INTRODUCTION
La courbe des âges de la vie humaine, d’après Canstatt, est déterminée par l’état d'évolution et d’involution des organes : un âge n’est donc point caractérisé par le nombre des années parcourues, mais par l’état des organes à un moment donné ; c'est dire assez que l’on ne peut assigner au début de la vieillesse un terme fixe. Il y a des vieillesses retardées, il y a des vieillesses anticipées ; toutes les causes qui diminuent la résistance de l'individu, comme les diathèses héréditaires ou acquises (rhumatisme, goutte, syphilis), les intoxications (saturnisme, alcoolisme), le sarmènement, produisent la sénilité précoce.
Mais que l’involution des organes soit la suite des ans, ou l'effet d’une des causes de vieillesse prématurée que nous venons d'énumérer, il est un élément qui ne manque Jamais, c'est l’altération des artères, connue sous le nom d’athérome : non seulement il est, pour ainsi dire, le critérium de la vieillesse, dont il accompagne les signes extérieurs, mais c’est lui qui juge le degré de la sénilité : il y a longtemps déjà que Cazalis disait ce mot, si souvent répété depuis : « On a l’âge, de ses artères. »
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Ce fait trouve journellement sa démonstration dans les hospices réservés à la vieillesse : sur 500 autopsies pratiquées sur des vieillards âgés de plus de soixantedix, M. Demange, n'a pas vu l’athérome manquer une seule fois; nous l’avons constaté à des degrés différents dans tous les cas observés dans le courant de notre internat à Saint-Julien.
L’altération sénile des artères est généralisée à tout le système artériel ; tandis que dans l'aorte et les gros troncs elle se manifeste sous forme de pustules athéromateuses, de plaques cartilaginiformes, de plaques calcaires, dans les petites artères elle est caractérisée par l'endartérite oblitérante et la périartérite.
Mais le bon état d’un organe étant lié à l'intégrité de sa circulation, il est évident que la lésion des artérioles nourricières retentit sur la nutrition des éléments de cet organe en y provoquant des processus morbides variés, qui sont le résultat de l’involution sénile des artères, et d'autant plus accentués, que celle-ci est plus marquée. Ce fait a été parfaitement mis en lumière par M. Demange, pour le rein et la moelle, où il a montré les éléments nobles irrités et étouffés par le tissu de sclérose partie de la périphérie des artères. Durand-Fardel a décrit dans le cerveau du vieillard, des petites lacunes auxquelles il donne le nom d'état criblé, et qui sont le vestige de foyers miliaires d’hémorrhagie ou de ramollissement.
Il est donc souvent difficile dans les lésions de la vieillesse, de distinguer celles qui sont le résultat de la sénilité seule, et celles qui dérivent de l’artérite : elles se
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mêlent, se compliquent, pour amener dans un délai plus ou moins éloigné, l’organisme à la mort des éléments anatomiques et l'individu au terme de la vie.
Il est un organe que sa nature anatomique et ses fonctions physiologiques placent dans un rapport intime avec le système artériel : c’est le cœur. Centre d’impulsion du sang, il ressent le contre-coup de toutes les modifications qui se passent dans les canaux et les organes où il le distribue ; l’endocarde, qui est la continuation de l’endartère, présente les mêmes altérations athéromateuses que celle-ci ; enfin l’artérite de ses vaisseaux nourriciers produit dans son muscle des altérations de nature diverse. |
Etudier le cœur sénile, c’est donc en quelque sorte étudier la façon dont se comporte vis-à-vis de l’artérite généralisée, le cœur chez le vieillard : c’est ce que nous nous sommes efforcé de faire dans ce travail, guidé par les conseils bienveillants et le contrôle éclairé de M. le professeur agrégé Demange : qu’il veuille bien accepter ici l’expression de toute notre reconnaissance.
Nous avons soigneusement éloigné de notre examen, tous les vieillards, chez lesquels un rhumatisme ancien, une affection chronique des bronches ou des poumons, ou une cachexie telle que celle du cancer ou de la tuberculose, auraient pu créer dans le cœur un état indépendant de la sénilité. Nos recherches n’ont guère porté que sur des individus ayant plus de soixante-dix ans, âge auquel l’involution sénile et l'athérome sont presque constants.
