‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 79 sur 103 · SI · texte numérisé non relu

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Vallisnieri, au commencement du siecle dernier, regarde, ainsi que Ruysch, les Ténias comme des Vers composés ; mais au lieu de faire dériver les cucurbitains du ruban, il fit l'inverse : le ruban était pour lui le résultat de l’agglomération des cucurbitains ; les segments antérieurs, ceux qui sont le plus près de la tète, étaient, d'après lui, le plus anciennement agrégés (1).

Plus tard cette opinion a été partagée un instant par Blumenbach.

Nicolas Andry ne partage pas cet avis; Winslow venait de découvrir les canaux longitudinaux dans les Ténias, et on ne doit plus douter, dit Andry, que le Ténia ne soit un seul Ver et non un amas de plusieurs Vers joints ensemble (2).

En 1827, Fr. Leuckart (3) se prononce hardiment en faveur de Ja nature polyzoique de ces Vers, pendant que Baër, Creplin et Mehlis reconnaissent quelque ressemblance entre les organes sexuels des Cestoïdes et ceux des Trématodes. On n’était pas loin de la vérité à cette époque; au lieu d’avancer on a reculé depuis.

Nous ne voulons pas sans doute revenir aux idées de Vallisnieri, dit M. Dujardin, et, avec Rudolphi, Miescher et Diesing, M. Dujardin se prononce en faveur de la nature monozoïique des Cestoides. M. Blanchard partage le même avis.

A cette liste des partisans de la nature monozoïque des Cestoides, nous devons joindre encore le nom de M. Von Siebold; ce savant parle, il est vrai,

(r) Consid. ed esper. int. all. generaz., Padoa, 1710, p. 63.

(2) De la génération des Vers dans le corps de l'homme, 3° édit., Paris, 1741, vol. 1, P- 252.

(3) Versuch ein. naturg. Einth.». Helminthen, 1827, p. 21.

( 253 ) de génération alternante des Cestoïdes dans son Analomie comparée, mais c'est en vue de l’erreur commise par Miescher au sujet des Tétrarhynques. Cette erreur reconnue, la nouvelle appréciation tombait.

En 1840, M. Eschricht (1) proclame hardiment que les Bothriocéphales sont des Trématodes composés, et, deux ans plus tard, M. Steenstrup (2) émet la pensée que la tète de ces Vers est une nourrice. Il est vrai, dans ce même travail, qui ne renferme pas de recherches propres sur les Cestoides, M. Steenstrup exprime le regret de n'avoir pu poursuivre ses recherches sur les Tétrarhynques, et il déclare ne pas savoir ce que les Vers vésiculaires deviennent, tout en les assimilant aux nourrices (3).

Ces observations sur la polyzoicité de ces Vers avait si peu attiré l’attention, que tous les helminthologistes sans distinction, même M. Von Siebold qui avait rendu compte du travail de Steenstrup dans les Archives de Wieqmann, continuaient tous de regarder les Ténias comme des Vers simples.

On était unanime sur ce point, quand nous avons commencé la publication de nos recherches sur les Cestoides. Toute l’histoire des Cestoides était élucidée pour nous avant d’avoir remarqué les quelques lignes que M. Steenstrup leur a consacrées dans son ouvrage.

Cette nouvelle doctrine gagne tous les jours du terrain; plus on approfondira la nature des animaux inférieurs, plus on se convaincra que les Ténias sont des colomies comme celles des Polypes. Voici quelques-unes des observations que l’on à faites contre notre maniere de voir.

Un des premiers arguments, et qui semble avoir eu une grande influence sur l'opinion de beaucoup de naturalistes, c'est qu'il existe des canaux dans toute la longueur des anneaux, et qui seraient communs à tous ces animaux. D'abord il est prouvé que ce ne sont pas des canaux digestifs ; mais le fussent-ils, cet argument serait encore sans valeur. Une colonie de Polypes n’a-t-elle pas une cavité commune, et l'estomac de tous les indivi-

(1) Escuricur, Anatomisch-physiologische Untersuchungen ueber die Bothryocephalen.

Act. Acad. nat. cur., vol. IX, suppl. II, 1840. (2) Ucber den generationswechsel, p. 114.

(3) Nous ferons remarquer que, presque à la méme page, M. Steenstrup exprime la singulière opinion, que les ovaires des Échinorhynques sont également des nourrices ; les Vers cestoïdes étaient si peu connus, même deux ans plus tard (1846), que le professeur de Copenhague cite les Vers eystiques au sujet des organes sexuels ( Unters. ueber das vorkommen des Hermaphrod., p. 64).

