‹ Recherches sur la librairie de Charles V (volume 5)Chapitre 177 sur 199 · Revue de l'Art ancien et moderne, 1906, t. XJX, p · texte numérisé non relu

Revue de l'Art ancien et moderne, 1906, t. XJX, p

L'inscription que Jean Flamel a tracée en tête du volume indique exactement l'époque à laquelle il fut terminé :

Ces Belles et notables Heures fist faire très hault et très puissant prince Jehan, fils de Roy de France, duc de Berry et d'Auvergne, conte de Poitou, d'Estampes, de Bouloingne et d'Auvergne, et furent parfaittes et acomplies en l'an de grâce mil quatre cens et neuf.

Malgré les mutilations qu'il a subies, le ms. 919 doit encore exciter notre admiration par l'éclat des enluminures qui en ornent toutes les pages <. C'est par centaines qu'il faut compter les formes diverses sous lesquelles se présentent l'écu fleurdelisé à la bordure engrêlée de gueules, l'ours et le cygne, le chiffre VE et la devise : Le temps venra. Toutes les marges sont couvertes de vignettes, de fleurs, de papillons, d'oiseaux, de quadrupèdes, d'anges, de démons et de figures grotesques que l'imagination des artistes a variés à

1. Le lecteur me saura gré de reproduire ici quelques lignes de mon confrère et ami M. Guiffrey, tout en regrettant qu'il ait moins de sympathie pour les cygnes que pour les ours du duc de Berry. Voici comment il parle de l'illustration des Belles grandes Heures (t. I, p. clv de son édition des Inventaires) :

« N'y avait-il pas parmi les peintres attachés à la personne du duc un artiste spécialement chargé du soin de représenter, dans les attitudes les plus variées, les deux favoris du prince, l'ours et le cygne? On serait tenté de l'admettre, à voir la quantité de ces animaux introduits dans la composition des miniatures. Sous ce rapport, les Grandes Heures nous oifrent encore d'incomparables fantaisies. Voyez notamment l'enfant nu, monté sur un ours muselé, brandissant une lance, et vingt autres caprices où l'imagination la plus fantaisiste se donne libre carrière. Ordinairement, l'ours se détache sur un fond d'or damassé, tandis que le cygne vogue sur un lac d'argent avec ciel d'azur. Comme le graveur des sceaux, le peintre des manuscrits a mieux saisi l'attitude et le geste de maître Martin que la souplesse onduleuse du cygne. Ce dernier, il faut l'avouer, ressemble trop souvent à un autre volatile moins noble.

« Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer tous les éléments grotesques qui entrent dans la décoration des Grandes Heures du duc de Berry. On rencontre là de bien étranges sujets pour un ouvrage de piété. Encore passe le singe montrant à lire à son nourrisson ; rien à dire non plus des fous, des joueurs d'instruments ou de gobelets, qui se prélassent à côté d'un tableau montrant le duc reçu par saint Pierre à la porte du Paradis. Mais le caprice satirique ne dépasse-t-il pas quelque peu les bornes quand l'artiste coiffe du chapeau rouge des cardinaux, tantôt un chien, tantôt un porc, quand il nous montre un moine tournant le dos et relevant sa robe plus haut que la ceinture. Ces inventions gauloises charmaient nos ancêtres, et le bon Duc était bien de son temps sous ce rapport. Il aimait à rire et se plaisait à s'entourer, ses comptes en font foi, de baladins, de joueurs d'instruments de toutes sortes, d'escamoteurs et d'équilibristes; ses peintres n'avaient pas besoin d'aller chercher au loin leurs modèles ; ils les avaient sous les yeux. »

l'infini. Il n'est pas une initiale dont l'intérieur et la bordure ne soient richement décorés ; beaucoup renferment des bustes ou petites scènes traitées avec un véritable talent. Outre les ornements du calendrier, qui, par le sujet et par le style, rappellent les ornements du calendrier d'autres livres du duc de Berrj, et parmi lesquels MM. Gauchery et de Champeaux ont reconnu une vue du château de Nonette en Auvergne, il faut citer avec une recommandation particulière les tableaux par lesquels s'ouvrent les différentes parties des offices. Deux de ces tableaux méritent d'être tout spécialement remarqués.

Le premier, sur le fol. 8, représente « le grand prêtre Isaschar repoussant, en présence du peuple, l'oblation de saint Joachim et de sainte Anne^ ». Au-dessous du tableau, un grand D sert de cadre à une Vierge qui tient l'enfant Jésus dans ses bras. A côté, dans la marge, le duc de Berry, sous une riche draperie, est agenouillé, les mains jointes, avec un livre posé sur un prie-Dieu, que recouvre une étoffe fleurdelisée à bordure engrêlée de gueules.

L'autre tableau, que je tiens à citer, se voit sur le fol. 96, au commencement de sexte, dans l'office du Saint-Esprit. Le duc de Berry, accompagné de cinq personnages de sa maison ou de son conseil, se présente à la porte du paradis, dans lequel il va être introduit par saint Pierre, d'après l'ordre du Saint-Esprit.

Mentionnons encore sur les fol. 96, 97 et 98 de petits portraits du duc de Berry, à genoux sur son prie-Dieu.

Trois pages du ms. 919 (les fol. 8, 18 v° et 24) ont été reproduites en fac-similé dans le grand ouvrage de M. le comte de Bastard. Une quatrième (fol. 96) a été donnée dans la Paléographie universelle de Silvestre^.

Le Manuscrit d'Alphonse Labitte^ nous en présente une, sur laquelle on a cru voir un portrait de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Le tableau de la naissance de la Vierge a été gravé dans l'Histoire de la peinture du docteur Alfred Woltmann''.

Au Congrès de l'histoire de l'art tenu à Paris, dans la séance du 25 juillet 1900, M. le commandeur Venturi a lu un mémoire sur le miniaturiste français qui a décoré pour la maison d'Esté, vers 1430, une Bible aujourd'hui conservée au Vatican dans la bibliothèque

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