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CHAPITRE

Automatisme et suggestion mentale

Sommaire. ^ — La transmission de la pensée permet de comprendre le ■ genre dy action exercée par les esprits sur les médiums . — Admis— swn des faits. — Remarques sur les circonstances extérieures qui peuvent simuler la suggestion mentale. — La mémoire latente , le milieu psychique. — Véritable transmission mentale. — Transmission des sensations pendant Tétât magnétique. — Transmission des idées à un sujet dans Tétat magnétique. — Les travaux de la Société de recherches psychiques. — Transmission de là volonté pendant Tétat magnétique. — Ces faits se reproduisent pendant la veille.— Mesmer, Froissac, tdu Potet, Lafontaine, Les docteurs Dusart. Ch. Richet , Héri court, Gibert, P. Janet, etc. — Conditions nécessaires pour que la suggestion mentale puisse se produire entre magnétiseur et sujet. — Exemples de suggestions mentales agissant sur l' automatisme de V écriture. — Le cas de miss Su miner bell. — Les expériences du Révérend T*. H. Ncwnham, avec sa femme comme sujet. — Résumé.

La transmission de la pensée.

Dès l’origine du Spiritisme, les incrédules de bonne foi, — ceux qui ne voyaient pas seulement dans ces faits de grossières supercheries, — les expliquèrent en faisant intervenir la transmission de la pensée, que l’on appelle aujourd’hui la suggestion mentale. Cette hypothèse n’était guère de nature à satisfaire l’école positiviste, car si l’on admet avec elle que la pensée est une résultante de l’organisme, on ne peut guère imaginer comment cette pensée, qui ne serait, en dernière analyse, qu’un mouvement moléculaire du système nerveux, pourrait sortir du corps pour agir, à distance, sur un autre cerveau.

Je n ai jamais compris, dit M. Brown Séquard, comment un homme intelligent et connaissant les principes fondamentaux de

la physiologie peut admettre une telle transmission, (une transmission de force nerveuse d’un individu à un autre) alors que l’étudiant le moins instruit sait combien sont vains, après la section d’un nerf moteur, les effor£s,les désirs, la .volonté de mouvoir la partie paralysée.. »(i).

Feu M. Pouchet, professeur au Muséum d’histoire naturelle, disait plus emphatiquement (2) : « Démontrer qu’un cerveau, par une sorte de gravitation, agit à distance sur un autre cerveau, comme l’aimant sur le fer, le soleil sur les planètes, la terre sur le corps qui tombe. Arriver à la découverte d’une influence, d'une vibration nerveuse se propageant sans conducteur matériel ! Le prodige c’est que tous ceux qui croient peu ou prou à quelque chose de la sorte, ne semblent même pas, les ignorants 1 se douter de l’importance, de l’intérêt, de la nouveauté qu’il y aurait là-dedans et de la révolution sociale que ce serait pour le monde de demain. Mais trouvez donc cela, bonnes gens, démontrez-nous donc cela, et votre nom ira plus haut que celui de Newton dans l’immortalité, et je vous réponds que les Berthelot et les Pasteur vous tireront leur chapeau bien bas ».

Comme le dit M. de Rochas, auquel nous empruntons cette tirade ampoulée, « Nous n’en demandons point tant ! » La transmission d’une dépêche par la télégraphie sans fil est aussi extraordinaire que celle de la pensée, et cependant ce prodige est devenu banal ; toute la question est de savoir d'abord si le phénomène de la transmission de la pensée est réel, l’explication viendra ensuite.

Il est évident que les spirites ont le plus grand intérêt à démontrer que la transmission de la pensée est un phénomène réel, car une fois ce point admis, il deviendra plus facile de comprendre comment les esprits entrent en rapport avec les médiums.

Si déjà, durant la vie, il est possible que deux intelligences communiquent sans aucune intervention des organes physiques, la disparition de l’enveloppe matérielle de l’agent ne peut, évidepiment, que favoriser la manifestation de l’activité psychique qui agit sur l’âme d’un médium. Il y aurait ainsi une continuité entre les phénomènes ani iniques et les phénomènes spirites qui enlèverait à ces études les caractères de merveilleux et de surnaturel qu’on s’est plu, bien gratuitement, à leur attribuer Nous allons donc d’a-

(1) Voir la préface à l’ouvrage de Braid : La N eu rhy pnologie.

