À DIRECTEUR DU LABORATOIRE ARAGO
(Banyuls-sur-Mer)
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à à DS
Extrait des Mémoires de la Société Zoologique de France. Tome XXVI, 1913, page 5.’
RECHERGCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT DU PANCRÉAS CHEZ PETROMYZON PAR Le D' Robert PICQUÉ Médecin-major de l'Armée, Agrévcé du Val-de-Grâce. I. — HISTORIQUE
Le pancréas des Cyclostomes est resté longtemps méconnu.
Dès 1821, BoJanus entrevoit, à la limite de l'intestin antérieur et de l'intestin moyen, un organe qu'il hésite à considérer comme une glande ou comme un muscle.
En 1826, RaTake décrit, chez Petromyzon fluvialtilis, une petite glande située sur l'intestin (intestin moyen), derrière la valvule qui le sépare de l’æsophage (intestin antérieur).
Loin de former un renflement annulaire complet autour de l'intestin comme le pensait BoJANUSs, c'est une masse ellipsoïdale, limitée au côté gauche, d'aspect granuleux et de consistance plus molle que celle des glandes salivaires. Cette glande semble déverser sa sécrétion dans l'intestin par plusieurs orifices. Mais, quant à sa signification, RATHKE considère comme peu vraiseniblable qu'il s'agisse d'un pancréas, en raison de cette opinion, alors en cours, que là où existent, chez les Poissons, des glandes salivaires on ne rencontre ni pancréas, ni appendices pyloriques.
Après À. MÜLLER (1851), LANGERHANS (1873), chez P. Planeri, considère celte glande comme un pancréas, en raison de ses rapports immédiats avec le canal cholédoque. I la décrit comme formant, autour de l'origine de l'intestin moyen, une sorte de bague chevalière, dont le chaton regarderait en dehors el à gauche et l'anneau à droite.
C'est une masse acineuse, comprise entre la séreuse et la couche circulaire de la musculeuse, au milieu d'un tissu très vascularisé d'apparence caverneuse.
Mais, LANGERHANS ne parle ni des voies d'excrélion ni de la structure interne de celte glande.
SCHNEIDER, en 1879, revoit le même organe, non seulement chez Petromyzon, mais aussi chez Ammocète, sa larve. Mais, tandis que, chez Ammocèle, il décrit comme rate un amas de follicules groupés dans la paroi intestinale remplis de cellules rondes et dépourvus de canal excréteur, il considère, chez
Petromyzon, cette même formation, incluse dans la masse du foie et soudée à l'intestin à la base de la valvule spirale, comme représentant le vestige des canaux hépatiques oblitérés.
Rappelons, en effet, cette particularité singulière de ce Cyclostome dont la larve Ammocète est pourvue d'une volumineuse vésicule biliaire intra-hépatique et de nombreux canaux hépatiques collectés en un cholédoque ouvert dans l'intestin, tandis que l'adulte Petromyzon montre un foie totalement dénué de voies d’excrétion.
DumÉRiz, dès 1812, signalait l'absence de conduits hépatiques chez P. marinus.
J. MÜLLER, en 1835, qui, après BALDNER, sut reconnaître dans l'Ammocète la larve de Petromyzon, constalait l'absence chez l'adulte de la vésicule biliaire observée chez la larve.
LEGouIs, en 1881, dans des recherches consciencieuses sur le pancréas des Cyclostomes, démontre l'existence, chez P. marinus, d'un pancréas bien différencié, auquel il distingue nettement une portion principale massive, située au niveau où l'intestin adhère au foie, et une portion accessoire, diffuse dans la paroi de l'intestin.
D'autre part, il confirme l'absence de tout conduit excréteur, non seulement hépatique, mais aussi pancréatique.
NESTLER, en 1890, suit, chez Ammocète, la transformation progressive de la vésicule et des conduits hépatiques et cholédoque en un amas de foilicules répondant à ceux décrits par SCHNEIDER au niveau de la zone d'adhérence intestino-hépatique et qu'il considère comme un pancréas.
LAGUESSE, en 1890, retrouve chez de jeunes Lamproies le pancréas massif de LANGERHANS, de LEGouis et de NESTLER.
Le pancréas, découvert chez Petromyzon, était bientôt, en 1896, décrit par MaAS chez Myrine et chez Bdellostoma. Et l’existence de cet organe se trouvait ainsi confirmée dans trois genres de Cyclostomes.
Mais son développement restait inconnu.
GÔTTE, qui, en 1890, montre avec netteté, chez P. fluvialilis, l'origine du foie aux dépens d’une ébauche ventrale de l'intestin moyen, et la migration du canal cholédoque autour de là paroi de l'intestin par suite de la torsion de celui-ci, n’observe aucune formation pouvant être assimilée à un pancréas.
