans s'étendre beaucoup sur leur structure.
Lacordaire, la même année, publiait son Introduction à YEntomologie dans les Suites à Buffon, et dans le tome P' de cet ouvrage étudie longuement les appendices des insectes pendant la période larvaire. Il existe pour lui quatre espèces d'organes respiratoires aquatiques, et c'est dans la première catégorie qu'il met les organes des larves des Éphémères, nommées fausses branchies par Latreille à cause de leur ressemblance avec les branchies des Poissons. Dans le chapitre consacré à la nutrition en général (t. II), il résume ce qu'a dit Dutrochet sur le mode de respiration au moyen des branchies trachéales ; puis, il divise ces organes en branchies à fdaments très grêles, presque toujours en houppes, et qui sont, d'après lui, les plus communes, et en branchies en forme de feuilles, de figures très diverses. Les deux sortes de branchies n'existeraient pas, d'après lui, dans une même espèce, à Texception des larves de VEphemera fusco^grisea de de Géer, qui auraient une seule paire d'organes lamelleuxet tous les autres filiformes. Cette observation de Lacordaire est fautive, car chez UD grand nombre d'espèces les deux sortes de branchies sont réunies côte à côte ; ajoutons aussi que l'on ne peut pas diviser ainsi les organes respiratoires d'après leurs formes j car on observe tous les passages de Tune de ces catégories à l'autre.
Vers la même époque, Léon Dufour, naturaliste français qui avait fait de l'étude anatomique des Insectes sa spécialité, donnait à l'Académie des sciences un mémoire important sous le titre de Rechercher amifomiqne^ et physiologiques sur les
ORGANISATION J)^ UAdVËS PEIS ÉPHÉMÉRINES. il
OrthptèreSy Hyménoptères et Névroptères» Dans la partie con* sacrée aux Névroptères, nous trouvons une étude sur Tensemble de roi^anisatîon des insectes adultes de cet ordre ; plus loin, dans le chapitre où il décrit spécialement l'organisation des Éphémères, Léon Dufour complète ce qu'il a dit plus haut par de nouveaux détails particuliers à celte famille, mais se rapportant toujours à l'animal à l'état parfait.
En 184â, Rambur faisait paraître le volume des Suites à Buffon, consacré aux Névroptères. Ce naturaliste place la famille des Ephémérines dans la troisième section désignée sous la dénomination de Subulicornes (Latreille), et en forme la deuxième tribu qu'il nomme Agnathes (Cuvier), par opposition aux Odonates (ou LibelluUdés) de Fabricius. — Dans les généralités de la famille, Rambur ne consacre que quelques lignes aux divers états aquatiques de ces insectes*
Nous trouvons la même année une bonne description du phénomène de la respiration chez les larves des Ephémérines, dans le Traité d'analomie comparée de Straus Durckheim ; c'est ce naturaliste qui a le premier employé le terme de tra« cho-branchie pour désigner Les oiiganes respiratoires externed de ces insectes»
En 1843 parut un ouvrage d'ensemble sur les Ephémérines; Fauteur de ce travail, F.-J. Pictet, décrit avec assez de soin les formes extérieures et les appendices des états larvaires et parlaits de ces insectes, mais il ne nous fait connaître que très brièvement Tanatomie de ces êtres et s'en rapporte le plus souvent aux études de ses prédécesseurs* Il est à regretter qu'un jnatoraliste comme Pictet n'ait pas fait de recherches aiiatomiques sur ces insectes, car ses descriptions générales y auraient beaucoup gagné en exactitude^
Au commencement de son Introduction, il signale l^impor* laace des organes buccaux dans la classification par suite de la grande variété qu'ils présentent dans les larves ; pour Pictet, les caractères tirés de l'étal aquatique se tmuvant être parfois plus tranchés, doivent contribuer à la détermination des genres, akurs même que ces caractères le acuent moins à
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deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième anneaux. Ces trachéo-branchies sont d'abord cylindriques, puis tendent à prendre leur forme définitive pendant que celles des premier et septième anneaux prennent naissance. Au neuvième stade décrit par M. Lubbock, la Cloé est arrivée à son état larvaire complet, et à partir de ce moment ce sont les modifications de la région thoracique qiii apparaissent successivement pour transformer l'individu en nymphe.
Il nous a été possible de suivre la majeure partie de la vie larvaire de cette Cloé ainsi que celle d'une autre Éphémérine, et nos observations sont en accord complet avec celles du savant naturaliste anglais*
M* Lubbock termine ce travail par des considérations générales sur les transformations chez les insectes ; on y trouve en partie les idées qu'il a développées plus complètement dans son récent ouvrage sur Y Origine et les Métamorphoses des Insectes.