(2) Le Temps du 12 août 1893, cité par M. de Rochas dans Y Extériorisation de la motricité , p. 477.

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bord passer en revue les faits précis qui démontrent cette communication mentale, en déplorant que le cadre restreint de notre ouvrage ne nous permette guère que d’effleurer la question. Mais en se reportant aux documents originaux que nous signalons, le lecteur pourra se faire une opinion motivée, basée sur des matériaux scientifiques de premier ordre.

11 n’entre pas non plus dans notre plan de rechercher le procédé par lequel s’opère le transfert de la pensée d’un individu à un autre. Cependant, afin de prévenir des confusions fâcheuses, nous ferons observer que ce n’est pas la pensée elle-même qui se transporte dans l’espace, parce que la pensée est un phénomène interne, subjectif, qui n’a d’existence qu’au moment où il se produit chez l’être pensant. Mais la physiologie nous apprend que lorsque la pensée est engendrée, il existe toujours un mouvement corrélatif du cerveau, qui est la traduction matérielle, externe, du fait psychique. Le Spiritisme nous fait connaître aussi le mouvement vibratoire du périsprit. C’est donc seulement ce dernier mouvement, ou d’autres auxquels il peut donner naissance, qui se propage dans l’espace et qui, en pénétrant dans un ou plusieurs cerveaux propres à le percevoir, y déterminera une pensée.

La répugnance du monde savant pour ces faits commence à disparaître, grâce aux recherches vraiment scientifiques entreprises en Angleterre par la Société deRecherches psychiques .Même en France, nous assistons à cette évolution.

Admission des faits.

Parlant de la suggestion inconsciente, M. Béarnais, professeur de physiologie à la faculté de médecine de Nancy, dit :

« Quelque répugnance qu’éprouve l'esprit humain à reconnaître la réalité de phénomènes qui choquent complètement les idées reçues, il est bon cependant d’enregistrer ces phénomènes, et, tout en réservant l’avenir, de les vérifier sévèrement et d'en essayer une explication . » Ailleurs (1) le même auteur dit encore en parlant de la suggestion mentale : « Nous avons affaire ici, à n’en pas douter, à un fait qui bouleverse toutes nos idées sur la fonction du cerveau. Pour ma part, jusqu’à ces derniers temps, je ne pouvais ajouter foi à ces choses. Aujourd’hui. je suis forcément couvaincu qu’on ne peut pas les rejeter. Les réussites, rares à la vérité, sont trop nombreuses pour qu’on puisse songer à un hasard, et surtout à un moment où la question de

(1) H. Beaunis. Un fait cte suggestion mentale . Revue Philosophique, 1886, n° 2, p 204.

la transmission de la pensée est portée devant le forum de la Société de psychologie physiologique, je me suis cru obligé d'apporter mon tribut, si étranges que ces phénomènes me paraissent ».

Dans son livre consacré à l’étude de la suggestion mentale, le Dr Ochorowicz, professeur de psychologie à l'Université de Lemberg, après avoir écarté par une savante analyse toutes les causes qui simulent la transmission de la pensée, conclut en affirmant qu’il a l’absolue certitude expérimentale, que toutes les modalités delà pensée peuvent se transmettre à un sujet, dans certaines conditions que nous aurons précisément à étudier tout à l’heure. M. Ch. Richet, membre de l’Académie de médecine, jadis tout à fait incrédule, admet aujourd’hui cette forme de suggestion mentaleà laquelle on a donné le nom de télépathie. Pour expliquer les apparitions de vivants, il reconnaît que le hasard ne peut, seul, rendre compte de tous les faits, et que les exemples avec coïncidence d’événements réels sont trop nombreux pour qu’on puisse les expliquer par de simples hallucinations :

«Je regarde comme impossible, dit-il, cette immense illusion se prolongeant sans quelque parcelle de vérité. On n’a pas 1 • droit d’exiger pour les phénomènes psychiques une plus forte probabilité que pour les autres sciences . . . On trouve une telle quantité de faits impossibles h. expliquer autrement que par la télépathie, qu’il faut admettre une action à distance. Peu importe la théorie, le fait me semble prouvé et absolument prouvé .