254 ) dus de la communauté ne communique-t-il pas avec cette cavité? L'appareil circulatoire n'’est-il-pas commun chez les Bryozoaires et Tuniciers qui vivent en communauté? Les canaux excréteurs peuvent donc être communs aussi.

M. Blanchard à invoqué la présence de ganglions nerveux dans la tête et à la base des organes de succion, pour prouver que ce ne sont pas des animaux composés. Nous répondrons à cet argument par ce que nous montrent les Trématodes. Des ganglions et des nerfs ont été reconnus dans Îles générations qui portent des ventouses et des crochets, c'est-à-dire les Proslottis qui ont des rapports directs avec le monde extérieur; les Scolex en sont privés. Dans les Cestoïdes, au contraire, ce sont les Scolex qui portent les organes d'attache, et au lieu de trouver des nerfs dans les Proglottis qui n'en ont pas besoin, on les trouve dans la génération ovigène chargée de porter toute la colonie et de la fixer dans un lieu propice. Le Proglottis de Trématode vit pour lui, le Scolex de Cestoide vit pour sa progéniture. Des nerfs, fussent-ils étendus dans toute la longueur du segment, ne prouveraient pas que ces Vers sont simples. Les Annélides qui produisent des gemmes ne portent-ils pas un système nerveux qui est d’abord, comme tous les autres appareils, la continuation de ce même appareil dans la mère et dans la fille?

Si un Ténia était un Ver simple, comment expliquer le nombre de ces appareils sexuels qui rendent chaque segment apte à produire des œufs fécondés. Il n'y en à pas un second exemple dans le règne animal : les Hirudinées ont, il est vrai, plusieurs paires de testicules qui se suivent dans la longueur du Ver, mais tous ces testicules aboutissent à un seul canal déférent et à un seul pénis. Les Cestoides, au contraire, ont un pénis et un vagin pour chaque segment, et il n’existe jamais de communication interne entre les appareils sexuels de deux segments. Ni les Annélides ni les Myriapodes, qui cependant se rapprochent le plus de ces Vers par la multiplicité de leurs anneaux, ne nous offrent rien qui se rapproche de cette disposition des Vers rubanaires.

” Si les Cestoides étaient des Vers simples, ils seraient sans analogie dans le règne animal.

Enfin nous dirons : Puisque les segments se détachent dans plusieurs Cestoides, qu'ils continuent à vivre un certain temps, qu'ils changent même de forme et s’accroissent, qu'en un mot ils agissent librement au milieu des mucosités intestinales, pondent leurs œufs et accomplissent, comme tous

les autres, la derniere phase de leur évolution sexuelle, il n'existe aucun motif plausible de leur refuser une animalité distincte. Au contraire, dans les rangs inférieurs plusieurs animaux sont dans le méme cas, et, en interprétant comme nous le faisons leur organisation et leur développement, nous nous rendons parfaitement compte de tous les phénomènes. Au point de vue des partisans de la nature monozoïque, ce sont les êtres les plus anormaux que nous présente l'échelle animale, et, pour être conséquents, les autres animaux agrégés (Tuniciers, Bryozoaires et Polypes) devraient rentrer dans la catégorie des animaux simples.

Nous le répétons, il n’est personne qui, ayant vu les Proglottis dans les Poissons sélaciens, n'ait la conviction de leur nature polyzoique; mais malheureusement on a plus souvent l’occasion de voir des Ténias d’Oiseaux et de Mammifères que des Cestoides de Sélaciens. On devrait cependant toujours commencer l'étude des Cestoïides par ces derniers.

Nous allons comparer les Cestoides avec les Trématodes, et nous remarquerons que cette analogie est complete, aussi bien sous le rapport anatomique que sous celui de leur développement.

$ II

Nous allons comparer les organes des deux groupes entre eux en les passant en revue appareil par appareil.

Appareils de la vie de relation. — La peau et les muscles sont conformes exactement de la même manière, avec cette différence toutefois que tous les Cestoides semblent avoir le parenchyme du, corps incrusté de corpuscules calcaires hyalins, ovales ou arrondis, tandis que les Trématodes n'en ont que très-rarement.

Les corpuscules calcaires qui se déposent dans le parenchyme du corps des Cestoides se montrent-ils, par leur forme et leur constitution chimique, entièrement analogues à ces corpuscules que les Trématodes rejettent au dehors par la vésicule pulsatile de la partie postérieure du corps? Il n’est pas impossible que ces corpuscules aient la même signification. Autant on les trouve variés de forme, de volume et de composition dans divers Trématodes, autant on les trouve semblables dans les divers groupes de Cestoides.

