IV. — Températures extrêmes
En joignant aux extrêmes des quatre années que nous avons résumées, ceux de l’année 1854 (l) et ceux résultant de nos propres observations, nous obtenons le tableau suivant :
(1) Observations de M. Audiberf, Revue coloniale, 1855, p. 164.
Températures extrêmes (six années
TEMPÉRATURES EXTRÊMES
CLIMAT DE SAINT-LOUIS
Les températures extrêmes déterminées par nos observations sont, pour les minima comme pour les maxima, tantôt au-delà, tantôt en-deçà des limites des variations dans la température, d’après les observations antérieures.
Dans beaucoup des années dont nous avons négligé de tenir compte, les températures extrêmes étaient moins variées, parce que les instruments avaient été placés trop à l’abri des vicissitudes atmosphériques. Les thermomètres observés en 1854 devaient se trouver à l’abri des vents d’E, car il est difficile de croire que, dans la saison de ces vents, le thermomètre ne se soit élevé jamais au-dessus de 33, pendant cinq mois de la saison sèche, et une seule fois à 35, dans le mois de mai.
D’après le tableau précédent, on jugera des variations les plus étendues que peut subir la température dans les mêmes mois.
Les températures extrêmes observées dans ces six années ont été 9°, 2 en janvier 1854, et 38%8 le 2 avril 1874 (1). Ce dernier maximum a été vérifié avec soin; il correspondait à un fort vént de l’E à l’ENE, entraînant avec lui une grande quantité de sable du désert. Ce même jour, à 1 heure, le thermomètre sec marquait sous l’abri 37“,7; le thermomètrefronde, agité à l’ombre, indiquait au même moment 38“,!; le ciel était à demi-couvert de nuages.
L’oscillation thermométrique a donc été de 29°, 6 en six ans.
En comparant ce chiffre à celui de 19“,0, oscillation thermométrique observée à Corée en dix années, on voit que les variations sont beaucoup plus considérables à Saint-Louis, tout en restant inférieures à celles qu’on observe en France.
H ne faut pas toutefois oublier que ces températures de 9°, 2 et de 38°, 8 sont exceptionnelles. En considérant le tableau des moyennes des minima et des moyennes des maxima en
(1) En avril 1862, le maximum avait atteint 37“, 2. Ce maximum de 37°, 2, que l’on peut signaler comme exceptionnel à Saint-Louis, et qui n’a certainement jamais été atteint à Corée, est celui du 8 août 1873, à Paris (Monsouris); mais celte dernière observation doit être corrigée, d’après M. Renou, et réduite à 36°, 6.
TEMPÉRATURES EXTRÊMES
1873-74, on reconnaîtra que les plus basses températures se sont maintenues dans le voisinage de 1S°,2 en février, et les plus hautes températures vers celui de 32“,3 en septembre.
Contrairement à ce qui s’observe à Corée, les maxima exagérés ont toujours lieu, non pas dans Thivernage, mais dans la saison sèche, celle des vents du désert.
En comptant combien de jours, chaque année, la température a atteint ou dépassé 30“, nous trouvons :
En 1862 130 jours.
Ces différences considérables d’une année à l’autre permettent de penser qu’elles sont le résultat d’exposition vicieuse des instruments. Dans quelques années, l’observateur avait sans doute placé ses thermomètres, en partie à l’abri des vents d’E, plus préoccupé qu’il était de la détermination d’une bonne moyenne annuelle que de fournir les observations des phénomènes irréguliers. C’est une précaution qui semble avoir été prise au Sénégal par beaucoup d’observateurs que celle d’abriter les instruments contre les vents d’E. Cette manière d’agir, signalée sur certains journaux, détruisait en grande partie la valeur d’observations que nous avons dû négliger.
Le reproche d’éviter les variations thermométriques ne peut être fait à notre mode d’observation, sur une terrasse exposée à tous les vents. Nous n’en croyons pas moins, par expérience, à une grande variabilité, d'une année à l’autre, dans le nombre des élévations considérables et momentanées de la température. Dans la saison sèche, les hautes températures sont toujours liées aux vents du NE à l’E. Or, ces vents ont, d’année en année, des modes de fréquence et de sécheresse qui varient beaucoup et les nombres de jours à températures maxima très-élevées peuvent ainsi varier beaucoup.
Dans notre année d’observation, voici quelle a été la fréquence des grands maxima, dans les deux saisons.
La température a atteint ou dépassé :
Hivernage 1873. Saison sèche 1874.
CO
... 92 fois.
46 fois
Ainsi, dans rhivernage, jamais, la température n’a atteint 36°. Dans la saison sèche, dans les six premiers jours du mois d’avril, sous l’influence d’une série de forts vents soufflant de l’E au NE, de 10 heures du malin à 1 heure du soir, la température a atteint ou dépassé 36° dans le milieu de la journée, six jours de suite, savoir :
36°, les 1®', 5 et 6 ; 37°, le 3; 38°, le 4 ; 38°, 8, le 2.
Le thermomètre-fronde observé à l heure a donné, du 2 au 3, des températures variant entre 3S°,2 et 38°, 1.
Saint-Louis, tout en ayant une température moyenne légèrement inférieure à celle de l’île de Corée, présente un climat tantôt plus froid et tantôt plus chaud que celui de cette île. Saint-Louis est situé près du bord de la mer, mais sur une côte basse, plane et presque rectiligne; tandis que Corée se trouve à l’extrémité d’une presqu’île s’avançant dans l’O et recevant de trois côtés l’influence de l’air marin. La nature sablonneuse du sol difi’ère aussi essentiellement de celle du terrain volcanique et basaltique sur leciùel est bâtie Corée. Enfin, Saint-Louis est un îlot fluvial, tandis que Corée n’est qu'un rocher dans la mer. Ces différences d’exposition, de nature du sol et aussi de voisinage sont, beaucoup plus que le changement en latitude, les causes de la différence des deux climats.
VARIATIONS DE LA TEMPÉRATURE