II. — Moyenne de la température
Quelles sont les valeurs relatives des diverses méthodes employées pour arriver à la détermination de la température du pays, et quelle moyenne annuelle devons-nous choisir pour Saint-Louis? Examinons d’abord les deux séries d’observations faites, Tune à l’aide d’un thermomètre fixe suspendu sous l’abri météorologique, l’autre à l’aide d’un thermomètrefronde agité à l’ombre en prenant les précautions recommandées pour l’usage de cet instrument.
Les différences entre les moyennes du thermomètre-fronde et celles du thermomètre abrité, s’élèvent entre 0°,2 et dans la saison sèche, et 0“,1 et 0%2 dans l’hivernage. La différence des moyennes annuelles est de 0“,2. Les indications du thermomètre-fronde ont été toujours les plus élevées. En France, dans les observatoires où l’on se sert des deux instruments, les indications du thermomètre-fronde donnent en général des chiffres inférieurs à ceux fournis par le thermomètre abrité.
Pouvons-nous déduire de nos observations que la différence entre les deux thermomètres sera toujours, au Sénégal, en sens contraire de celle que l’on trouve dans les pays tempérés?
Si le thermomètre-fronde nous a donné des résultats légèrement trop élevés, nous pensons qu’en observant cet instrument dans un jardin et au-dessus d’un sol gazonné, nous aurions obtenu, comme en France, une moyenne plus basse que celle déterminée sous l'abri.
Cette appréciation se justifie par une note que le savant éminent, chargé de la direction du laboratoire des recherches météorologiques au parc de Saint-Maur (Paris), a bien voulu nous remettre et nous autoriser à insérer dans notre travail.
Nous recommandons à nos collègues de la marine la lecture de celte note; elle leur évitera des observations inutiles, et leur indiquera la véritable manière d’étudier la tempéra-
TEMPÉRATURE
ture deTair, soit aux colonies, soit à bord. La haute autorité scientifique de M. E. Renou donne à ces lignes une importance toute particulière.
Notice sur la détermination de la température de Vair,
Par M. E. Renoü.
• L’observation de la température de l’air, au moyen d’un thermomètre fixe, présente la plupart du temps de graves défauts; à moins qu’on ait à sa disposition un abri conveuable, placé au-dessus d’un sol gazonné et dans un espace suffisamment étendu, les chiftres obtenus seront souvent différents de la véritable température de l’air.
Pour obvier à cet inconvénient, on se sert du thermomètre-fronde, c’est-à-dire^’un léger thermomètre à mercure, gradué sur la tige ; on le fait tourner en fronde au bout d’une ficelle de 0“,60 de longueur, et avec une vitesse de huit tours par seconde environ.
On se place, pour faire cette observation, à l’abri d’un obstacle peu étendu et de manière que le vent soit de face ou tout au plus de côté, en évitant que le vent qui arrive au thermomètre n’ait passé auparavant sur l'observateur. On trouve ainsi généralement une température moindre que celle donnée par le thermomètre fixe. Quand les réflexions sont un peu fortes, il n’est pas rare de trouver avec le thermomètrefronde, tourné en plein soleil, un chiffre moindre que celui accusé par le thermomètre sédentaire placé à l’ombre et censé donner la température de l’air.
Quelques personnes peu versées dans la physique pourraient craindre que le vent n’abaisse la température du thermomètre-fronde au-dessous de celle de l’air : il faudrait pour cela que le thermomètre fût mouillé, ce qu’on aura toujours soin d’éviter. Un thermomètre sec tourné ainsi produit de la chaleur, mais cette chaleur produite est si faible qu’elle est insensible dans le cas du thermomètre-fronde employé comme nous l’avons dit.
Il y a peu d’utilité à faire tourner le thermomètre-fronde auprès du thermomètre sédentaire; on trouve des différences, mais qui s’annulent en moyenne au bout de l’année. Mais il y a le plus grand intérêt à faire ces observations comparativement et aux mêmes heures, dans un lieu voisin, bien découvert, le plus éloigné possible de tous murs et
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le plus exposé au vent, à l’abri d’un objet isolé, comme le tronc d’un arbre ou une planche de dimensions suffisantes, placée à cet effet.
