‹ Recherches sur la digitaline cristallisée [electronic resource]Chapitre 5 sur 5 · EXPÉRIENCES SUR L'HOMME · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR L'HOMME

Premier malade.— Le nomméJean D.., 39 ans, atteint d'un rétrécissement avec insuffisance milrale. — On trouve au cœur des battements irréguliers dans leur rhylhme et dans leur intensité. Le choc de la pointe se fait sentir très-bas. Pendant le choc, il y a un souflle aigu, court; à la base, il y a un peu de défaut de synchronisme entre les deux battements valvulaires.

Le pouls présente à la main une faiblesse considérable ; c'est à peine si l'on peut sentir et distinguer chaque battement. Ces battements sont Irésfréquents; ils sont difficiles d compter. Le tracé présente une ligne où les ondulations sont très-faibles et d'inégale durée.

Le 3 février 1870, à trois heures :

Poulsj 80; respiration, 20; température, 38° R.

On lui donne à ce moment :

10 tours delà seringue de Pravaz (environ 0s'',00l) de la solution de digitaline cristallisée au liSOO.

A six heures du soir :

Pouls, 84; respiration, 20; température, 38° R. Pas de phénomènes particuliers.

Le tracé montre sur une ligne d'ascension plus nette des pulsations plus distinctes les unes des autres, mais toujours très-irrégulières. La fréquence est la même.

Le 4 février.— On lui donne, dans un julep Rommeux, tout le contenu de la seringue (qui doit contenir 1 gramme de solution, et par conséquent 0s%002 de digitaline).

A six heures du soir :

Pouls, 80 ; respiration, 20 ; température, 38° R.

Le malade ne se plaint que de l'amertume de la solution.

Le S février, matin :

Pouls, 80 ; respiration, 20; température, 37»,5 R.

Prend la même dose de digitaline cristallisée que la veille.

A six heures du soir :

Pouls, SO; respiration, 20; température 370,8 R.

Le tracé montre une ligne d'ascension plus élevée pour certaines pulsations. Une descente plus lente et quelquefois régulière : d'autres fois, pendant la descente, on voit un petit soulèvement qui correspond à un nouveau battement du cœur, mais qui n'est pas perçu parla main.

Le malade se plaint de douleurs à la région épigastrique ; arrive un vomissement. Il y a des séries de pulsations lentes et des séries de pulsations plus rapides.

On supprime la digitaline.

Le G février, soir. — Le malade n'a rien pris ; il se plaint toujours de ses douleurs épigastriques et d'une diminution de l'appétit. Le ralentissement des pulsations est encore prononcé.

11 y a 42 pulsations.

Le malade remarque une augmentation de sécrétions urinaires.

Le 7 février, au matin. — Le ralentissement des pulsations persiste, il est de 42 à 50; mais il y a inégalité entre le nombre des battements du cœur et le nombre des pulsations radiales. Cela lient a ces petites pulsations qui ne sont pas perçues par le doigt et que le sphygmographe indique par une petite élévation.

Second malade. — Entrée le 15 février au numéro 24, salle Saint-Louis, pour une pneumonie tuberculeuse. Le malade présente une fréquence et une irrégularité de pouls considér.ible ; de temps en temps, une pulsation présente une ligne d'ascension plus élevée que les autres, puis suit une série de 6, 7, H petites pulsations. Il n'est pas possible au doigt décompter le pouls.

Le 17, soir, on lui donne uneseringuée de Pravaz (environ O8'"',002) delà solution de digitaline au 1/500.

Le 18 février, matin, il y a une modification considérable dans le tracé • sphygniographique. On peut compter les pulsations ; il y en a à peu prés 90. Il existe encore une assez grande inégalité des pulsations entre elles. Néanmoins la ligne d'ascension est d'une façon générale plus élevée, et la descente, avec un peu de dicrolisme, est assez régulière; mais de temps en temps, sur celte ligne de descente, apparaît une petite pulsation.

Le 18 février, soir, nouvelle seringuée de digitaline. 70 pulsations.

Le 19 février, matin, 56 pulsations.— Le malade a eu quelques nausées; pas d'augmentation de l'urine.

Le 20 février, le pouls se maintient à 56. Suppression de la digitaline.

Le 23 février, le pouls a conservé les caractères de régularité relative qu'il avait pris le surlendemain de Tadministralion de la première dose de digitaline.

« En définitive mes observations cliniques et mes expérimentations sur les animaux me permettent de conclure que la digitaline cristallisée possède les propriétés thérapeutiques et toxiques de la digitale elle-même, avec une intensité d'action incomparablement supérieure et telle qu'on doit l'attendre du principe actif pur de la plante. »

A. GUBLER.

Htpital B««ujon.

Ce mémoire a été adressé au concours le 28 février 1870, le jour même de sa clôture.

C'est mon troisième travail sur la digitaline cristallisée. Mon premier mémoire avait été envoyé en 1866 à l'Académie de médecine belge pour le concours qu'elle avait ouvert sur la digitale (1).

Déjà, par ce travail, j'étais parvenu à obtenir la digitaline cristallisée débarrassée de toutes matières amorphes et colorantes, mais mêlée de digitine. Ce mémoire a été publié le IS février 1867 dans le Moniteur scientifique .

Après bien des recherches encore, j'arrivai enfin à séparer la digitaline de la digitine.

Ed décembre 1868, je donnais dans Y Utiion pharmaceutique un procédé simple pour obtenir sans difficulté la digitaline cristallisée parfaitement pure.

Dès lors le vrai principe actif de la digitale, inconnu jusqu'ici et qu'on avait tant cherché, était donc découvert.

(1) Avant ce mémoire, un autre, bien antérieur, était présenté au concours de 1844 à la Société de pharmacie. La produit trbs-actif que j'obtenais alors n'était que la substance secondaire, mais mêlé, comme je viens de le constater, à une forte proportion de digitaline cristallisée. Péjà à cette époque j'opérai par ralcool.

Cependant, malgré ces faits évidents et la haute décision de l'Académie de médecine , qui couronnait cette découverte, Vm des concurrents, M, HomoUe, insérait dans V Union médicale (6 juillet 1-872), contre toute vérité et justice, que ; (S rien d'important et qui réalise un véritable progrès depuis (S $es travaux n'a été fait sur la digitale. »

Pour apprécier et mettre à. néant ces travaux importants^ il suffira de savoir que, pondant vingt-huit ans et sans s'en douter, M- HomoUe a laissé perdre en totalité dans le résidu de ses lixiviations par l'eau le produit essentiellement intéressant de la digitale, son wai principe actif; n'obtenant durant cette longue période d'années, sans perfectionnement aucun, que la matière complexe, amorphe, pulvérulente et colorée, d'odeur sui generis que tout le monde connaît, qui n'est point la jmrtie active de la plante, mais un produit secondaire d'effet variable, inconstant, qui n'a plus de raison d'être et dont la science, pour éviter de déplorables méprises, fera justice un jour.

Parts, /'Strier 1873.

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