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La librairie sous le règne de Charles VI.
Charles VI avait reçu de son père le goût des livres; il était encore enfant quand Charles V mit à sa disposition un roman de Godefroi de Bouillon1. Son oncle, le duc de Bourgogne, favorisa les libérales inclinations du jeune roi et lui suggéra l’idée de maintenir la librairie du Louvre sur le pied où l’avait mise Charles V.
Nous avons vu que, sous le règne de Charles VI, la garde de la librairie resta confiée à Gilles Malet jusqu’à la mort de celui-ci, arrivée au mois de janvier 1411, puis à Antoine des Essarts du 7 juillet 1 41 1 au 8 mai 1413, à Garnier de Saint-Yon du I 2 mai 14121 au 13 octobre 1413, à Jean Maulin du 13 octobre 1413 jusqu’au mois de juillet 1418, et à Garnier de Saint-Yon à partir du 21 de ce mois de juillet.
Les successeurs de Gilles Malet ne paraissent pas s’être beaucoup occupés de la librairie. Il fut enjoint à Jean Maulin de ne point se mêler du fait de la librairie les jours non fériés, pour n’être point détourné du travail dont il était chargé à la Chambre des comptes2, et Garnier de Saint-Yon dut prêter serment de ne révéler à personne le secret de la librairie3.
1. Inventaire général des livres de Charles V et de Charles VI, dans la seconde partie de cet ouvrage, article 1033.
2. « Injunctum etiam sibi fuit ne in diebus non feriatis intus ingérât se quoquo modo in facto dicte librarie, ita ut per occupationem ejusmodi vacet a facto ordinario camere compotorum. » Mémorial H de la Chambre des comptes, cité par Boivin, ms. français 22571, p. 97.
3. « Prestitit juramentum de bene et fideliter custodiendo libres dictos et nemini revelare dicte librarie secretum. » Même Mémorial, cité au même endroit.
LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI
L’inventaire des livres du roi qui fut dressé en 1 41 1 , avant l’installation d’Antoine des Essarts, constata la présence d’environ 21 0 volumes qui étaient entrés au Louvre depuis le récolement de 1380. Les documents qui nous sont parvenus ne donnent guère le moyen d’expliquer une telle augmentation. Toutefois nous savons que plusieurs des copistes et des enlumineurs parisiens, dont l’habileté défiait alors toute concurrence, ont travaillé pour le compte de Charles VI1, et nous possédons plusieurs manuscrits de grand luxe sur lesquels on distingue la devise Jamais, qu’il avait adoptée, et le Cerf-volant, dont Froissart2 et le Religieux de Saint-Denis3 ont donné, chacun de son côté, une explication différente. C’est ici l’occasion de faire remarquer que Charles VI ne fut pas le seul prince qui prit pour devise le Cerf-volant. En tête d’un manuscrit de la Bibliothèque de Munich, Cas des nobles malheureux de Pétrarque, copié en 1 458 et illustré par Jean Fouquet, l’écu de France, soutenu par deux cerfs blancs, au collier fleurdelisé, se voit sur une tapisserie à bandes rouges, blanches et vertes, dans une salle où se tient un lit de justice4. Le cerf-volant
1. « A l’aumosnier, pour paier unes Heures qu’il a fait faire pour le Roi, xxx frans. » (Rôle du mois d'avril 1388, dans la Collection Clairambault, vol. 16, p. 515.) — «A ceulz qui font les grans Heures du Roi, nnxx x frans. » (Rôle de septembre 1389, ibid., p. 521.)
2. Froissart (éd. de la Société de l’Histoire de France, t. X, p. 258) décrit un rêve dans lequel Charles VI, en 1382, s’était vu, aux environs d’Arras, chevauchant un cerf-volant, « et tant li plaisoit li figure de che cerf que « à paines en imagination il n’en pooit partir, et fu li une des incidenses pre- « miers quant il descendi en Flandres combattre les Flamens, pourquoi le plus « il encarga en sa devise le cerf-volant à porter ».
3. Suivant le Religieux de Saint-Denis (éd. Bellaguet, t. I, p. 70), on aurait pris dans une chasse du roi un cerf avec un collier portant cette inscription : César hoc mihi donavit, « et quia id nunquam visum fuerat vel auditum, in « invencione ejus tantam complaceneiam cepit ut deinceps in vasis regiis « aureis et argenteis et omni supellectili pomposa cervum volantem et coronam « collo gerentem faceret figurare ». Une quittance du 13 juin 1385 mentionne un étendard « à la devise du roy à un cerf volant à ailes d’or. » Bibl. nat., Nouv. acq. fr. 20027, pièce 82.
4. Il y en a une médiocre reproduction dans le volume que Curmer a consacré à l’œuvre de Fouquet. On a longtemps cru que ce manuscrit avait été
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a été aussi une des devises de la maison de Bourbon, comme Brantôme1 l’a rappelé à propos du grand étendard du connétable.
Plusieurs écrivains ont offert leurs ouvrages à Charles VI, notamment Robert, évêque de Senez2, Bernard Alamand3 et Pierre Salmon, dont la Bibliothèque nationale possède le recueil des opuscules présenté au Roi4, magnifique manuscrit renfermant un portrait de Charles VI5, du duc de Berry6 et de Jean sans Peur, duc de Bourgogne7 ; la devise James y est inscrite dans plusieurs tableaux sur le manteau du roi et sur des pièces d’ameublement. L’exemplaire de 1 ouvrage d Honoré Bonet, La Vision du Prieur de Salon, qui entra dans la librairie du Louvre sous le règne de Charles VI, était garni de trois courts fermoirs d argent doré, « faits en forme de deux mains, avec trois cerfs volants d’argent doré 8 ». Il faut encore citer Le Songe du vieux pelerin, de la bibliothèque de l’Arsenal9, dont une page (fol. 34) est couverte par une grande peinture, encadrée de demi-fleurs de lis et représentant un cerf blanc ailé, la couronne royale au cou, volant dans un ciel rouge;
fait pour Étienne Chevalier. Tout récemment, M. le comte Durrieu a découvert qu’il avait eu pour premier possesseur Laurens Girard, notaire et secrétaire du Roi, contrôleur de la recette générale des finances depuis 1456.