* Les Monostomes et les Distomes ont généralement un epithélium cire à leur sortie de l'œuf, les Téniens ont le plus souvent un épithélium uni.

Les ventouses et les crochets, les uns et les autres sous des formes di-

verses, se reproduisent dans les Trématodes comme dans les Cestoides ; mais

( 256 ) dans les deux groupes ce sont des Vers d'unâge différent qui les portent, et une autre partie du corps qui en est armée.

Il n'existe guère de ventouses dans les Trématodes, si ce n’est'à l’état de Proglottis, à moins de considérer comme ventouse le bulbe buccal de quelques Sporocystes ; dans les Cestoïdes, il n’y en a pas chez le Proglottis, mais au contraire chez le Scolex : ainsi chez les uns on les trouve au début de la vie de l'espèce, chez les autres à la fin seulement.

Il en est de mème des crochets qui accompagnent généralement les venlouses.

Les Trématodes qui ont plusieurs ventouses les portent toujours à la partie postérieure du corps; les Cestoides les montrent au contraire toujours à la partie antérieure.

Nous verrons plus loin la cause de ces différences, qui sont du reste plus apparentes que réelles.

Le système nerveux a été reconnu chez divers Trématodes étudiés à l'état de Proglottis ; il n'existe chez aucun Scolex : le système nerveux n’a été reconnu chez aucun Cestoide à l’état de Proglottis, mais bien à l’état de Scolex. I coincide donc avec la présence des organes d’adhésion.

Il n’en est pas de même des organes sur lesquels la lumière a quelque action, c’est-à-dire les cellules à pigment rouge ou noir. Dans les uns et dans les autres, on trouve ces taches pigmentaires dans les Vers à l'état de Scolex pendant le premier âge de la vie où pendant la période de la vie vagaboude; c’est ainsi qu'on en observe dans le Proscolex cilié du Monostomum mutabile, dans différentes Cercaires, ainsi que dans divers Scolex de Phyllobothriens et de Tétrarhynques.

Appareils de la vie de conservation. — Nous n'avons dans cette section que deux appareils, celui de la digestion et celui de la sécrétion.

L'appareil digestif existe chez tous les Trématodes, souvent dans les Scolex et dans les Proglottis ; les Cestoides n’en ont jamais, ni dans le premier àge ni dans le dernier.

Les Scolex comme les Proglottis de Trématode portent généralement une ventouse à l'entrée du tube digestif; les Scolex de Cestoïde ont cette ventouse seule: c'est le rostellum des Téniens. Cet organe présente dans les deux groupes une ressemblance frappante.

On a parlé de bouche et de tube digestif dans les Cestoïdes; il n'existe aucune trace de ces organes. On a mal observé.

L'appareil excréteur est conformé exactement de mème dans les deux groupes, avec cette différence senlement qu'il débute dans le Scolex et con-

(257) tinue dans les Proglottis des Cestoïdes, tandis que les Trématodes ne le possédent principalement qu’à l’âge des Proglottis. Il apparaît surtout dans les Cercaires, mais peu ou point dans les formes qui précèdent.

Le Scolex et le Proscolex de Cestoide est pourvu, comme le Proglottis de Trématode, d’une vésicule pulsatile et de plusieurs canaux qui y aboutissent. Ces canaux prennent leur origine dans les diverses parties du corps; le courant a lieu dans le même sens: on voit des fouets vibratiles dans les petits canaux, et les'gros canaux ont souvent les parois contractiles. Les pulsations de la vésicule se succèdent souvent assez régulièrement dans les Frématodes comme dans les Cestoïdes; quelquefois ces pulsations ont lieu avec une telle lenteur, qu'on ne sait presque pas les distinguer.

C’est vers le milieu de la vie, quand l'animal est dans toute sa vigueur, que cet appareil jouit de la plus grande activité. Il s'oblitère souvent à l’âge adulte.

Le produit évacué consiste dans un liquide souvent limpide et chargé de globules; dans plusieurs Trématodes, les gros canaux sont souvent obstrués par une matière d’un aspect amylacé, et qui se dissout dans l'acide acétique avec dégagement de gaz. Nous avons vu des Cestoïdes plongés dans l’acide acétique laisser échapper, par les canaux excréteurs et le foramen caudale, du gaz provenant de la décomposition des corpuscules calcaires,

Appareil circulatoire. — | n'en existe aucune trace, ni dans les Cestoides ni dans les Trématodes. Les helminthologistes les plus distingués ont cru devoir admettre, outre l’appareil excréteur, des vaisseaux sanguins dans ces Vers; ces prétendus vaisseaux sanguins ne sont qu'une dépendance de l'appareil excréteur. :

Appareil respiratoire. — On admet un appareil respiratoire dans les Cestoides sous le nom d'appareil aquifère ; ce n'est qu'une partie de l'appareil excréteur qu'on a désignée sous ce nom. Il n’y a pas plus d'appareil aquiféve dans les Cestoides que dans les Trématodes.

