‹ Recherches sur la librairie de Charles V (volume 2)Chapitre 185 sur 211 · Arch. nat., KK · texte numérisé non relu

Arch. nat., KK

p. 249, note.

DUC DE BERRY

jour dudit mois [juillet 1488] et livré à messire Robert Moreau, sommellier et chappellain ordinaire de la chappelle dudit seigneur, pour couvrir unes Heures vieilies, en grant volume, appellées les Heures du duc de Berry, lesquelles ledit seigneur a commandé couvrir et relyer, pour lui servir à son plaisir, laquelle somme de xiiii 1. vin s. ix d. t. a esté paiée audit Jehan Estienne, comme il appert par sa quittance, montant pareille somme de xiiii 1. vni s. IX d. t., cy rendue, servant cy pour ladicte somme de xiiii 1. viii s. ix d. t. (Fol. 286 V”.)

A lui (messire Robert Moreau, cbappelain ordinaire du roy), la somme de soixante s. t., pour avoir, ledit jour (7 juillet 1488), couvert en aiz de bois et relyé unes Grans Heures en parchemin, en volume de deux fueillets la peau, bystoriées d’environ quarante cinq grans histoires, appellées les Heures du feu DUO Jehan de Berry, et d’icelles Heures avoir timpané toutes les histoires, grandes et petites, et avoir fait environ IIIIvx couleures sur le fons d’icelles, et pour papier de Lombardie lysse qu’il a fourny et livré pour servir à mettre sur lesdites histoires, que aussy pour avoir couvert lesdites Heur^ d’une aulne de veloux cramoisy, cy devant comptée le ni' jour dudit mois, sur Jehan Estienne, pour ce laditte somme de lx s. t. (Fol. 288.)

A lui (Robert Moreau), pour avoir, le xvii' jour dudit mois de juillet (1488), couvert et garny de trois quartiers satin tanné unes Heures, en grant volume, appellées les Heures du duc de Berry, la somme de xx d. t. (Fol. 288 v".)

A Nicolas Le Soupple, orfèvre, demeurant à Angers, la somme de nii“xi 1. VI s. ni d. t., qui deue lui estoit, tant pour trois marcs quatre onces six gros ung denier d’argent fin, qn’il a mis et emploié du sien, le xvni" jour de juillet mil quatre cens quatre vings et huit, à faire et forger, par le commandement dudit seigneur, dix boulions goderonnez, huit coings, sur chascun desquelz a ung boullon aussi goderonné, deux fermouers larges de deux grans doys cbascun, sur lesquelz fermouers il a gravé d’un costé ung Cruxifîement de Nostre Seigneur et une Annunciacion, et sur l’autre costé gravé et esmaillé les armes de France, lesquelles choses il a mises et assises sur unes Grans Heures, en grant volume, appartenant audit seigneur, appellées les Heures du feu duc Jehan de Berry, à faire et forger aussi deux pièces plates servans à atacher le ruban desdits fermoers, et sept charnières par lui assises et clouées sur le dos desdites Heures; le tout camoché à petiz poinçons et pesant, avecques plusieurs petiz cloz d’argent necessaires pour atacher et asseoir ladicte garniture, ledit pois de trois marcs quatre onces six gros ung denier d’argent, que pour quinze ducatz d’or qu’il a fourniz, mis et emploiez à dorer lesdis boulions, coings, fermouers et charnières, que aussi pour les peines et sallaires de lui et quatre autres orfèvres qui ont vacqué dix jours entiers à faire, dorer et asseoir ladicte garniture, pour ce, pour tout ensemble, pour argent, or et façon, ladicte somme de iiii’^’^xi 1. VI s. III d. t., qui paiée a esté audit Nicolas Le Soupple, comme il appert par sa quittance, montant ladicte somme cy rendue, servant cy pour ce, cy ladicte somme de iiii^^xi 1. vi s. ni d. t. (Fol. 166 v°.)

Tous les ornements exécutés par l’orfèvre Nicolas Le Soupple, et dont plusieurs sont encore mentionnés dans des inventaires de 1518 *

1. « Item les grandes et belles Heures du feu duc de Berry, couvertes de veloux cramoisi, à gros clous d’argent doré, et tout dedans ung sac de veloux

LIVRES DE JEAN DE FRANCE

et de 1544’, les dix boulons godronnés, les huit coins, les deux larges fermoirs et les deux pièces plates destinées à attacher les rubans des fermoirs ont disparu depuis longtemps; mais tous ces morceaux d orfèvrerie ont laissé des empreintes assez nettes pour permettre d’en distinguer les dimensions et les contours, sur les plats du ms. 919, recouverts encore de velours cramoisi et doublés de satin tanné.

