III. — Températures extrêmes
La plus basse température que nous ayons observée à Dagana a été de 13 degrés le 1 1 janvier 1862, à 6 heures du matin. L’année suivante le minimum n’est pas descendu au-dessous de 14 degrés. Dans l’année 1873, le thermomètre s’est abaissé jusqu’à 12 degrés, dans ce même mois de janvier. Et nous pouvons penser que les températures minima prises vers 6 heures du matin ont plutôt de la tendance à être trop élevées. Les températures de l.o à 16 degrés s.’observent souvent en décembre ou janvier, et parfois en février. Ces trois mois possèdent d’ailleurs une température moyenne, à 6 heures du matin, qui varie entre 16 et 18 degrés. Les matinées sont donc très-fraîches.
Les maxima absolus s’éloignent beaucoup des minima, eu égard à la situation tropicale du Sénégal. Ils ont atteint 41 de-
CLIMAT DE DAGANA.
grés deux fois dens l’année t le 25 mai et le 8 juillet, toujours sous l’influence des venls soufflant de l’ENE.
Dans plus de la moitié des jours de l’année, la dilatation lhermométrique a dépassé 30 degrés dans l’après-midi. Dans les mo s de novembre, décembre, jan\ier et février, celte température n'a pas été atteinte plus de cinq ou six fois.
Le nombre des Jours pendant lesquels la temi)éralure s’est élevée au-dessus de 35“ ou a atteint ce cbiffre est considérable, 72, savoir : 2 en février, -iO dans les trois derniers mois de la saison sèche et 30 dans l’iiivernage. Ce n’est donc [las aux mois des moyennes Ibermométriques les plus élevées- que correspondent ordinairement les forts maxima. Comme nous l’avons montré plus haut, la courbe des maxima ne suit pas du tout une marche [arallèle à celle des moyennes.
La fréquence des forts maxima n'est pas encore assez grande à Dagatia, dans les mois qui terminent la saison sèche, pour élever la température moyenne du printem[)S j\isqu’au niveau de celle de l’été et de l’automne. Mais cette moyenne se rapproche cependant de celle de l’hivernage, elfe n’en diffère que de 2“.
En pénétrant plus avant dans l’intérieur du Sénégal, nous trouverons à Bakel et à Médine des maxima qui, sans être de beaucoup supérieurs à ceux de Dagana, se présentent moins accidentellement et changent par leur fréquence la marche des moyennes mensuelles de la température, telle que nous l’avons observée jusqu’ici à Dagma, à Saint-Louis et à Corée.
D.igaiia possède un climat qui participe de celui du littoral et en môuie temps de celui de l’intérieur. Les mouvements étendus de la température n’y sont encore que des excsplions; ces exceptions deviendront la règle dans le haut Sénégal.
TEMPÉRATURE
IV, — Oscillations thermométriques.
Une oscillation annueUe de 28“ n’a rien d’extraordinaire, si on la compare à l’oscillation que subit, dans l’espace d’unan, la température des climats temiicrés. Examinons la valeur des oscillations dans chacune des deux saisons.
L’hivernage est à Dagana, comme dans tout le Sénégal, le moment des oscillations faibles. En 1862, les oscillations mensuelles ont varié entre 9°, 3 pour le mois de se[)tembre, milieu de riiivernage, et 19°, 0 pour le mois de juin, mois de transition, Ces mouvements de la température ne présentent, comme on le voit, rien de remarquable.
La différence entre les moyennes de 6 heures du matin et celle de 2 heures du soir, c’est-à-dire entre les moyennes se rapprochant le plus de celle des minirna, d’une part, et de celle des maxima, d’autre part, est de 7“,5. L'oscil'ation diurne moyenne est donc, dans l’hivernage, voisine de 8°. C’est un chiffre bien inf rieur à la moyenne des oscillations diurnes de l’été en France. Par excmiple, à Tours, à Verdun, à Versailles (l), les oscillations diurnes sont de juin à septembre, en moyenne, de 10“ à 1 ]“. On n'est donc pas en droit d’accuser les variations de la température d être, à Dagana, la cause des maladies très-nombreuses précisément à ce moment de l’année, et nous pouvons sans peine rejeter de nouveau les doctrines tendant à attribuer, en grande partie, l’insalubrité du climat du Sénégal aux variations thermométriques exagérées.
Une seule fois, dans l'iiivernage 1862, au mois d’août, l’oscillation diurne s’est élevée jusqu’à 8“,0; elle a été en moyenne, dans ce mois, de6",0 environ, ce qui n’est certes pas considérable et se rapproche de ce qui s’observe sous le climat des Antilles (2).
(1) Voir Annuaire de la Société météorologique.
(2) Voir Aperçu général du climat des Antilles, par M. Ch. Sainte-Claire Deville. Revue maritime et coloniale, 18 L3.
CLIMAT DE DAGANA.
An mois de juin, voisin de la saison sèche, la plus for»e variation diurne a atteint sous l'influence du vent d’E. Ce chiffre peut paraître élevé aux personnes (|ui ne sont pas familiarisées avec rétude de la météoro'ogie, mais il suffit de jeter un regard sur une série lhermométrique quelconque faite en France pour trouver des oscillations aussi prononcées dans le mois correspondant.
Dam la saüon sèche, l’oscillation mensuelle du thermomètre varie entre 14“ et 24°.
Mais ce sont principalement les variations dmrnes qui, au point de vue médical, présentent de l’intérêt, car ce sont elles qui ont surtout été accusées comme excessives. Ces variations ont été en moyenne, dans la saison sèche, de 12°, 2. Dans le mois des plus fortes oscillations, en avril, la moyenne des oscillations diurnes est supérieure à 14“,4.
De même que nous avons comparé le climat marin de Corée à celui de Brest, nous pourrions comparer le climat de Dagana à celui d’une ville éloignée de la mer, de Versailles (1), par exemple. Nous poumons, en faisant ce rapprochement, constater que les oscillations mensuelles sont, dans tous les mois de l’année, très-inferieures à celles des mois d’été dans nos contrées.
Dans la saison sèche, la moyenne des oscillations diurnes (10°) est à peu près égale à celle des oscillations diurnes des trois mois d’été en France, époque dans laquelle il est juste de prendre des comparaisons.
En résumé, dans l’hivernage, saison malsaine, les oscillalations le la tempéralure sontfaibles et d ffèrent peu decelles des climats tropicaux. Dans la saison sèche, ces oscillations s’élèvent au-dessus de celles des régions tropicales maritimes. Elles ont une valeur qui est à peu près celle des variations auxquelles sont soumis les Euro|»éens dans leur propre pays, pendant l’été. Ces variations produisent, au point de vue médicale, les
(1) Voir les observations de M. le Dr Bérigny, Annuaire de la Société météorologique, octobre 1873.
TEMPÉRATURE
mêmes résultats qu’en Eurojæ. Elles sont l’occasion des maladies sporadiques, bronchites, diarrhées qui régnent au Sénégal dans la bonne saison. Absentes dans l’hivernage, elles n’ont aucune influence sur la constitution médicale dans laquelle dominent, d’une manière presque exclusive, les maladies endémiques d’origine paludéenne.