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VII. — Principales remarques sur les pluies

Malgré l’irrégularité des phénomènes de la pluie, ou plutôt à cause de cette irrégularité, nous devons chercher avec soin et signaler les faits particuliers que peuvent mettre en évidence les résultats des observations de ce phénomène atmosphérique. Nous avons dit que la plus forte quantité de pluie mesurée dans l’espace d’une seule année avait été de 694 millimètres en 1869 (année d’épidémie de fièvre jaune). Les jours pluvieux de celte année ont porté sur huit mois succes-

CLIJIAT DE GOnÉE.

sifs. Il est vrai que la quantité d’eau tombée en dehors de l’hivernage a été assez faible. Les trois mois de la saison humide par excellence ont fourni, en 38 jours, 650 millimètres d’eau ; les 10 autres jours, répartis sur les mois de mai, juin, octobre, novembre et décembre, n’ont versé sur le sol que ■44 millimètres. C’est la seule de nos huit années pendant laquelle le mois de mai ait présenté un jour de pluie.

Sans nous arrêter à considérer la marche des épidémies de fièvre jaune, signalons pourtant que toujours elles ont eu lieu à Corée pendant la saison des pluies. Cette coïncidence ne pourrait-elle pas s’expliquer par la nécessité, pour l’extension de la fièvre jaune, d’une température moyenne élevée comme celle de l’iiivernage (27°). La basse température de la saison sèche (20°, 6) arrête au contraire les progrès de l’épidémie ou s’oppose à son invasion. Il est nécessaire d’ajouter qu’en 1864, année exempte de fièvre jaune, la quantité d’eau tombée a été, à 2 ou 3 millimètres près, la même qu’en 1859, mais que le nombre des jours pluvieux a été de beaucoup inférieur à celui des jours pluvieux de cette dernière année.

Les chiffres exprimant l’abondance et la fréquence moyenne des pluies ne donnent que d’une manière incomplète une idée du régime des pluies sur le littoral de la Sénégambie. Nous avons cru utile de bien indiquer le mode des pluies par des renseignements plus détaillés. Nous avons compté pour cela, sur les registres météorologiques, les nombres des jours où la hauteur de la pluie avait atteint ou dépassé certaines hauteurs.

Nous avons trouvé, par celte méthode, qu'en huit ans, la hauteur de la pluie, en 24 heures, avait atteint ou dépassé trois fois, 110, 130 et 140 millimètres ; huit fois elle s’est élevée entre 60 et 100 millimètres; dix fois elle a dépassé 50 millimètres ; vingt-quatre fois elle a été au-dessus de 30 à 40 millimètres; soixante-dix fois elle a été supérieure à 10 et 20 miillimèlres ; cent cinquante-une fois elle a été inférieure à 10 millimètres et d’au moins 0““,5.

Nous avons aussi cherché quelles avaient été, chaque an-

DES PLUIES

née, les plus fortes séries de jours pluvieux consécutifs ; ces séries sont très-rares et peu longues. Nous trouvons : en 1858, une série de 3 jours, du 1®'' au 3 septembre, accompagnée de vent d'O ; en 1 859, une série de 4 jours, du 24 au 27 août, par vent de SO ; en 1860, une série de 6 jours, du 4 au 9 septembre, pluies d’orages; en 1861, nous trouvons deux séries de 7 jours pluvieux, l’une en août, accompagnée d’orages et de vent d’O, l’autre dans les premiers jours de septembre, par de fortes brises d’O ; en 1862, une série de 6 jours. Dans les trois dernières années d’observations les séries ne dépassent pas 4 jours.

On peut voir par ces indications que le climat de Corée ne présente que très-exceptionnellement des séries de jours pluvieux. Il est excessivement rare de voir la pluie se soutenir d’une manière continue pendant vingt-quatre heures. 11 y a presque toujours, entre les grains qui constituent les pluies de riiivernage, des moments où le ciel est découvert et où le soleil peut faire sentir son influence qui, à cette époque plus qu’à toute autre, est pernicieuse pour les personnes qui s’exposent à son irradiation directe.

