‹ Recherches sur le penchant au crime aux différens âgesChapitre 1 sur 17 · SOCIALE · texte numérisé non relu

SOCIALE

J'ai tâché d'indiquer dans un Mémoire précédent {'), de quelle importance seraient des observations qui auraient pour objet l'étude des divers élémens relatifs à l'homme ^ soit pour le physique , soit pour le moral ^ et des lois que ces élémens suivent dans leur développement depuis la naissance jusqu'au tombeau.

L'homme que j'ai considéré est dans la société l'analogue du centre de gravité dans les corps; c'est un être fictif pour lequel toutes les choses se passent conformément aux résultats moyens obtenus pour la société. Si l'homme moyen était déterminé pour une nation^ il présenterait le type de cette nation^ s'il pouvait être déterminé d'après l'ensemble des hommes^ il présenterait le type de l'espèce humaine tout entière.

(*) Efichercheê tur ia loi de la croiuancê de rkomme au» diffèrene àgee, tom. VI. NovTiÀVx HâHoiiis de TAcadémie de Bruxelles.

En se bornant à déterminer l'homme moyen pour une nation et en l'étudiant d'une manière suiyie^ on pourra apprécier les modifications qu'il éprouve p«r la suite des temps ^ et reconnattre si ces modifications dépendent de la nature ou de l'homme qui , dans l'état de société^ réagit sur lui-même en yertu de certaines forces dont il disposerait d'après son libre arbitre.

En admettant que ces forces existent réellement^ comme toutes les observations semblent le prouver (')> je les nomme forces peHurbatHces de l'homme par analogie avec les forces perturbatrices que les savans ont considérées dans le système du monde j on conçoit que les effets qui en résultent^ agissent avec tant de lenteur , qu'on pourrait les nommer également par analogie perturbations séculaires. La science qui aurait pour but une semblable étude ^ serait une véritable mécanique sociale qui, l'on n'en peut douter, présenterait des lois tout aussi admirables que la mécanique des corps bruts, et mettrait en évidence des prin*

cipes conservateurs qui ne seraient peut-être que les analogue^ de ceux que nous connaissons déjà.

, Cette manière d'envisager là système social a quelque chose

(0 L'Ulnitre Bnffioii expose trèt4nen la pmisaiiee de l'homme pour modifier jes oaTrages de la nature : « Toot cet exemplef modernes et réoens , pronvent que l'homme n'a connu que tard l'étendue de sa puissance | ajoute-t-il, et que ménif «il ne la connaît pas encore assez ; elle dépend en entier de Fexercice de son int^Uigenoe ; ainsi plus il observera , plus il cultivera la nature , plus il aura de mqyehtf

pour se la soumettre j et que ne pourrait-il pas sur lui-même , je veux dire sur

sa propre espèce , si la volonté était toujours dirigée par nhtëlligence ! Qui sait à quel point l'homme pourrait perfectionner sa nature , soit au moral , soit au fijj* sique j etc. » [Epoques de la nature. )

de positif qui doit, au premier abord, efifrayer certains esprits; les uns y yerront une tendance au matérialisme, les autres, en interprétant mal mes idées, y trouveront une prétention outrée d'agrandir le domaine des sciences exactes et de placer le géomètre sur un terrain qui n'est pas le sien; ils me reprocheront de l'engager dans des spéculations absurdes en l'occupant de choses qui ne sont pas susceptibles d'être mesurées.

Quant à l'accusation de matérialisme, elle a été reproduite si souvent et si régulièrement toutes les fois que les sciences essayaient un nouveau pas , et que l'esprit philosophique en se jetant hors des antiques ornières, cherchait à se frayer des chemins nouveaux, qu'il devient presque superflu d'y répondre, aujourd'hui surtout qu'elle est dépouillée de l'appareil des fers et des supplices. Qui pourrait dire d'ailleurs, qu'on insulte à la divinité en exerçant la plus noble faculté qu'elle ait mise en nous , en tournant ses méditations vers les lois les plus sublimes de l'univers, en essayant de mettre au jour l'économie admirable , la sagesse infinie qui ont présidé à sa composition. Qui oserait accuser de sécheresse les philosophes qui, au monde étroit et mesquin des anciens , ont substitué la connaissance de notre magnifique système solaire, et qui ont tellement reculé les limites de notre ciel étoile, que le génie n'ose plus en sonder les profondeurs qu'avec un respect reUgieux. Certes , la connaissance des merveilleuses lois qui règlent le système du monde que l'on doit aux recherches des philosophes, donne une idée bien autrement grande de la puissance de la divinité , que celle de ce monde que voulait nous imposer une aveugle superstition. Si l'orgueil matériel de l'homme s'est trouvé frustré en voyant combien est

petite la place qu'il occupe sur le grain de poussière dont i Ceusait son univers, combien son intelligence a dû se réjoui d'avoir porté si loin sa puissance et d'avoir plongé si avant dan les secrets des cieux.

Après avoir vu la marche qu'ont suivie les sciences à l'égaré des mondes, ne pouvons-nous essayer de la suivre à l'égard de hommes ; ne serait-il pas absurde de croire que pendant que tou se fait d'après des lois si admirables, l'espèce humaine seul reste abandonnée aveuglément à elle-même, et qu'elle ne possèd aucun principe de conservation ? Nous ne craignons pas de dir qu'une pareille supposition serait plus injurieuse à la divinité qu la recherche même que nous nous proposons de faire.

Mais ici se présente la seconde objection : y a-t-il possibilit de réaliser ce que nous avons en vue? Nous avons dit que 1 premier pas à faire serait de déterminer Fhomme moyen che les différentes nations, soit au physique^ soit au moral. Peut-étr nous accordera-t-on la possibilité d'une pareille appréciatio: pour les qualités physiques de l'homme , qui admettent directe ment une mesure ; mais comment conviendra-t-il de s'y prendr pour les qualités morales? Gomment pourra-t-on jamais souteni sans absurdité que le courage d'un homme est à celui d'un autr homme , comme cinq est à six par exemple , à peu près comm on pourrait le dire de leur taille. Ne rirait-on pas de la préten tion d'un géomètre qui soutiendrait sérieusement qu'il a calcul cpie le génie d'Homère est à celui de Virgile comme trois est deux ? certainement de pareilles prétentions seraient et absurde et ridicules, et celui qui voudrait les soutenir, ferait preuve d peu de raison. Il convient donc avant tout de bien s'entendre su

la valeur des mots et d'examiner si ce que nous voulons est possible^ je ne dis pas même dans l'état actuel de la science^ mais dans un état oh la science pourra s'élever un jour. On ne peut , en effet, exiger de ceux qui s'occupent d'une mécanique sociale plus que de ceux qui auraient entrevu la possibilité de former une mécanique céleste à une époque où il n'existait que des observations astronomiques défectueuses ^ et des théories nulles ou fausses avec des moyens de calcul insuffisans. Le premier pas à faire , était de s'entendre sur les moyens d'exécution et sur la possibilité de les obtenir ; il fallait recueillir ensuite avec zèle et persévérance des observations précises, créer et perfectionner les méthodes pour les mettre en œuvre, et préparer ainsi tous les élémens nécessaires de l'édifice qu'il s'agissait d'élever. Or, c'est la marche que je crois qu'il convient de suivre pour former une mécanique sociale ; je pense donc qu'il s'agit d'examiner s'il y a possibilité d'obtenir les moyens d'exécution , et d'abord s'il y a possibilité de déterminer l'homme moven.

n. DE LA POSSIBILITÉ DE DETERMmER l'hOMME MOYEN DANS

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