En résumé donc, il existe les mêmes canaux longitudinaux dans les Cestoïdes et les Trématodes ;

Ils aboutissent chez les uns comme chez les autres à une vésicule généralement contractile ;

Ils naissent en avant de fines ramifications comme des vaisseaux sanguins.

La nature de ces canaux nous paraît glandulaire, et leur contenu est le produit de la sécrétion.

SO apr éendes AT AL, 33

Ce produit est évacué par le foramen catdale dans les Cestoïides comm dans les Trématodes.

Il n’y a pas d'appareil circulatoire proprement dit.

Il n'existe pas non plus d'appareil digestif dans les Cestoides; c'est le même appareil sécrétoire qui avait été pris pour digestif.

Appareils sexuels. — M. Von Siebold exprimait déjà l'opinion, dans un article inséré dans la Physiologie de Burdach , que les organes sexuels des Trématodes et des Cestoïdes ont entre eux une grande ressemblance. Cette opinion, il l’a reproduite dans son Anatomie comparée. Mais sur quels faits cette opinion repose-t-elle? Il suffit de lire le passage qui traite de ces organes pour se convaincre qu'il existe de grandes et vastes lacunes à combler avant d'aller plus avant dans la voie de l'analogie.

On a dit que chez les Trématodes il y a une complication dans les organes des deux sexes, mais surtout dans les organes mâles qu’on ne trouve nullement dans les Cestoides; nous ne sommes pas de cet avis; comme nous allons le voir, cet appareil n’est pas moins compliqué dans les uns que dans les autres. Il a la plus grande ressemblance dans ces deux groupes de Vers.

Ils sont les uns comme les autres hermaphrodites; l'appareil mâle est complétement séparé de l'appareil femelle; il existe un organe double pour la formation de l'œuf, et un pénis pour l'introduction de la liqueur spermatique.

Appareil mâle. — Le testicule des Trématodes se compose souvent de deux glandes assez volumineuses situées vers le milieu du corps; chez plusieurs, il n’y er a qu’une; chez d’autres, il en existe un grand nombre : ces glandes sont d'autant plus volumineuses, que le nombre est moins grand.

Les Cestoïdes ont toujours plusieurs vésicules arrondies, occupant le milieu du corps et se distinguant des autres organes par leur plus ou moins de transparence.

Les canaux déférents correspondent évidemment au nombre de glandes; en général les limites de la glande et de son canal excréteur sont nettement tranchées. ‘

La liqueur spermatique s'accumule en général au fond de la bourse du pénis des Trématodes, et derrière cette bourse des Cestoides : c'est la vésicule séminale externe de quelques auteurs.

Le pénis existe dans les deux groupes, et sa conformation dénote un plan exactement semblable; c’est le bout du canal qui se déroule comme un

doigt de gant, et dont la surface pendant la sortie est souvent garnie de soies, de crochets ou de petites aspérités.

Les spermatozoïdes ont exactement les mêmes caractères dans les deux groupes; ils sont formés d’un disque fort petit et d’un filament d’une longueur excessive : il est difficile d’en mesurer l’étendue. On voit ces spermatozoïdes des Cestoides en plein mouvement dans leurs vésicules; on dirait des cheveux vivants enchâssés sous un verre de montre. Chez les Tréma todes, on ne les voit jamais se mouvoir dans le testicule même.

Appareil femelle. — La ressemblance de cet appareil dans les deux groupes de Vers est au moins aussi grande que pour l'appareil précédent.

Le vitellogène est dans les deux cas la glande la plus volumineuse; chez les Trématodes comme chez les Cestoïdes, cet organe se présente comme un long chapelet étendu dans toute la longueur du corps.

Les deux canaux qui reçoivent le produit se réunissent sur la ligne médiane en un canal unique qui s’abouche dans un canal commun destiné à recevoir le germe et le vitellus.

Dans l’un et l’autre groupe, des cils vibratiles se trouvent au bout de ce canal, et les globules vitellins ne sont versés que de temps en temps à des distances assez régulières.

Le germigène est souvent unique dans les Trématodes et ressemble, quant à sa forme et à son aspect, à un testicule; il nous a toujours paru double dans les Cestoides, sauf les Caryophyllés.