Voici quelques pluies remarquables dont nous croyons devoir mettre en évidence les observations :

En 1862, il est tombé en six jours plus d’un tiers de la quantité d’eau totale de l’année, dont 90 millimètres en un seul jour, sous l’influence de fortes brises d’O.

La plus forte quantité d’eau tombée en vingt-quatre heures a été de 142 millimètres en 1864. En quatre jours, du 8 au 12 août, il est tombé, celte année, 399 millimètres d’eau, c’està-dire plus de la moitié de la pluie totale de l’année. Une série de forts vents d’O et de SO avaient apporté ces pluies.

Pendant un coup de vent de SO qui régna du 28 au 30 septembre de l’année 1860, il est tombé 109 millimètres d’eau, environ le quart de la pluie totale de l’année.

On voit par ces exemples (et les autres observations consignées sur nos relevés annuels des pluies le démontrent éga-

CLIMAT DE CORÉE

lement), que ce ne sont pas les pluies d’orages qui donnent la plus grande abondance d’eau, mais les pluies apportées de l’Océan par des Yents énergiques.

Pour avoir une idée de la force avec laquelle tombe la pluie, pendant les principales averses que j’ai pu observer à Corée, en 1872, j’ai cherché à' déterminer la quantité d’eau qui tombait au moment où la pluie avait sa plus grande intensité ; j’ai plusieurs fois trouvé que la pluie donnait alors, au pluviomètre, une hauteur d'eau de 1 millimètre par minute.

Ces énormes averses, lorsqu’elles se répètent dans un temps assez court, produisent dans le pays l’effet de petites inondations. A Dakar les routes sont souvent emportées par ces pluies et profondément ravinées. 11 en résulte qu’à la fin des hivernages très-pluvieux, des travaux considérables deviennent nécessaires pour réparer les dégâts produits. L’économie se joint à l’hygiène pour conseiller de faire le drainage de cette petite ville, de manière à lui permettre de recevoir les eaux pluviales, sans être bouleversée d’une façon aussi préjudiciable à la santé des habitants qu’aux intérêts bien entendus de la colonie.

VIII. Influence des pluies sur la végétation et sur l’état sanitaire. — Différences au point de vue sanitaire entre les villes de Gorée et de Dakar.

Nous avons fait remarquer la coïncidence de la saison des pluies avec l’extension des diverses épidémies de fièvre jaune qui ont ravagé Gorée, et nous avons attribué à la haute température de cette saison l’extension d’épidémies qui toujours ont été importées, ainsi que le démontrent les savantes recherches du médecin en chef du Sénégal (t).

• La saison des pluies est toujours accompagnée d’une activité

(1) V. De la fièvre jaune au Sénégal, par Bércnger-Fcraud. Paris, 1874.

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très-grande de la végétation ; nous croyons utile de signaler une observation que nous avons faite plusieurs années de suite. C’est au mois de juin, sous l’influence, non pas des pluies, mais de l’élévation de la température, que s’opère le réveil de la végétation. Ce réveil, sans être au Sénégal aussi remarquable que celui du printemps en Europe, est pourtant extrêmement sensible. A la fin de mai la terre est desséchée, les animaux trouvent à peine leur nourriture, le fourrage est sec et de mauvaise qualité, il n’y a que de rares arbustes qui conservent encore quelques feuilles. Les 'pluies ne sont pas encore apparues; la terre étant toujours sèche, l’herbe ne pousse pas. Malgré cela, la sève prend de l’activité, les arbres se couvrent de bourgeons, et même quelques feuilles paraissent avant qu’il soit tombé une seule goutte de pluie.

Ainsi la végétation prend, sous l’influence de la chaleur, une activité qui précède et annonce en quelque sorte les pluies. Peu de temps après ce moment, les pluies surviennent et donnent à la végétation une force qui rend, en quelques jours, à la presqu’île l’aspect de la fécondité des régions équatoriales.

