ARDEA IBIS
Hasselquist, Îter; Schlegel, Muséum, Ardeae, p. 31. — Ardea bubulcus, Savigny et Ardea ruficrista, J. Verreaux; Hartlaub, Madagascar, p. 74.
Cette espèce, souvent confondue avec l’Ardea coromanda de Boddaert qui la remplace dans les Indes orientales, habite l'Afrique, s’égare quelquefois en Europe et se trouve aussi à Madagascar.
Cette espèce est très commune à Madagascar. On la voit suivre les troupeaux de boeufs pour se nourrir des larves d'insectes dont la peau de ces animaux est infectée et qui les tourmentent sans cesse. Ces oiseaux si utiles sont très estimés par les malgaches et presque vénérés à l'instar des anges de leur bon Dieu Zanahare. (C’est pour cette raison qu'ils voyent avec mécontentement qu’on les tue; aussi est-ce pour eux un sacrilège que de leur faire la chasse. On voit souvent ces hérons se placer sur le dos des boeufs pour les délivrer de ces larves, qui deviennent quelquefois grosses comme une prune et qui occasionnent souvent un (el affaiblissement chez ces animaux qu'ils en meurent. Du reste, les malgaches, dont la paresse est connue chez les voyageurs de la grande île, ne prennent pas la peine de débarrasser les boeufs de ces insectes. Ces oiseaux portent, à Madagascar, le nom de Langarou-aomby. Ils ne se défient point de l’homme, ne sont nullement farouches et ne s’éloignent des boeufs que vers le soir lors qu'ils se rendent à un lac voisin pour se baigner après; ils se reposent dans les forêts des environs, pour retourner, au point du jour, vers les troupeaux de boeufs. Souvent on voit des bandes de cinq cents de ces oiseaux se réunir, le soir, dans les arbres de la lisière des forêts situés près d'un lac ou d’une rivière. Nous avons également observé cet oiseau à Mayotte, à Nossi-bé, à Nossi-faly et à Nossi-Mitsiou, enfin dans tous ces lieux du rayon de Madagascar où on tient des troupeaux de boeufs.
ARDEA LEUCOPTERA IDAE.
Ardea Idae, Hartlaub, Madagascar, p. 75.
On a pu voir par l’histoire que nous avons donnée de l’Ardea leucoptera, Muséum, Ardeae, p. 32, qu’elle forme, suivant les localités, trois conspecies, dont l’une, la véritable leucoptra, habite la partie orientale chaude du Continent Indien, l’autre (Ardea speciosa, Horsfield) les îles de la Sonde, la troisième (Ardea Grayi, Sykes) le Continent Indien; que ces trois formes se distinguent parfaitement entre elles au plumage parfait, mais que le système de coloration du plumage imparfait est tellement semblable dans ces trois conspecies que l'indication de la patrie seule peut servir de guide pour leur détermination exacte. ù
M. Hartlaub n'ayant examiné qu’un jeune individu de l'oiseau de Madagascar, et le nôtre portant également le plumage imparfait, nous nous sommes borné, dans notre Revue des oiseaux de Madagascar, à indiquer l'oiseau de cette île sous son épithète générale de leucoptera, supposant toutefois qu'il appartient au conspecies du Continent Indien, savoir l'Ardea leucoptera Grayi de notre Muséum. Depuis, M. Grandidier nous ayant communiqué l'adulte de l’Ardea Idae de Hartlaub, nous avons pu constater que l'oiseau de Madagascar forme un quatrième conspecies de l’Ardea leucoptera, reconnaissable, mais seulement à l’âge adulte, par sa livrée d’un blanc presque uniforme.
Aile 8 pouces 3 lignes; queue 3 pouces 6 lignes; bec 2 pouces 2 lignes; tarse 2 pouces; doigt du milieu 21 lignes.
Nous avons observé cette espèce aux bords des fleuves de Sambéranou et d’Anibassuana, où elle porte chez les habitants le nom de Timou-Maltou. Elle est excessivement farouche, difficile à approcher, et elle mène une vie solitaire.
ARDEA ATRICAPILLA.
Afzelius; Schlegel, Muséum, Ardeae, p. 42; Hartlaub, Madagascar, p. 79.
Cette espèce, commune dans l'Afrique chaude, se trouve également à Madagascar et dans l’île de Mayotte.
Elle a les yeux jaunes, les pieds d’un jaune brunâtre ou verdâtre, et le bec d’un noir ou noir-brun, passant au jaune d'orange ou brunâtre vers le dessous de la mandibule inférieure.
Aile 6 pouces À ligne à 6 pouces 7 lignes; queue 26 lignes; bec 2 pouces 3 lignes à 2 pouces 5 lignes; tarse 19 à 21 lignes; doigt du milieu 18 à 20 lignes.
Cette espèce, appelée chez les Sakalaves Wanga-mahinti, est très commune sur les bords des fleuves, des lacs et de la mer, où elle vit sohtaire et rarement en société d’autres hérons. Elle est nullement farouche, se laisse approcher à peu de distance et est facile à tuer. Elle se nourrit de petits poissons, de crabes et d’autres insectes aqua-
tiques. Son vol est diflicile et lent, ce qui fait qu'elle se repose à chaque instant. Son cri consiste dans les syllabes kèque-kèque, qu’elle prononce à l'approche d’un danger quelconque. Nous avons observé cette espèce dans la partie Nord-Ouest de Madagascar, dans les îles de Nossi-bé, Nossi-falie, Mayotte et de la Réunion.