Le germigène envoie de temps en temps un germe, et dans les deux groupes de Vers, aussitôt qu'il paraît devant l'embouchure du vitelloducte, des globules vitellins se précipitent en masse autour de lui. La fécondation a lieu par suite de la présence des spermatozoïdes dans ce moment, et l'œuf est formé. La coque se forme après.

Dans tous les Trématodes, ces œufs sont évacués par un orifice distinct situé à côté du pénis après un séjour très-long dans l’oviducte et la matrice chez les uns, et après un séjour très-court au contraire chez les autres ; dans tous les Cestoïdes, sauf les Caryophyllés, les œufs s'accumulent dans une matrice, toute la cavité du corps s'en remplit, et la ponte n’a lieu qu'à la suite de la rupture des parois.

Ces orifices sexuels sont toujours situés l’un à côté de l’autre : vers le milieu du corps en général chez les Trématodes, sur le côté ou sur le bord chez les Cestoiïdes.

OEufs. — Les œufs de plusieurs Trématodes (Tristomidés et Polystomidés) sont très-volumineux, peu nombreux, pondus immédiatement après leur formation et pourvus d’une enveloppe cornée terminée souvent par des filaments. Les œufs des autres Trématodes (Distomes et Monostomes)

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sont au contraire petits, tres-nombreux, sôtivent sans coque solide et sans filaments. Les Cestoides ont comme ces derniers des œufs fort petits, trèsnombreux et généralement sans filaments. Dans les Trématodes, on voit quelquefois l'embryon cilié se mouvoir dans l’œuf, comme on voit l'em, bryon à six crochets se mouvoir dans l’œuf de certains Cestoides.

Il y à dans l’un comme dans Fautre groupe des embryons en pleine voie de développement avant la ponte, et des embryons qui r ne s'épanouissent que longtemps après la ponte.

$ III

Développement. — I y a généralement plusieurs générations agames qui se succedent avant l'apparition des individus sexués ou Proglottis. Ces générations ne sont pas plus nombreuses dans les Trématodes que dans les Cestoides. Ainsi les Cercaires comme les segments proglottoides ont été précédés de plus d’une génération de Scolex, si nous en jugeons d'apres les faits connus.

Les Trématodes comptent quelques Vers à développement direct et sans changement notable dans la forme du corps (Udonella caligorum), &omme les Cestoides (Caryophylleus mutabilis).

Les Distomes et Monostomes, à la sortie de l'œuf, ont un épithélium vibratile et quelquefois des cellules pigmentaires ; les Cestoides par contre sont généralement armés à la sortie de l’œuf de six crochets. Les premiers vont à la recherche du patron qui doit recevoir leur progéniture, les seconds vont dans le même but à la recherche de l'organe, au sein même de l'amimal dans lequel ils sont nés. Ce sont les Proscolex.

L'un et l’autre contiennent un Scolex dans leurs flancs ; 1ls sont tous les deux actifs dans le choix du patron qui va recevoir la progéniture.

Dans le Scolex de plusieurs Distomes apparait quelquefois une nouvelle génération de Scolex semblables; c'est le même phénomène qui se reproduit dans les Échinocoques parmi les Cestoides. Une ou plusieurs vésicules apparaissent dans une autre vésicule comme un ou plusieurs Sporocystes naissent dans un Sporocyste mère. Dans tous ces cas, ce sont des Vers produisant par agamie d’autres Vers de la même forme.

Une analogie plus apparente que réelle, c'est que la queue des Cercaires comme la vésicule caudale des Cestoides tombe au moment d'entrer dans une phase nouvelle. Le Cysticerque se débarrasse de sa vésicule en commençant son évolution strobiloide, la Cercaire en commençant son évolution proglottoide. Il est toutefois à remarquer que dans le cas des Cysticerques,

G36F') c'est le Scolex qui se débarrasse de sa mere, le Proscolex, tandis que la Cercaire se dépouille d’un organe qui lui appartient. C'est un phénomene de métamorphose ici, tandis que c'est un phénomène de digénese dans le Cysticerque.

Ordinairement toutefois le Scolex de Distome produit le Proglottis sous la forme de Cercaire, comme le Scolex de Ténia produit le Proglottis sous forme de segments; dans le premier cas, le développement à lieu dans le sein de la mère et celle-ci périt; dans le second cas, la progéniture apparait à l'extérieur de la mère et celle-ci continue à vivre pour le bien de la communauté. Dans la vie des Trématodes, c'est la vie individuelle qui domine : dans les Cestoides, c'est au contraire la vie en communauté qui est la vie principale. Les premiers doivent chercher sous leur forme adulte l'hôte qui leur convient, et ils sont en conséquence munis des organes qui leur sont nécessaires ; les autres, les Cestôïdes adultes, sont engendrés et nourris par la mère même et ne changent pas de milieu : la progéniture proglottoide continue de vivre avec la mere dans le même intestin. Leur forme varie peu et ils n'ont pas d'organes dont ils doivent se débarrasser. La Cercaire n'a plus besoin de sa queue dans son hôte définitif.

