‹ Recherches sur la génération des huîtresChapitre 3 sur 9 · SUR · texte numérisé non relu

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Pendant l'été de l’année 1849, j'entrepris dans le laboratoire de M. Rayer, avec M. le docteur Ghaussat, des recherches sur la génération des huîtres. Bien que, dans ces dernières années, les travaux d’embryogénie sur les mollusques aient été très-multipliés, et que des études plus ou moins complètes aient été faites sur des espèces voisines de l’huître, aucun travail, à notre connaissance, n'existait sur l’embryogénie de ce mollusque. On a d’autant plus lieu de s'étonner de cette lacune que les huiîtres, par leur abondance dans nos mers, par l'usage que nous en faisons et par la facilité avec laquelle on se les procure à de grandes distances des régions qui les produisent, semblent plus qu'aucun autre mollusque avoir dû attirer l'attention des naturalistes.

Nous publiâmes, M. Chaussat et moi, dans les comptes rendus de la Société de biologie (juillet 1849), les résultats de nos observations, parmi lesquels nous signalâmes surtout les transformations remarquables offertes par l’embyron de l'huître. Ces résultats, malgré nos longues et laborieuses recherches qui portèrent sur plus de trois cents huîtres, laissaient beaucoup à désirer sous plusieurs rapports. La question de sexualité, sur laquelle les naturalistes ont émis des opinions très-diverses, n'avait nullement été éclaircie. Sur un grand nombre d’huîtres, nous avions constaté dans l'organe de la reproduction l'existence exclusive de l'élément mâle (les zoospermes); sur quelques autres, nous n’avions pu y découvrir que l'élément femelle (ovules) ; mais d’autres fois nous avons reconnu d’une manière non douteuse la présence simulta née dans l'organe sexuel d’ovules et de zoospermes bien caractérisés.

De ces faits, en apparence contradictoires, on ne pouvait conclure ni à l’hermaphrodisme ni à la séparation des sexes chez l'huître. Était-ce par exception, par anomalie, comme nous l'avons entendu dire, que plusieurs de ces mollusques nous avaient offert dans le même crgane des ovules et des zoospermes? On eût été plus naturellement conduit à conclure que ces animaux peuvent être hermaphrodites ou avoir les sexes séparés indifféremment, suivant les individus. Mais cette manière de voir ne nous paraissait pas non plus admissible par la considération que cette indifférence sexuelle eût été sans analogue aujourd’hui connu dans le règne animal.

La solution de cette question difficile n’était pas seulement intéressante au point de vue zoologique, elle l'était encore au point de vue économique , car les succès obtenus dans ces derniers temps par la fécondation artificielle chez les poissons ont

fait penser à appliquer ce moyen de reproduction à la propagation des huîtres.

Plusieurs savants qui se sont occupés de ce sujet, ont admis, sans l'avoir démontrée, la séparation des sexes chez les huîtres. Les résultats exposés ci-dessus ne me permettaient pas d'adopter cette opinion. Malgré l’insuccès de nos travaux sous ce rapport, je ne désespérai pas de trouver la raison de l’apparente contradiction qu'ils avaient signalée dans la sexualité des huîtres. De nouvelles recherches que j'ai entreprises à ce sujet au Havre et à Paris dans le courant de l’été dernier, m'ont permis de déterminer les conditions dans lesquelles l’huître présente tantôt l’élément mâle exclusivement, tantôt l'élément femelle ou tantôt l’un et l’autre à la fois. J’ai pu reconnaître ainsi que ce mollusque ne déroge point, sous le rapport de la sexualité, aux lois qui régissent les autres animaux.

M. Rayer, qui n'avait encouragé à entreprendre ces études, les a suivies avec un bienveillant intérêt. Les résultats auxquels je suis arrivé ont été constatés par plusieurs savants, parmi lesquels je citerai mon ami M. le docteur Claude Bernard et M. le docteur Desjardins, médecin distingué du Havre, qui a mis à ma disposition, avec une obligeance extrême, tous les moyens dont il pouvait disposer pour faciliter mon travail.

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