‹ Recherches sur la librairie de Charles V (volume 4)Chapitre 170 sur 195 · Revue de l'AH ancien et moderne, 1906, t. XIX, p · texte numérisé non relu

Revue de l'AH ancien et moderne, 1906, t. XIX, p

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L'inscription que Jean Flamel a tracée en tète da Toliime indique exactement Tépoqne à laquelle il fut terminé :

Cet Belles et notables Heoies 6st faire tiès banlt et tiès pniisaat prince Jehan, fils de Roy de Frtnce, dnc de Beny et d'Anvergne, conte de Poiton, d'Estampes, de Boololngne et d'Anvergne, et ftirent parfUttes et acomplies en Tan de grâce mil qoatie cens et nenf.

Malgré les mutilations qu'il a subies, le ms. 919 doit encore exciter notre admiration par Téclat des enluminures qui en ornent toutes les pages ^ Cest par centaines qu'il faut compter les formes diverses sous lesquelles se présentent l'écu fleurdelisé à la bordure engrélée de gueules^ Tours et le cygne, le cbiflre VE et la devise : Le temps venra. Toutes les marges sont couvertes de vignettes, de fleurs, de papillons, d'oiseaux, de quadrupèdes, d'anges, de démons et de figures grotesques que l'imagination des artistes a variés à

1. Le lecteur me saura gré de reproduire ici quelques lignes de mon oonfkèie et ami M. Gollfrey, tout en regrettant qn*il ait moins de sympathie pour les cygnes que pour les ours du duc de Berry. Voici comment il pirle de riUustration des Belles grandes Heures (t. 1, p. clv de son édition des Inventaires) :

fl N*y avait-il pas parmi les peintres attachés à la personne du dnc un artiste spécialement chargé du soin de représenter, dans les attitudes les plus variées» les deux fliToris du prince, l'ours et le cygne? On serait tenté de Tadmettre, à TOir la quantité de ces animaux introduits dans la composition des miniatures. Sous ce rapport, les Gnndes Heures nous offrent encore d'Incomparahles fantaisies. Yoyes notamment l'enfant nu, monté sur nn ours muselé, brandissant une lance, et vingt antres caprices où l'imeglnation la plus fantaisiste se donne libre carrière. Ordinairement, l'ours se détache sur un fond d*or damassé, tandis que le cygne vogue sur un Isc d'argent avec ciel d'asnr. Comme le graveur des sceaux, le peintre des manuscrits a mieux saisi Tattitude et le geste demattie Hartin qne la souplesse ondnieuse du cygne. Ce dernier, il faut l'avouer, ressemble trop souTeot à un autre volatile moins noble.

c Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer tous les éléments grotesques qui entrent dans la déoontion des Grandes Heures du dnc de Berry. On rencontre là dé bien étranges sqjets pour nn onntge de piété. Encore paase le singe montrant à lire à son nourrisson ; rien à dire non plus des fous, des joueurs d'instruments on de gobelets, qui se prélassent à c6té d'nn tableau montrant le duc reçu par saint Pierre à la porte du Paradis. Hais le caprice satirique ue dépasse-t^il pas quelque peu les bornes quand l'artiste coiffe du chapeau rouge des cardinaux, tant6t un chien, tant6t nn porc, quand il nous montre un moine tournant le dos et relevant sa robe plus haut que la ceinture. Ces ioTentions gauloises charmaient nos ancêtres, et le bon Duc était bien de son temps sous ce rapport. Il aimait à rire et se plaisait à s'entourer, ses comptes en Ibnt fol, de baladins, de joueurs d'instruments de tontes sortes, d'escamoteurs et d*équllibristes; ses peintres n'avaient pas besoin d'aller chercher au loin leurs modèles ; ils les avalent sous les yeux. »

DUC DE BERRT. *289

l'infini. Il n'est pas une initiale dont Tintérieur et la bordure ne soient richement décorés ; beaucoup renfermât des bustes ou petites scènes traitées avec un yéritable talent. Outre les ornements du calendrier, qui> par le sujet et par le style, rappellent les ornements du calendrier d'autres livres du duc de Berry, et parmi lesquels MM. Gauchery et de Champeaux ont reconnu une vue du château de Nonette en Auvergne, il faut citer avec une recommandation particulière les tableaux par lesquels s'ouvrent les différentes parties des offices. Deux de ces tableaux méritent d'être tout spécialement remarqués.

Le premier, sur le fol. 8, représente « le grand prêtre Isaschar repoussant^ en présence du peuple, l'oblation de saint Joachim et de sainte Anne^ ». Au-dessous du tableau, un grand D sert de cadre à une Vierge qui tient l'enfant Jésus dans ses bras. A câté, dans la marge, le duc de Berry, sous une riche draperie, est agenouillé, les mains jointes, avec un livre posé sur un prie-Dieu, que recouvre une étoffe fleurdelisée à bordure engrêlée de gueules.

L'autre tableau, que je tiens à citer, se voit sur le fol. 96, au commencement de sexte, dans l'office du Saint-Esprit. Le duc de Berry, accompagné de cinq personnages de sa maison ou de son conseil, se présente à la porte du paradis, dans lequel il va être introduit par saint Pierre, d'après Tordre du Saint-Esprit.

Mentionnons encore sur les fol. 96, 97 et 98 de petits portraits du duc de Berry, à genoux sur son prie-Dieu.

Trois pages du ms. 919 (les fol. 8, 18 v^ et 24) ont été reproduites en fac-similé dans le grand ouvrage de M. le comte de Bastard. Une quatrième (fol. 96) a été donnée dans la Paléographie univer^ selle de SOvestre •.

Le Manuscrit d'Alphonse Labitte' nous en présente une, sur laquelle on a cru voir un portrait de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Le tableau de la naissance de la Vierge a été gravé dans l'Bistoire de la peinture du docteur Alfred Woltmann^.

Au Congrès de l'histoire de l'art tenu à Paris, dans la séance du 25 juillet 1900, M. le commandeur Venturi a lu un mémoire sur le uDiiniaturiste français qui a décoré pour la maison d'Esté, vers 1430, une Bible aujourd'hui conservée au Vatican dans la bibliothèque

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