La phase principale de l’existence des Trématodes se passe sous la forme de Proglottis; dans les Cestoïdes, cette phase se passe au contraire sous la forme de Scolex. La vie la plus longue est celle de Proglottis dans les Trématodes; la vie la plus longue est celle de Scolex parmi les Cestoides. Les premiers jouent leur rôle principal dans l’économie de la nature, sous leur dernière forme ; les autres le remplissent sous leur avant-derniere forme.

Nous n'avons pas parlé du Strobila; cette forme existe cependant dans les Trématodes comme dans les Cestoïdes ; le Strobila de ces derniers corres-

pond au Scolex des Distomiens, quand leur corps est rempli de toute une progéniture de Cercaires. Les Proglottis sont, comme nous l'avons déjà dit, à l'extérieur et souvent temporairement dépendants chez les Cestoïdes, tandis qu'ils sont toujours libreset logés dans le corps même de la mère chez-les Trématodes.

Les différences entre ces deux groupes se réduisent done à ceci :

Les Cestoïdes ont le corps fortement incrusté de corpuscules calcaires; les Trématodes peu.

Les embryons, à la sortie de l'œuf, sont souvent couverts de cils vibratiles dans les Trématodes ; dans les Cestoïdes, ils portent souvent six crochets pour chercher leur organe. Le Proscolex des Trématodes nage dans l'eau ; le Proscolex des Cestoïdes nage dans les chairs.

Les organes d'adhésion, ventouses et crochets, se trouvent dans les Scolex des Cestoïdes et dans les Proglottis des Trématodes.

Le système nerveux a été reconnu dans les Proglottis des Trématodes, dans le Scolex des Cestoides.

L'appareil digestif existe chez tous les Trématodes, et manque dans tous les Cestoïdes.

Le pourquoi de ces différences, dans un groupe d'animaux conformés d'après le même type, est-il abordable scientifiquement parlant? Nous croyons que oul.

D'abord, au début de la vie, les uns ont le corps cilié, les autres pas; les germes sont excessivement nombreux chez les uns, en petit nombre chez les autres; les œufs ont un énorme volume chez quelques-uns, et sont très-petits chez les autres. Ajoutons encore que les œufs très-volumineux sont toujours protégés par une coque solide et pourvus d’un ou de deux longs filaments cornés, comme les œufs des Poissons plagiostomes, tandis que les œufs quand ils sont petits sont toujours nombreux et souvent nus.

Il existeentre ces derniers points un rapport qu'il n’est pas difficiledesaisir.

D'abord quand les œufs sont peu nombreux, ils renferment plus de matériaux pour le développement de l'embryon, et celui-ci acquiert, avant l'éclosion, un développement assez complet. Les œufs étant nombreux, ils sont plus petits et les embryons éclosent plus tôt ; les métamorphoses queles premiers ont subies dans l’œuf avant l’éclosion, ceux-ci vont les subir après l'éclosion: aussi les premiers, si nous ne nous trompons, ont un développement direct, sans changement de forme notable après l’éclosion, tandis que les seconds se reproduisent d’abord plusieurs fois par agamie avant de devenir adultes et complets.

L'embryon de Monostome et de Distome ne trouvant pas de nourriture en lui-même, et n'étant pas encore assez avancé en organisation pour prendre des aliments, est couvert de cils vibratiles qui lui permettent de choisir un hôte qui le nourrisse et de déposer dans son sein la progéniture contenue dans ses flancs ; les autres n’ont pas besoin de ces cils, et ils ont des organes au moment de l’éclosion pour pourvoir à leur entretien. Aussi les premiers sont des parasites véritables : ils exploitent leur patron et vivent à ses dépens; les autres sont plutôt des commensaux : leur patron leur fournit surtout leur gite; ils en reçoivent seulement l'hospitalité. Les Polystomiens et Tristomiens, en effet, vivent sur les branchies des Poissons ou à la surface de leur corps, jamais dans l’intérieur de leurs organes, comme les premiers Trématodes.

Les embryons des Tristomiens se trouvent dans des conditions très-différentes ; ils sont moins nombreux, mais tout aussi sûrs de vivre. Ils naissent quand leurs divers appareils ont acquis un développement suffisant pour fonctionner, et qu'ils peuvent s'approprier, par l'acte de la digestion, les matériaux nécessaires au développement de la progéniture. Ces derniers ne doivent donc pas changer de forme; ils ne doivent pas se reproduire par voie agame dans le cours de leur évolution : ils se forment directement comme les animaux supérieurs.

