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IV. — Propriété des différents vents, à Dagana

Relativement au dessèchement plus ou moins rapide du pays, après les inondations, les vents jouent un rôle important, suivant la direction d’où ils soufflent.

Entouré de tous côtés par des marécages, le poste de Dagana présente une grande insalubrité. Ces marécages forment les uns de véritables lacs, qui ne sont jamais complètement desséchés, mais dont le diamètre va diminuant pendant six mois; les autres deviennent, apiès le retrait des eaux, de vastes plaines, parsemées de mares ordinairement peu profondes. Toutes ces conditions jointes à une température élevée, donnent lieu à une production de miasmes fébrigènes extrêmement intense dans les m.ois d’octobre, novembre et décembre. Sur les hommes de toutes les races, ces miasmes paludéens font ressentir avec une grande énergie leur puissance nuisible. IMais c’est surtout sur la petite population blanche qui lient garnison dans le fort qu’on peut constater l’elfet de l’empoisonnement marématique. On peut dire que ce groupe d'Européens ne se compose que de malades (l).

Les vents jouent, comme véliicu'es du poison fébrigène, un rôle des plus importants. Comme dans les autres points étudiés jusqu’ici nous pouvons diviser les vents en deux groupes. Ceux qui viennent de l’Océan et ceux qui, du N au S en passant par l’E, sont des vents de terre.

Les brises de SO de ta mauvaise saison sont ordinairement faibles; elles ont traversé une large surface de pays aussi insalubres que les environs des postes. Elles sont tièdes et hu-

(1) Voir notre thèse ; Quelques considérations médicales sur le poste de Dagana. Montpellier, 18G4.

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mides. Par leur mouvement généralement lent, par leurs propriélés hygrométriques, elles sont éminemment propres au transport de la malaria et tendent à favoriser son développement. La direction des vents de ^hivernage vient donc se joindre aux causes d’insalubrité existant déjà dans celte saison ; tandis que les brises de l’O, à Corée et à Saint-Louis, malgré leur humidité, luttaient avec un certain avantage contre les causes d’insalubrité de I hivernage, à Dagana, ces brises sont au contraire les plus malsaines.

Nous avons vu plus haut que, dans la saison sèche, il règne dans la soirée, des brises d O; cps brises sont assez fréquentes en février, mars, avril, mai et juin, succédant le soir au vent de TE et du NE, elles reposent agréablement de la chaleur du jour. A mesure que rhivernage s’avance, ces brises perdent leur force, les calmes les remplacent, il faut parfois attendre jusqu’à tO ou H heures du soir pour proC ter de la légère fraîcheur qu’elles procurent.

Les vents du S ont les mêmes propriétés que ceux de SD. Le vent de NÜ s’observe d’une manière irrégulière, à peu près dans toutes les saisons.

Le vent de SE souffle rarement; c’est un vent exceptionnel, celui du début des tornades; il est alors extrêmement énergique, mais de très-courte durée.

Les vents du N, du NE et de TE, les deux derniers surtout, viennent du désert et possèdent une sécheresse extrême qui est, en grande partie, une propriété contrariant celles de la malaria. S’ils ne sont pas complètement impropres au transport de ce miasme, ils sont du moins peu favorables à son développement. Ce sont ces vents qui, après l’inondation, balaient les vastes plaines de la Sénégambie. Ils dessèchent rapidement les marécages, détruisent en partie au moins la vie végétale inférieure et la putréfaction au milieu de laquelle s’épanouit le miasme paludéen.

Les vents de NE et d’E sont eonnus sous le nom d’harmattan, vent du désert. Frais le matin, dans les mois de décembre et de janvier, ils sont brûlants dès que le soleil s’est élevé

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depuis quelques heures au-dessus de l’horizon. Ce sont ces vents qui, en avril et mai, donnent les forts maxima de température. Venant du désert ces vents sont chargés d’un sable fin qui s’infiltre partout. En parlant de l’état du ciel à Corée et à Saint-Louis, nous avons attribué à ce sable tenu en suspension par le vent d’E, l’aspect de la partie la plus orientale de l’horizon du littoral, pendant une grande partie de la saison sèche.

