III. — Mode de répartition des pluies dans le cours
de l’année.
Le nombre des jours pluvieux à Corée est excessivement faible ; la moyenne des nombres des jours pendant lesquels l’eau tombée était en quantité appréciable au pluviomètre n’est que de 33. Les écarts au-dessus et au-dessous de cette moyenne sont très-sensibles; ainsi, en 18S8, il n’y a eu que 20 jours de pluies appréciables, tandis que, l’année suivante, le même observateur en a noté 48.
La moyenne de la quantité d’eau tombée annuellement à Corée est de S33 millimètres; les écarts au-dessus et audessous de cette moyenne ne sont pas très-considérables. Cependant, en 1838, il est tombé 313 millimètres d’eau, dans l’année suivante 694 millimètres, plus du double; ce fait n’a rien d’extraordinaire dans l’étude des pluies, phénomènes les plus irréguliers que la météorologie ait à examiner.
Si nous considérons les pluies de l’année entière, le nombre des jours de pluie paraît très-minime. La quantité d’eau tombée dans l’année moyenne (333 millimètres) est à peu près la même que celle qui tom.be annuellement à l’Observatoire de Paris; mais nous n’avons aucune comparaison utile à faire sous ce rapport avec le climat de France. 11 serait au contraire fort intéressant de comparer le régime des pluies du Sénégal à celui des pluies d’une autre région tropicale, par exemple de Cayenne.
DES PLUIES
Cinq années d’observations pluviométriques (1846-1830) faites à l’hôpital de Cayenne (1), donnent une somme annuelle de 3“,513. On voit combien les pluies du littoral de la Sénégambie sont inférieures à celles de la Guyane.
Au lieu d’une région située directement sons l’équateur, choisissons un lieu placé sous les tropiques, sur un parallèle peu éloigné de celui de Gorée. M. Sainte-Claire Deville admet le nombre de 2 mètres pour la hauteur annuelle moyenne de l’eau tombée au niveau de la mer dans les parages de la Guadeloupe et de la Martinique (2). La quantité d’eau de pluie recueillie sous le même parallèle, dans la région tropicale du N, est donc très-différente, suivant que l’on considère la partie orientale ou la partie occidentale de l’océan Atlantique. Les pluies des Antilles sont quatre fois plus abondantes que celles du Sénégal. Ce phénomène s’explique par la présence des alizés dans celte zone. L’époque où régnent ces vents est pour le Sénégal une période de sécheresse presque absolue, tandis qu’aux Antilles, les alizés sont humides, et de plus la saison sèche est loin d’être privée complètement de pluie.'!. Les propriétés des vents NE diffèrent suivant les régions sur lesquelles ils ont passé : ce sont des brises maritimes pour les Antilles, et des brises sèches venant du désert pour le Sénégal. La différence existant entre le climat de celte dernière colonie et celui de nos possessions d’Amérique résulte de ces propriétés diverses des vents NE.
Nous pourrions encore comparer les pluies du Sénégal à celles d’une région située dans Thémisphère S à la même distance de l’équateur. Nous possédons les observations pluviométriques faites dans l’île de Sainte-Marie de Madagascar (3). Cette île est située dans l'hémisphère S, à J 6“ de
(1) hoiries observations de M. Leprieur, Annuaire de la Société météorologique, 18o3.
(2) Ch. Sainte-Claire Deville, Aperçu général du climat des Antilles. — Revue coloniale, janvier 1853.
(3) A oir dans les Archives de médecine navale, 1870, tome XIV, notre Élude sur le climat et la constitution médicale de Vile Sainte-Marie de Mo>dagascQ,r,
Téqualeur; la grande différence qui existe entre les climats de nos deux colonies africaines peut montrer la dissemblance considérable des climats africains de l’hémisphère S et de ceux de l’hémisphère N.
A Sainte-Marie de Madagascar, on recueille au pluviomètre S"", 646 d’eau par an; à Corée, S33 millimètres seulement. Il pleut à Sainte-Marie 156 jours par an, soit 3 jours sur 7, au Sénégal moins de 1 jour sur il. Au Sénégal, les 33 jours de pluies se partagent inégalement en 2 jours pour toute une saison et 31 jours peur les six autres mois, et encore, sur ces 6 mois, faut-il ne laisser que 2 jours pour les 2 mois de juin et d’octobre, et répartir les 29 autres jours sur les 3 mois qui forment le centre de l’hivernage et la seule vraie saison des pluies.
D’après ce que nous venons de dire, le climat du Sénégal ne peut se comparer ni à celui de France, ni à celui des régions équatoriales, ni même aux climats de deux pays situés à la même distance de l’équateur, dans l’un et dans Fautre hémisphère, et soumis comme le Sénégal, pendant huit mois de l’année, à des vents réguliers. H nous paraît nécessaire de signaler, en passant, que les alizés du SE qui soufflent à Madagascar viennent du grand Océan et sont humides, tandis que les vents dominants de NE sont secs au Sénégal plus encore que dans les autres points du globe.
Le Sénégal présente donc un caractère propre. Il est situé entre des pays où les pluies sont abondantes et des régions où elles font peut-être complètement défaut. Les pluies y sont esisentiellement périodiques : elles débutent rarement avant la fin du premier mois de l’hivernage, elles ne durent que trois mois.
Au mois de juin, il ne pleut en moyenne qu’une seule fois, et la quantité d’eau tombée est toujours très-faible; mais à chaque instant la pluie se montre imminente, le ciel est couvert incomplètement pendant plus des trois quarts des jours du mois. La pluie n’a jamais fait totalement défaut dans ce mois pendant nos huit années. Cependant, la première année
DES PLUIES
de notre série, la quantité d’eau tombée a été inappréciable au pluviomètre. C’est ordinairement à la fin de juin que surviennent les véritables pluies, comme l’indiquent les dates des jours de pluies de ce mois.
La saison pluvieuse se compose essentiellement des trois mois de juillet, août et septembre : jamais les pluies ne manquent pendant ces trois mois.
Le mois d'octoère, comme celui de juin, ne comprend qu’un seul jour de pluie en moyenne. Sur huit années, le mois d’octobre a été parfaitement sec trois fois, et une quatrième année la quantité de pluie tombée était inappréciable. Dans l’année moyenne, le mois d’octobre est indiqué comme n’ayant qu’un peu plus d’un demi-centimètre d’eau de pluie.
Le mois de novembre n’appartient à l’hivernage que par l’élévation de sa température; comme le mois de mai, c’est un mois de transition d’une saison à l’autre.
Si l’on jette un coup d’œil sur les roses des vents de l'île de Corée (V. ch. 111), on sera frappé de la relation très-évidente qui existe entre la présence des pluies et l’absence des vents généraux : les mois des vents variables sont les seuls pendant les(]uels il pleut régulièrement. Les rares pluies du mois d’octobre ont toujours eu lieu à des dates comprises dans les dix premiers jours de ce mois, alors que les vents de NE n’étaient pas encore établis. Nous allons suivre dans notre description la division naturelle et examiner les pluies dans chacune des deux saisons.