‹ Recherches sur la librairie de Charles V (volume 5)Chapitre 179 sur 199 · Tome XXXIX, 2'> période, 1884, p. 97, 281 et · texte numérisé non relu

Tome XXXIX, 2'> période, 1884, p. 97, 281 et

vures de Dujardin. Depuis, il a été donné à mon confrère et ami M. le comte Paul Durrieu d'en rédiger, avec une incontestable compétence, une description tout à fait digne d'un tel chef-d'œuvre, avec une reproduction des peintures qui ne laisserait rien à désirer si la meilleure héliogravure n'était impuissante à rendre la délicatesse et le charme d'une merveille de coloris'. La mort du duc de Berry survint avant l'achèvement de l'illustration du livre, que le prince avait confiée à Pol [de Limbourg] et à ses frères. C'est à ces modestes artistes que nous devons les plus remarquables peintures qui aient été exécutées en France au commencement du xv^ siècle. Nous ne possédons rien de supérieur ni pour l'élévation de la pensée, ni pour l'originalité et la noblesse de la composition, ni surtout pour la délicatesse de l'exécution.

La partie complémentaire de l'illustration, qui date de la seconde moitié du xv® siècle, quoique bien inférieure, ne manque pas d'un certain mérite. M. le comte Durrieu l'attribue avec toute vraisemblance à Jean Colombe, qui a dû l'exécuter à Bourges, entre 1485 et 1489, pour le duc Charles I" de Savoie et la femme de ce prince, Blanche de Montferrat.

102. Voici ce que j'écrivais en 1884, au sujet du ms. latin 18014 de la Bibliothèque nationale, que je croyais alors, et que je crois encore aujourd'hui, pouvoir identifier avec le volume décrit à l'article 102 de l'Inventaire, sous le titre de « unes Très belles Heures, richement historiées ».

Le ms. 18014, qui au mérite d'une parfaite exécution joint l'avantage de nous être parvenu dans un état de fraîcheur incomparable, se compose de 290 feuillets, hauts de 214 millimètres et larges de 152, a longtemps passé pour avoir appartenu à Louis II, duc d'Anjou, depuis 1384 jusqu'en 1417. Une ancienne reliure, que Charles II, duc de Lorraine, fit renouveler en 1606, portait une inscription ainsi conçue : « Louys, roy de Hierusalem et de Sicile, duc d'Anjou. 1390. » Sur la foi d'une note qui mentionnait cette inscription 2, Gaignières, devenu possesseur du manuscrit, fit dorer

1. Chantilly. Les Très riches Heures de Jean de France, duc de Berry. Paris, 1904, in-fol.

2. Je crois avoir fait, à ua moment donné, une observation d'où il résultait que la noie relative à la reliure renouvelée en 1606 par les soins de Charles II, duc de Lorraine, ne s'appliquait pas au manuscrit qui porte le n° 18014. Malheureusement mes souvenirs sont trop vagues pour que je puisse dire si mon observation doit être prise en considération.

sur le dos le titre : « Heures de Louis, duc d'Anjou, roy de Jérusalem ». C'est également sous le titre de : « Heures de Louis H, duc d'Anjou, roy de Jérusalem et de Sicile », qu'elles ont été décrites dans le Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le duc de La Vallière^y et, ce qui est plus étonnant, dans la Paléographie universelle de Silvestre et Champollion 2.

Rien ne semble justifier la tradition du xvii® et du xvni* siècle qui vient d'être rapportée. On chercherait vainement dans le ms. 18014 une particularité propre à un membre de la maison d'Anjou. Tout se réunit, au contraire, pour montrer qu'il a été copié et enluminé pour Jean, duc de Berry. Les armes de ce prince y sont peintes dans de grandes initiales au moins une trentaine de fois; sa figure, plus ou moins reconnaissable, y revient dans une dizaine de tableaux. Une place d'honneur a été réservée à ce qui concerne saint Jean, par exemple l'invocation à saint Jean, qui se lit au fol. 104, et, mieux encore, les Heures de saint Jean, qui n'occupent pas moins de vingt-six pages et qui sont ornées de huit grandes peintures.

Le ms. 18014 est donc incontestablement un livre de Jean, duc de Berry. Voici maintenant les raisons qui me font croire qu'il doit être identifié avec l'article 102 de l'Inventaire général.

Les Très belles Heures, richement historiées, auxquelles est consacré l'article 102, doivent se reconnaître aux traits suivants :

1° On y voyait en tête un « kalendrier très richement historié des epistres de saint Pol, de l'ancien et nouvel testament » ;

2° A la suite du calendrier venaient « pluseurs enseignemens escripz en françois de bien et honnestement vivre selon Dieu » ;

3° Le commencement des Heures de Notre-Dame était décoré « d'une Annonciation et de pluseurs appostres à l'entour » ;

4° A la fin du volume se lisait « une oroison escripte en latin qui se commence Sancta crux ».

Or, si nous ouvrons le ms. 18014, nous y trouverons :

1° Sur les six premiers feuillets, un calendrier ^ dont chaque page

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