Il est donc certain que le ms. 919 est bien le livre qui est appelé dans l’inventaire du duc de Berry, tantôt « les Belles grandes Heures », et tantôt « unes Très grans moult belles et riches Heures ». Une seule objection a été mise en avant par le docteur Waagen • cest que l’inventaire parle de « grans histoires », alors que les tableaux du ms. 919 n’ont généralement guère plus de 100 millimètres de haut sur 90 de large. Mais ces tableaux ont été considérés comme grands par rapport aux petites miniatures encadrées dans beaucoup d’initiales ou semées sur les marges de la plupart 01*0^* manuscrit. D’ailleurs, c’est incontestablement au ms. 919 que se rapportent les articles du compte de 1418 où il est question de « quarante cinq grans histoires ».

Au premier abord, ce nombre de quarante-cinq tableaux semble devoir soulever une difficulté : le ms. 919 n’en renferme que vingthuit. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce ms. 919 ne nous est pas arrivé sans avoir subi de notables détériorations. Plusieurs des feuillets dont il se compose portent les traces de l’injure du temps' et quelque désordre s’est introduit, de longue date, dans la façon dont les cahiers ont été assemblés; ainsi, pour ne citer qu’un exemple, les feuillets 67 et 68, qui contiennent les laudes des heures de la Passion, devraient précéder les feuillets 65 et 66, sur lesquels est copie 1 office de prime. Enfin, on remarque çà et là des feuülets blancs dont la plupart ont dû être insérés à une époque relativement moderne, probablement pour remplacer des feuillets déchirés ou avariés. La disparition d’un certain nombre d’anciens feuillets me semble attestée par les lacunes qu’il est aisé de signaler dans

ri; observe au bas des pages

depuis le feuillet 62 jusqu’au feuillet 101. C’est ainsi qu’on y chercherait vainement les signatures cietini, dm, en, fi, gi etL, hi. ui eul ets qui portaient ces cotes quand le manuscrit était

***'”'*"^“ * François à Blois, en 1518, publié

fermouLTddfr®' à

fol 117 art » Bibl. nat., ms. fr. 5660,

loi. 117, art. 1742; ms. fr. 12999, fol. 76, art. 1736.

DUC DE BERRY

complet se trouvaient avant les feuillets qui sont aujourd’hui numérotés 65, 67, 70, 74, 77, 81, 84 et 86. Tout porte à croire qu’il y a également des lacunes avant les feuillets numérotés 8, 18, 24, 28, 31, 34, 36, 41 et 61. Dans cette hypothèse, nous aurions la place de 17 feuillets disparus, et comme nous ne possédons plus que vingthuit des quarante-cinq grandes histoires mentionnées dans le compte de 1488, nous aurions sur les 17 feuillets absents la place des 17 miniatures dont nous déplorons la perte.

Quoi qu’il en soit, il reste hors de doute que les 28 tableaux existant aujourd’hui dans le ms. 919 appartiennent bien à la série des a grans histoires de la main Jaquemart de Hodin et autres ouvriers de Monseigneur », mentionnées dans l’inventaire de 1413.

M. le comte Robert de Lasteyrie^ a signalé la part qui revient à Jaquemart de Hédin dans l’illustration du ms. 919, et, parmi les autres ouvriers de Monseigneur que l’inventaire mentionne en bloc, M. le comte Paul Durrieu^ a proposé de compter le maître des Heures de Boucicaut, probablement Jacques Coene, dont il a cru reconnaître la main sur les peintures des fol. 74, 84 et 110.

Voici le sujet des 28 tableaux qui subsistent :

Heures de Notre-Dame. Matines : Offrande d’un agneau par Joachim et Anne (8). — Laudes : Message de l’ange à Joachim et Anne (18). — Prime : Joachim et Anne à la Porte dorée (24). — Tierce : la Nativité de Notre-Dame (28). — Sexte : la Présentation (31). — None : la Vierge devant un métier (34). — Vêpres : Mariage de la Vierge (36). — Complie : les Noces de Cana (41).

Psaumes de la Pénitence : Prière de David dans le désert (45).

Heures de la Croix ; Jésus en croix (53).

Heures du Saint-Esprit : la Pentecôte (56).

Heures de la Passion. Matines : Entrée de Jésus à Jérusalem (61). — Laudes : Jésus au jardin des Oliviers (65). — Prime .* Judas recevant les 30 deniers (67). — Tierce : Jésus dépouillé pour être mis en croix (70). — Sexte : Jésus mis en croix (74). — None : Jésus descendu de la croix (77). — Vêpres : la Résurrection (81). — Complie : Jésus aux limbes (84).

Heures du Saint-Esprit. Matines : Baptême de Notre -Seigneur (86). Laudes : Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres (89). — Prime : la Trinité (93). — Tierce : Saint Pierre (94). — Sexte : le duc de Berry reçu par saint Pierre (96). — None : le Baptême (97). — Vêpres : la Messe (98). — Complie: Saint Grégoire inspiré par le Saint-Esprit (100).

Office des morts : Un enterrement (106).

1. Les Miniatures d’André Beauneveu et de Jacquemart de Hesdin, dans les Monuments et mémoires de la Fondation Piot, 1896, t. III, p. 93 et suiv., et p. 102 et suiv.

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