C'est KUPFFER qui, le premier, en 1893, décrit le développement et les rapports réciproques du foie et du pancréas chez lAmmocète.
D'après cet auteur, l'ébauche hépatique ventrale se scinde de bonne heure en trois diverticules, l'un médian et les autres latéraux. Pendant que les latéraux bourgeonnent des tubes hépaliques, le médian, restant simple, forme une vésicule biliaire. et la portion commune sert de conduit excréteur à la glande.
Mais, en regard de l'ébauche hépatique ventrale, s’est formée en même (emps une évagination dorsale. Bifurquée dès l’origine, elle progresse sur les côtés de l'intestin, mais inégalement. Plus active vers la droite, elle rejoint bientôt le diverticule latéral droit de l'ébauche hépatique, se fusionne à lui et, se creusant d'une lumière, devient canal excréteur du foie destiné à remplacer le conduit hépatique primitif oblitéré.
Ainsi s'explique, pour KÜPFFER, le débouché dorsal du canal hépatique primitivement ventral.
Vers la gauche, au contraire, le diverticule dorsal se dissocie en un amas de cellules Iymphoïdes.
\Nalgré cette destinée curieuse et différente des deux diverticules de cette ébauche dorsale, KüPrFER n'hésite pas à considérer celle-ci comme pancréatique.
Mais BRAGuEeT, en 1897, reprenant l'étude du développement du foie et du pancréas chez l'Ammocèle, retrouve l'ébauche hépatique trilobée, il voit ses diverticules latéraux fournir exelusivement du foie, comme chez les Sélaciens, et peut suivre les différentes étapes de la migration ventro-dorsale du canal cholédoque.
Mais il n'observe aucun diverticule pancréatique, nt dorsal ni ventral.
Aussi en arrive-t-il à douter de l'existence même d'un pancréas chez F'Ammocète. I à bien suivi le développement des follicules de Langerhans, qu'il considère comme des proliférations épithéliales se produisant en assez grand nombre aux dépens des couches profondes de Fépithélium du tube digestif, sans participation de la cavité intestinale, se montrant exclusivement sur tout le pourtour du point où Fintestin antérieur se continue dans l'intestin moyen.
Mais il ne croit pas qu'ils représentent un pancréas; tout au plus pourraient-ils rappeler les îlots de Langerhans du pancréas des Vertébrés supérieurs.
En somme, chez l'Ammécète, «le pancréas ne s’est pas encore isolé en une glande spéciale », d'après cel auteur.
Et cependant, à ce résultat négalil GrAcouiNr vient opposer,
en 1900, la confirmation de l'existence d’un pancréas adulte chez P, marinus el P. Planeri. C'est un organe dépourvu de canaux excréteurs, constitué de glandules isolées incluses dans la paroi intestinale et d'une masse principale poussant du sommet de Ia valvule spirale jusque dans le hile du foie.
GrACOMINI y reconnait deux variétés de cavités sécrétantes les unes sont des tubes peu ramifiés, à épithélium pancréatique ordinaire, les autres des vésicules à épithélium sécréteur élevé, comparables aux ilôts de Langerhans des Vertébrés supérieurs.
LAGUESSE, qui avait déjà vu, chez la Lamproie, le pancréas massif de GrAcoMINI, se rallie, en 1906, à la description de l’auteur, après examen d'une de ses préparalions.
Il discute la signification des vésicules épithéliales, qui forment une partie de cet organe et furent considérées par SCHNEIDER el par NEstrLER comme résultant de la transformation des canaux hépatiques atrophiés, el pose la question de leur homologie avec les pancréas accessoires décrits chez le Rat par son élève DEBEYRE.
M. le professeur JULIN nous à fourni l'occasion d'étudier, à l'institut zoologique de l'Université de Liège, la structure et le développement du pancréas chez Petromyzon.
Nous sommes profondément touché du dévouement avec lequel il à bien voulu nous offrir l'appui de sa haute expérience et les précieuses ressources de son laboratoire, pour l'exécution de ce travail.
M. le professeur HENNEGUY nous y à aidé de ses conseils éclairés : nous lui sommes vivement reconnaissant du bienveillant accueil qu'il nous à réservé au Laboratoire d'embryogénic comparée du Collège de France.
M. le professeur Prüvor nous fait l'honneur d'accepter la présidence de notre thèse : c'est une dette de reconnaissance bien agréable pour nous s'ajoutant au souvenir profond que nous conservons de l’enseignement de ce maître.