Dans son dernier livre sur Y Inconnu et les problèmes psychiques, Camille Flammarion écrit : « L’action d’un être sur un’ autre à distance est un fait scientifique aussi certain que l’existence de Paris, de Napoléon, de l’oxygène ou de Sirius. » Nous n’avons pas l’intention d’entreprendre la démonstration complète du fait de la transmission de la pensée, car il nous faudrait, pour ce seul travail, écrire un volume. Il suffira pour notre sujei de citer quelques-unes des expériences les plus démonstratives, et de rechercher dans quelle mesure elles s’appliquent aux phénomènes de l’écriture automatique.

Peut-être est il bon de signaler d’abord quelques causes d’erreurs qui peuvent faire croire à une intervention occulte, alors qu’il n’y a en jeu ni transmission de pensée des assistants, ni action des Esprits — Voici quelques-unes de ces observations dont nous empruntons la description à M. Ochorowicz, qui les a fort bien résumées, et qui sont de nature à mettre les Spirites en garde contre les illusions qui peuvent si facilement se produire

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dans les réunions intimes, composées généralement des mêmes personnes.

Rôle de la mémoire latente.

Nous avons insisté déjà sur l’importance de ce facteur si négligé jusqu’alors. Rapportons encore un exemple de son action:

Voici une expérience faite sur un sujet endormi, laquelle simule la vision sans le secours des yeux, et qui pourrait aussi bien être répétée avec l’écriture automatique que par l’énonciation verbale. (1)

Je prends un livre, dit M. Ochorowicz,en dehors de la vue du sujet, je l’ouvre au hasard et je lui ordonne de lire.

Je ne vois pas bien, dit-il. Je lui suggère les deux ou trois premiers mots de la page et je l’engage à continuer,. C’est au milieu du second volume, dit-il, chapitre tel et tel ; c’est le volume de Krasewski \Le monde et le poète.

Parfaitement. Continuez alors ! Et, à notre grand étonnement, il se mita lire une page entière, presque sans faute. Si je déposais le livre, il s’arrêtait ; il «lisait » couramment quand j’avaisles yeux sur le texte. Je changeais de page: il lisait toujours bien. Quelques-unes des personnes qui ont assisté à cet'e expérience ont cru pouvoir constater « la double vue », malgré les explications que je vais. donner tout à l’heure.

Mais si ce n’était pas une double vue, faut-il une preuve meilleure de la suggestion mentale ?

Malheureusement oui. D’abord, il « lisait », quoique moins bien, le livre fermé ; il fallait seulement lui communiquer la première phrase du passage — Ce n’était donc pas la transmission de la pensée ; ce n’était pas non plus de la double vue, puisque sans cette suggestion verbale il ne pouvait même pas 1 re Jes numéros des pages ni reconnaître un objet quelconque.

Voici l’explication du mystère :

Le jeune homme en question a lu dernièrement deux fois de suite, le roman mentionné de Krasewski ; il l’avait lu, comme on lisait dans le temps en l^ologne, surtout à l’âge, de 17 ans. 11 le savait presque par cœur. Evidemment, ii 11e saurait pas -réciter à l’état de veille des pages entières textuellement, mais, en somme, notre expérience n’a prouvé qu’une seule chose : une vivacité étonnante des souvenirs en somnambulisme. Et quant à l’influence de ma pensée, la cause en était bien simple : il «voyait » mieux quand je regardais dans le livre, parce que, machinalement, je corrigeais ses petites erreurs. Ce sont même ces erreurs-la qai m’ont suggéré l’explication vraie de l’expérience ; car, au lieu de

(1) Ochorowicz — La suggestion mentale — p. 7.

lire mal un mot écrit, il le remplaçait par un autre, analogue comme sens, mais tout à fait différent comme forme. Ayant été entraîné en dehors des associations exactes par une erreur semblable, il s’arrêtait si je fermais le livre, parce que je ne pouvais plus lui venir en aide.