Un autre phénomène doit être encore noté : les moustiques, qui étaient devenus très-rares et avaient même disparu complètement, reparaissent en assez grande quantité dès le commencement de juin. Ce n’est, il est vrai, qu’après les premières pluies que des nuées de ces insectes sortent de toutes les mares d’eau où abondent leurs larves, mais leur première apparition a lieu avant la pluie. A ce moment la sécheresse est telle que les petits oiseaux, trouvant difficilement à vivre dans la campagne, se rapprochent des lieux habités, et qu’il suffît d’un peu d’eau pour les attirer dans les pièges. On prend ainsi des quantités considérables de ces petits passereaux, que Buffon a décrits sous le nom de sénégali ; ils constituent même l’objet d’un commerce assez important ; le Sénégal en exporte des milliers.

La chaleur et sans doute aussi Tétât hygrométrique de Tair qui l’accompagne, produisent des effets qu’un observateur

CLIMAT Uli: GOUJiii:.

inattentif attribuerait aux pluies qui ne tardent pas à survenir.

Dès que quelques gouttes d’eau se sont répandues sur le sol, le réveil de la nature est complet, la terre se couvre d’herbe, les immenses boababs, dont quelques feuilles pointaient à peine sur des branches sèches comparables à celles d’un arbre mort, se couvrent en quelques jours d’un magnifique feuillage qui projette un vaste cercle d’ombre autour de leurs troncs prodigieux. En une semaine les bourgeons de certains arbres, tels que le Morenga-oleifera, développent des tiges d’une longueur de SO centimètres.

Les insectes fourmillent alors. Il suffit d’exposer une lumière, un soir de calme, sur une fenêtre, pour faire une collection entomologique des plus riches. Dans les herbes pullulent les batraciens. Le pays prend l’aspect que l’on rencontre constamment à quelques degrés plus bas en se rapprochant de l’équateur.

La santé des indigènes, en ce moment, est excellente. L’Européen seul souffre et s’empoisonne dans cette atmosphère pour laquelle il n’est pas créé. S'il veut éviter les fièvres, il faut qu’il s’éloigne ou qu’il aille habiter Corée. Ce rocher dépourvu de végétation est séparé de la terre par une distance suffisante pour atténuer la force des miasmes. Corée est d’ailleurs dans une situation hygiénique qui le met à l’abri des vents les plus malsains, et ce n’est qu’accidentellement que ces miasmes pourraient lui être portés. Aussi les fièvres intermittentes sont-elles très-rares chez les habitants de Corée, et les Européens peuvent passer plusieurs années dans celte île sans avoir le moindre accès de fièvre, à la condition de ne faire aucune excursion sur la terre ferme.

Corée est, en dehors des années où la fièvre jaune y est importée, un port d’une salubrité remarquable, non pas d’une manière relative et par comparaison avec la côte du Sénégal ou l’intérieur du pays, mais d’une manière absolue. La salubrité de son climat peut être comparée à celle de nos meilleures colonies. Si les habitants de l île de Corée ne faisaient

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de fréquentes excursions sur le continent, ils pourraient jouir pendant de longues années d’une santé excellente. Des faits nombreux sont là pour le prouver. Je citerai entre autres la bonne santé dont y jouissent les femmes et les quelques personnes qu’une vie sédentaire retient dans l’île.

La ville de Dakar, si elle se bâtit où elle a été tracée, pourra jouir en partie de sa situation exceptionnelle sur le continent africain. Mais pour que son climat puisse devenir aussi sain que celui de Corée, il faudra que cette petite ville se transforme rapidement en un centre très-habité et bien bâti. Longtemps encore il y aura entre Corée et Dakar une différence énorme au point de vue sanitaire. Cette différence est actuellement extrêmement prononcée. Je crois qu’il est difficile de trouver deux points aussi proches l’un de l’autre et jouissant de conditions de salubrité si profondément dissemblables.

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