Les vents d’E apportent parfois des nuées immenses de grosses sauterelles. J’ai vu, à Dagana en 1862, sous l’influence de vents modérés de l’E, un de ces passages de nuées de sauterelles. Ces insectes étaient en si grand nombre qu’ils formaient un nuage épais que les rayons du soleil ne traversaient qu’avec peine. De la partie inférieure de ce nuage s’abattait sur le sol comme une pluie de ces insectes. Ils couvraient la terre et les arbres d’une cuirasse vivante d’un jaune d’or. Les fromagers {bombax, Lin.) qui se trouvent devant le fort de Dagana sont des arbres d’environ 25 mètres de haut, ils étaient à ce moment couverts de feuilles. Au bout du second jour de ce passage, ces arbres furent entièrement dépouillés, et ne possédaient plus une seule feuille. La récolte de mil fut complètement perdue. Pour ne pas mourir de faim, les noirs mirent le feu à une partie de leur récolte à demi-dévorée déjà; et des sauterelles plus ou moins grillées se vendaient en sacs comme matière alimentaire. Ces jiassages de sauterelles sont heureusement rares. Ce sont les plus grandes causes des famines qui ravagent le pays.

La sécheresse des vents d’E est extrême. Lorsqu’ils soutient avec énergie, les corps les plus durs, le bois, l’ivoire, se fendent sous leur influence. Les objets cartonnés se racornissent et se déforment, les meubles se disjoignent, leurs boiseries éclatent avec bruit.

C’est à la présence de ces vents qu’est due la tristesse de la végétation au Sénégal, le bananier, l’ananas, et autres plantes tropicales ne peuvent s’acclimater à Dagana. Eu une journée de vent d’E énergique, le jardin le mieux cultivé et promet-

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tant la plus riche recolle de légumes est complètement détruit. Lorsque ces vents ont toute leur force et leur plus grande fréquence, les feuilles jaunissent et tombent, le plus grand nombre des arbres restent dépouillés de leur feuillage jusqu’au retour des pluies. Les écorces des acacias éclatent et par les fentes suinte la gomme qui reste accolée, sous forme de boule, à la branche qui l’a produite (1).

Lorsque, comme en 1873, les vents d’E sont rares ou offrent une faible énergie, la récolte de la gomme est frès-peu abondante. Cette richesse du pays peut diminuer alors de moitié ou même des deux tiers.

L’influence des vents d’E sur le corps humain est aussi prononcé que sur les végétaux. Sous l’influence de ces vents, on voit le thermomètre placé dans les meilleures conditions à l’ombre, dans le lieu le plus frais du poste, mais où l’air circule librement, monter au-dessus de 40 degrés centigrades et se maintenir à cette hauteur pendant trois ou quatre heures. Le corps se trouve ainsi pendant plusieurs heures dans un milieu élevé de quelques degrés au-dessus de sa température propre. Les objets conducteurs du calor ique, le marbre, le fer, donnent dans l’intérieur des appartements, lorsqu’on y pose la main, une sensation de chaleur semblable à celle que l’on éprouve en touchant ces objets, lorsqu’ils viennent d’être exposés au soleil. Mais alors, l’air est sec et ne fait aucunement éprouver l’impression pénible à laquelle on est soumis en seplembre et en octobre, lorsqu’une température qui ne s’élève pas à plus de 34 degrés est accompagnée d’humidité et de calme.

Dans le premier cas, sous l’influence du vent du désert, le corps est sec, la peau hâlée, les lèvres se gercent comme en Europe par les froids rigoureux de l’hiver; la membrane pi-

(0 D’après un grand nombre d’échantillons que nous avons pu voir entre les mains de M. Béranger-Féraud, médecin en chef, les points d’où sort la gomme sont très-souvent aussi le lieu d’implantation d’une plante parasite qui doit jouer un certain rôle dans la production de la gomme.