Le milieu psychique.

Lorsqu’on expérimente souvent dans les mêmes milieux, avec les mêmes personnes, il arrive très fréquemment qu’il se produit des coïcidences inattendues entre les idées des sujets et cellesdes expérimentateurs. 11 n’y a pas suggestion de ceux-ci à ceux-là, mais simplement un même processus mental, amenant des résultats identiques. Voici comment M. Ochorowicz signale ce mécanisme inconscient : (ij

Toutes les fois que plusieurs personnes s’entretiennent pendant un certain temps, il s’établit entreleurs intelligences un enchaînement réciproque. 11 suffit alors à un observateur habile de s’isoler par la pensée du mécanisme involontaire, de l’embrasser mentalement’par un aperçu général, pour prévoir quelquefois l’objet qui, dans quelques instants, va occuper l’attention des assistants. C’est le même mécanisme qui fait que, souvent , dans une société, deux personnes émettentsimultanément une même pensée ou posent une même question. Mieux on connaît son monde, et mieux on réussit dans cette « clairvoyance » psychologique. Je me rappelle qu’étant secrétaire d’une société qui avait pour but la publication d’une Encyclopédie des sciences. j’avais préparé à l’avance le protocole d’une de nos réunions. On avait à discuter la question de savoir s’il fallait ou non, parmi les sciences à traiter, réserver une place à la Théologie. J’ajoute que deux prêtres faisaient partie de la commission. Mais, connaissant les personnes et les opinions, j’ai risqué l’expérience. Le protocole fut préparé ; il rendait compte de la discussion générale terminée par le vote suivant : « La théologie ne do t être traitée que comme faisant partie de l’histoire des religions ». — Je n’ai eu que quelques mots à changer pour soumettre ce protocole à la signature des membres.

Evidemment, on n’est pas si bon prophète sans être un peu complice, — mais, on est toujours complice dès qu’on commande l’exécution d’une idée qui vous vient machinalement à l’esprit. En voici un exemple : Vous êtes un habitué de la maison. Vous ne vous rappelez pas que, la dernière fois, on causa de la politique coloniale, et qu’aussitôt après une dame s’est mise au piano. On cause de nouveau de la politique coloniale, tandis que l’idée vous vient d’essayer la suggestion mentale : vous ordonnez

(i) Ochorowicz — La suggestion mentale p. 17.

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à la dame d’aller au piano — et elle y va. Vous êtes tout étonné du succès, d’autant mieux que vous ne voyez absolument aucun rapport entre la politique coloniale et un morceau de piano, et que votre compère, lui aussi, vous assure, de la meilleure foi du monde, qu’il ne comprend pas du tout comment l’idée de se mettre au piano lui est venue subitement.

Ces remarques sont absolument justes et nous permettent de nous prémunir contre des illusions possibles, dues à l’état psychique ambiant. Voici trois expériences, faites à l’improviste, qui montrent l’influence du milieu psychique sur une personne non hypnotisable :

Suggestion Réponses

Une couleur

Rouge | Rose

Une fleur

Le Lilas | Le Lilas

Une personne présente

M. J.... | M me D...

L’aspect général de ces trois expériences paraît assez favorable à la transmission ; mais examinons les circonstances : on prévient le sujet qu’il s’agit d’une couleur, il ne la devine qu’approximativement : c’était rouge , il devine rose'. « Rose » qui est en même temps le nom d’une fleur, nous suggère, à tous, l’idée d’une fleur.

O11 prévient le sujet qu’il s’agit d’une fleur. Le lilas se trouve au milieu de la table. C’est une primeur, tout le monde l’avait remarqué, il se présente le premier à l’esprit de tout le monde. Puis, dès qu’il s’agit d’une idée un peu plus éloignée et où la probabilité reste toujours assez forte (il n’y avait qu’une dizaine de personnes) il y a échec. Non seulement il ne devine pas la personne, mais il prend une femme pour un homme. P$r conséquent, ces trois expériences à l’aspect séduisant quand on les considère in abstracto , sont presque sans valeur ; et si je dis presque c’est uniquement à cause d’un certain rapprochement entre le rouge et le rose, qui peut-être a été occasionné par une cause tout à fait fortuite, c’est-à-dire étrangère à la suggestion.