Aucun lieu d’observation, quel qu’il soit, ne peut être réputé suffisamment parfait, s’il n’a été soumis à cette épreuve en toute saison et à toutes les heures d’observation, ou au moins à des heures dont la combinaison s’éloigne peu de la moyenne diurne.
Sur les navires, en mer, l’observation du thermomèire-fronde est la seule sur laquelle on puisse compter; les thermomètres fixés aux mâts sont exposés non-seulement aux réflexions solaires, mais au soleil luimême la moitié du temps, par suite du mouvement apparent du soleil dans la journée et du changement d’orientation du navire en différents points de son itinéraire.
Le thermomètre-fronde est d’une incontestable utilité; nous en recommandons l’usage aux personnes qui voudront faire au Sénégal des études de la température. — Les explorateurs dans l’intérieur, les médecins qui accompagnent les troupes pourront, à l’aide de cet instrument, fournir des renseignements extrêmement précieux sur les températures auxquelles sont soumis les voyageurs et les troupes en marche, soit à l’ombre, soit au soleil, à l’air libre, soit sous l’abri des arbres, soit sous celui des tentes de campement.
Revenons à notre sujet principal. Les moyennes déduites des demi-sommes des maxima et des minima nous donnent une température annuelle trop élevée de 0“,8. Cette dernière méthode ne devra être employée qu’à la condition de faire subir au résultat une correction qui pourra être déterminée exactement par de plus longues séries que celles que nous possédons.
Les moyennes déterminées par la méthode de deux observations donnent des résultats qui. nécessitent pour Tannée moyenne, déduite des observations de M. Morio, une correction soustractive de 0“,1. Elle est de 0“,2 pour Tannée 1873-74. Ainsi la correction à faire dans la méthode de deux observations est la même qu’à Corée.
Nous accepterons comme moyenne de l’année à Saint- Louis, 23°, 2.
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C’est celle qui est déduite de quatre observations quotidiennes faites pendant quatre années, celle que nous donnent nos observations du thermomètre-fronde étant de 23%0, nous pensons que l’hésitation sur la valeur de cette moyenne ne peut porter sur plus de 1 ou 2 dixièmes d’approximation, et que les observations à venir ne modifieront pas sensiblement ce résultat.
Dans chacune des années particulières, la moyenne annuelle n’a différé de la moyenne générale que de 0“,1 à 0°,4. Les variations d’une année à l’autre sont donc très-faibles.
Si nous comparons cette température à celle de Corée (23®,8), nous voyons que, malgré son voisinage du désert, Saint-Louis, par sa position plus au N, perd sur Corée un demi-degré. La différence entre les deux climats porte inégalement sur^i^s deux grandes saisons qui divisent l'année. C’est surtout rhTvernage qui est moins chaud à Saint-Louis qu’à Corée; la différence est de 0“,8, tandis que la différence dans la saison sèche n’est que de 0“,2.
Tel est le résultat des observations, mais il faut être réservé sur des conclusions qui s’appuient sur la qualité des instruments. En somme, la saison chaude est un peu moins longue à Saint-Louis. Nous remarquerons que les forts maxima que subit Saint-Louis, n’empêchent pas sa température moyenne d’être inférieure à celle de Corée, tandis qu’à Bakel, ces maxima changent la saison sèche en une saison plus chaude que l’hivernage, pendant tout le trimestre du printemps.
A Saint-Louis l’hiver est légèrement plus chaud que le printemps, c’est le contraire de ce qui s’observe dans tous les autres points du Sénégal. Ce phénomène s’est présenté dans chacune des cinq années dont nous avons résumé les observations. Cette anomalie paraît liée à la baisse considérable des moyennes des maxima pendant le printemps et surtout à la faiblesse de la température moyenne du mois de mars.
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