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tuitaire desséchée devient douloureuse, les conjonctives sont le siège d’une fluxion sanguine.

Dans le second cas, par vent de SO faible ou avec les calmes qui alternent avec ces vents, la peau est couverte de sueurs abondantes continuidles; elle est ordinairement le siège d-’une éruption particulière (les bourbouilles). Ou éprouve dans tous les membres une sensation de brisement; on est incapable de dé[)loyer la moindre force physique un peu soutenue; et la persistance de la chaleur jusque dans la nuit empêche le sommeil.

Lèvent d’E ne souffle pas la nuit, ou s’il souffle, il est froid, et jamais les nuits de la saison sèche ne sont pénibles comme celles de l’iiivernage.

Si nous poursuivons la cou'para’son entre les chaleurs produites dans la saison sèche par les vents d’E et celles de l’hivernage, nons ferons remarquer que rien ne peut préserver des dernières, tandis qu’il est facile d’atténuer l’effet des chaleurs brûlantes des vents du désert. On a d’abord la ressource des bains et des affusions froides. On peut aussi se mettre à l’abri de ces vents. 11 faut pour cela se renfermer dans un vaste appartement hermétiiiuement clos par de doubles portes et doubles fenêtres. En arrosant le sol de cet appartement, on parvient à y maiutenii- une température qui s’élève, mais lentement, au-ilessus de Ct lie de la matinée. Tandis que le tliermomètre extéritur marque à l’air libre à l’ombre 39 à 40° et même plus, on peut se trouver dans un milieu clos dont la température ne s’élève pas à plus de 30°, surtout si l’on a eu soin d’interrom|)re la communication avec le dehors, dès le matin, un moment a\ant l’arrivée du vent du désert. L’impression ressentie en passant de ce milieu artificiel à l’air libre est analogue à celle que l’on éprouve en entrant dans les étuves sèches de cerlaines fabriques.

Quelque désagréables que soient les vents d’E, leur influence bienfaisante n’en est pas moins incontestable. Nous avons pu souvent en faire l’observation comme dans le cas suivant :

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C’était à la fin de l’hivernage de 1862, au moment où les eaux de l’inondation commençaient à se retirer, où les foyers d’infection se multipliaient. L’état sanitaire du poste était aussi mauvais que possible. Aux premiers vents d’E un peu énergiques, les malades cessèrent d’encombrer l’infirmerie, les fièvres reprirent un caractère moins inquiétant, la tendance à la perniciosité disparut. C’est grâce à ces vents du désert que l’état sanitaire, mauvais pendant l’inondation, s’améliora juste au moment où les eaux se reliraient avec rapidité et où l’on pouvait croire que les causes d’infections allaient devenir plus nombreuses. Certes les elfluves miasmatiques tendaient à se multiplier à ce moment, mais les vents du désert les détruisaient en partie ou les emportaient au loin.

Nous devons signaler ici un fait qui paraît en contradiction avec les propriétés que l’on a attribuées à l’ozone sur l’état sanitaire et aux piopriétés destructives des miasmes que posséderait cet agent almosphéri(|ue. Malgré l’ii fl lence favorable des vents d'E sur l’état sanitaire, ces vents font disparaître de l’air toute trace d’ozone. Nous avons vérifié le fait à Saint-Louis. Notre ami, le docteur Daniel, l’a constaté dans le voisinage de Dagana, à Podor, en mars 1 874, avec du papier ozonomélriqne que nous lui avions adressé dans le but de vérifier l’exactitude des observations que nous faisions à Saint- Louis. Que devons-nous penser après cela de la théorie qui attribue à l’ozone les propriétés parfois mortelles, dit-on, du simoun dans les parties N du désert?

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