On devra également examiner attentivement les circonstances dans lesquelles les messages automatiques font allusions à certaines maladies des personnes présentes, car nous savons que beaucoup de somnambules éprouvent, par sympa Ibismé organique , des sensations qui les instruisent sur les maladies des personnes avec lesquelles elles sont en rapport. Ces notions utilisées par la subconscience et exprimées par l’écri-

ture sous la forme personnalisée que nous connaissons, pourraient induire en erreur l’observateur qui ne tiendrait pas compte de cette source possible de renseignements. D’autres causes encore, telles que les sensations olfactives ( i ) — la plupart des maladies ont leurs odeurs spéciales — où les jeux de physionomie agissent parfois sur l’écrivain. Il ne faut pas attribuer à ces facteurs une importance démesurée : l’on ne doit les retenir qu’à titre d’indications qui peuvent servir dans certains cas obscurs.

Après avoir mis les expérimentateurs en garde contre ces causes d’erreurs , asesz directement applicables aux expériences d écriture automatique, nous allons montrer que la suggestion mentale existe très-réellement entre un magnétiseur et son sujet, sans parole, sans contact et sans gestes.

La transmission des sensations pendant l’état magnétique.

La pensée se transmet généralement par la parole ou par l’écriture. Dans le premier cas, c’est l’air qui est l’intermédiaire obligatoire pour transporter les ondes sonores ; dans le second cas, c’est la lumière qui nous fait connaître les caractères qui reproduisent la pensée. Il arrive aussi que l’on devine la pensée d’une personne à ses gestes, puisque les pantomimes sont basées sur le rapport qui existe entre les idées et les mouvements du corps qui les expriment. Certains sujets m gnétiques jouissent d’une hypéresthésie des sens assez développée pour percevoir, les yeux fermés, les gestes de leur magnétiseur et leur attribuer un sens précis. C’e t de cette manière qu’opèrent beaucoup de prestidigitateurs pour simuler la transmission de la pensée, et il est possible que quelque chose de semblable se produise parfois dans les expériences les plus sérieuses, où un sensitif peut deviner la pensée d’un assistant à des indices inappréciables pour toute autre personne

Tous les phénomènes de la vie mentale peuvent se ranger sous trois titres généraux : sensibilité, intelligence et volonté. Les sensations s’accompagnent toujours d’un état émotif. Nous commencerons donc par cette catégorie de phénomènes. On a souvent observé qu’un sujet endormi ressent d’une manière très vive les émotions de son magnétiseur.

(i) Dr Monin Les odeurs du corps humain. Paris 1886.

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Baragnon (i) rapporte le fait suivant, qui est caractéristique :

Sortant d’un repas dans lequel je m’étais un peu échauffé, je fus invité à magnétiser une jeune personne qui passait la soirée dans la même réunion. Je produisis le sommeil avec une énergie d’action singulière. J’attribuai ce fait à mon excitation, bien qu’elle me parût fort légère. Je fus encore plus étonné d’apercevoir chez la magnétisée, plongée en somnambulisme, les effets les plus manifestes de l’ivresse. Personne n’en présuma la cause, vu que j’avais l’air très de sang-froid ; mais j’expliquai tout surpris moiruème, ce merveilleux effet de transmission, produisant l’ivresse chez une femme délicate, éminemment plus sensible qu’un homme à l’effet des spiritueux.

Lafontaine raconte qu’il produisit un effet analogue sur un peintre de ses amis, parce qu’il avait pris plusieurs verres de vin en le magnétisant (2).

11 m’est arrivé souvent, dit le comte de Maricourt, (3) d’être confus et gêné par la clairvoyance des somnambules ressentant les impressions ou devinant les sentiments que j’eusse voulu leur cacher.