Ainsi les œufs, depuis le moment de la ponte, sont visiblement protégés et contre la dent des ennemis voraces, et contre le courant qui peut les entrainer; ils ont une coque solide et un ou plusieurs filaments qui les attachent à l’un ou l’autre corps au moment de la ponte. C'est ce que nous voyons dans tous les Tristomiens. Dans les Distomiens, y compris les Monostomes, nous voyons l’opposé. Les œufs sont moins bien protégés, ils sont abandonnés à eux-mêmes; l’éclosion a lieu quand le Ver ne sait pas encore se défendre; il doit chercher un gîte pour sa progéniture : en un mot, toutes les causes de destruction se réunissent dans ce dernier cas.

Le nombre et le volume des œufs nous fourniront donc des moyens d’appréciation pour reconnaitre, à priori, Si un animal subit des métamorphoses ou non; nous y trouverons en même temps un élément important pour répartir ces animaux dans une classification naturelle.

Trouve-t-on également des motifs qui expliquent pourquoi la reproduction agame est si commune dans ces Vers?

Cette raison est tout aussi facile à saisir : si nous nous représentons ces centaines d’embryons ciliés, abandonnés à eux-mêmes, sans boussole et sans guide, si ce n’est les cellules pigmentaires de quelques-uns, combien y en a-t-il parmi eux qui toucheront terre, c’est-à-dire qu'ils trouveront leur ile ou leur animal vivant sur lesquels ils doivent déposer leur progéniture? Bien peu évidemment! Et ici nous ne tenons pas encore compte des nombreux ennemis qui vont les harceler et contre lesquels ils n’ont aucun moyen de défense. Ce sont des navires marchands qui doivent passer au milieu de vaisseaux ennemis. C’est bien heureux s’il y en à un qui échappe. C'est donc dans cette première période embryonnaire que les Distomiens courent les plus grands dangers! Maïs s'il y en à un qui se sauve, et qui puisse se multiplier, sans faire courir un nouveau danger à sa progéniture, les chances se rétablissent. C’est absolument, qu'on me permette cette comparaison, un pavire vivant qui tient dans ses flancs toute une colonie qu'il a engendrée, et qui est prête à couvrir le sol de la première ile où il touchera. Le navire

a besoin d'appareils pour naviguer; sa progéfiture peut s'en passer puisqu'elle est déposée dans l’ile même au milieu de l'abondance. Certes les chances de perte seraient beaucoup plus grandes si chaque colon devait passer l’eau séparément comme le navire, et porter avec lui ce qu'il lui faut pour ce voyage aquatique. C’est ainsi que les Distomes et les Monostomes, à la sortie de l'œuf, sont couverts de leurs voiles sous formes de cils pour voguer dans leur océan, tandis que leur progéniture qui est déposée à terre en est complétement dépourvue.

Ce n’est pas toutefois dans ce premier patron ou sur cette premiere ile que le Distomien doit acquérir sa forme adulte ; ce n'est pas le terme de son voyage, il a encore d’autres dangers à courir. Il faut que de cette île il se rende à une autre ile souvent plus difficile à aborder ; l'émigration était d'abord active, maintenant elle devient passive: il faut que Pile entière passe, avec tout ce qu'elle renferme, sous une autre latitude. C’est une forêt entière qui est déplacée par les eaux d’un fleuve et dont les arbres vont fleurir sous un nouveau climat. Aussi se multiplie-t-il encore une fois, et peut-être plu-

sieurs fois sous la même forme, jusqu'à ce qu'enfin le Scolex engendre une forme nouvelle plus élevée encore en organisation, et qui est destinée à aborder enfin le continent sur lequel il va gagner des sexes. C'est la Cercaire qui cherche le Poisson ou l’Insecte sur lequel elle va s'enkyster. Dorénavant la queue est devenue inutile et le Ver s’en débarrasse ; il laisse cet organe à la porte, en pénétrant dans le corps de l'Insecte ; la Cercaire devient{ensuite Distome. C’est le marin qui est arrivé à bon port et qui atteint le terme de son voyage. '

L'Insecte ou le Poisson que la Cercaire à choisi pour demeure doit la loger jusqu’à ce qu'un animal plus vorace en fasse sa proie, et la Cercaire, passant avec son hôte dans l’estomac du nouveau patron, se réveille de son sommeil léthargique au milieu du jus qui doit la nourrir, et n'a plus aucun danger à courir; son patron peut encore être mangé par un autre animal plus vorace où aussi vorace que lui, cela ne change plus sa position : elle passe d’un estomac daus un autre estomac avec la certitude que rien ne lui manquera pour son développement complet. [

C'est dans ces dernières conditions que le Ver qui a débuté par un corps couvert de cils, qui a porté une énorme nagebire en commençant sa derniere évolution, devient adulte et complet pour engendrer par voie sexuelle.