Un natut*aliste américain, Benj. D. Walsh, que la science a perdu malheureusement trop tôt, faisait connaître en 1864 la forme larvaire d'un nouveau type d'Éphémérine très curieux, le Bœtisca obesa^ dont nous donnerons plus loin les caractères d'après les dépouilles nymphales que nous devons à l'obligeance de M. le professeur Hagen, de Cambridge (Massachusset) V Disons seulement ici que le caractère le plus curieux de cet insecte est d'avoir une sorte de carapace chitineuse qui recouvre non seulement toute la région thoracique, mais encore les cinq premiers anneaux de l'abdomen ; par suite de cette disposition les trachéo^-branchies, insérées sur les bords des premiers segments abdominaux, sont complètement cachées et protégées par la carapace. Cette conformation de l'appareil respiratoire est tout à fait analogue à celle que l'on observe chez le genre Prosopistoma.
M. Blanchard, dans son Histoire naturelle des métaMoi*^ phases j mœurs et instincts des Insecteê^ parle à plusieurs fe-* prises des Éphémères dans l'introduction anatomique de son ouvrage, et il a fait représenter avec une grande exactitude les
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larves de deux espèces d'Éphémérine {Cloe bioculata et Epheinera vulgata, p. 127). Plus loin, dans le chapitre consacré à Tordre des Névroptères, le savant membre de l'Institut nous fait connaître les caractères généraux de la famille des Éphémères, et nous montre dans une planche toutes les phases de la vie aquatique et aérienne de VEpkemera vidgata.
Vers la fin de 1870, M. le Rév. Eaton remettait à la Société entomologique de Londres un travail important, le plus complet depuis la Monographie de Pictet, sur ce groupe d'insectes. Dans cet ouvrage, Tauteur, après avoir consacré un certain nombre de pages à l'énumération des travaux qu'il a pu consulter, soit sur les Éphémères vivantes, soit sur les fossiles, donne les caractères de cette famille et indique la distribution géographique des espèces et des genres dont les diagnoses suivent. Cette dernière partie de son ouvrage, qui est la plus importante, nous fait connaître les caractères génériques et spécifiques de toutes les Éphémérines connues; M. Eaton ne se contente pas de nous donner seulement les caractères de l'état parfait de ces insectes, mais il joint à ceux-ci, toutes les fois que cela lui est possible, les caractères tirés de Téta larvaire, ce qui rend ses diagnoses beaucoup plus précises. L'o vrage de ce naturaliste anglais est en outre accompagné de six planches donnant la nervation des ailes et la forme générale de organes copulateurs de la plupart des Éphémérines.
Ce mémoire sur lequel nous aurons à revenir à diverses reprises dans les chapitres suivants, est d'une très grande utilité pour tous ceux qui s'occupent des Éphémères, car il leur évite souvent les ennuis de recherches à faire dans des recueils scientifiques peu connus*
Les insectes de ce groupe, qui habitent la France et particulièrement les environs de -Toulouse, ont été l'objet de nombreuses recherches de la part de M. le professeur N. Joly, membre correspondant de l'Institut, et de son fils M. le D' Ern. Joly* G^est à ce dernier que revient l'honneur d'avoir, en 4868, trouvé abondamment le Prosopistoma punctifrons et d'avoir établi sa position systématique.
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Après avoir publié quelques notes sur cet animal, ce dernier naturaliste faisait paraître en 1872, dans les Annales des sciences naturelles y en collaboration avec son père, un mémoire sur l'organisation de ce curieux type d'Éphémérine. Le travail de ces observateurs, à côté de descriptions exactes, en contient un certain nombre d'erronées, ce qui nécessitait une nouvelle étude de cet animal ; étude que nous avions entreprise, M. le D' Joly et moi, il y a environ trois ans, et qui sera, je l'espère du moins, publiée prochainement.Dans tous les cas, ce présent travail sur les Éphémérines fera connaître une partie de mes recherches sur l'organisation anatomique du Prosopistoma.
E 1871, et plus tard en 1876, M. le professeur Joly, en poursuivant ses observations sur les premiers états de la Palingenia virgo^ montrait que l'œuf de cette Éphémérine donnait naissance à une jeune larve dépourvue d'appareil respiratoire externe, et que Ton peut désigner sous le nom de larvule ; ce n'est que six mois après que l'insecte, dont la taille atteint à peine 12 millimètres, pourra être nommé larve, car ses organes trachéo-branchiaux seront alors bien développés.
En dehors de quelques notes de moindre' importance, MM. Joly ont encore publié en 1876 un travail sur l'organisation des Éphémères et particulièrement sur celle du Palingenia virgo. Ce mémoire, accompagné de quatre planches, a été inséré dans la Revue des sciences naturelles de Montpellier ^ t. V, p. 1-26.