Baragnon dit encore :

«Quelle est cette communication intime de deux natures (magnétiseur et magnétisé) que les plus légères douleurs, les impressions physiques les plus diverses, perçues par l’une soient répercutées par l’autre, dont les sens sont abolis, dont les moyens de perception sont anéantis? Il faut écraser sa plume plutôt que de chercher l’explication de pareils faits ; on les constate, voilà tout. Si le magnétiseur ressent une impression, à l’instant même le somnambule éprouve une commotion identique. Si vous piquez par exemple le bras de l’opérateur, de façon à ce qu’il en souffre, le sujet manifestera de la douleur, dira toujours, sans erreur, l’endroit qui a été lésé, si c’est une brûlure, une piqûre, un coup. »

Alfred Russel Wallace (4) étudia le magnétisme en 1844 et fit des expériences sur quelques-uns de ses élèves. Voici comment il parie des transmissions de sensations :

(1) Baragnon. Etude de magnétisme an' mal sous le point de vue d'une exacte pratique , p. 136.

(2) Lafontaine. Mémoires d'un magnétiseur . Tome I, p. 96 .

(3) R. de Maricourt. Souvenirs d'un magnétiseur , p. 96.

(4) Alfred Russel Wallace. Les Miracles et le moderne Spiritualisme, p. 168.

La sympathie de sensation entre mon sujet et moi-même fut alors pour moi le phénomène le plus mystérieux que j’aie constaté. Je trouvais que lorque je tenais la main de mon sujet, il éprouvait exactement les mêmes sensations du goût, du toucher et de l’odorat que j’éprouvais moi-même

Je formais une chaîne de plusieurs personnes ; à l’une des extrémités je p'açais le sujet, à l’autre moi-même. Lorsque dans un silence parfait , j’étais pincé ou piqué, le sujet, immédiatement, portait sa main à la partie correspondante de son corps, et se plaignait d’être piqué ou pincé aussi. Si je mettais dans ma bouche un morceau de sucre ou de sel, le sujet s’acquittait immédiatement de l’action de sucer, et bientôt montrait par gestes et paroles, de la manière la plus expressive, qu’il éprouvait la même sensation de goût que moi. Je n’ai jamais, jusqu’à présent, été satisfait par aucune des explications de ce fait, données par nos physiologistes. Geux-ci s’arrêtent à la supposition que le garçon n’éprouvait aucune sensation du toucher ni du goût, mais acquérait par une extra naturelle acuité d’ouïe connaissance de ce que je ressentais à la peau ou au palais ! Or il est contraire au résultat de toutes nos recherches que mon sujet ait joui de quelque extra naturelle acuité de cette espèce, et l’expérience était précisément conduite de manière à empêcher le garçon de recevoir par le moyen des sens ordinaires, aucune notion de ce que je ressentais ou touchais.

La Société Anglaise de Recherches psychiques a étudié ces phénomènes pendant plusieurs années, et elle affirme que la transmission de sensations est absolument démontrée. Voici un exemple de la manière de procéder qui fut employée (1):

Fred Wells, jeune homme de vingt ans, endormi, était assis sur une chaise, les yeux bandés, et M. Smith, l’opérateur, se tenait derrière lui. Le sujet fut endormi <par M. Smith à l’aide des passes. L’opérateur fut alors piqué ou pincé dans différents endroits assez fortement, et cette opération durait généralement une ou deux minutes. Un silence absolu fut observé, à l’exclusion d’une question nécessaire : « Sentez-vous quelque chose?» Cette question était prononcée par M. Smith, puisque le sujet paraissait 11e pas entendre les autres personnes. Dans la première série d’expériences, M. Smith tenait l’une des mains du sujet, mais cette précaution

(1) Proceedings . Vol. I, part. III, p. 225. Voir aussi le n° de décembre 1885, P- I7e^ 205 ; et avril 1887, p. 425. Consulter également \Facts in mesmerism parle Dr Ellioston. Loist.Y ol. V. p. 242 245. — Phantasms oj the living. Tome II, cas 359 — Professeur Smith, de l’université de Sidney, dans Phantasms T. II, cas 360.

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ayant été trouvé ensuite inutile, tout contact entre l’opérateur et son sujet a été rompu dans les expériences ultérieures.

Première Série — 4 janvier 1883.

1. La partie supérieure du bras droit de M. Smith a été pincée plusieurs fois. — Environ deux minutes après, M. Wells se mit à frotter la partie correspondante de son corps.

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