La reproduction agame est donc un moyen de rétablir l'équilibre quand par la reproduction sexuelle les chances de destruction sont trop grandes pour la conservation de l'espèce.

Ici, comme dans tous les êtres organisés, les chances sont donc calculées, et si les parasites ont d’un côté tant de difficultés à vivre et à se loger, ils ont plus de moyens de reproduction qu'on n’en trouve chez aucun autre animal.

11 n’est pas difficile de comprendre maintenant pourquoi ces Vers aflectent'des formes si diverses et pourquoi des générations entières different de celles qui les ont engendrées. En d’autres termes, pourquoi la reproduction est double dans beaucoup d'animaux inférieurs, et pourquoi la forme d'une même espèce, provenant tantôt d’un œuf, tantôt d’un germe, est différente.

Quand la vie est assurée dans les lieux où l'animal est né et qu'il trouve autour de lui tous les éléments pour son développement et la formation de sa progéniture, l'animal ne subit que peu de changements dans le cours de sou évolution; tout se borne à quelques perfectionnements.

Quand, au contraire, le Ver parasite doit d’abord chercher son hôte, où quand il a besoin de deux hôtes différents au début et à la fin de sa carriere et que, dans l'intervalle, il trouve à se nourrir sans se mouvoir, il est évident qu'il affectera des formes différentes aux diverses époques de la vie. Ainsi, au sortir de l'œuf, il doit nager: le corps est couvert de cils vibratiles; ayant déposé sa progéniture dans le parenchyme d’un Mollusque, cette progéniture ne nage plus et ne porte plus de cils : les individus de cette seconde génération sont condamnés à une immobilité complète. Mais quand ceux-ci se sont suffisamment reproduits, une nouvelle existence commence ; la génération devient de nouveau vagabonde, mais, au lieu de cils, ils portent tous une longue queue en forme de nageoire. Nous trouvons donc dans la vie des Distomes deux époques pendant lesquelles l'animal doit porter des organes de locomotion, et deux autres époques pendant lesquelles il n'a besoin ni de cils, ni de rames.

Dans quelques auires cas, vivant dans des conditions parfaitement identiques tout comme des Vers libres vivant dans l’eau, les parasites naissant soit par voie agame, soit par voie sexuelle, seront exactement semblables entre eux tant pour la forme que pour l’organisation intérieure.

Tous ces Trématodes à développement direct sont ectoparasites et ne transmigrent pas ; le genre Caryophylleus, qui les représente dans les Cestoïdes; n’a été observé jusqu'à présent que sur les Poissons cyprinoides, et ils ne transmigrent sans doute pas non plus, quoiqu'ils soient endoparasites.

Les Distomiens transmigrent probablement tous comme les Cestoïdes.

Les Distomiens, sous leur première forme, sont cihés et vivent librement

Suppl. aux Comptes rendus, T. {X.

( 266 ) dans l’eau pour chercher leur hôte. Les Cest@ides, sous leur première forme, ne sont pas ciliés, mais ils portent généralement des crochets. Les embryons attendent dans leur œuf qu'ils soient introduits dans leur patron et choisissent ensuite l'organe qui doit les loger. Les Distomiens, comme les Cestoides, habitent des patrons différents à l’état de Scolex hibre et à l’état de Proglottis. Il y a chez tous transmigration.

Les Scolex de Distomiens meurent après la parturition, ceux des Cestoides continuent à vivre; la vie de la mére est nécessaire à la progéniture. La vie principale du Distomien est à l’état de Proglottis; la vie principale du Cestoide se passe sous la forme de Scolex.

Pourquoi les Cestoides produisent-ils leurs embryons par voie d'agamie à l'extérieur et les Trématodes à l'intérieur? Les premiers doivent passer les principales phases de leur existence en communauté dans le tube digestif, et Je Scolex s'attache seul pour toute la communauté. Le Scolex est nécessaire à cette colonie comme la racine est nécessaire à la plante. Les Trématodes ne vivent pas en commun sous leur dernière phase, et chaque individu doit vivre pour son compte propre. Au lieu de la mere qui se fixe pour toute la communauté, ce sont les filles.qui se fixent pour leur compte individuel et qui doivent, par conséquent, chercher elles-mêmes leur nourriture.

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