Gegenbaur, dans son Manuel d'an atomie comparée (1874), s'occupe des organes respiratoires chez les larves des Éphémérines et les désigne, à l'exemple de ses prédécesseurs, sous la dénomination de branchies trachéennes ; il termine ce paragraphe par ces quelques considérations : « Il faut remarquer, » au sujet de cette forme d'organes respiratoires, qu'elle existe » précisément chez les insectes qui, par toute leur organisation, y> occupent un rang inférieur, et paraissent se rapprocher le y> plus des états primitifs non encore différenciés de la souche » des insectes, comme si elle avait appartenu aux formes de » ces animaux qui ont les premiers apparu sur la terre. ^
ARTICLE N» i.
Dans ses considérations générales sur la classe des Hexapodes (Insectes), Clans (1) ne dit que quelques mots sur les trachées branchiales des Éphémérines; plus loin, ce naturaliste donne les caractères de cette famille qu'il place dans le sous-ordre des Pseudo-Névroptères, entre les Perlarides et les Libellulides, et adopte en cela l'opinion de Siebold etStannius.
En 1877 parut un ouvrage publié par un naturaliste d'Helsingfors, M. Palmen, intitulé Zur Morphologie des Trachéen- Systems. Dans cet ouvrage, l'auteur, après un avant-propos où il développe la marche qu'il va suivre, commence par décrire le système trachéen interne, les branchies trachéales et la formation des stigmates chez les Éphémérines, les Perlides, les Libellulides, les Trichoptères et Sialis, ainsi que dans quelques ordres d'Insectes : Diptères, Hyménoptères, Lépidoptères et Coléoptères, mais chez ces derniers assez brièvement. Puis il s'occupe de l'appareil trachéen fermé, ensuite des larves où cet appareil est demi-clos, et enfin du système trachéen ouvert. Il termine par une étude sur les organes qui ont dû donner naissance à l'appareil trachéen des Trachéates.
Dans cet important travail l'auteur s'est posé en commençant les questions suivantes : Le système trachéen fermé doitil être considéré comme le précurseur du système trachéen ouvert, et l'ouverture de ce système se fait-elle ontogénésiquementpar la chute des trachées branchiales; comment faut-il se figurer, en général, au point de vue phylogénétique, l'appareil trachéen?
Palmen a résolu la première question en montrant que pour les groupes principaux des Amphibiotiques (Libellulides, Éphémérines et Perlides), les branchies trachéennes et les stigmates ne se correspondent ni par leur situation ni par leur nombre, et qu'il n'existe pas entre eux de rapport génésique.
D'après ce naturaliste, les Éphémérines seraient parmi ces insectes les seuls qui perdraient leurs fausses bran-
(1) Traité de zoologie, par C. Claus, traduit en français par G. Moquiii- Tandon (1877).
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chies dans leur transformation en subimago, tandis qu'elles persisteraient, plus ou moins atrophiées, dans les autres familles. Newport et après lui Gerstâcker avaient depuis longtemps constaté la persistance de ces trachéo-branchies dans les individus de quelques espèces de Perlides, et ils considéraient à tort ces faits comme étant tout à fait exceptionnels,
Dans le chapitre I consacré aux Éphémérines nous trouvons un résumé assez complet des principales formes d'organes respiratoires externes des larves de ces insectes.
Cet ouvrage est accompagné de deux planches destinées sur* tout à bien faire saisir les transformations qui s'observent dans l'appareil trachéen au moment des métamorphoses en subimago {chez les Éphémérines) ou en imago (chez les autres insectes).
Enfin, pour terminer cette première partie de notre travail, nous signalerons encore un ouvrage assez récent d'un ijaturaliste bien connu pour ses nombreuses recherches entomologi» ques, c'est le Traité élémentaire d' entomologie de M. Maurice Girard.
Dans le tome II, fascicule 1^', ce naturaliste donne de nom-t breux détails sur la famille des Éphémérines qu'il laisse dans Tordre des Névroptères, à la fin de la section des Pseudo- Orthoptères après la tribu des Libelluliens. M. Maurice Girard décrit d'abord d'une manière assez détaillée (p. 361-377) l'or* ganisation générale de ces insectes, aussi bien à l'état larvaire qu'à l'état parfait ; puis il s'occupe séparément des principaux genres (p. 377-394) de cette famille.
En lisant cet intéressant ouvrage on ne peut regretter qu'une seule chose, c'est qu'il ne soit pas accompagné d'un plus gi^and nombre de figures de faciès et d'anatomie.