Le sujet que nous nous proposons de traiter n'est pas
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nouveau. Dans la plupart des traités élémentaires de pathologie, les auteurs décrivent des états du cœur, tels que l’atrophie, l’hypertrophie, l’athérome des valvules, que l’on rencontre chez le vieillard. D’autres ont porté plus spécialement leur attention sur les altérations du cœur dans la vieillesse.
Tandis que Cruveilhier (1) dans son anatomie, dit que le cœur dans la vieillesse échappe à l'atrophie des autres organes ; Béclard (2) enseigne que le cœur des vieillards est petit, flasque, graisseux.
Bizot (3) décrit d’une façon minutieuse les modifications de forme, de volume, de poids, du cœur dàns la vieillesse, ainsi que les ossifications des valvules.
Se basant sur des observations recueillies à la Salpétrière en 1843, de Neucourt (4) conclut que le cœur du vieillard a un volume au moins égal à celui de l’adulte, et qu'il peut exister aux orifices du cœur des bruits anormaux, sans troubles de fonction.
Durand-Fardel (5), dans son Traité des maladies des vieillards, insiste sur l’altération des orifices et sur l’hypertrophie du cœur dans la vieillesse.
Du Castel (6), considère également l’hypertrophie du cœur comme un fait physiologique chez le vieillard, mais 1l s'occupe surtout de la capacité et du volume de ses cavités.
(1) Anat. descriptive, 3 vol. p. 38.
(2) Article cœur. Dict. de med.
(3) Mém. de la Société méd. d’observ. 1. 1 (1838) (4) Arch. de méd., 4e série, t. IH, 1843.
(5) Maladies des vieillards, 1854, p. 648.
(6) Arch. gén. de méd., 1880, p. 25, Te série, t. I.
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Pénétrant plus avant dans l'étude des lésions intimes du cœur dans la vieillesse, Letulle (1), se demande si les vaisseaux artériels malades ne sont pas le point de départ du tissus néo-conjonctif observé et il voit dans l’artérite des vaisseaux du myocarde la cause de l’hypertrophie de la fibre musculaire.
Pour Martin (2), la sclérose cardiaque dans la vieillesse serait de cause dystrophique et ne naîtrait pas de la périphérie des vaisseaux ; pour Duplaix (3), au contraire les lésions cardiaques du vieillard débuteraient autour des vaisseaux ; telle est aussi l'opinion de Juhel- Renoy (4), qui décrivant la myocardite scléreuse, en signale la fréquence après soixante ans.
Peter (5) s’est surtout attaché à faire ressortir les rapports de l’athérome généralisé avec la sénilité et les altérations du cœur dans la vieillesse.
Brousse (6), résumant l'opinion des auteurs qui se sont occupés du cœur dans la vieillesse, conclut que l’augmentation du cœur chez le vieillard, est due à une hypertrophie du myocarde, tantôt primitive, tantôt secondaire à une hyperplasie conjonctive.
Notre but est d’insister sur les rapports intimes qui lient les modifications séniles du cœur à l’artérite généralisée,
(1) Des hypertrophies cardiaques secondaires. Th. de Paris, 1879.
(2) Lésions viscérales consécutives à l’endartérite oblitérante. (Revue de méd. 1881, p 369).
(3) Contrib. à l’étude de sclérose, Th., Paris. — 1883.
(4) Thèse, Paris. — 1882.
(5) Leçons de clinique médicale 1880, p. 290.
(6) {nvolution sénile. Thèse d’agrégation 1886.
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Dans la première partie de notre travail, nous étudierons l’anatomie du cœur dans la vieillesse; dans la seconde nous examinerons les symptômes cliniques liés à son altération.
Avant d'entrer plus avant dans notre sujet, nous tenons à remercier M. le professeur V. Parisot de l’honneur qu'il nous a fait en présidant notre thèse et de la bienveillance qu’il nous a témoignée durant tout le cours de nos études.